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(a) Plr 20, %, ia, «.
QO H I S ï O I II E NATURELLE
eux périssent en très-peu de temps lorsqu'on les retire de l'eau pour les exposer à l'action de l'air ; mais d'autres espèces sortent volontairement de l'élément qu'ils habitent , et vivent autant à l'air que dans l'eau ; enfin, on en connaît qui sont terrestres dans toute l'étendue de ce mot, car ils ne viennent guères à l'eau que pour s'y baigner. Dans les autres classes du règne animal, la respiration aérienne coïncide presque toujours avec l'existence d'une cavité intérieure destinée à l'exercice de cette fonction, et connue sous le nom de poumon eu de trachée, tandis que là où la respiration se fait par l'intermédiaire de l'eau, c'est la surface d'organes saillans appelés branchies qui en est le siège. Pour expliquer les différences que nous venons de signaler dans la manière de vivre des Crustacés, on pouvait donc supposer que les espèces réellement amphibies seraient pourvues en même temps de poumons et de branchies, et que les espèces qui s'asphyxient dans l'eau, ou qui meurent lorsqu'on les expose à l'air, étaient privées de l'un ou de l'autre de ces organes respiratoires. C'est en efiet l'opinion que M. Geoffroy-Saint-Hilaire paraît avoir adoptée (ï) , mais elle ne nous semble pas compatible avec le résultat de plusieurs observations postérieures à celles sur lesquelles elle est fondée; et en admettant même que la modification curieuse des parois de la cavité branchiale, signalée par ce savant dans le Birgus Latro , puisse servir à la respiration , nous ne croyons pas qu'on doive la regarder comme constituant un véritable poumon.
(ï) Les observations de ce savant furent communiquées à l'Académie des sciences le 12 et le 19 septembre 1825 ; mais elles sont restées inédites.
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En effet, on donne le nom de poumons ou de branchies à des organes particuliers creusés d'un grand nombre de vaisseaux dans lesquels le sang passe en totalité ou en majeure partie avant que de se distribuer aux différentes parties du corps , et y porter l'oxigène qu'il absorbe pendant son passade à travers ces canaux. Pour que cette absorption et l'exhalation de l'acide carbonique, qui en est une suite , puisse s'effectuer , il fallait que le sang ne fût séparé du milieu dans lequel l'animal est plongé que par une membrane mince et très-perméable; dans l'eau une telle membrane pouvait se trouver à la surface extérieure du corps sans que ses qualités soient nécessairement altérées ; mais à l'air il n'en est pas de même, et placée ainsi, on la verrait en général se dessécher bientôt et perdre, par l'effet de l'évaporation, toutesles propriétés nécessaires à l'exercice de ses fonctions. Il en résulte que chez les animaux destinés à vivre dans l'eau, où l'évaporation est nulle , la nature n' a prise aucune précaution pour empêcher la dessiccation de la surface respiratoire > et qu'elle l'a laissée à l'extérieur, tandis que chez les êtres qui habitent l'atmosphère elle la reployée en dedans du corps, et en a tapissé des cavités où, l'air ne se renouvelant qu'autant que cela est nécessaire pour la respiration , l'évaporation est réduite à son minimum.
La différence essentielle qui distingue les poumons des branchies réside dans cette modification ; dans les premiers, la respiration se fait par les parois de cavités intérieures, tandis que dans les seconds c'est à la surface d'organes saillans que se distribuent les vaisseaux dans lesquels le sang est soumis à l'action de l'oxiaène.
g2 HISTOIRE NATURELLE
Or , dans le Birgus , la partie de l'appareil respiratoire, que M. Geoffroy regarde comme l'analogue du poumon , n'est autre chose qu'une portion des tégumens communs sur laquelle on ne distingue pas de tunique épidermique, mais dont la surface est hérissée d'un nomhre immense de végétations saillantes. En admettant que cette portion de la peau qui tapisse la paroi supérieure de la cavité respiratoire et recouvre les branchies , puisse servir à la respiration , ce serait donc plutôt comme une branchie supplémentaire que comme un poumon qu'il faudrait la considérer , et son existence ne lèverait aucune des difficultés qu'on rencontre dans l'explication des phénomènes dont nous avons parlé plus haut.
