DE
LU
HISTORIQUE
Depuis longtemps Cuvier avait désigné sous le nom de Delphinus dubius, un Dauphin dont il existe quelques têtes au Musée d'anatomie comparée de Paris ; elles ne se rapportaient à aucune espèce connue, disait-il, et il les assimilait à un Dauphin harponné par Dussumier à la hauteur du cap Vert.
En décrivant les Cétacés du Voyage Erebus and Terror, Gray donna le nom de Delphinus Euphrosyne à un Dauphin de Norwich, dont la tête est conservée au Musée du Collège royal des Chirurgiens de Londres; il y rapporta également une tête du Leverian Museum et un crâne du Muséum de Paris, désigné sous le nom de Pelphinus dubius.
A la fin de äécembre 1852, an Dauphin fut pris à Valras, sur les côtes du département de l'Hérault, à peu de distance de lembouchure de l'Orb; P. Gervais n'avait pu en recueillir qu'une partie de la colonne vertébrale et la tête osseuse; comme cet animal différait, par le palais surtout, du Dauphin delphis, mon ami proposa de le désigner sous le nom de fethyos. C’est done un Dauphin qui n’a pas la gouttière bilatérale au palais, comme le Dauphin ordinaire.
Gervais, en comparant la tête du D. tethyos avec celle du Dauphin ordinaire, remarque qu’elle est un peu plus grosse ct que les dents lui paraissent un peu plus fortes, quoique sensiblement de même forme; ce qui contribua à lui démontrer que ce n’était pas le Dauphin ordinaire; il fit part de ses observations à la Société d'agriculture de l'Hérault.
En 1854, deux Dauphins échouèrent à Dieppe et furent envoyés au Muséum de Paris par le D° Guiton. Duvernoy fut frappé de même de l'absence de gouttière bilatérale au palais et fit connaitre le nouveau Dauphin dans la Revue et Magazin de Guerin, sous le nom de Delphinus marginaltus.
l Annales du Muséam d'hist. nal., pp. 9 et LE
En novembre 1860, le commandant Loche publia, dans le Magazin de Zoologie, une note sur deux nouveaux Dauphins capturés sur les côtes d'Alger: lun y porte le nom de D. Algeriensis, l’autre de D. Mediterraneus; les squelettes n’en ont pas été conservés et il serait difficile de dire à quelles espèces il faut les rapporter.
Dans les Comptes rendus de novembre 1864, Paul Gervais fait mention d’un Dauphin capturé dans le voisinage de Port- Vendres (Pyrénées orientales) dont la.tête est heureusement conservée et qui montre également un palais sans gouttière bilatérale 1.
Le Dauphin de Tethys parait beaucoup plus rare que le Dauphin ordinaire, dit P. Gervais en 186%; il ne lui est connu que par deux individus : lun pris à l'embouchure de l'Orb, en 1859, l’autre aux environs de Port-Vendres.
Le seul crâne de la Méditerranée sur lequel Gervais a fondé son espèce tethyos, aujourd’hui au Muséum de Paris, est si semblable au D. marginatus, dit le professeur Flower, qu'il ne peut sempècher de n’y voir qu'une seule et même espèce.
Le D° Fischer, dans son travail Sur les Cétacés du nord-ouest de la France, pense avec raison que le Clymene euphrosyne de Gray est peut-être identique avéc le Clymene marginata de Duvernoy. Il fait remarquer que M. Beltremieux considère comme Clymene marginata un Dauphin dont la tête osseuse est conservée au Musée de la Rochelle et qui provient d’un animal capturé dans les parages de la Charente-Inférieure. Il donne la description du squelette d’un mäle qui est conservé dans les galeries du Muséum.
SYNONYMIE
Delphinus tethyos, Gervais, Bull. Soc. d'Agriculture «e l'Hérault, 1853.
1 Comptes rendus ..,., 28 novembre 1864, p. 867, et Axx. axD Mac. xar. uisT., 1865, p. 76.
Delphinus marginatus, Duvernoy, Revue et Mag. de Zool.,
Delphinus marginalus, Gray, Cat. of Seals and Whales, p.245.
Delphinus Euphrosyne, Gray, Erebus and Terror, p.40, pl. 22.
Prodelphinus tethyos, Van Beneden et Gervais, Ostéographie des Cétacés, 1880, p. 604.
Clymene marginata, Fischer, Cétaces du sud-ouest de la France, 1881, p. 150.
Le Delphinus marginatus de Duvernoy, établi d’après deux individus capturés à Dieppe, dont un squelette est monté au Muséum de Paris, est peut-être identique, comme nous l'avons dit plus haut, avec le Delphinus Euphrosyne de Gray, et le professeur Flower est tout disposé à rapporter à la même espèce le Delphinus tethyos de Gervais.
Au Musée départemental de la Rochelle, on conserve une peau montée de la taille du Marsouin, toute noire, du moins dans l’état où elle se trouve, et qui est inscrite sous le nom de Dauphin bridé, Delphinus frænatus. Aucune partie du squelette n'a été conservée et On ne peut que soupçonner, puisqu'on n'en à pas fait un Dauphin ordinaire, on ne peut que soupconner, disons-nous, que c’est un Prodelphinus.
Le professeur Lütken admet onze espèces dans ce genre parmi lesquelles il compte le Prodelphinus obscurus et le Prodelphinus Holbülli.
CARACTÈRES ET DESCRIPTION
L'animal mesure ? mètres et quelques centimètres.
