‹ Histoire naturelle des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 65 sur 83 · QUATRE-VINGT-CINQUIÈME GENRE, PERONOSPORA · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-CINQUIÈME GENRE, PERONOSPORA

Dans les Saprolegniées, les zoospores sont réniformes à deux cils inégaux, l’un en avant, l’autre en arrière, ou ovales à deux cils

antérieurs.

Le Sepedonium mycophilum , qui convertit toute la substance des Bolets en une poussière du plus brillant jaune d’or, fait partie de cette division.

84e GENRE, BOTRYTIS. — Lie.

Filaments simples ou rameux, épars ou réunis, libres, cloisonnés ; les fertiles dressés, à sommet simple. Spores simples, non cloisonnées, globuleuses ou oblongues, ramassées autour des divisions des filaments ou à leur sommet.

Très petites moisissures naissant sur des corps divers. La maladie destructive des vers à soie est due au Botrytis bassianci , qui attaque l’insecte vivant et le tue. On a écrit beaucoup de choses sur ce parasite, mais sans pouvoir le faire disparaître ; on prétend aussi qu’une certaine forme imparfaite de moisissure offre de grands rapports avec la maladie des abeilles connue sous le nom de Couvain.

Botrytis effusa, planche LXXIY, fig. 397.

Desrn., Ann. Sc.nat., 1837, VIII, 5, t. I, f. 1; Gall. Brit., Mucor spinacia, Sow., in herb. proprio farinosa, Fr.

Filaments étalés, blancs, laineux, formant buisson; filaments cloisonnés, portant des conidies de distance en distance, sans aucun sporange (fig. B). Spores rondes, grandes. Il se rencontre sur le bois mort, les roseaux,, les vieux papiers humides, toute l’année. A, buisson de filaments.

83° GENRE, PERONOSPORA. — Gord.

Filaments délicats, flexibles, à parois minces, sans couches corticales extérieures. Le Peronospora infestons, qui attaque la pomme de terre, est malheureusement trop connu des cultivateurs. La maladie qu’il détermine fut jadis attribuée à différentes causes; mais, depuis longtemps, on a reconnu sa véritable nature. De Bary l’a étudiée avec soin dans son Mémoire sur le Peronospora ( Die Gegenwcirtige herschende Kartoffelkrankheit). Les uns voient la cause de l’épidémie, dit-il, dans l’état maladif de la

DESCRIPTION DES ESPÈCES

pomme de terre elle-même, produit accidentellement par les conditions défavorables du sol et de l’atmosphère, pluies, orages, jamais par une détérioration de la plante par le fait de la culture. Suivant ces opinions, la végétation du parasite serait purement accidentelle, la maladie absolument indépendante, et même le parasite pourrait fréquemment épargner les organes atteints. D’autres croient reconnaître dans la végétation du Peronospora la cause immédiate ou indirecte des différents symptômes de la maladie, soit que le parasite envahisse les tiges de la pomme de terre et, en les détruisant ou, pour ainsi dire, en les empoisonnant, détermine un état maladif des tubercules; soit qu’il s’introduise dans tous les organes de la plante et que sa végétation soit la cause immédiate de tous les symptômes du mal, rencontrés, en effet, dans toutes les parties. Les observations du savant professeur prouvent rigoureusement que l’opinion des derniers est la seule admissible, car toutes les altérations dites spontanées se retrouvent lorsque le Peronospora est semé sur une plante. Ses expériences ont conduit M. de Bary à affirmer que la moisissure détermine directement la maladie des tubercules et des feuilles, et que la végétation du Peronospora est seule cause de la redoutable épidémie qui ravage les pommes de terre. Depuis quelques années d’autres savants, et parmi eux, Berckeley, le docteur Hassal, ont étudié le même genre de moisissure sur des plantes maraîchères, comme les laitues, qui sont, dans certaines contrées, envahies par le Peronospora gangliformis ; le Peronospora effusa se trouve sur les épinards et les plantes analogues; le Peronospora scleideniana, de Bary, est quelquefois très funeste aux oignons; les champs de luzerne sont très sujets au Peronospora trifoliorum. Celle de la vigne, connue sous le nom de Mildew , par le Peronospora viticola ; celle des navets et de la caméline, par le P. parasitica ; celle des Crucifères, connue sous le nom de rouille blanche , par le Cystopus candidus. Le Phytophthora omnivora ravage les cultures les plus diverses. L’intérêt de l’agriculture exige donc la connaissance approfondie de ces organismes.

Peronospora infestans, planche LXXIY, fig. 403.

Casp.. Botrylis devaslatrix , Lib.

