QUATRE- VINGT-TROISIÈME GENRE, MUCOR
sent, en des points voisins, deux courts rameaux, renflés au sommet, qui croissent l’un vers l'autre jusqu’au contact, en aplatissant leurs extrémités Tune contre l'autre; ces rameaux sont droits dans les Mucor , etc., arqués en forme de tenaille ( Pliycornyces ). En meme temps, l’extrémité de chaque rameau se sépare du reste par une cloison transversale, puis la double membrane de contact se résorbe et les deux cellules discoïdes se fusionnentenuneseule, qui dès ce moment est l’œuf. Aussitôt, celui-ci s’accroît rapidement, absorbant, à travers les parois latérales, le contenu protoplasmique des rameaux renflés, qui se vident peu à peu ; il acquiert finalement un volume considérable. En même temps, il s’enveloppe d’une épaisse membrane cartilagineuse, souvent hérissée de verrues.
Aussitôt constitué, l’œuf grandit et devient un embryon, nommé zygospore, qui passe à l’état de vie latente. S’il a la forme d’un tonneau, il se développe sur place en demeurant semblable à luimême ( Mucor , Rhizopus , Pliycornyces). S’il grandit davantage, du côté de la tenaille qui l’enserre ( Pilobolus ), etc. Chez plusieurs de ces plantes, on voit quelquefois la cellule terminale d’un rameau renflé, sans s’unir à une cellule semblable, grandir en s’arrondissant du côté libre, s’entourer d’une membrane épaisse, prendre en un mot l’aspect d’un embryon et germer comme lui. On a nommé ces corps des azygospores ( Sporodinia , Spinellus, Choanephora). Le professeur de Bary a décrit la formation de ces diverses spores dans son Mémoire sur les Champignons parasites {Ann. des Sc. nat. , 4e série, XX, p. 6).
83° GENRE, MUCOR. — Mich.
Mucor mucedo, planche LXXII, fîg. 391 bis.
L., Spcc. plant., II, 1635; Eur., M. Grisea., Pers., disp. fung. 14.
Ce petit Champignon se développe sur tous les corps en décomposition, principalement sur le pain bouilli, les confitures altérées, etc., où la germination des spores se produit facilement. Coock dit avec juste raison qu’un grand nombre de spores de Champignons sont constamment flottantes dans l’atmosphère, ce | qui est confirmé par le fait que partout où une substance convei nable se présente, des spores s’en emparent et la convertissent i bientôt en une forêt de végétation. Il est admis que les spores des
DESCRIPTION DES ESPÈCES
moisissures communes sont si largement répandues qu’il est presque impossible de les exclure des vases fermés, ou des préparations les plus soigneusement abritées. Au contact de l’eau la spore ou la conidiedu Mucor mucedo perd sa couleur, se gonfle etabsorbe le fluide qui l’entoure, jusqu’à ce que son volume se double et qu’elle devienne ovoïde. Alors, de l’une de ses extrémités, ou des deux, elle émet un fil épais qui s’allonge et porte des ramifications en forme cfailes. Quelquefois l’exospore se rompt et se détache de la spore en germination ; quarante-huit heures après, le mycélium envoie dans l’air des branches qui se subdivisent elles-mêmes abondamment; d’autres branches, courtes, submergées, restent simples ou présententdes ramifications en touffes, se terminantchacune par une pointe, de sorte que l’ensemble se trouve hérissé do poils épineux. En deux ou trois jours, des branches brusquement gonflées en forme de massue font leur apparition sur les fils, et se prolongent en un nombre égal de fils, porteurs de sporanges (en A, on voit une touffe de Mucor ; en B, un fil porteur de sporanges).
Division V. — TRICHOSPORÉS (HYPHOMYCÊTES, de Fr.)
Les Champignons appartenant à cette division constituent les moisissures parmi lesquelles on compte quelques-unes des formes microscopiques les plus élégantes et les plus délicates. Il est vrai que beaucoup de ces Champignons ne sont que des formes conidiales de variétés plus élevées, mais il reste toujours un grand nombre d’espèces qui, dans l’état actuel de nos connaissances, doivent être acceptées comme autonomes. Léveillé en a fait trois sous-divisions, et classe dans la première les Isaria, les Entomophthora, les Empusa, plantes qui vivent en parasites dans divers insectes et les tuent rapidement. Dans les Empusa et notamment dans VE. muscœ qui chaque automne attaque et lue les mouches, le mycélium consiste d’abord en une cellule arrondie qui bourgeonne; les bourgeons se détachent, bourgeonnent à leur tour, et peu à peu le corps tout entier de l’insecte est envahi par un mycélium dissocié. Dans YEntomopJuhoraradicans, qui ravage dans certaines années les chenilles de la Piéride du chou, le
DIVISION V. — TRICHOSPORËS
mycélium se développe, au contraire, en un système de filaments abondamment ramifiés, entrecoupés de cloisons qui, après quelques jours, ont consommé toute la substance de l’insecte.
