INFLUENCE DES CHAMPIGNONS SUR L’HOMME ET LES ANIMAUX 2G
Les Champignons comestibles, bien préparés, sont un aliment très nourrissant; aussi les Russes, qui en consomment une grande quantité, donnent-ils une attention particulière au mode de cuisson, en y ajoutant force sel et vinaigre; Lun ou l’autre de ces condiments, par une longue ébullition, devant puissamment agir pour détruire le poison.
Je connais un garde, dans nos environs, qui mange tous les Champignons, comestibles ou vénéneux, par le procédé Gérard, très praticable, du reste. Il consiste à jeter chaque 500 grammes de Champignons, coupés en morceaux d’assez médiocre grandeur, en quatre pour les moyens, en huit pour les plus gros, dans un litre d’eau acidulée par trois cuillerées de vinaigre ou deux cuillerées de sel gris; si l’on n’a que de l’eau à sa disposition, il faut la renouveler une ou deux fois. On laisse les Champignons macérer pendant deux heures, puis on les lave à grande eau; ils sont alors mis dans l’eau froide qu’on porte à l’ébullition, et, après un quart d’heure ou mieux encore une demi-heure, on les retire, on les lave, on les essuie et on les apprête.
Le procédé a été expérimenté par F. Gérard sur lui-même, en présence des membres désignés par le Conseil de salubrité : MM. Beaude, Flandin, Cadet de Gassicourt et le docteur Cordier. Parmi les espèces que Gérard avait préparées, se trouvaient quelques pieds de fausse Oronge (figure 7), d’ Agaric bulbeux (planche V, fîg. 14), le Phalloïde (planche V, fig. 10), tous Champignons essentiellement vénéneux. Gérard et sa famille les ont mangés devant la Commission, dont plusieurs membres en ont goûté; personne ne fut incommodé.
M. Pouchet, de Rouen (1), a fait bouillir dans un litre d’eau, pendant un quart d’heure, six fausses Oronges; la décoction, donnée à un chien, le tua peu d’heures après, tandis que les Champignons eux-mêmes furent mangés sans inconvénient par un autre chien. Cette expérience, répétée un grand nombre de fois, soit avec la fausse Oronge, soit avec l’Agaric bulbeux, lui a toujours donné des résultats semblables. D’après mes expériences personnelles, le blanchiment ne suffit pas pour détruire entièrement le principe actif de certains Agarics; des chiens sont morts
(1) Journal des Connaissances médicales, 1838-1839, tome VI, p, 317.