À, SYSTÈME TÉGUMENTAIRE
Dans les Coralliaires malacodermés ou dépourvus de polypier, de même que dans le Polype ou portion supérieure et molle des Coralliaires sclérodermés ou à polypier, les parois du corps se composent essentiellement de deux tuniques, l’une externe ou
(1) Voyez pl. A1, fig. 1c et 3c; pl. A2, fig. 1b; etc. (2) Voyez pl. B1, fig. 4; etc.
tégumentaire, l’autre interne ou muqueuse. En général , entre ces deux tuniques il en existe aussi une troisième de nature musculaire.
$ 1. Structure des téquments mous.
La tunique tégumentaire dans un certain nombre d'espèces reste complètement molle et elle est alors visqueuse, mince et
peu résistante. Elle se compose de quatre plans superposés for - :
més chacun d’éléments différents ou diversement réunis.
La première de ces couches, en procédant de dehors en dedans, est l’épiderme proprement dit; c’est une lame transparente, formée de cellules arrondies ou subpolyédriques imparfaitement soudées entre elles et faciles à disjoindre.
Les cellules de la seconde couche ou couche pigmentale sont sphériques ou peu déformées, à peine adhérentes les unes aux autres et renferment dans leur intérieur les granules colorants.
Ensuite vient une couche glandulaire composée de nématocystes ou capsules filifères entremélées de vésicules transparentes de forme irrégulière ; ces divers éléments n’ont entre eux aucune cohésion.
Enfin la quatrième couche ou couche profonde constitue une véritable membrane transparente dont on ne distingue plus les éléments primitifs et qui offre de petites granulations avec des stries irrégulières.
Telle est la composition des tégumentschezles Edwardsies(r), jes Actinies (2), les Cérianthes (3), etc. ; mais dans d’autres Polypes ils se simplifient beaucoup, soit par la confusion des divers
strates, soit par l’atrophie ou la disparition complète de l’une ou
des deux couches intermédiaires.
La peau est le siège de plusieurs secrétions. Elle est ordinairement enduite d’un liquide visqueux. Dans certains cas, ce hquide devient assez consistant pour constituer une sorte de revêtement flexible et membraneux autour de l'animal (4).
Il se produit dans le derme des Cérianthes et de quelques Corallieires malacodermés, une multitude de nématocystes qui, en arrivant au dehors, donnent lieu à la formation d’une gaine
(1) De Quatrefages, Ann. des Sc..nat., 2e sér.,t. XVIIE, p. 76, 1842.
:(2) Hollard, Ann. des Sc. nat., 3e sér., t. XV, p. 267, 1851.
(3) 3. Haime, Mémoire sur le Cérianthe (Ann. des Sc. nat., 4 sér., t. 1, p. 341, 1854).
(4) Chez les Actiniens du genre Capnea, par exemple.
ORGANISATION DES CORALLIAIRES. ÿ
protectrice très-épaisse. Mais ces tuniques adventives ne sont pas en connexion organique avec le système tégumentaire et sont seulement le produit d’une excrétion.
$ 2. Structure des téquments consolidés.
Chez les Coralliaires sclérodermés, les téguments présentent dans leurs parties supérieures les caractères généraux que nous venons d'indiquer, mais inférieurement ils acquièrent une plus grande épaisseur et, se durcissant plus ou moins complètement dans leurs parties basilaires, ils donnent lieu au corps solide qu’on a appelé polypier.
Les polypiers ne sont donc pas, comme le pensaient Réaumur et ses contemporains, des produits de l’industrie des polypes qui seraient comparables au guépier des guëpes, ni le résultat d’une simple excrétion de matière inerte qui se moulerait sur la surface du corps des polypes, ainsi que le supposait Lamarck; ce sont toujours des parties organisées résultant d’une sorte d’ossification des téguments eux-mêmes, et par conséquent produites par un travail vital (1). Le tissu dur qui les forme présente des caractères particuliers qui le distinguent de la substance des os, des cartilages, des coquilles, de la corne, etc. C’est pourquoi nous avous proposé de le désigner sous le nom spécial de Sclérenchyme (2).
Cette espèce d’ossification peut porter sur le tissu dermique ou sur le tissu épidermique ; elle peut donner lieu à un simple durcissement miliaire ou à une consolidation complète et continue. Ces différences dans les parties du système técumentaire qui forment le sclérenchyme et dans le degré de dureté auquel elles atteignent, amènent dans le polypier des inodifications sur lesquelles nous reviendrons en traitant du développement des Coralliaires.
Le tissu épidermique ainsi modifié, constitue la partie extérieure du Polypier que l’on a désignée sous le nom d’exothèque. Le tissu dermique donne naissance au scléroderme proprement dit.
Quant à la nature chimique des polypiers, elle diffère en gé-
(1) Milne Edwards, Observations sur la nature et le mode. de croissance des Polypiers (Ann. des Sc. nat., 2e sér., Zool.,t. X, p. 321, 1838).
(2) Milne Edwards et J. Haime, Observations sur la structure et le développement des Polygiers en général (Ann. des Sc. nat., 3e sér., t. IX, p. 43, 1848).
néral très-peu de celle des coquilles. M. B.Silliman, qui a analysé les polypiers des Porites, des Madrépores, des Millepores, des Pocillopores, des Méandrines et des Astrées, ya trouvé de 92 à 96 pour 100 de carbonate de chaux, de 3 à 8 de matière organique et de 172 à 2 de diverses substances qui sont : la silice, la chaux, la magnésie, les fluorures de calcium et de magnésium, le phosphate de magnésie, l'alumine et l’oxyde de-fer (1).
Cette composition est celle de la grande majorité des polypiers ; |
mais dans quelques espèces le sclérenchyme est d’apparence cornée et se compose presque entièrement de matières organiques qui ont été étudiées anciennement par Hatchett (2), Mérat- Guillot (3Let quelques autres chimistes, mais qui ne sont quê très-imparfaitement connues. D’après ces analyses, cette substance cératoïde serait formée principalement d’une matière analogue à de l’albumine coagulée et fournirait de la gélatine par l’action de l’eau bouillante.