LE STENO
(SAENOROSTRATUS;)
LITTÉRATURE
G. Cuvier, Rapport sur les Célacés cchouëés à Paimpol, ANN. Du Museun, t. XIX.
Lessen, OEuvres complètes de Buffon, Céracés. Paris, 1898.
G. Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, t. V, p. 278, pl. XXI, fig. 7 ct 8.
Yan Ereda, Aunleckening omtrent eene nieuwe soort van Dolfin. NIEUWE VERIHANDEL. DER EERSTE KLASSE V. H, KoniGL. Ne. INsrirur TE
AusTERDAaM, 1829, [le decl.
fred. Cuvier, /Jisloire nalurelle des Célacés, 1856, p, 155, pl. X, fig hret 2.
gisecher, Catalogue d’une Faune du Département de la Charente- Anféricure (Act. Soc. linn., Bordeaux, juin 1841.)
Gray, Zoologie, Ercbus and Terror, 1845. Proc. Zoo. Soc. 1864. schlegel, Æbhandl., p. 27, pl. IV, fig. 8 (dents).
G. Michaud, Catal. d'une Faune de lu Charente-Inférieure, Acr. Scc. LiNNÉENNE DE Bonpeatx, 50 juin 1842, avec figure originale.
Peters, Ucber die von S. M. S. Gazclle gesammellen Saügethiere. . , . Monarssericur KôN. Akao. Berlin, 29 juin 1876, p. 560, pl. 2 ct 5.
Paul Gervais, Zoologie ct Palcontoloyie francaises. Paris, 1859, p. 501.
Paul Gervais, Mémoires Acad. sc. Montpellier, t. V, p. 124, 1861. Van Bencden Ct Paul Gervais, Osléographie des Cétacrs, p. 549.
Flower, On the Characters and divisions of the family Drlphinidæ, Proc. Zooc. Soc. London, novembre 1885.
Flower, List of the specimens of Cetacea in the Zoolog. Departement of the Brit. Museum. London, 1885, p. 51.
Chr, Fr, Lütken, Pidrag til kundskab om tre pelagiske Tandhval- Slægter Steno, Delphinus og Prodelphinus. Vinensk, SELSK. SKR. NATUR- VIDENSKABELIG …. Copenhague, 1889.
HISTORIQUE
Cuvier semble être le premier qui ait distingué ce Dauphin de ses congénères. Le professeur du Muséum avait reçu, du professeur Van Breda, une tête accompagnée du dessin de l'animal.
Le nom spécifique qu'il portait d’abord, Delphinus rostratus, qui Jui est rendu aujourd’hui, a été remplacé pendant quelque temps par celui de Delphinus bredaensis.
Van Breda a publié une courte description avec une figure et un dessin de la tête, mais il ne donne aucune indication sur les lieux où 11 a été capturé. I rapporte seulement que, se trouvant à Paris, Cuvier a pu voir les dessins et que le grand naturaliste du Muséum en fait mention dans ses Ossements {ossiles, t. V, 1e part., p. 400. Il rappelle, en même temps, que Lesson lui a donné le nom de Bredaensis.
Le D° Gray, dans le Voyage Erebus and Terror, publié en 1847, propose d'en former le genre Steno à cause de ses dents et de la longueur de son rostre, et ce genre est généralement adopté aujourd’hui.
En publiant sa Zoologie et Paléontologie françaises, Paul Gervais proposa de son côté le nom de Glyphidelphis, comme nom générique du même Delphinide, sans s'être aperçu que Gray lui avait déjà donné un nom. Paul Gervais s'était basé surtout sur la disposition guillochée des dents et la forme allongée du rostre, et il fait la remarque, que le nombre de dents est moindre dans l'espèce d'Europe que dans les espèces étrangères, sans s’apercevoir que plusieurs de ces espèces étrangères se rapportent à d'autres genres. Il considère avec raison le Cétacé qui nous occupe comme espèce méridionale qui apparait accidentellement sur les côtes d'Europe
En 1584, Michaud en a fait mention dans un catalogue d'une faune de la Charente-Inférieure. Un individu avait été pris
dans la rade de l'ile d'Aix, à embouchure de la Charente. On l'avait rapporté d’abord au Delphinus santonicus de Lesson.
Il existe, au Muséum de Paris, un crâne rapporté des Moluques par Dumont d’Urville, attribué au genre Sfeno, mais qui appartient plutôt à un Prodelphinus, d’après les observations de Paul Gervais.