Pour jeter de nouvelles lumières sur ce sujet , j'ai fait, conjointement avec M. Audouin , une série d'expériences sur la respiration aérienne des Crustacés (i), et nous avons constaté d'abordque chez tous ces animaux les branchies peuvent servir à la respiration aérienne, comme elles servent à la respiration aquatique , mais qu'en général le dessèchement qu'ils éprouvent à l'air agit comme une cause puissante de mort : aussi , en plaçant dans de l'air chargé d'humidité des Homards et d'autres espèces qui, en général, meurent peu d'heures après qu'on les a retirés de la mer , sommesnous parvenus à en conserver en vie pendant trèslong-temps. Il nous a donc paru probable que l'un des moyens employés par la nature , pour faire vivre dans
(i) Mémoire sur la' respiration aérienne des Crustacés , et sur les modifications que l'appareil branchial éprouve dans les Crabes terrestres, lu à l'Académie des sciences le 21 juillet iS'i8, (Voyez les Jnnalcsdes sciences naturelles, t- 5, p. 85. )
DES CRUSTACÉS. g3
l'atmosphère les Crustacés, pourvus seulement de branchies, était d'empêcher, par des moyens quelconques, la dessiccation de ces organes.
Les habitudes des Crabes terrestres venaient à l'appui de cette opinion , car ils se creusent des terriers profonds et recherchent toujours des lieux humides ; et nous avons constaté que chez plusieurs d'entre eux, au moins, il existait une disposition particulière de l'appareil respiratoire qui semble être destinée à maintenir de l'humidité autour des branchies ; tantôt la membrane tégumentaire, qui tapisse la cavité où sont placés ces organes , présente à sa partie inférieure un large repli qui en recouvre la base et forme une espèce d'auge propre à contenir une certaine quantité d'eau; tantôt elle offre une texture spongieuse, analogue à celle qne M. Geoffroy a découverte chez le Birgus.
Une autre circonstance qui peut contribuer, aussi bien que la dessiccation, à faire périr la plupart des Crustacés qu'on retire de l'eau , c'est l'affaissement des lamelles branchiales les unes sur les autres , et la diminution qui en résulte dans l'étendue de la surface en contact avec l'oxigène. M. Flourensa fait voir que, lorsqu'un poisson est plongé dans l'eau, les lîlamens qui garnissent ses branchies ne se touchent pas et flottent dans le liquide qui les baigne, tandis qu'à l'air leur pesanteur spécifique les fait retomber et les réunit en masse. Dans ce dernier cas, l'étendue de la respiration de ces animaux se trouve donc diminuée de beaucoup ; et bien que cette fonction puisse continuer à s'exercer dans la portion des branchies en contact avec l'air, elle ne suffit plus à l'entretien de la vie , et l'asphyxie ne tarde pas à commencer. 11 en est
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de même chez les Crustacés, et probablement c'est également une cause de mort pour beaucoup de ces animaux.
§ III. Circulation.
Chez les animaux dont la structure est la plus simple, les sucs nutritifs, fournis par les alimens, et Foxigène absorbé par îe travail respiratoire, ne parviennent aux différentes parties intérieures du corps que par une espèce d'imbibition ou d'endosmose; mais, lorsqu'on s'élève dans la série des êtres, on voit bientôt un appareil particulier être destiné à effectuer ce transport, et chacun des actes qui y concourent devenir successivement l'apanage d'un instrument spécial. Lorsque la division du travail ne commence qu'à peine , cet appareil est une simple dépendance de la cavité digestive, disposition dont les Méduses nous offrent des exemples ; mais il ne tarde pas à en devenir distinct. Bientôt la route que les liquides parcourent pour se distribuer aux différens organes, et celle par laquelle ils en reviennent, cesse aussi d'être la même , et ils décrivent dans leur marche un cercle complet. Les canaux dans lesquels cette circulation s'effectue consistent d'abord en une série de cavités ou de lames que les parties solides de l'économie laissent entre elles; mais ensuite elles acquièrent des parois qui leur appartiennent en propre, et un organe musculaire particulier leur est adjoint pour déterminer un courant dans le liquide qu'ils renferment. Enfin, dans les animaux supérieurs, la division du travail est portée à un plus haut degré, et on voit l'appartil circulatoire se compliquer de plus en plus.
