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CHAPITRE VI

PRÉPARATION DU FUMIER

En toute saison, que l’on veuille opérer à l’air libre ou à couvert, on prend du fumier de cheval, de mulet ou d’âne, en quantité proportionnée au nombre de couches que l’on veut établir. Des autours en chambre disent que le fumier des chevaux de trait ou de travail est préférable à celui des chevaux de luxe, ordinairement trop pailleux et pas assez assoupli par le piétinement. Je réponds qu’un peu de paille n’est pas nuisible, car le blanc de

PRÉPARATION DC FUMIER

Champignon est bien plus beau, plus long, et produit aussi davantage. M’adressant aux classes ouvrières dans nos campagnes, je leur conseille d’abord d’occuper leurs enfants à ramasser le crottin sur les routes ; s’il est mêlé avec un peu de sable du chemin, tant mieux. On choisit un terrain uni et sain, les endroits non pavés sont préférables pour disposer le fumier en toisé ou plancher d’un mètre vingt centimètres d’épaisseur ; plus le tas est gros, mieux le fumier se prépare. Le crottin de cheval seul doit être trépigné solidement; plus il sera pressé, plus il s’échauffera ; mais il y faut une certaine limite, car si le bâton qu’on y plonge à dessein devient trop chaud pour être tenu à la main, le Champignon se détruira. Alors on retournera deux fois par jour le fumier pour laisser échapper la chaleur et la vapeur ; si l’on néglige cette précaution, le blanc naturel du crottin n’existe plus; il faut se servir de blanc artificiel quand la couche est faite, mais cet expédient est à éviter pour cause de dépense.

On fait un las de fumier de cheval uni comme un toisé de moellons et on trépigne avec les pieds; plus il sera serré, mieux il s’échauffera; si c’est en été et que le temps soit très sec cl chaud, on le mouille abondamment; dans le cas contraire, on n’arrose pas, le fumier ne devant être ni sec, ni trop humecté. On le laisse pendant huit jours sans y Loucher pour que la fermentation se fasse, ce que l’on reconnaît à la couleur blanche qu’il prend intérieurement et qui se manifeste même à sa surface. On procède alors au premier remaniement ; on prend le dessus et les côtés pour former le lit d’un nouveau tas, et ainsi de suite, en ayant soin de mettre dans l’intérieur le fumier qui était sur les côtés et à la superficie, de bien mélanger le tout et d’en retirer les impuretés; le tas établi, on le laisse reposer encore une dizaine de jours, pendant lesquels il acquiert autant de chaleur que la première fois. On remanie de nouveau de la même façon; -une huitaine de jours après, le fumier a acquis le degré de douceur nécessaire pour être employé.

Comme le fumier est exposé à l’air libre, il est le siège d’oxydations énergiques qui élèvent, sa température et dégagent de l’acide carbonique, jusqu’à ce que, la matière se tassant, l’air no puisse plus y circuler.

C’est de ces opérations précises que dépend la parfaite confec-

PRÉPARATION DU FUMIER

lion d’une meule. Pour s’assurer si le fumier est bon, on sonde le milieu de la surface supérieure avec une fourche jusqu’à une profondeur de 50 à 60 centimètres. Le fumier retiré de cette profondeur doit être onctueux, avoir une chaleur moite, surtout ne plus rendre d’eau si on le comprime entre les mains. Sec, sa liaison se fait difficilement, il n’est pas au point voulu ; en l’humectant convenablement on peut l’y ramener, et souvent on lui donne un quatrième remaniement. Que se passe-t-il dans ces diverses opérations ? On sait que le fumier est formé par le mélange et la combinaison des déjections animales avec diverses matières végétales employées comme litière.

Or, la qualité du fumier dépend de celle des aliments que l’animal consomme, et sous ce rapport on peut dire que tout leur azote se retrouve intégralement dans l’organisme des animaux, ou dans leurs excréments.

Les réactions que subit le fumier pendant le remaniement sont des plus complexes. Avant les travaux publiés par le baron Paul Thénard, on n’avait que des idées assez confuses sur ce sujet ; le premier il a su distinguer les trois groupes de corps azotés qui se forment successivement dans l’ordre suivant :

1° Le groupe des corps bruns solubles dans tous les réactifs, prenant naissance au moment où les matières ammoniacales commencent à réagir sur la litière ;

2° Le groupe des corps bruns insolubles dans les acides et dans tous les réactifs, sauf la potasse, la soude, Tammoniaque, leurs carbonates et leurs phosphates ;

3° Le groupe des corps bruns insolubles dans tous les réactifs, qu’ils soient acides, neutres ou alcalins.

il est inutile de connaître un mot de chimie pour distinguer la différence qui existe entre la première réaction et la troisième. On savait que, quand l’urine se putréfie, tout son azote passe rapidement 5 l’état de phosphate, de benzoate et de carbonate d’ammoniaque, mais sans former de corps filmiques, car ceux-ci se produisent seulement par l’association des matières végétales aux substances animales. M. P. Thénard, pour dégager ce qui se liasse dans les réactions complexes du fumier, a eu recours à l’analyse; déplus, il a obtenu ces produits synthétiquement, pour le premier groupe, en faisant réagir l’ammoniaque sur la glycose,

FORMATION DES COUCHES

maintenue à la température de 100°, sachant qu’à 100° l’absorption de l’ammoniaque s’opère vivement; le produit distillé donne de l’eau tenant en dissolution du carbonate d’ammoniaque : c’est la glycose azotée de M. P. Thénard, renfermant 9,72 pour 100 d’azote, soluble dans tous les réactifs.

Pour obtenir la formation par synthèse des corps du second groupe, le savant agronome met en contact,, pendant quinze à vingt jours, de lTiumate d’ammoniaque et de la glycose azotée; ce dernier corps se combine directement et donne naissance à un produit qui contient 4,10 d’azote, ce qui représente, à peu de chose près, un équivalent d’acide humique avec un équivalent de glycose azotée : c’est l’acide fumique qui se forme dans le fumier pendant le second remaniement, insoluble dans les acides, sauf la potasse, la soude. Le troisième groupe est le résultat de la combinaison d’un équivalent de glycose azotée avec b équivalents de glycose ordinaire ; le produit de cette réaction est insoluble dans tous les réactifs. Cette courte analyse fait voir que M. P. Thénard a non seulement étudié les réactions opérées dans le fumier, mais y ajoute ce fait très important, que des matières animales ou des sels ammoniacaux. mêlés en abondance au fumier vierge, constituent des corps fumiques.

L’examen microscopique nous a révélé dans les parties les plus chaudes du fumier une foule d’organismes variés : aérobies, micrucoccus , bacilles , tondes, amibes, etc.

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