Dans un travail récent sur la famille des Dauphins, M. Flower a fait connaître les caractères des os palatins, pour la distinction des genres dans la famille des Delphinides et il les a appliqués avec bonheur à celui qui nous occupe, ainsi qu'à un certain nombre de Cétacés dont la place était loin d’être bien établie.
Nous avons tout lieu de croire que c’est le même animal dont il est question dans la Fauna Japonica, sous le nom de Delphinus longirostris.
Il faudra également lui comparer le Steno attenuatus, cité par Burmeister, d'après un crâne de l'océan Atlantique que le savant directeur a eu sous les veux.
Peters a fait part, en 1876, à l'Académie des sciences de Berlin, des observations faites par les ofticiers de la Gaxelle sur des mammifères de différents ordres ; parmi les Cétacés, il cite le Delphinus (Steno) perspicillatus comme espèce nouvelle et en donne un dessin. Cest une femelle qui a été prise, le 20 septembre 1874, dans l'océan Atlantique, 32°29'7"” latitude sud, 2°1° longitude ouest. Le directeur du Musée de Berlin fait mention en même temps de la Neobalæna marginala, de la Balæna australis et du Delphinus delphis, dont un mâle a été harponné, le 17 août 1874, près de l'ile de Ascension.
Le Delphinus sinensis, dont on avait cru faire un Steno, est au contraire un Sofalia qui vit dans les eaux fluviales de la Chine et de Formose.
Le professeur Lütken a publié dans le courant de l’année ses observations sur le Dauphin qui nous occupe, et il exprime l'avis que nous ne connaissons en somme qu’une seule espèce de Steno.
| 619) SYNONYMIE
Delphinus frontatus, Cuvier (partim).
Delphinus bredaensis, Cuv. Recherches sur les ossements fossiles, tome V, Paris.
Delphinus longirostris, Fréd. Cuvier. Histoire naturelle des Cétacés, Paris, 1836, page 156, pl. X, fig. 2.
Delphinorhynchus de Breda, Lesson. Histoire naturelle des Cétacés, Paris, 1898.
Glyphidelphis rostratus, Gervais. Zoologie et Paléontologie francaises, ® édition, Paris, 1859, p. 301.
Delphinus (Steno) perspicillatus, Peters. Monatsbericht der Wissenschaften zu Berlin, 29 Juni 1876.
Steno rostratus, Lütken. Vidensk. Selsk. Skr. naturvidensk. Copenhague, 1889.
CARACTÈRES
Ce Dauphin se distingue des autres par son rostre allongé, ses dents au nombre de 22 en dessus et en dessous, et dont la surface est finement guillochée et granuleuse. Van Breda et
Peters donnent la formule dentaire La longueur de l'animal est de 8 pieds.
M. Flower a figuré les os palatins dans son dernier travail
sur les Delphinides.
DESCRIPTION
D'après le D' Studer, la femelle, harponnée par la Gaxelle, avait le dos noir, le rostre blanc et les flancs d’un blanc jaunâtre, ainsi que la région des tempes et des yeux jusqu’au bout du rostre. Une strie blanche s'étendait de la nageoire pectorale au globe oculaire. L'œil était entouré d’un cercle brun d'où partait une strie noire qui s’étendait jusqu’au rostre et une strie semblable s'étendait en dessous du corps, se prolongeant de l’angle de la mâchoire jusqu’à la nageoire pectorale.
Le squelette de cette femelle capturée dans l'océan Atlantique méridional a soixante-six vertèbres, divisées en sept cervicales, douze dorsales, quinze lombaires et trente-deux caudales.
Le Steno observé par Pernetty possède soixante-cinq vertèbres, dont treize dorsales, quinze lombaires et trente caudales.
Le squelette de Copenhague compte soixante-six vertèbres, dont sept cervicales, douze dorsales, quinze lombaires et trente-deux caudales.
Les deux premières cervicales sont réunies. Les cinq preinières dorsales ont une facette articulaire pour les côtes. Il y a douze paires de côtes : les trois premières s’articulent avec la partie principale du sternum, Ja quatrième avec la partie moyenne, les deux dernières avec la troisième partie. La première côte est comme toujours plus forte que les autres.
Les vingt-cinq premières vertèbres caudales portent des os en V. Les deux pièces des trois premières et des trois dernières ne sont pas réunies sur la ligne médiane.