DES CRUSTACÉS. p5
Chez les Crustacés , la distribution du liquide nourricier dans les différentes parties du corps , et son retour vers un point central , s'effectue au moyen d'un système particulier de vaisseaux ; il existe aussi un réservoir musculaire , nommé cœur , qui est destiné à déterminer le mouvement du sang; et, dans un point déterminé du cercle circulatoire, ce liquide passe à travers les branchies , où il reçoit l'influence de Fair. Il y a donc , dans cette classe d'animaux , une circulation complète , mais elle est plus simple que chez la plupart des animaux vertébrés , et il paraît que c'est encore par imbibition que les sucs nutritifs, produits parla digestion , parviennent de la cavité alimentaire dans les vaisseaux sanguins ; car il n'y a point de système chylifère particulier comme chez les animaux supérieurs , et on n'aperçoit aucun autre moyen de communication entre ces deux appareils.
Le sang des Crustacés, de même que celui de tous les autres animaux articulés et celui des Mollusques , ne présente point la couleur rouge qui est propre à ce liquide chez les Annelides et chez tous les animaux vertébrés ; aussi pendant long-temps a-t-on cru que ces animaux en étaient dépourvus. C'est un liquide albumineux qui , dans l'état naturel , est limpide et presque incolore ; mais , lorsqu'on le retire des vaisseaux qui le renferment , il ne tarde pas à devenir opaque , et à prendre une couleur blanche bleuâtre ou légèrement rosée ; exposé à l'air, il se coagule promptement et se transforme en une geîée assez consistante. Enfin, examiné au microscope, il paraît formé d'une espèce de sérum tenant en suspension une grande quantité de globules albumineux.
û6 HISTOIRE NATURELLE
11 a régné pendant long-temps une grande dissidence d'opinions relativement à la marche suivie par le sang dans le cercle circulatoire qu'il parcourt chez les Crustacés ; mais les expériences nombreuses que nous avons faites, conjointement avec M. Audouin , paraissent avoir décidé complètement la question.
D'après les écrits de Willis (i) , on croirait que le sang veineux arrivant de toutes les parties du corps , et le sang artériel venant des branchies, se mêlent dans la cavité du cœur, et que cet organe , en se contractant, enverrait une portion du mélange aux divers organes, et chasserait le reste dans l'appareil respiratoire , où il subirait une seconde fois Faction de l'air. Dans les Leçons d'anatomie comparée , M. Cuvier dit que le sang se porte des branchies au cœur , puis de cet organe à toutes les parties du corps, d'où il retourne directement aux branchies (2). Mais , dans un ouvrage plus récent , ce savant fait suivre à celiquide une marche absolument inverse , caril décrit son trajet comme ayant lieu du cœur aux branchies , de celles-ci à un vaisseau central qui le distribue à toutes les parties du corps , et de là il le fait revenir au cœur (3). Cette dernière opinion était assez généralement adoptée (4) ; cependant, d'après la théorie la plus récente, il n'y aurait pas de circulation complète
(1) Willis. De anima brutorum, t. III , p. 16.
(2) M. Cuvier. Leçons d'anatomie comparée, t. IV, p. 407. (i8o5.)
(3) M. Cuvier. Le Bègue animal distribué d 'après son organisation. ire. édition, 1817, t. Il, p. 5i2.
