‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animaux (volume 4)Chapitre 17 sur 226 · DES PHÉNOMÈNES 1)E LA VIE DE RELATION · texte numérisé non relu

DES PHÉNOMÈNES 1)E LA VIE DE RELATION

On désigne généralement sous le nom de sensation l'acte par lequel un animal acquiert la conscience d'une impression éprouvée par une partie quelconque de son corps. Tantôt ces perceptions sont la suite de l'action de ses organes et avertissent l'animal de ce qui se passe dans l'intérieur de l'économie ; tantôt, au contraire, elles sont produites par des causes extérieures , telles que le contact d'im corps étranger ; et , d'après cette différence dans leur origine , on les distingue en sensations internes et externes. Les premières se rattachent principalement à ce que l'on peut appeler la vie organique, c'est-à-dire l'ensemble des fonctions qui ont pour but la nutrition et la génération ; les secondes constituent en partie la vie de relation ou les actes par lesquels l'être se met en rapport avec les objets qui l'environnent.

Chez les végétaux , rien ne décèle la faculté de percevoir les impressions produites par les corps étrangers. Il en est de même pour un petit nombre d'êtres qu'on range dans le règne animal, les éponges, par exemple; et chez tous les autres il existe des parties qui ne jouissent pas de la faculté d'exciter des sensations , mais la plupart des organes

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sont doués d'une sensibilité plus ou moins exquise , c'est-à-dire réagissent avec plus ou moins d'énergie sur les parties destinées à la perception de ces sensations, de manière à donner à l'animal la conscience des impressions qu'ils reçoivent eux-mêmes.

Chez les animaux dont îa structure est la plus simple et la plus uniforme , la similitude des fonctions est, dans toutes les parties du corps, non moins grande que la similitude d'organisation ; chacune d'elles agit à la manière de toutes les autres, et paraît être le siège de la perception du petit nombre d'impressions qu'elle reçoit : mais bientôt la nature tend à perfectionner ces fonctions , et , fidèle au principe de la division du travail , elle les sépare et les confie à des parties différentes de l'économie animale. La faculté d'exciter les sensations à la suite d'impressions reçues , ou, en d'autre mots , la sensibilité reste commune à la plupart des organes ; mais celle de percevoir ces mêmes impressions ou d'en acquérir la conscience devient l'apanage exclusif d'un appareil spécial appelé le système nerveux.

Les Crustacés sont dans ce cas ; aussi, pour étudier les actes par lesquels ces animaux se mettent , pour ainsi dire, dune manière passive en rapport avec les objets qui les environnent , aurons - nous successivement à nous occuper des parties sensibles et de celles destinées à la perception des impressions.

§ I. Des sens.

D'après la division du travail que nous venons de signaler, il est évident que la principale condition de l'existence de la sensibilité dans une partie quelconque

du corps , est sa connexion avec le système nerveux ; aussi peut-on poser en principe que , toutes choses égales d'ailleurs , un organe sera en général d'autant plus sensible qu'il recevra plus de nerfs. La plupart des organes intérieurs des Crustacés paraissent doués de sensibilité ; mais c'est à la surface du corps que l'étude de cette fonction présente le plus d'intérêt , car c'est là que sont produites toutes les impressions déterminées par les objets environnans.

Le premier effet de toute sensation externe est de donner à l'animal qui l'éprouve la conscience de l'existence du corps qui l'occasione ; mais, en général, les résultats de l'impression produite par ce dernier ne se bornent pas là ; l'animal qui la perçoi t acquiert aussi la connaissance d'un certain nombre des propriétés de l'objet qui agit sur ses organes, et la faculté déjuger ainsi des qualités des corps constitue ce que l'on nomme les sens. Ces propriétés ou qualités sont de difïérens ordres ; aussi, à mesure que la vie de relation se perfectionne, voyons - nous un nombre de plus en plus grand d'instrumens spéciaux affectés à leur investigation ; la faculté de percevoir la lumière et déjuger, par l'intermédiaire de cet agent, des propriétés des corps situés à distance , ou , en d'autres mots , le sens de la vue, devient l'apanage d'une portion déterminée de la surface du corps, dont la structure est modifiée d'une manière particulière ; celle de distinguer les mouvemens vibratoires d'où naissent les sons , se concentre également dans un appareil particulier ; il en est de même de l'odorat et du goût ; enfin , la sensibilité générale de la surface des corps devient aussi plus exquise dans certaines parties, et permet à l'animal de reconnaître, par le contact, la forme des objets exté-

rieurs ainsi que plusieurs autres qualités qu'on pourrait appeler des propriétés mécaniques.

Ce dernier sens , qu'on appelle le toucher, est le plus universellement répandu dans le règne animal , et réside ordinairement dans toutes les parties de l'enveloppe tégum en taire; mais souvent, Lien qu'il existe encore dans toute Té tendue de la surface du corps , il se développe plus particulièrement dans certains points de l'organisation , et acquiert des iûstrumens spéciaux qu'on nomme les organes du tact.