Le réceptacle du Peronospora infestans (fig. 403, K), se compose d’un mycélium indéfiniment rameux , qui étend ses branches

QUATRE-VINGT-SIXIÈME GENRE, VERTICILLIUM 23b

dans tous les espaces intercellulaires des racines et des feuilles des plantes, en perçant çà et là la membrane des cellules et en y enfonçant des rameaux qui s’y divisent souvent au point de remplir la cavité. Plus tard, le protoplasma voyageant dans les tubes, il s’y fait des cloisons irrégulièrement espacées et pourvues de multiples noyaux. Le réceptacle peut hiberner dans la plante pour poursuivre au printemps suivant son développement dans les pousses nouvelles. Le mycélium qui serpente au milieu de ces tissus produit, d’après M. de Bary, deux sortes de rameaux dont les uns sont femelles et se renflent à leur extrémité en un gros oogone globuleux (flg. 403, J, L, Lrf), tandis que les autres sont mâles; un rameau émané soit de la même branche au-dessous de l’oogone, soit d’une branche voisine, se renfle à son extrémité, (flg. 403, Lr), se sépare par une cloison et forme l’anthéridie. Celleci s’applique par sa face contre l’oogone, au centre duquel la matière protoplasmique s’est ramassée en une oosphère. Elle émet alors un tube grêle qui perce les parois de l’oogone et arrive jusqu’au globule central. Aussitôt le tube s’ouvre au sommet et, par l’orifice, l’anthéridie déverse dans l’oosphère une partie du protoplasma qu’il renferme. De la fusion de ces deux protoplasmas résulte la fécondation de l’oosphère, qui devient dès lors l’oospore.

86° GENRE, VERTICILLIUM. — N.

Filaments droits, rameux, rapprochés par touffes, à rameaux verticillés. Spores globuleuses, solitaires à leur extrémité. Très petits Champignons naissant sur les tiges mortes.

Verticillium allochroum, planche LXXIY, fig. 400.

Gord, in Sturm, Fl., III, 3, p. 15, t. 8; Boh. Botrylis allochroa , Lk. obs. I, 12.

Petit Champignon étalé, rose (fig. G); à filaments fertiles, rameux, dressés ; à rameaux alternes, portant au sommet une spore ronde rose, globuleuse (fig. H). Sur les menues branches tombées à l’automne.

Verticillium agaricinum, planche LXXIV, fig. 404.

Bol y lis agaricina. Üactyhum dcndrouh-s , Fr.; alba , Mich.; umbellata , D C.

Filaments étalés, blancs, laineux, très rameux (fig. O); rameaux

DESCRIPTION DES ESPÈCES

divariqués, à spores grandes, rondes. Vient sur les Agarics , qui souffrent considérablement dès atteintes d’un tel parasite, comme le montre la figure N.

Le Sepedonium mycophilum , qui envahit les Bolets, se distingue de celui-ci par son brillant jaune d’or.

Division VT. — ARTHROSPORÉS (PHYCOMYGÈTES).

Le réceptacle des Arthrosporés est formé en général de filaments ordinaires, cloisonnés et ramifiés, souvent anastomosés; mais, dans quelques types, il affecte une forme et des propriétés spéciales qui méritent tout d’abord de fixer l’attention. Dans la tribu I, le genre Antennaria est à peine connu sous le rapport de lafructification.il est parasite sur les végétaux ligneux seulement; les rameaux et ramifies qui le composent sont très nombreux et formés d’articles réunis bout à bout, très inégaux et fortement cohérents. Tou tes les Espèces sont noires et étalées sur les feuilles, les branches et même le tronc; elles étouffent véritablement les végétaux qu’elles envahissent en obstruant leurs voies respiratoires, comme le montre la figure 402, M, planche LXXIV ; vivent sur les Pins, les Cistes, les Bruyères, etc. Un grand nombre de faits très intéressants ont été mis en lumière , depuis ces dernières années, sur les différentes formes que prennent les Champignons de cette division dans le cours de leur développement. Un frappant exemple nous est fourni par de Bary, déjà cité (1). Dans chaque maison, écrit le savant professeur, il y a souvent un hôte visible qui se montre particulièrement sur les fruits conservés; c’est la moisissure appelée Aspcrgillus glaucus (planche LXXIV, fig. 399), appartenant à la tribu II de cette division. On la voit à l’œil nu sur la substance, comme une enveloppe laineuse, d’abord d’un blanc pur, puis graduellement couverte de petites têtes fines, poudreuses, glauques ou d’un vert sombre.