La nageoire pectorale a un humérus fort court, une omoplate longue d’avant en arrière; il ya trois os dans le procarpe et deux dans le métacarpe; il y a une phalange au pouce, deux à l'index, six au médian, huit à l’'annulaire et deux au petit doigt.
Dans le squelette de Copenhague il y a également six et huit phalanges aux deux doigts du milieu.
MOEURS
On ne connaît rien de leurs mœurs si ce n'est ce qu’en dit Sluyter, que les Steno ne vivent pas en grandes gammes, et l'observation de Dussumier, qui a trouvé, dans l'estomac du Dauphin bridé des îles du cap Vert, un grand nombre de poissons volants (exocets) et des restes de Calmars.
DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE
Les restes de ce Delphinide sont très répandus dans les Musées, mais on ne connaît presque nulle part exactement les lieux de leur capture. Nous l’avons dit plus haut, Van Breda a montré la tête de cet animal à Cuvier, mais il ne dit pas d’où elle Jui vient, ni les lieux où le dessin a été fait.
D'après Van Bemmelen 1, le Steno de Van Breda aurait été capturé à l'embouchure de l’'Escaut en 1829.
Un individu a échoué à Brest; Cuvier l’a désigné sous le le nom de Delphinus rostratus. Fréd. Cuvier en fait mention; c’est sans doute l’assertion de celui-ci qui fait dire à Paul Gervais : espèce méridionale qui vient accidentellement sur les côtes de France.
Dans la rade de l’île d'Aix et à l'embouchure de la Charente, on a capturé le Delphinide que Lesson a décrit sous le nom de Delphinus Santonicus ?.
Il paraît qu’on en a capturé un exemplaire sur les côtes du Portugal.
On a prétendu qu'il vivait dans la Méditerranée et qu'il quittait cette mer intérieure à la fin de l'hiver pour se rendre au nord. Nous ne trouvons rien qui justifie cette assertion.
Le professeur Giglioli le cite dans son Elenco et des naturalistes assurent en avoir vu un échouer sur les côtes de Livourne.
Sluyter croit lavoir rencontré en été au nord de l'Atlantique jusqu’au 63° degré, et il fait remarquer qu’il ne l’a jamais vu en grandes gammes. Il est bien différent, sous ce rapport, des Tursiops, dit-il.
Hollbôll cite le Parnak comme un Cétacé très rare. On en a pêché un près de Frederikshaab, dit-il; le nom rappelle le bec du Merqus serratus, le grand Harle. Nous nous demandons si ce n’est pas le Sfeno.
La plupart des têtes conservées dans les Musées proviennent d'individus capturés dans l’Atlantique, surtout dans la partie méridionale. C'est surtout la côte des îles du cap Vert que cet animal fréquente, et il se rend au sud jusqu’au cap de Bonne-Espérance et même jusqu'à la mer des Indes.
Pernetty, dans son voyage aux îles Malouines, a également rencontré le Steno dans le voisinage du cap Vert.
On a signalé à diverses reprises la présence du Sfeno hors des mers d'Europe.
{ Vax BEMMELEN, Lyst der zoogdieren.. ..,p. 249. 2 Act. Soc. linnéenne, Bordeaux, 1841.
Le Delphinus Bairdii de Dall que Scammon à figuré (pl. XIX, fig. 1), qui est long de 6 pieds et demi et qui vit au nord du Pacifique, pourrait bien être notre Steno.
Il y a trois espèces de Dauphins qui fréquentent la côte nord-ouest de Ceylan, dit Holsworth 1, et parmi ces trois, il cite le Delphinus longirostris qui vit par gammes de deux cents individus. Il croit avoir vu des individus accouplés. Nous nous demandons si ce n’est pas de cette espèce qu'il s'agit ici.
Dans la Fauna Japonica, il est question aussi d’un Delphinus longirostris, et Burmeister fait mention, sous le nom de Steno attenuatus, d’un Dauphin de l’océan Atlantique dont il faudrait pouvoir comparer la tête pour juger de ses véritables affinités.
C'est une erreur, croyons-nous, de considérer la mer du Nord comme le séjour de ce Delphinide; c’est un animal méridional et, s'il s’est montré dans la mer du Nord, ce n’est qu'accidentellement.
Le professeur Lütken représente sur une carte, qui accompagne son mémoire, les lieux précis de plusieurs captures faites dans l’Atlantique, qui sont toutes méridionales.