Chez les Crustacés , la plus grande partie de la surface du corps est ordinairement encroûtée de matière calcaire , et présente un degré de dureté incompatible avec l'exercice de cette fonction : aussi le sens du toucher est-il en général très-obtus chez tous ces animaux. La nature de leur enveloppe téçumentaire exclut également l'existence d'organes du tact proprement dits, car la rigidité et l'épaisseur de leur peau ne lui permet pas de s'appliquer en même temps sur les diverses surfaces d'un objet. Le toucher ne peut donc guères servir qu'à avertir ces animaux de l'existence des corps avec lesquels ils sont en contact, à leur faire juger de leur température, de leur dureté, et quelquefois de leur volume, mais ne peut en révéler la forme. Néanmoins, tout imparfait qu'il est, ce sens montre déjà un*ktendance à se localiser , et réside principalement dans certains appendices de l'extrémité céphalique.

De ce nombre sont les antennes ; il existe souvent à leur base des organes destinés à d'autres usages; mais une de leurs principales fonctions paraît être le toucher. Leur sensibilité est ordinairement très-vive, et au moindre attouchement elles donnent en général des si-

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gnes indiquant la perception d'une sensation , tandis que dans îa majeure partie de la surface de son corps l'animal ne manifeste aucune sensibilité. Dans la plupart desCrustacés des ordres inférieurs, tels que les Caliges, lesCécrops,etc, on ne voit pas de trace de ces organes, ou bien on ne les trouve qu'à l'état de vestiges : dans d'autres espèces on n'en compte qu'une seule paire ; mais le nombre normal des antennes est de quatre. Elles sont toujours situées immédiatement après les yeux lorsque ces organes sont portés sur des tiges mobiles et au devant de l'appareil buccal (i) : celles de la première paire sont presque toujours situées près de la ligne médiane , tandis que les deux autres en sont souvent très-écartées ; et il en résulte que tantôt ces dernières sont placées derrière les premières, et que d'autres lois, en sJa\ançant un peu, elles se placent sur la même ligne qu'elles, et à leur côté externe (2). Ces différences importent peu à l'anatomiste ; mais elles fournissent au zoologiste des caractères précieux pour la distinction facile des espèces. Il en est de même de la position des antennes, relativement à l'arceau supérieur de la portion antérieure de la tête ou à la carapace ; tantôt cette partie du squelette tégumentaire se prolonge antérieurement en forme de rostre ou de cbaperon , recouvre les antennes eUne leur permet pas de quitter la face inférieure clu corps ; tantôt le segment inférieur se développe aux dépens du supérieur, et entraîne ces appendices avec lui , de manière que leur insertion a lieu à la face antérieure de la tête ; enfin, d'autres fois,

(2) PI. 7, fig. 2) etc.

cette modification étant portée encore plus loin , les antennes en occupent la face supérieure.

La forme et la composition des antennes varient beaucoup ; dans l'état de simplicité la plus grande , ces organes ne sont formés chacun que d'une seule tige articulée, mais d'autres fois on voit s'y ajouter un ou deux appendices qui paraissent être les analogues du palpe et du fouet des autres membres. En général la tiffe dont nous venons de parler est composée d'une partie plus grosse qu'on appelle le pédoncule, et d'une partie terminale plus ou moins allongée (i) : le pédoncule est formé à son tour d'un, de deux ou de trois articles, et le prolongement terminal d'un nombre de segmens beaucoup plus grand ; enfin , chacune de ces pièces est plus ou moins mobile et renferme dans son intérieur des muscles destinés à mouvoir l'article suivant. L'appendice que l'on peut regarder comme une espèce de palpe se présente en général sous la forme d'un second filet terminal muiti-articulé , fixé à l'extrémité du pédoncule ; mais d'autres fois il constitue une grande lame cornée qui s'insère à la base de l'antenne. Enfin , la seconde partie accessoire de l'antenne , lorsqu'elle existe, constitue aussi un filet terminal, de façon qu'alors le pédoncule porte trois de ces prolongemens sétacés (2).

Les organes dont nous venons de parler peuvent servir à avertir l'animal de la présence des corps qu'il touche ; mais ils ne peuvent donner que des idées très-incomplètes de leur dureté , et surtout de leur volume. Chez la plupart des Crustacés , il existe d'au-

(1) PI. 1, fig. 3, pédoncule, b. tige terminale. (a) PL 1,%. ùjXl.

1res parties qui peuvent également remplir ces fonctions, et qui sont en même temps des instrumens de préhension ; ce sont en général des membres de la portion thoracique du corps , dont l'extrémité prend la forme d'une espèce de pince. Tantôt cette disposition dépend seulement de ce que le dernier article constitue une sorte de griffe qui peut s'appliquer sur l'article précédent (i) ; tantôt de ce que le pénultième ou l'antépénultième pièce se prolonge sur le côté de l'article suivant , et forme une espèce de doigt immobile sur lequel ce dernier s'applique fa). A l'aide de ces modifications, les pâtes peuvent agir jusqu'à un certain point à la manière d'organes du toucher : mais leur principal usage est alors de saisir la proie dont l'animal se nourrit, ou de le défendre contre ses ennemis. Enfin, les diverses parties de l'appareil buccal peuvent aussi servir d'une manière accessoire au toucher , mais ce n'est pas leur principal usage.

