‹ Histoire naturelle des coralliaires, ou polypes proprement dits;Chapitre 10 sur 337 · INTRODUCTION HISTORIQUE. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION HISTORIQUE. XIX

de Litophitons mous et sans bois, « parce qu'ils sont formés, dit-il, par des orties semblables à celles des Liophitons, cellesci, cependant, ne donnant aucun corps solide ; » enfin, il afait des observations analogues sur un grand nombre de ces corps pierreux, que l’on désignait déjà sous le nom de Madrépores (!), et dont il rapproche les Mammillifères (*), aussi bien que sur ceux qu’il appelle Millepores et qui doivent se rapporter à la classe des Bryozoaires ; et il leur a trouvé à tous des animaux plus ou moins semblables aux orties de mer, mais qui

(4) « …… J'observai que les extrémités ou sommets de la Madrépore que l’on appelle en provençal fenouël de mer (c'est la Dendrophyllia ramea), étaient mollasses et tendres, remplis d’une mucosité gluante et transparente qui filait comme la bave que les escargots ou colimaçons terrestres jettent. Ces extrémités étaient d’un beau jaune et avaient 5 ou 6 lignes de diamètre et molles plus d'un travers de doigt de long. Je vis un animal niché dedans. Cet animal était une espèce de sèche, de poulpe et d’ortie, ou poisson de même nature. Le corps de cette ortie remplissait le centre ; la tête était au milieu, entourée de plusieurs pieds ou pattes comme celles des sèches. La chair de ces animaux est très-délicate et se met en pâte, et fond très-facilement dès qu’on la touche. J'observai toujours la même chose sur toutes les différentes Madrépores qu’on péchait à la Calle ; les poissons étaient toujours les mêmes, à quelques petites différences près, par rapport à leur couleur, à leur grosseur et à la structure du solide de leur corps... Les Wadrépores ondées ou écrites (Méandrines) contiennent dans leurs rugosités ou ondes une infinité de petites orties dont les pattes sont grisâtres et le milieu blanchâtre… Je n’ai jamais pu distinguer si c'était un même poisson qui occupait toutes les traces de la même Madrépore, ou si c’est un amas infini de petites orties. Je penche pour ce dernier sentiment. »

(Peyssonnez, mss, 2° partie, p. 30 et 49.)

(2) « La dernière fois que j'ai été faire des observations dans la mer, c'était auprès du bourg de l’anse Bertrand, île Grande-Terre (Guadeloupe). J'y découvris la Polimadrépore rampante et molle. Elle était coriace, n'ayant que 4 ou 6 lignes de hauteur. Les poissons sont assez gros. L'ouverture de leur niche peut avoir 2 lignes de diamètre, c’est un sphincter qui s’élargit et se resserre. On ne voit dans ces trous aucune cloison (solide)... Quelques jours après l'avoir pêché, j'observai les enveloppes ou langes du poisson comme des filaments ou des membranes transparentes et luisantes ; elles se touchent toutes et ne laissent entre elles qu'une cloison qui parait moyenne comme les loges d'une ruche à miel. Elles sont rayées uniformément... La substance est comme spongieuse, collée exactement sur des rochers de sable mou.» (Pexssonnez, mss. 2e partie, p. 68.)

1x INTRODUCTION HISTORIQUE.

yariaient par leur forme et leur couleur, suivant l’espèce à laquelle ils appartenaient (1).

Celte manière d'envisager la nature des Coralliaires fut d’abord, ainsi que nous l'avons déjà dit, repoussée et même vivement combattue par Réaumur (2); et il a fallu que Trembley (5) fit connaître la structure et les singulières propriétés

(1) Indépendamment de la découverte des animaux de ces divers Coralliaires, Peyssonnel a donné de très-bonnes descriptions des espèces, et les a groupées en genres et en familles qu’il a très-nettement caractérisées. Nous reviendrons, en traitant de la classification, sur ces essais, qui sont restés complètement inédits, comme toute la seconde partie du Traïlé du Corail, et qui sont très-curieux, tant à cause des vues pieines de justesse qu’on y trouve, qu’en ce qu'ils ont précédé les travaux de Linné et de Pallas sur le même sujet.

(2) Peyssonnel reproduit, à la page 53 de son manuscrit, une lettre de Réaumur, datée de Paris, le 2 juin 1726, et dont voici un extrait :

(ARE Je pense, comme vous, que personne ne s'est avisé, jusqu’à présent, de regarder le corail et les lithophilons comme l'ouvrage d'insectes. On ne peut disputer à cette idée la nouveauté et la singularité ; mais je vous avouerai naturellement qu’il ne me paraît guère possible de l’établir dans la généralité que vous voulez lui donner. Les lithophi- “tons et les coraux ne me paraissent jamais pouvoir être construits par des orties ou pourpres, de quelque facon que vous vous y preniez pour les faire travailler. Je ne crois pas que par rapport aux coraux, il y ait autre système à prendre que celui dont je vous ai parlé autrefois, que leur écorce seule est plante, à proprement parler, et que cette plante dépose une matière pierreuse qui forme la tige nécessaire pour la soutenir; alors je vois toutes les difficultés disparaître sur l’organisation qui manque au corail. »

« Voici encore, ajoute M. Peyssonnel (p. 55), ce que le savant M. de Jussieu me marquait par sa lettre du 11 mars 1726 : « A l’égard de votre système des plantes pierreuses, que vous rangez parmi les dé-, pouilles animales de la mer, je ne sais si vos raisons seront assez fortes pour nous faire abandonner le préjugé où nous sommes touchant ces plantes ; il faut bien varier les preuves dans la dissertation qu'on doit en demander au nom de l’Académie et du ministre. »

(3) Abraham Trembley, né à Genève en 1700, résida à La Haye comme gouverneur des enfants du comte de Bentinck, et y fit, en 1740, sa célèbre découverte qu'il communiqua aussitôt à Réaumur. Celui-ci la fit connaître, en 1742, dans la préface du 6e volume de ses Mémoires (p. 1j). En 1743, Baker publia un ouvrage sur le même sujet, et l’année suivante, Trembley imprima, ên extenso, ses observations dans un livre intitulés Mémoire pour servir à l'histoire d'un genre de polypes d'eau douce, à bras en forme de cornes, 2 vol. in-12. Paris, 1744; et in-4°, Leyde, 1744. Il mourut, en 1784, à Genève.

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