‹ Histoire naturelle des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 66 sur 83 · DIVISION VI · texte numérisé non relu

DIVISION VI

ARTHROSPORÉS

leurs branches, chacune de ces dernières commençant par un rétrécissement. 11 en résulte que les articles adhèrent peu et se dissocient très aisément. Le dernier article d’une branche ou le premier d’un rameau latéral se sépare quelquefois avant d’avoir acquis sa dimension définitive, quand il est encore, comme on dit, à l’état de bourgeon. La ramification des chapelets est plus ou moins abondante, suivant les espèces, fréquente dans le Saccharomyces cerevisiæ. Ou les cellules sont rondes, ou ovales, de 8 à 9 millièmes de millimètre, dans leur plus grand diamètre. Elles sont formées d’une membrane mince et élastique de cellulose, non colorée, et d’un protoplasma également incolore, tantôt homogène, tantôt composé de petites granulations.

Quand il vit à la surface d’un liquide nutritif, le réceptacle des Saccharomyces , dont la croissance est alors très rapide, ne tarde pas à la recouvrir tout entière d’un voile continu, d’abord lisse, mais qui se plisse et se ride de plus en plus à mesure que sa dilatation est gênée par les parois du vase. C’est ce qu’on observe notamment dans le S. mycoclerma, où ce voile blanc est désigné sous le nom de fleurs du vin, de la bière., du cidre, etc. D’après les observations de M. Pasteur, le S. mycoderma doit être rangé parmi les ferments alcooliques, bien qu’il n’agisse pas dans ce sens, dans les circonstances ordinaires de son développement, lorsqu’il croît à la surface des liquides fermentés, peut-être parce que l’alcool qu’il peut produire alors est détruit par une oxydation consécutive. M. Pasteur a montré que le S. mycoderma , enfoncé dans de l’eau sucrée, pouvait y déterminer la fermentation alcoolique. M. Engel évalue, par un calcul fondé sur ses observations, qu’en quarante-huit heures une cellule de S. mycoderma peut produire une multiplication de 35,378 cellules environ. Les cellules de ce S. mycoderma ont des formes multiples, ovoïdes, ellipsoïdales, cylindriques, aux extrémités arrondies. Les cellules ovoïdes ont leur grand diamètre de 6 millièmes de millimètre et leur petit diamètre de 4 millièmes de millimètre. Les cylindres ont un grand diamètre de 12 à 13 millièmes de millimètre et un petit de 3 millièmes de millimètre.

En rapport avec cette intensité de croissance, le réceptacle absorbe alors beaucoup d’oxygène, émet beaucoup d’acide carbonique et de vapeur d’eau, dégage enfin une grande quantité de

DESCRIPTION DES ESPÈCES

chaleur. Si le liquide contient du glucose, le sucre est consommé sans subir la décomposition alcoolique. Quand il renferme du sucre de canne, ce sucre est ordinairement interverti; le réceptacle produit de l’invertine et c’est même de la levure de bière, S. cerevisiœ , que l’on a pour la première fois reconnu et isolé ce corps. D’autres Saccharomyces ne produisent pas d’invertine et consomment directement le sucre de canne sans le dédoubler d’abord en glucose et lévulose; telle est notamment la levure apiculée, S. apiculatus (Rées).

Le ferment apiculé n’appartient pas, d’après les observations de M. Engel, au genre Saccharomyces. C’est le ferment alcoolique le plus abondant. On le rencontre sur toutes les espèces de fruits, notamment sur les baies et les drupes, ainsi que dans la plupart des moûts de fruit en voie de fermentation. On l’a également observé dans certaines bières, bières de Belgique, d’Obernai; celles de Strasbourg n’en contiennent point. C’est lui qui généralement apparaît et bourgeonne le premier dans ces moûts. Les cellules, adultes et isolées, ont la forme d’un ellipsoïde dont le grand diamètre est de G millièmes de millimètre et le diamètre transversal de 3. A chaque extrémité se trouve une petite saillie ou apicale qui donne à la cellule la forme d’un citron. L’intérieur renferme une vacuole sphérique ou ellipsoïde, autour de laquelle se trouve une couche mince de protoplasma, effilée vers les saillies. Les cellules bourgeonnantes se présentent toujours à l’extrémité des saillies. Lorsque le développement est normal, les cellules nouvelles s’étendent dans le sens de l’axe principal de la cellule mère, de sorte que les trois cellules forment une fde longitudinale; mais, arrivées au terme de leur croissance, elles prennent une forme elliptique et se replient à leur point d’insertion, de façon que leur grand axe finit par faire un angle droit avec legra.nd axe de la cellule mère ; Lune des cellules se replie à gauche et l’autre à droite.

