‹ Histoire naturelle des coralliaires, ou polypes proprement dits;Chapitre 27 sur 337 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

DES ALCYONAIRES.

(ALCYONARIA.)

Dans cel ordre, qui a poùr représentants principaux les Alcyons, les Gorgones et les Pennatules, le polype est toujours constitué par des tissus minces, transparents et lrès-délicals, tandis que la portion basilaire du corps est presque toujours formée par un lissu dermique épais et mou qui se développe de façon à conslituer un polypiéroïde, lequel à son tour est souvent porté sur un polypier épidermique.

Les tentacules, loujours au nombre de huit, forment un seul cycle el sont élargis vers leur base de façon à s’y rencontrer ; leur longueur est médiocre, et de chaque côté ils sont garnis d’une rangée de petites digitations simples et filiformes qui leur donnent une apparence pinnée (!). Ces franges marginales sont autant de petits cylindres creux, lerminés en cul-de-sac et débouchant par leur base dans la cavilé qui occupe tout l'intérieur du tentacule; elles sont susceptibles de se contracter beaucoup, et quelquefois elles prennent ainsi la forme d'une série de tubercules. Une raphée correspondante à l'insertion de chacune des lames mésentéroïdes se prolonge du point de rencontre des tentacules jusqu’à la bouche, et donne à l’espace péristonien une structure radiaire. Une autre ligne sembla ble descend le long de ia surface extérieure du corps du polype et marque les limites des huit loges périgastriques qai

(1) PI. À 1, fig. 1 6.

entourent l'estomac. Il est aussi à noler qu’à la partie supérieure de chacune des espèces intercostales ainsi dessinées, on voit à la base du tentacule un certain nombre de spicules sclérenchymateuses de forme naviculaire, qui sont groupées de facon à représenter une série de chevrons dont la pointe serait dirigée en haut (!). Ces spicules sont logées dans la membrane dermique et consistent chacune en un petit cylindre de tissu de consistance cartilagineuse, atténuée aux deux bouts et hérissée tout autour de petits tubercules (2). Le plus ordinairement ces baguettes navicubaires sont colorées de la même maaière que le polypiéroïde, tandis que les membranes tégumentaires qui les contiennent sont incolores.

La bouche qui occupe le centre de la couronne radiaire formée par les huit tentacules, varie un peu dans sa forme, suivant qu'elle se dilate et que ses bords deviennent un peu saillants, ou qu’elle se contracte, mais elle reste toujours parfaitement circulaire, ou plulôt octogone, et nous n'y avons jamais aperçu de tendance à une disposition bilabiale, comme cela se voit souvent chez les Zoanthaires. Le tube digestif ou estomac qui y fait suite, est toujours assez long et terminé inférieurement par un orifice appelé pylore et garni d’un sphineler; ses parois sont en général teintées en jaune brunâtre et sont garnies de beaucoup de fibres musculaires transversales. Enfin, la surface externe de ses parois donne atlache, dans toule sa longueur, aux huit lames mésenthéroïdes qui naissent de la muraille du polype par leur bord externe, et qui divisent ainsi la portion périgastrique de la cavité générale en huit loges tubiformes. (5) dont l'extrémité supérieure se continue avec la cavité intérieure du tentacule correspondant, et dont l'extrémité opposée débouche dans la chambre viscérale auprès du pylore.

La longueur de la portion abdominale ou post-gastrique du corps de ces animaux est très-variable. Tantôt la cavilé viscérale est courte et arrondie vers le fond, chez le Corail et les

(1) PL A1, fig. 36.

(2) PI. A1, fig. 36.

(:) PI. A1, fg. 1c.

