‹ Histoire naturelle des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 4 sur 83 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DISPOSITION DU LITRE

L’étude des Champignons, qui paraît si difficile et si peu attrayante, ne tarde pas à séduire ceux qui s’y livrent. Nous savons tous que ces êtres, bizarres à plus d’un titre, sont universellement appréciés du riche comme du pauvre ; ils sont le condiment indispensable d’une infinité de mets servis journellement surnos tables, et même au temps de disette, l’homme trouve encore dans les Champignons une véritable ressource.

Mais combien de fois n’a-t-on pas vu ces cryptogames si estimés, si recherchés, porter le deuil et la mort au sein des familles, par suite d’une méprise faite en cueillant dans les bois ou dans nos prairies des Champignons vénéneux pour des comestibles. Ces malheurs^ trop fréquents, sont dus à l’extrême ressemblance que présentent entre elles une foule d'espèces, ce qui rend leur détermination aride et difficile; aussi le but de ce livre est-il de popula-

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riser la connaissance des Champignons, et de donner l’habitude et la pratique nécessaires pour distinguer une espèce comestible d’une espèce vénéneuse.

Mais, indépendamment des caractères communs qui leur assignent une place parmi les végétaux, les Champignons en ont de particuliers qui les différencient entre eux, et les rendent susceptibles de subdivisions nombreuses. Depuis Théophraste jusqu’à Pline, on ne trouve que l’indice vague de quatre sortes de Champignons, non compris les Agarics, qu’on regardait comme des excroissances d’arbres ; de Pline à Tournefort, à peine y a-t-il trace de quelques genres convenablement caractérisés. On les considérait comme des végétaux imparfaits, privés de feuilles et de racines. Nous développons, du reste, ce passage de l’antiquité à nos jours au chapitre II, Considérations générales.

Les Champignons sont tellement multipliés et de natures si diverses, soit par leur taille, la conformation de leurs parties essentielles et accessoires, leurs manières d’être particulières, le degré de consistance du réceptacle, la nature du tissu hyménial, leur couleur, leur odeur, etc., que j’ai dû exposer, au chapitre troisième, les diverses classifications proposées par les savants, et celles que la plupart des mycologues modernes ont adoptées, avec les modifications exigées par la connaissance plus parfaite et toute récente des organes de la fructification.

C’est au quatrième chapitre que le lecteur trouvera la méthode rationnelle de Léveillé, qui divise les Champignons en six classes, et permet, en un instant, d’embrasser et de comprendre les relations naturelles qui existent entre tous les groupes.

Les éléments anatomiques des Champignons sont tellement fins et délicats, que leur structure échappe à notre vue. Pour l’apprécier et la bien connaître, nous avons besoin du secours du microscope. C’est pour rendre aussi complète que possible l’étude de chaque organe en particulier, que j’examine dans le chapitre cinquième, le protoplasma et la cellule, au point de vue de leurs structures anatomiques, de leur développement et des phénomènes dont ils sont le siège.

La manière dont les Champignons se reproduisent a été longtemps, même chez les savants les plus distingués, un problème difficile à résoudre, bien qu’il fût naturel de penser que ces plantes

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doivent, comme les autres, se reproduire de graines. Mais il y a dans cet acte essentiel des phénomènes si singuliers, les spores ou semences sont si difficiles à apercevoir, qu’on ne doit point être surpris que les anciens botanistes aient laissé indécise la question de savoir si la reproduction des cryptogames est l’effet de la fermentation ou de la germination. Cette question importante est résolue au sixième chapitre.

La fécondation sexuée et asexuée , le polymorphisme et les générations alternantes forment trois paragraphes ; la respiration, la nutrition, le développement du tissu cellulaire , nous apprennent comment vivent, respirent et se développent les Champignons : c'est l’objet du chapitre septième.

Le difficile, dans un livre de la nature de celui-ci, n’est pas d’étonner les esprits ni de les entraîner pour un moment ; c’est de les attacher à l’étude par la solidité des principes, par le nombre et l’évidence des preuves ; c’est surtout de le faire si clairement qu’ils puissent voir tous les objets, et chacun d’eux en particulier, avec les caractères qui lui sont propres. Pour atteindre à ce but, j’ai cru nécessaire de décrire séparément les divers organes qui composent les Champignons, et d’étudier ces mêmes organes par rapport à leur forme, leur nombre et leurs situations, comme caractères distinctifs des genres et des espèces. En conséquence, les chapitres huitième, neuvième, dixième, sont consacrés à l’organisation, à la structure interne et externe de ces plantes.

Le genre Agaric est le plus intéressant pour nous ; c’est celui que l’on consomme le plus communément, que nous devons par conséquent le mieux connaître, et comme les espèces en sont très nombreuses, qu’elles se ressemblent par certains points,, mais diffèrent par d’autres, il faut les classer suivant des caractères définis qui permettront de se rappeler leur place et de les trouver facilement. Pour distinguer deux Champignons de diverses espèces, on devra donc les connaître tous ou presque tous, et dans tous les détails de leur organisation ; alors seulement nous pourrons les grouper de manière à en former un ensemble, un plan naturel tel que les plus dissemblables soient éloignés les uns des autres.

Au chapitre onze, les grands Agarics sont divisés, selon la méthode de Léveillé, en onze sous-genres. Dans ce groupement, l’étude d’un caractère unique ne suffit point, car elle mène aux

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erreurs inséparables des systèmes. L’étude de plusieurs caractères ne suffit pas non plus ; seule la considération de tous les caractères pourra conduire à une classification avouée par la méthode naturelle ; c’est celle que je suivrai dans ce livre. Au chapitre suivant, le douzième, je décris 89 genres et 41 5 espèces les plus utiles à l’homme et aux animaux. Ces genres, ces espèces sont dessinés en grandeur naturelle et coloriés d’après nature, sur soixante-quinze planches soigneusement numérotées en chiffres romains. Les espèces sont numérotées en chiffres ordinaires, afin d’éviter toute confusion. Les comestibles sont précédées de la majuscule C, les vénéneuses de la lettre V, les suspectes se désignent par un S.

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