A en juger par les crânes de Dieppe, les dents sont plus fortes que dans le Dauphin ordinaire et la formule est =; dans l'individu de la Méditerranée, recueilli par Gervais, la mâchoire supérieure avait, d'un côté, 45, de l’autre côté, 46 dents et la mâchoire inférieure 41 d’un côté, 42 de l’autre. Le D: Fischer leur en accorde jusqu’à #.
Les nageoires pectorales présentent au pouce 2 phalanges,
à l'index 9, au médian 7, à l’annulaire 3 et au petit doigt 4. Le Dr Fischer leur accorde 1, 8, 6, 2.
La formule vertébrale est : ce. 7, d. 15, 1. 29, c. 32 = 76.
En somme, le squelette de Dieppe qui est au Muséum de Paris ressemble à celui du Dauphin ordinaire.
Nous ne connaissons rien des mœurs de ce Cétacé.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Des individus de l'espèce qui nous occupe ont été capturés en Europe, mais, à en juger par le petit nombre de squelettes connus, il y a lieu de croire que ce Dauphin se trouve dans les régions chaudes de l'Atlantique septentrionale plutôt que dans les régions froides ou tempérées. Il est vrai, ce Cétacé doit avoir été souvent confondu avec le Dauphin delphis.
Depuis longtemps Cuvier avait désigné sous le nom de D. Dubius des têtes du Muséum à origine douteuse et qu'il attribuait à un Dauphin harponné à la hauteur du cap Vert.
Dussumier, avons-nous vu plus haut, a capturé en effet un Dauphin de cette espèce au cap Vert.
Comme nous venons de le dire, en décembre 185%, un individu a été pris sur la côte du département de l'Hérault à Valras, à peu de distance de l’Orb. Quelques années plus tard, un autre a été pris à Port-Vendres !.
Le professeur Giglioli fait mention d'un animal de cette espèce capturé au mois d’avril à Nice.
On en a capturé, si nous ne nous trompons, sur les côtes ouest de France à la Rochelle et à Brest. M. Laval a envoyé, en 1850, de Brest, à Gervais, le crâne d'un animal pêché, lui a-t-on dit, à peu de distance de la rade.
Nous avons vu plus haut qu'en 1854 on a capturé à Dieppe un beau mâle dont le squelette a été envoyé au Muséum de Paris. Duvernoy croyait ce Dauphin encore inconnu et proposa de lui donner le nom de Delphinus marginatus. On à fait mention d’un second capturé à Dieppe.
4 Revue dé Zoologie, 1856, p 545.
Nous en avons vu, dans des Musées, des crânes provenant des côtes d'Angleterre.
M. Florman a constaté sa présence sur les côtes de Suède.
On l'a vu pénétrer aussi dans le Kattegat. Le Musée de Lun possède une tête de ces côtes.
Retzius a également signalé sa présence dans le Kattegat.
Il se rend jusqu’au Groënland : on en a reçu un squelette.
Gray cite non seulement la mer du Nord et les côtes d’Angleterre et scandinaves, mais également l'Atlantique austral, d’après un animal signalé par Burmeister à l'embouchure du Rio de la Plata.
Un Prodelphinus, sans doute de la même espèce, a été pris de l’autre côté de l'Atlantique, sur les côtes de New Jersey 1.
MUSÉES
La tête de l'individu décrit par P. Gervais est déposée dans la collection de la Faculté des sciences de Montpellier.
La tête de celui qui a échoué à Port-Vendres est conservée dans les collections du D° Pinchenat.
Les squelettes de Dieppe sont au Muséum d'histoire naturelle à Paris.
On en voit un crâne au Musée de Brest et un autre au Musée de la Rochelle.
Il en existe trois têtes au British Museum, dont une provient de Chatam Museum.
Un exemplaire conservé au Musée de l'Université de Lund provient d’un animal capturé dans le Kattegat.
Le type du Delphinus Euphrosyne de Gray, originaire de Norwich, est conservé au Musée du Collège royal des Chirurgiens de Londres. On y conserve également, depuis 1806, une autre tête provenant du Leverian Museum.
Le cräne du Dauphin rapporté des Moluques par Dumont
4 Proc phil. Acad nat.sc., 1865, p. 261.
d’Urville et figuré dans l’Astrolabe, pl. XXI, fig. 2, pl. XXI, fig. 3 et 4 (Prodelphinus roseiventris), est conservé au Muséum de Paris.
DESSINS
P. Gervais reproduit la face inférieure du crâne pour figurer les os palatins et ptérigoïdiens, et représente, à côté l’un de l'autre, le palais du D. delphis et du P. tethyos. Il figure sur la même planche une dent supérieure et une inférieure de grandeur naturelle, ainsi que la mandibule avec ses alvéoles du côté gauche et une partie du côté droit.
Dans l'Ostéologie des Cétacés figure (pl. XL, fig. 18-24, pl XXXIL, fig. 1) le crâne de l’individu capturé dans la Manche, et (pl. XXX VIT, fig. 2) ie crâne de celui qui a été capturé dans la Méditerranée.
Cette espèce est figurée dans les Vélins du Muséum ; Desmarets a reproduit ce dessin dans l'Encyclopédie du D' Chenu, Mammifères, vol. V, pl. XXIX, fig. 1. Voyez aussi Pucheran, Revue et Magazin de Zoologie, 1856, n° 4!, d’après les individus échoués à Dieppe en 1854.
PARASITES
Ce Cétacé a été trop rarement visité à l’état frais pour connaître les parasites qui le hantent.
1 Revue de Zoologie, 1856, pl. 25.