Gorgones (1), par exemple ; d’autres fois elle s’allonge extrémement et se rétrécil peu à peu de façon à finir en pointe (2), ainsi que cela se voit chez les Alcyons. Vers sa parlie supérieure, les parois de celte portion du corps restent toujours minces ef rétractiles, mais dans sa partie inférieure, la couche dermique change de caractère, devient épaisse et spongieuse, se charge de concrétions calcaires et constitue un polypiéroïde (ou polypier charnu) dont l'étendue et là forme varient suivant les espèces. Quelquefois la consolidation de ce tissu s’effectue principalement par le développement d’un grand nombre dé spicules naviculaires analogues à celles dont nous avons déjà signalé la présence à la base des tentacules (*), et dans certaines espèces ces spicules font saillie à l'extérieur, de façon à hérisser la surface du Coralliaire d’une multitude d’aiguilles (?). Mais en général la solidification du tissu dermique des Loanthaires est déterminée par le développement d'une mullitude de noyaux sclérenchymateux appelés sclérites, qui ressemblent beaucoup à ceux dont se compose le tissu des polypiers proprement dits de certaines Zoanthaires, telles que les Porites, etc., mais’qui ne forment que de pelits groupes isolés et ne se réunissent jamais entre eux, de façon à consituer une charpente solide.

La disposition la plus simple de ces Polypiéroïdes dermiques ést celle qué nous avons observée chez un pelit Alcyonaire des côtes de l'Algérie, qui paraît devoir former un genre nouveau et sera désigné sous le nom d’Haimua funebris. C'est un fourreau cylindrique fermé par le bas et se continuant supérieurement avec le polype, ou portion molle de l'animal, qui, en se contractant, rentre complètement dans l'espèce de tube ainsi formé.

Dans le genre Cornulaire, la conformation du polypiéroïde est la même que chez la Haimia; seulement, au lieu de rester

(1) PI. A2, fig. 1b.

(2) PL A1, fig. 30.

(3) PL A1, fig. 1a, 14.

4) PL. B1, fig. 1 a, 20.

simple, il s’entoure de stolons reproducteurs qui donnent naissance à de jeunes individus et produisent ainsi un polypiérite fasciculé.

D'autres fois le bourgeonnement reproducteur se fait sur une expansion continue, au-dessus de laquelle s'élèvent autant de cylindres ou de cornets qu’il y a de polypes, et les polypiéroïdes sont serrés les uns contre les autres, tout en conservant leur indépendance (!), ou en ne contractant des adhérences que de distance en distance (?).

Mais il arrive beaucoup plus souvent que la couche cœnenchymateuse qui les produit, au lieu de rester sous la forme d’une lame mince au pied des Zoanthaires ainsi groupés, s’élève de facon à remplir l’espace qu'ils laissent entre eux, et à les empâter dans un polypiéroïde commun qui affecte la forme d’une lame épaisse et encroûte les corps étrangers, ou se développe autour de productions épidermiques disposées en manière de tige. Ce mode d'organisation se voit chez le Corail (5), les Gorgones, etc., et lout ce que nous avons dit précédemment au sujet du mode de développement du polypier central y est applicable (©).

Chez d'autres Zoanthaires, le bourgeonnement, au lieu d’être basilaire comme dans les cas précédents, est latéral, et les jeunes individus naissent à diverses hauteurs tout autour de l'individu dont ils dérivent. Les divers polypes ainsi constilués s’élèvent en faisceau et restent unis entre eux par leurs murailles jusque dans le voisinage plus ou moins immédiat de leur calice, et il en résulte une agglomération massive ou des lobes épais. Quelquefois la portion superficielle et inférieure seulement de ce faisceau d'individus se développe de façon à conslituer un polypiéroïde qui affecte alors la forme d’un gros cylindre creux et servant de gaine à toute la colonie (°); mais le

Coralliaires. Tome 1. 9

plus ordinairement le tissu dermique de tous les individus s'épaissit et se charge de sclérodermiles dans presque toute la hauteur des polypes, d'où résulte un polypiéroïde multilocuaire, massif, dont la surface cependant est toujours mieux consolidée que les parties profondes (!). Enfin cette agrégation fasciculaire peut rester indivise, ou se parlager en lobes ou en branches, suivant que l'accroissement de la colonie se fait d'une manière uniforme où acquiert un surcroît d'activité sur quelques points épars. IT est aussi à noter que la multiplication par bourgeons, au lieu de se faire d’une manière irrégulière tout autour des individus reproducteurs, peut être localisée dans certaines parties du corps de ceux-ci, de façon à donner à l'ensemble une disposition déterminée, une certaine symétrie bilatérale, par exemple, comme cela se voit chez la plupart des Pennatuliens.