D’après Excel, le ferment apiculé se'rait un protomyces sans mycélium ; ce savant botaniste propose pour lui le nom de Carpozyma. Les thèques en sont sphériques, revêtues d’une périthè— que et sont hibernantes.

Développement des spores très lent ; spores nombreuses.

Rées a donné le nom de S. paslorianus à une variété de ferment

QUATRE-VINGT-IIUITIÈME GENRE, ASPERG1LLUS

alcoolique du vin observée par Pasteur. Les cellules allongent beaucoup leurs articles, qui deviennent cylindriques ou ovales, pyriformes ou en massues. Les cellules ovoïdes ont G millièmes de millimètre de longueur, celles en massues, que l'on voit sortir sous forme de bourgeons des cellules ovoïdes, atteignent 18 à 20 millièmes de millimètre.

Dans la nature, les diverses Levures se développent principalement en été à la surface des fruits charnus et sucrés, au temps de leur maturité. La Levure apiculée vit communément sur les cerises, les groseilles à maquereau, les prunes et les raisins. Ses articles, facilement dissociés, sont entraînés d’un fruit à l’autre par le vent, par les insectes et par la pluie qui les fait rebondir sur les plantes basses comme les fraisiers. Plus tard, ils tombent avec les fruits mûrs à la surface du sol et sont entraînés par la pluie dans la terre, où ils passent l’hiver sous leur forme ordinaire. De novembre à mai, l’air n’en contient pas; pendant l’été, au contraire, il en charrie beaucoup. Capables de demeurer ainsi de septembre à mai, c’est-à-dire pendant huit mois, parfaitement vivantes dans le sol, les cellules de ce réceptacle dissocié se montrent douées, comme on le voit, d’une grande résistance.

87e GENRE, ANTENNARIA. — Linck

Filaments rameux, couchés, fortement mêlés, moniliformes ; articles renfermant des spores à plusieurs loges, placés à la base des filaments. Spores granuliformes ; petites productions piliformes, noirâtres. En chapelet.

Antennaria pinophila, planche LXXIV, fig. 402.

Nees., Fung., t. 298; Torula fuligniosa , Pers.; Myc. Eur., I, p. 21 ; Torula pinophila, Chevall., Fl. par., I, t. 3, f. 5 ; A. pannosa, Berkl., Lond. journ.,

Petites touffes épaisses de filaments noirs, croissant sur les rameaux morts du sapin. Spores visibles, ayant presque une ligne de diamètre. Toute l’année, Fontainebleau, Chantilly, Vincennes.

88° GENRE, ASPERGILLUS. — Migiieli

Filaments droits, réunis en touffes, articulés, simples ou rameux, renflés au sommet, et présentant à l’extrémité de chacun

IG

DESCRIPTION DES ESPÈCES

d’eux un groupe de spores globuleuses. Moisissures blanchâtres, puis jaunâtres, venant sur toutes les substances gâtées.

Aspergillus glaucus, planche LXXIY, fig. 399. — F, grandeur naturelle; E, grossie 12b diamètres.

Linck, Obs., I, p. 14; Monilia candida , Pers., Syn ., 692; Ckevall., Fl. par., I, t. 4, f. 17.

Épars ou réunis en touffes grêles., blanches, à filaments fertiles simples ; péridioles globuleux. Toute l’année sur les plantes déposées dans les lieux humides, les Champignons qui se pourrissent, etc.

89e GENRE, PENICILLIUM. — Linck

Filaments simples ou rameux, les stériles couchés, cloisonnés, simples ou rameux ; les fertiles dressés, terminés par un faisceau de rameaux couverts de spores, formant un capitule terminal. Très petites fongosités d’un aspect velu, naissant sur les substances qui se décomposent.

Pénicillium glaucum, planche LXXIY, fig-. 40b.

Linck, Obs., I, p. 1b ; Mucor penicilliatus, Bull., t. 504, f. XI; P. crusla ceum, Fr., Syst. myc., III, 407 ; Aspergillus simplex , Pers., disp, fung., 41.

Plus ou moins épais, blanc, à filaments fertiles un peu rameux. Spores globuleuses, blanches, puis glauques ; vient sur les confitures et autres corps mous en putréfaction. La fig. Q représente un filament grossi de 250 diamètres. P, grandeur naturelle.

Pénicillium sparsum, planche LXXIY, fig. 398.

Grev. crypt., Scot , t. 58, f. 2 ; Eur., Alger; Monilia penicillata, Fr.

Filaments droits, simples, membraneux, arrondis, divisés en deux ou trois segments comme le montre la fig. C. Les spores sont, au sommet, réunies en chapelets et forment un faisceau de filaments longs, rarement droits, plus souvent inclinés ; elles sont blanches, transparentes et simples, rondes. On trouve cette belle espèce en automne sur la paille, le foin humide. La fig. D la représente grossie de 125 diamètres. C, grandeur naturelle.

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