(4) M. Latreille. Même ouvrage , t. III , p. 5.
M. Desmarest. Considérations sur les Crustacés , p- 5^, (i825).
chez ces animaux , et le sang ne traverserait pas les organes respiratoires (i).
Le petit nombre des observations directes rapportées par les autres dont nous venons de parler , la contradiction apparente des faits , et les divergences encore plus grandes dans les opinions , appelaient de nouvelles recherches sur ce sujet. Nous nous en sommes occupés, M. Audouin et moi , et les expériences nombreuses que nous avons faites sur des Crustacés vivans , nous paraissent avoir décidé complètement la question (2). Elles prouvent , d'une manière indubitable , que ce liquide se rend (ainsi que M. Cuvier lavait d'abord enseigné ) du cœur dans toutes les parties du corps, au moyen d'un système de vaisseaux artériels très-développés ; qu'après avoir servi à la nutrition des organes , il se dirige vers des réservoirs veineux, desquels il passe dans les branchies; et qu'enfin, après avoir traversé ces organes, il revient directement au cœur, pour parcourir de nouveau le cercle que nous venons d'indiquer.
Dans tous les Crustacés Décapodes, le cœur (3) est situé à la partie médiane et supérieure du thorax, entre les flancs et immédiatement au-dessous de la carapace; il est recouvert par les tégumens communs, et il repose sur l'intestin, le foie et les organes de la génération. Une espèce de péricarde, formé par des prolongemens
(1) M. Luncl. Doutes sur l'existence du système circulatoire dans les Crustacés. Isis , 1825.
(2) Voyez nos Piecherches anatomiques et physiologiques sur la circulation dans les Crustacés. {Annales des sciences naturelles, t. xi, 1827.) Les principales figures accompagnant ce travail sont reproduites dans notre atlas , PI. 5 à 9.
(3) PI. 5, fig. i ; i , le cœur ouvert ; et PI. 7, fig. 1, d.
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de la tunique séreuse qui tapisse toute la cavité viscérale , lui sert d'enveloppe, et des faisceaux musculaires, ainsi que les vaisseaux qui en partent , servent à le fixer aux parties voisines ; sa couleur est blanchâtre, et sa forme est très - remarquable , car elle est rayonnée et semble résulter de la superposition de plusieurs étoiles dont les branches ou rayons ne se correspondraient pas. Chez les Brachyures , sa largeur est au moins égale à son diamètre antéro-postérieur ; mais , chez les Macroures , il devient un peu plus étroit et prend la forme d'un carré long ( i). Enfin , dans les Stomapodes (2) et les Edriophthalmes , il constitue un long vaisseau cylindrique ; et, au lieu de n'occuper qu'une petite portion du thorax, il s'étend dans toute la longueur de l'abdomen.
Le système artériel des Crustacés Décapodes se compose de six troncs vasculaires dont les ramifications nombreuses s'étendent dans toutes les parties du corps. Trois de ces vaisseaux naissent de l'extrémité antérieure du cœur , deux de la partie antérieure de sa face inférieure et un de sa partie inférieure et postérieure. Enfin, au-devant de l'ouverture de chacun d'eux , on voit un petit appareil valvulaire composé d'un ou de deux replis membraneux et servant à empêcher le sang de refluer, de leur intérieur, dans la cavité du cœur.
Les trois vaisseaux qui ont leur origine à la partie antérieure du cœur ont reçu les noms d! artère ophthalmique et à! artères antennaires .
(1) Pi. 7, fig. 1,/.
(2) PI. 9, fig, a, c.
DES CRUSTACÉS. gq
La première de ces artères (i) occupe la ligne médiane, se dirige directement en avant, passe audessus de l'estomac, et gagne 1 extrémité antérieure de la carapace où elle se divise en deux branches qui pénètrent dans les pédoncules oculaires et se distribuent aux yeux.