Un examen attentif montre que chez les A spergillus, l’extrémité d’une branche du mycélium, cessant de croître, s’enroule en tirebouchon, puis rapproche ses tours jusqu’au contact en formant une spire creuse. De la base de la spire partent ensuite plusieurs

(1) A. de Bary, Sur la moisissure et la fermentation, Magasin trimestriel allemand ,

DIVISION VI. — ARTHROSPORÉS

rameaux qui s'appliquent étroitement sur elle, gagnent son sommet, se ramifient latéralement en serrant leurs ramuscules, se cloisonnent et enfin l’enveloppent d’une assise continue de cellules polyédriques. Puis ces cellules croissent dans l’intérieur en forme de papilles, qui dissocient les tours de la spire et viennent se rejoindre au centre en se cloisonnant et se soudant latéralement. 11 se forme de la sorte une sphère de pseudo-parenchyme, renfermant les tours déroulés de la spire primitive. Puis, ceux-ci se cloisonnent davantage, bourgeonnent latéralement, poussent des branches cloisonnées et ramifiées qui s’insinuent entre les cellules du parenchyme et dont les derniers rameaux renflés en sphères sont autant d’asques.

En même temps, les cellules du parenchyme se dissocient, se vident et finalement disparaissent tout entières en alimentant la production des asques ; l’assise externe, revêtue en dehors d’un enduit cireux jaune, se détruit elle-même à la fin. A la maturité, les rameaux producteurs des asques et les membranes de ceux-ci se résorbent à leur tour ; la sphère se compose alors d’une mince couche cireuse très friable, enveloppant une masse de spores disposées encore par groupes de huit et qu’une légère pression suffit ù mettre en liberté. Elles ont la forme de lentilles bi-convexes. A la germination, les deux valves s’écartent et le tube s’échappe par un point quelconque du bord.

Outre l’appareil producteur des asques, les Aspergillus produisent aussi un appareil conidifère ; plusieurs d’entre eux se présentent même beaucoup plus souvent sous cette forme qu’avec leurs ascospores. Le filament n’est pas cloisonné et se renfle en tête au sommet; cette tête bourgeonne et se couvre de rameaux courts, terminés chacun par un chapelet de conidies. La formation de la première conidie a lieu à l’extrémité d’un stérigmate ; une seconde suit de la même manière, puis une troisième; chaque conidie qui naît pousse celle qui l’a précédée dans l’axe du stérigmate, à mesure qu’elle croît elle-même ; les conidies successivement formées sur un stérigmate restent pour quelque temps en file les unes après les autres. Ainsi chaque stérigmate porte à son sommet une chaîne de conidies, qui sont d’autant plus anciennes qu’elles s’éloignent plus du stérigmate (fig. 399, E).

Dans les Pénicillium (planche LXXIV, figure 398, D; figure

DESCRIPTION DES ESPÈCES

405, Q),le filament cloisonné termine aussi sa dernière cellule par un chapelet de conidies ; mais aussitôt, sous les diverses cloisons, il se forme de haut en bas des branches qui se terminent de même et s’appliquent contre le filament principal, de manière à réunir tous leurs chapelets en un pinceau. Les filaments principaux s’unissent parfois en grand nombre en une colonne massive terminée par tout autant de pareils pinceaux.

h y a des espèces dont on ne cônnaît encore que l’appareil conidien : tel est le redoutable Oïdium Tuckeri sur les raisins : tous les phénomènes de végétation de ce Champignon se passent à l’extérieur. Lorsqu’une tache blanche commence à paraître, quelque petite qu’elle soit, si l’on passe le doigt dessus, elle disparaît; en regardant alors avec une loupe, on voit dans le point qu’elle occupait, et autour d’elle, là même où on ne soupçonnait pas la maladie, de très petits points noirs ou bruns sur lesquels se manifeste successivement le Champignon.

Plus tard, l’épiderme s’éraille, le parenchyme se dessèche, et le Champignon, après avoir vécu quelque temps, disparaît. Mais lorsque la rafle est atteinte dans toute son étendue, le raisin périt en entier; quand la maladie attaque les grains dans le premier moment de leur formation, ils se dessèchent ou tombent; si, au contraire, ils ont déjà acquis un certain volume, ils peuvent résister; les uns se gercent, s’ouvrent et mettent leurs pépins à découvert; les autres se déforment et arrivent à maturité, mais jamais ils n’acquièrent alors leur grosseur normale. M. Duciiartre, professeur à la Faculté des sciences de Paris, a proposé le premier de lancer sur la vigne malade, à l’aide d’une seringue de jardinier percée de trous, de l’eau dans laquelle on tient en suspension de la fleur de soufre. Ce moyen simple et peu coûteux a eu les plus heureux résultats.

Aujourd’hui le soufrage se pratique à l’aide d’un soufflet.

Dans le genre Saccharomyces (1), ou Levure, le réceptacle se compose de cellules ovoïdes plus ou moins allongées ou môme sphériques, disposées bout à bout en forme de chapelets rameux. Cette forme spéciale provient d’une dilatation et d’un rétrécissement alternatifs dans la croissance terminale des filaments et de

(1) Voir Pasteur : Mémoire sur la fermentation alcoolique {Ann. de Chimie et de Physique, t, LVIII, 1860) et Étude sur la bière, Paris, 1876.

Page 1