L'ordre des Alcyonaires est un groupe parfaitement naturel ; mais il ne se trouvait représenté par aucune division particulière dans la classification des Zoophytes adoptés par Cuvier (?), et les Coralliaires dont il se compose étaient répartis, les uns dans la section dite Famille des Polypes à tuyaux, qui comprenait les Sertulariens, etc.; d'autres dans la Famille de Polypes corticaux qui renfermait aussi presque tous les Zoanthaires, et qui était subdivisée en Cératophytes (Gorgones, etc.), Lithophytes (Corail, Madréporiens, Astrées, etc.), Nageurs (Pennatuliens) et Charnus (Alcyons, etc.). Dans la classification de Lamarck, la confusion est moins grande, car les divers représentans du type Alcyonaire ne sont plus mêlés à ceux du type Loanthaire, qui pour la plupart se trouvent réunis dans une division particulière sous le nom de Polypes lamelhfères ; mais les premiers sont encore dispersés dans plusieurs divisions qui n’ont entre elles aucun lien direct; savoir : la section des Polybiers corticiféres, celle des Polypes tubifères et celle des Polypes flottants (*). Les affinités zoologiques qui unissent enre

(1) Ex. : Alcyons, pl. A1, fig. 24, 50.

(2) Règne animal, 2° éd. t. 3, p.298 et suivantes. (2) Lämarck, Hist. nat. des animaux sans vertèbres, 1. 2.

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ñ eux les Alcyons, les Gorgones, les Pennatules, les Cornulaires, etc., et les bases anatomiques de la classification naturelle des Coralliaires, furent indiquées pour la première fois, en 1828, par Audouin et moi (!). Le groupe ainsi établi ne reçut pas alors un nom particulier, néanmoins il fut nettement caractérisé el il correspond exactement à celui adopté deux années après par Blainville, sous l’appellation de classe des Zoophytaires (?). Mais ce nom, ayant antérieurement une signification beaucoup plus large, n’a pu être admis, et peu de temps après, nous y substituâmes celui d’A/cyoniens (5), dont on a ensuite changé la terminaison pour y donner la forme qui caractérise des divisions zoologiques d’un rang élevé. L'ordre des Alcyonaires à donc été réellement fondé en 1828 par les deux naturalistes cités ci-dessus. M. Ehrenberg ne l’a pas adopté et a préféré ranger ces Coralliaires dans deux familles appartenant à deux ordres distincts où prennent place également tous les Zoanthaires (*). Mais la plupart des autres z00phytologistes l'ont admis sans modification aucune, sauf en ce qui concerne le nom; car M. Johnston l'appelle ordre des 4stroidea (*). Enfin, dans l’ouvrage de M. Dana, ouvrage qui est une des acquisitions les plus précieuses pour cette partie de l'Histoire naturelle, ce groupe à au contraire repris son nom d’Alcyonaria (5), que nous avons cru devoir conserver aussi (7).

(1) Audouin et Milne Edwards, Résumé des recherches sur les animaux sans vertèbres faites aux îles Chausay (Ann. des Sc. nat. 1823, t. 15, p. 18).

(2) Blainville, art. Zoophytes du Dictionnaire des Sciences naturelles, t. 60, p- 460 et suivantes, (1830), et Manuel d’actinologie, p. 496, (1834).

(3) Milne Edwards, Eléments de Zool. 1re éd. p. 1046 (1834). Notes de la 2e éd. de l'Hist. des anim. sans vertèbres, par Lamarck, t. 2, p. 109, 1836.

(4) M. Ehrenberg décrit les Anthozoaires (ou Coralliaires) en deux ordres : les Zoocorallia et les Phytocorallia, puis subdivise : le premier de ces groupes en trois tribus, dont l’un, formé de ses Zoocorallia octactinia, comprend Alcyons, les Pennulules, etc.; et le second en sept tribus, dont la 6e, sous le de Phytocorallia octactinia, se compose des Gorgones et des Isis (Corallenthere des rothen Meeres, p. 53 et p.130, 1834).