Les artères antennaires (2) se portent également en avant, mais en suivant une ligne oblique et en s'écartant de plus en plus de Fartère ophthalmique ; elles sont d'abord logées, de même que cette dernière , dans l'épaisseur des membranes tégumentaires , et reposent sur la face supérieure du foie ; mais sur les côtés de l'estomac elles deviennent plus profondes et passent entre ce viscère et une portion des organes de la génération. Les brandies qu'elles fournissent pendant ce trajet sont très-nombreuses et se distribuent aux tégumens qui tapissent toute la carapace, à l'estomac, à ses muscles, aux organes de la génération, etc. Enfin, elles fournissent un rameau aux antennes internes et pénètrent dans la tige des antennes externes pour s'y terminer.
Les deux vaisseaux qui naissent de la partie inférieure et antérieure du cœur, sont les artères hépatiques (3). Ils se divisent en une infinité de rameaux , et se distribuent au foie. Dans les espèces où les deux moitiés de ce viscère restent séparées et forment de chaque côté du corps une masse distincte comme chez le Homard, etc. , les artères hépatiques
(1) PI. 5, fig. 1, k; et PI. 7, fig. i, e.
(2) PI. 5, fig. 1,7; et PL 7, fig. i,/.
(3) PJ. 6, fig. 1, aa ; dans la PI. 5, fig. 1, on voit au fond du cœur les ouvertures de ces deux artères.
IOO HISTOIRE NATURELLE
ne se réunissent pas ; mais lorsque les deux foies ne forment qu'un seul organe, comme chez le Maïa , on voit ces vaisseaux s'anastomoser et présenter une disposition très-remarquable.
Enfin, le sixième et dernier tronc artériel qui est fourni par le cœur, et qui se sépare de la partie jjostérieure et inférieure de ce viscère, a reçu le nom & artère stemale (i) ; c'est le plus volumineux de tous , et c'est lui qui porte le sang dans l'abdomen , dans toutes les pâtes , aux appendices de la bouche, etc. Sa direction est d'abord verticale, et il passe à côté de l'intestin, puis entre les deux foies pour gagner la face inférieure du thorax ; il se recourbe ensuite en avant et ne se termine que lorsqu'il rencontre l'œsophage. Dans les Décapodes à longue queue, l'artère sternale présente souvent , aussitôt après son origine, un renflement pyriforme très-considérable ou bulbe que Willis a considéré comme l'oreillette du cœur (2), et il donne ensuite naissance à une grosse branche qui se porte directement en arrière. Ce dernier vaisseau, que nous avons appelé artère abdominale supérieure (3) , suit la face supérieure de l'intestin jusqu'à l'extrémité de l'abdomen , et fournit au niveau de chaque anneau deux branches principales destinées aux muscles puissans de cette partie du corps. Parvenu à la face inférieure du thorax, l'artère sternale donne naissance à une autre branche postérieure ( artère abdominale inférieure ) , qui fournit les artères des dernières pâtes thoraciques , avant que de pénétrer dans l'ab-
(1) PI. 5, %. 1, l, etfig. 2, â\ PL 7, fig. 1, l, etfig. ?., a. (a) PI. 7, iig. i, /.
(3) PI. 7, fig. i,g-.
domen dont elle occupe la face inférieure (i). L'artère sternale se recourbe ensuite en avant , s'ença^e dans le canal sternal , et donne à chaque paire de pieds thoraciques, ainsi qu'aux pâtes - mâchoires et aux mâchoires proprement dites , un rameau dont le calibre varie suivant le degré de développement de ces divers membres (2). Enfin, parvenu à la selle turcique antérieure , elle se bifurque pour passer de chaque côté de l'œsophage ; elle donne ensuite des branches aux mandibules , et se termine à la partie antérieure et inférieure de la tête. Dans les Crabes et tous les Décapodes brachyures , la disposition de l'artère sternale est un peu différente, car elle n'est pas logée dans un canal osseux , et elle n'envoie à l'abdomen que des rameaux très-déliés (3).