La croissance terminée, le réceptacle produit des spores. Chaque cellule isolée d 'Empusa s’allonge en un filament qui perce la peau de la mouche, se développe au dehors et enfin se termine par une spore. Au-dessous de cette spore, le tube, progressivement distendu, se rompt brusquement, et la spore est lancée dans l’air avec un peu de matière gélatineuse provenant du contenu du filament. Cette spore peut frapper directement la face inférieure de l’abdomen d'une mouche qui passe dans le voisinage, et s’y coller; aussitôt elle germe, perce la peau de l’animal à l’aide d’un tube qui se renfle en sphère à l’intérieur et bourgeonne bientôt. Mais le plus souvent les spores retombent sur le support où gît la mouche morte et y adhèrent, formant tout autour du cadavre une poudre blanche.
Elles germent aussitôt en dressant dans l’air autant de nouveaux filaments terminés par des spores secondaires, plus petites que les premières et qui sont projetées comme elles, mais avec moins de force. Cohn : Empusa (Nova Acta, XXV, 1855).
Les Entomophthora, curvispora , ovispora , après avoir formé ainsi pendant quelque temps des branches sporifères.deux cellules appartenant à deux tubes voisins, poussent l’une vers l’autre deux rameaux qui s’unissent en se fusionnant au sommet. Puis, sur l’un des rameaux de conjugaison, près du point de fusion, il se fait une proéminence sphérique dans laquelle se condensent, en se contractant, les deux protoplasmas combinés. La proéminence peut se développer aussi en un point quelconque des deux cellules lusionnées. La zygospore s’entoure ensuite d’une membrane qui s’épaissit beaucoup, tout en demeurant incolore, et se différencie en deux couches, après quoi elle passe à l’état de vie latente (Van Tieghem). On n’en a pas encore observé la germination.
La seconde sous-division renferme les Fumago ou Morphée, qui se montrent sur les plantes herbacées et ligneuses et sur les corps inertes que celles-ci ombragent. C’est lui qui, mélangé à la poussière, salit les statues des promenades publiques, en les couvrant d’une sorte d’enduit qui ressemble à une couche de suie. Ses fila-
DESCRIPTION DES ESPÈCES
ments sont très fins, ramifiés, formés d’articles inégaux, sans fructification, et peuvent être enlevés par la pluie ou par le frottement. Dans cet état, il constitue la Fumcigine commune ( Fumcigo vagcins ), qui donne naissance à un appareil coniclifère ( Cladospo rium ) et à une autre fructification qui produit le Polychœton citri que Persoon a nommé Fumago citri et qui fait de grands ravages sur les Aurantiacées cultivées en Italie, en Espagne, en Portugal, etc. Il végète sur le léger enduit formé par l’excrétion mielleuse des pucerons, les déjections des chenilles et autres insectes ; c’est donc à ceux-ci qu’il faut faire la guerre pour préserver nos arbres du noir qui souille leurs feuilles.
Le Cystopus candidus provoque la maladie redoutable des crucifères, connue sous le nom dérouillé blanche. Les zoospores réniformes à deux cils inégaux, l’un en avant, l’autre en arrière, après avoir nagé quelque temps dans la goutte de pluie qui mouille la feuille des crucifères, se fixent au voisinage des stomates, dans l’ouverture desquels elles introduisent leurs tubes germinatifs ; ceux-ci pénètrent ainsi directement dans les espaces intercellulaires, mais ils ne s’y développent en un mycélium que si l’ensemencement est opéré sur les cotylédons verts de la plante nourricière. Une fois constitué dans le parenchyme de l’hôte, le mycélium continue à s’y accroître, et finit souvent par envahir toute la plante pour émettre au dehors, en différentes places de la tige, des feuilles et des inflorescences, ses rameaux sporifères.
Ainsi développé, le mycélium peut aussi hiberner dans la plante pour poursuivre au printemps suivant son développement dans les nouvelles pousses. La fructification sexuée des Cystopus se développe à l’intérieur du tissu de la plante nourricière. L'oogone ne forme qu’une oosphère qui, après avoir reçu le protoplasma de la branche anthéridienne, devient une oopore. Celle-ci germe, au printemps suivant, soit en mycélium, soit en zoospores.
Les Monoblépharidées et les Saprolegniées croissent ordinairement sur les insectes et les bois morts en voie de décomposition dans l’eau. Les Monoblépharidées ont des zoospores ovales triangulaires et munies d’un cil unique postérieur pendant le mouvement ; leurs anthérozoïdes sont tout à fait semblables aux zoospores, mais moitié plus petits ; leur oogone ne forme qu’une seule oosphère.