MUSÉES
Il ya peu de Musées qui ne renferment des têtes de cet animal, mais, comme nous l'avons fait remarquer, on ne trouve guère des renseignements précis sur les lieux de leur provenance.
Nous en avons trouvé une tête à Hambourg, entre les mains d’un marchand qui nous assurait lavoir reçue de l'Atlantique méridionale.
D’après le professeur Giglioli, on conserve à Livourne une tête de Steno frontatus, recueillie sur les côtes d'Italie.
Le Musée de Liège possède une tête complète et adulte achetée à Hambourg.
Au Musée de Berlin on conserve le squelette de la femelle
<apturée par la Gazelle.
WP 745, apnldior®,
Le professeur Flower nous apprend que le British Museum a reçu dix têtes, dont une du cap de Bonne-Espérance, une des Indes, désignées sous le nom de Steno frontatus; quatre autres têtes proviennent de l'expédition antarctique et sont désignées sous le nom de Sfeno compressus.
Nous en avons vu une tête à Stockholm, au Musée de l'École vétérinaire, où elle porte le nom de Steno attenuatus.
Nous avons vu, à l’Institut Teknologiska de Norrkôping (Suède), une tête d’un animal provenant des côtes de Madagascar; Malm l’a nommé Sfeno consimilis. C’est le Delphinus pseudodelphinus de Wiegmann.
On possède également des têtes dans les Musées de Leyde, de Paris, de Louvain.
Le Musée de Copenhague possède un squelette entier et cinq têtes osseuses que le professeur Lütken a identifiées avec le Steno rostratus. On trouve en outre, dans ce même Musée, deux têtes, peut-être de la même espèce, provenant du Pacifique.
DESSINS
Nous possédons heureusement de bons dessins de Panimal et des principaux os.
Van Breda a publié deux planches représentant l’une l’animal entier, ses nageoires et ses dents, l’autre le crâne nettoyé.
G. Michaud reproduit une figure originale dans les Actes de la Société linnéenne de Bordeaux, 1842.
Cuvier a publié un dessin de la tête osseuse dans ses Recherches sur les ossements fossiles, tome V, pages 278 et 400, planche XXI, figures 7 et 8.
Nous trouvons dans l'Histoire naturelle des Mammifères de Fréd. Cuvier, sous le nom de Dauphin à long bec, le dessin d’un Dauphin échoué sur la côte de Brest, et qui se rapporte avec quelque doute à cette espèce (livr. LXVIT.
Dans le même ouvrage de Fréd. Cuvier (livr. LVIIT) se trouve le dessin d’un animal, capturé à trente lieues au sud du cap
Vert, que Dussumier a fait connaître sous le nom de Dauphin bridé, Delphinus frænatus. H en a publié aussi un dessin dans son Histoire naturelle des Cétacés, planche X, figure 2.
Peters a publié un dessin de son Delphinus perspicillatus dans le Monatsbericht..…, 1876, page 366, planches IT et HF. Il figure séparément la tête, le sternum et une nageoire pectorale.
Nous avons reproduit, dans l’Ostéographie des Cétacés, planche XXXVII, figure 12, le squelette de la tête, figures 8 à 11.
Sous le nom de Steno gastaldi, Brandt décrit et figure une tête fossile, trouvée, en 1869, à Asti, dans le Piémont, et qui est conservée au Musée de Turin !.
M. Flower a fait dessiner le palais pour montrer les caractères des os ptérigoidiens 2.
Lütken a publié un dessin de M. A. F. Andrea reproduisant la physionomie de lanimal et le squelette en place. Il reproduit en outre séparément le sternum, le squelette et la nageoire pectorale,
PARASITES
Nous ne connaissons personne qui ait eu l’occasion d’examiner cette espèce à l’état frais.
On comprend que les renseignements fassent défaut au sujet d’un Cétacé qu’on n’a guère eu l’occasion d'observer en chair. Nous trouvons toutefois dans Diesing que le Delphinus rostratus, qui peut être l'espèce dont nous nous occupons, loge dans ses intestins le Tetrabothrium triangulare. Xl aurait été trouvé à Lisbonne (Schott) 3.
1 J. F. Braxor, Ergänzungen ..... S'-Pétersbourg, 1874, p. 45, pl IL
? On the Characters and divisions of the family Delphinidæ. Proc Zoor. Soc., 1885.
5 DiesixG, Systema lelminthum, vol. 1, p 601 et vol. 2, p 502. O. vox LixsTow, Compendium der Helminthologie. Honnoscr, 1878, p. G9.