Dans les Squilles (4) , on distingue aussi une artère ophthalmique et deux artères antennaires qui naissent de la partie antérieure du cœur ; mais , du reste, la disposition du système artériel est très-différente de ce que nous venons de voir , car on ne retrouve les analogues , ni des artères hépatiques , ni de l'artère sternale , et il naît immédiatement du cœur un grand nombre de branches qui sont destinées à porter le sang aux viscères, aux membres , etc. ; chaque anneau du corps présente une paire de ces vaisseaux.
Les canaux par lesquels le sang revient des diverses parties du corps vers les branchies , sont plutôt des lacunes situées entre les divers organes ,
(1) PL 7, fig. 2, c.
(2) PI. 7, %. a, b, b.
(3) PI. 5, fig. 2, h.
(4) PL 9, fig. 1.
102 HILTOIRE NATURELLE
que des canaux à parois bien formées. Quoi qu'il en soit, ces veines informes aboutissent toutes à des espèces de réservoirs sanguins que nous avons nommés sinus veineux.
Chez le Maïa (i) et les autres Brachyures, ces sinus occupent les côtés du thorax et sont renfermés dans les cellules des flancs , immédiatement audessous de l'espèce d'arcade qui surmonte l'articulation de chaque pâte. Le nombre de ces golfes veineux est ésral à celui des cellules de la rangée supérieure ; ils sont renflés, recourbés sur eux-mêmes, et en communication les uns avec les autres , leurs parois, d'une ténuité extrême, ne sont formées que par une lame de tissu cellulaire qui est intimement unie aux parties voisines ; aussi leur forme et leur grandeur sont -elles déterminées par la disposition de ces parties , et doit-on regarder ces réservoirs comme étant de grandes lacunes plutôt que des poches à parois propres. Chacun d'eux reçoit plusieurs veines qui y versent le sang venant de toutes les parties du corps, et à leur partie externe et supérieure naît un cros vaisseau qui se dirige en dehors et en haut, pénètre dans la branchie correspondante, et suit le bord externe de sa cloison médiane (2) ; c'est le vaisseau ajfèrent de la branchie , qui fournit des rameaux à chacune des lamelles dont ces organes sont garnis , et y verse le sang qui doit y subir l'influence de l'air.
Dans les Homards et les autres Décapodes macroures que nous avons examinés, la disposition du
(1) PI. 6, fig. 2, dd, etfig. 4, c.
(2) PI. 6, fig. 2 , c, et%. 4> d-
DES CRUSTACÉS. I o3
système veineux n'est pas exactement la même que chez les Brachyures. Indépendamment des golfes veineux situés de chaque côté du thorax , et en communication avec les branchies (i), il existe sur la ligne médiane un sinus longitudinal qui occupe le canal sternal , et reçoit le sang venant de l'abdomen et de la plupart des viscères (a). La structure des cellules thoraciques ne permet pas aux sinus latéraux de communiquer directement entre eux comme chez les Crabes, mais ils s'ouvrent tous dans le sinus médian , et une communication facile s'établit ainsi, non-seulement entre les réservoirs veineux placés à la base de chaque pâte, d'un même côté du corps, mais aussi entre ceux des côtés opposés. Enfin, chez les Squilles, c'est presqu'exclusivement le sinus médian qui sert de réservoir au sang veineux.
Le vaisseau effèrent des branchies, c'est-à-dire le canal qui reçoit le sang après qu'il a traversé le réseau capillaire respiratoire, et que, de veineux, il est devenu artériel; ce vaisseau, disons-nous, occupe la face interne de la branchie, et augmente de volume à mesure qu'il s'approche de la base de cet organe (3) ; parvenu au point d'insertion des pyramides branchiales sur la voûte des flancs, il pénètre dans la cellule située immédiatement au-dessous , puis se recourbe en haut et en dedans et se dirige vers le cœur (4) ■ Le nombre et la disposition de ces canaux branchio-cardiaques varie un peu suivant les espèces, mais ils sont toujours accolés
(1) PI. 8, Kg. 2, e.