(5) Johnston, Brit. Zoopk. (Mag. of Zool. and Botany, v.1, p. 447, 1837). — History of the Brit. zooph., 2e éd. vol. 1, p. 138, 1847,

(6) Dana, United States Exploring exped. Zouphytes, p. 116, etc., 1846.

(7) Milne Edwards et Haime, Distrib. méthod. de polypes (Polypiers, fossiles des terrains palæozoïques, p. 179).

102 ORDRE DES ALCYONAIRES.

Ce groupe, parfaitement naturel et bien délimité, se subdivise en trois familles qu'on peut distinguer entre elles aux caractères suivants :

sans axe épithélique. 4 adhérant [Atcxompes.

muni d’un axe épithélique

ALCYONAIRES à corné ou calcaire.

\GoncoxiDes.

Polypiéroide

libre, creusé d’une cavité centrale qui renferme presque toujours un axe formé par /PENNATULIDES. du tissu épithélique.

FAMILLE DES ALCYONIDES.

Coralliaires à polypiéroïde ou à polvpier toujours adhérent, composé seulement de sclérenchyme dermique, et n’offrant ni axe sclérobasique central, ni cavité commune correspondante à la place occupée ailleurs par un axe de ce genre.

Chez presque lous ces Coralliaires, le tissu dermique n’est consolidé que par des spicules ou sclérodermides isolés, et tout en acquérant parfois une épaisseur et une consistance assez grandes, il n’est point rigide et conserve une certaine contractilité, disposilion qui a fait donner à ces Zoophytes le nom de Polypes à polypier charnu, par Cuvier et quelques autres naturalistes. Dans un genre, celui des Tubipores, il en est autrement, et la muraille de chaque individu se transforme en un polypier derwique cylindrique. Quoi qu’il en soit, les polypiéroïdes ou le polypier proprement dit, qui en tient lieu, se soude par sa base

“à la surface sur laquelle il se développe, et il en résulte que les

animaux de cette famille vivent toujours fixés aux corps sousmarins. Sous ce rapport ils ressemblent aux Gorgonides dont se compose la seconde famille du même ordre; mais ils s’en distinguent nettement par l'absence du sclérenchyme épidermique qui, chez ces derniers, se développe de la base vers le sommet dans l'axe du polypiéroïde et y constitue une tige centrale solide.

Cette division correspond à peu près à l’ordre des Polypes

ALCYONIDES. 103

tubifères de Lamarck (1) et à la famille des Zoanthaires sarcinoïdes ou Alcyonaires de Blainville (*). La famille qui, dans la classification de M. Johnston, est désignée de la même manière, y rentrerait, mais est caractérisée de façon à ne pas comprendre tous les types que nous y plaçons (°). Enfin, elle ne figure pas en réalité dans la classification de M. Dana, car le groupe qui, dans ce système, porte le nom de famille des Alcyonides, ne correspond qu'à une de ses subdivisions.

Le mode de bourgeonnement de ces Coralliaires varie et détermine dans la conformation du polypiéroïde des différences à raison desquelles nous les divisons en quatre sous-familles. Les caractères cités dans le tableau suivant suffisent pour la distinction de ces groupes.

Polypiéroïde se/basilaire seulement et s’élemultipliantpar| vant à la surface de stolons bourgeonne- À ou d’une expansion membra- CORNULARINE. ment niforme ; quelquefois isolés.

a AO ÎTELESTINE.

ALCYONIDES à pourvus d'un latéral et for-

masses simples, lohées ?ALGYONINÆ.

mant des | ou ramifiées.

Polypier, composé de tubes à murailles distinctes mais unies entre elles d’espace en es-}TuBIPORINÆ. pace par des expansions horizontales.

(1) Op. cit. 2e éd. t. IL, p.

(2) Manuel d’'actinologie, p. 519.

3) Hist. of the Brit. z0oph. vol. I, p. 156.

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