(2) PI. 8, %. i, b.
(3) PI. 6, %. 3, d, et fig 4, e; PI. 8, fig. 2 et 3, e.
(4) Pi. 6, ligr. 3, c, et fig. 4,/; PL 8, fig. 3,/: et PI. 9, fig. 1, d.
à la voûte des flancs, et débouchent en une espèce de eolfe sanguin qui occupe l'espace compris entre le bord interne des flancs et les côtés du cœur; les parois de ce sinus commun se continuent avec la membrane qui enveloppe le cœur et, immédiatement au devant du point où les canaux branchio-cardiaques y aboutissent, il existe dans les parois de ce viscère une grande ouverture ovaîaire garnie de valvules et servant à livrer passage au sang ( i ) .
Telle est la disposition du système circulatoire chez la plupart des Crustacés ; mais, chez quelquesuns de ces animaux, il est bien moins développé, et les artères , aussi bien que les veines , ne paraissent être que des lacunes formées par les interstices que les divers organes laissent entre eux; c'est en effet ce que Jurine a observé chez les Argules, où le sang paraît répandu dans le parenchyme même des organes ; néanmoins, il existe toujours un cœur, et les courans qu'il détermine ont toujours une direction constante. Enfin , chez quelques animaux les plus simples de cette classe , tels que les Nicothoés et d'autres parasytes , ce dernier vestige d'un système spécial de circulation nous paraît aussi avoir disparu.
(i) Suivant M. Strauss, cène serait pas à travers ces ouvertures branchio-cardiaques ( dont il ne fait aucune mention) que le sang parviendrait dans le cœur; ce liquide s'épancherait d'abord entre les parois externes de ce viscère et la membrane péricardiale ( nommée par M. Strauss oreillette du cœur), et ne pénétrerait dans son intérieur qu'à travers les fentes que ses fibres musculaires laissscnt entre elles à sa face supérieure, fentes que cet auteur appelle ouvertures auriculo-ventriculaires. (Voyez Anatomie comparée des animaux articulés. ) Mais M. Strauss ne rapporte aucune expérience à l'appui de cette opinion; et, d'après celles que nous avons faites, M. Audouin et moi, nous nous sommes convaincus que le sang suit une route plus directe.
DES CRUSTACÉS. 1 o5
En résumé , nous voyons donc que dans la classe des Crustacés le mode de circulation est analogue à celui quon observe chez les Mollusques, et diffère principalement de ce qui existe chez les Poissons, par la position du cœur qui est aortique au lieu d'ctre branchial .
§ IV . Des sécrétions.
Nous avons déjà eu l'occasion de parler des principaux organes sécréteurs des Crustacés, et nous devons renvoyer à l'histoire de l'appareil reproducteur la description de quelques autres glandes ; aussi ne nous reste-t-il que peu de chose à en dire ici.
Ces organes , comme on a pu le voir , ont en général une structure peu compliquée ; et, sous ce rapport , ils ressemblent beaucoup à ceux des Insectes. En général, ce sont des tubes capillaires très-longs et entortillés; d'autres fois de petits appendices borgnes qui entourent un canal excréteur, et s'y ouvrent.
Chez les Crustacés Décapodes, il existe à la partie postérieure de la cavité branchiale un organe dont les fonctions ne nous sont pas connues, mais dont la structure nous paraît glandulaire ; c'est une masse spongieuse et blanchâtre qui est enveloppée dans un repli de la membrane tégumentaire , et qui repose sur la voûte des flancs immédiatement en arrière des branchies (i) ; elle se prolonge en arrière jusqu'à l'origine de l'abdomen , et nous a paru s'ouvrir au dehors à l'aide d'un canal excréteur, entre le plastron sternal et le premier anneau abdominal. Serait-ce le siège de
(I) PI. I0, fig. 2, S.
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quelque excrétion analogue à la sécrétion urinaire ? C'est ce que nous ne pouvons décider dans l'état actuel de la science.