Le sens qui , après celui du toucher, paraît être le plus généralement répandu parmi les animaux , est celui du goût ; ce sont les sensations perçues par lui qui déterminent le choix de la nourriture, et nous voyons presque tous les animaux rechercher certaines substances alimentaires et en refuser d'autres ; on peut donc conclure qu'ils possèdent presque tous ce sens. D'après quelques expériences que nous avons faites à ce sujet, M. Audouinet moi , il paraîtrait que chez les Crustacés la faculté de distinguer les différentes saveurs est même assez développée, et qu'elle réside à l'entrée de l'œsophage , ou plutôt dans la cavité buc-

(i) Voyez les mains subchélifovmes des Cvevettines, PI. i, fig. 2, (2) Pinces ou mains chélifères, PI. 3, fig. 1, etc.

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cale proprement dite ; on ne voit aucun organe qui y paraisse destiné d'une manière spéciale.

La faculté d'apercevoir les corps placés à distance, par l'intermédiaire des particules odorantes qui s'en dégagent, existe aussi chez les Crustacés. Un des procédés de pêche le plus employé pour prendre les Homards en donne la preuve ; car c'est en plaçant des fragmens de Crabes ou de Poissons dans des espèces de pièges nommés casiers , qu'on les y attire ; et nonseulement il est bien difficile de voir ce qui est dans l'intérieur de ces paniers, mais encore les Homards y viennent souvent pendant les nuits les plus obscures. Un fait analogue prouve l'existence du sens de l'odorat chez d'autres Crustacés , connus sous le nom de Talitres ou de Puces de mer. Si dans un lieu fréquen té par ces animaux , l'on enterre dans le sable du rivage, ou que l'on cache sous un monceau de pierres un Homard mort ou le corps de tout autre animal , on est sûr de le trouver au bout de quelques jours plus ou moins complètement dévoré par les Talitres qui se sont rassemblés en foule autour, et qui ne peuvent y avoir été attirés que par son odeur. Quant au siège de ce sens, on ne sait rien de positif.

Guidé par la position des antennes et par quelques autres considérations, M. de Blainville a été conduit à penser que chez lesCrustacés, les Insectes, etc., le sens de l'odorat résidait dans la portion de l'enveloppe tégumentaire qui revêt l'extrémité libre des antennes (i) ; mais cette partie ne nous paraît offrir aucune des conditions qui semblent les plus nécessaires pour la perception des odeurs, et leur ablation ne paraît porter aucun

(i) Principes d'anatomie comparée, t. I, p. 338 et 339.

ij^j histoire Naturelle

trouble sensible clans l'exercice de cette fonction ( i ). Des recherches qui nie sont communes avec M. Audouin, nous ont porté à croire que le siège de cette fonction pouvait bien se trouver dans deux poches membraneuses qu'on rencontre au devant de la bouche et au-dessus des organes auditifs. Dans quelques Crustacés , tel que la Langouste, leur ouverture est assez grande et occupe le milieu du tubercule auditif; mais chez d'autres elle devient difficile à distinguer. Enfin , un anatomiste allemand , Rosenthals , regarde comme l'organe de l'odorat une cavité particulière qu'il a découverte à la base des antenn'esde la première paire, et dont l'ouverture extérieure se voit à la face supérieure de ces organes. Chez les Homards , cette cavité est formée par une espèce d'ampoule semi-cornée dans les parois de laquelle aucun nerf ne paraît se ramifier (2) ; et chez les Edriophthalmes on ne voit rien qui puisse y être rapporté. Ainsi, l'opinion de Rosenthals , qui dernièrement a été reproduite comme une découverte nouvelle par M. Robineau, ne nous paraît pas encore étayée de faits assez décisifs pour être généralement adoptée (3).

Le sens de la vue manque chez un petit nombre de Crustacés qui vivent en parasites ; mais en général il existe, et a son siège dans des organes d'une structure assez compliquée , qui occupent tantôt la face supérieure ou antérieure, tantôt les côtés de la tête. On

(1) Voyez l'article Odorat , Dictionnaire classique d'histoire naturelle.

(2) PL 12, fig. 1.

(3) archivas pour la physiologie de Riel et Autenrcilh , et Mélanges d anatomie ^ par Treviranus, 2e. vol., 2e. partie, 2e- mémoire, 18 18.

admet généralement que chez ces animaux, de même que chez les Insectes, les yeux sont de deux sortes, savoir : des stemmales cl des yeux à facettes; il est cependant facile de démontrer que ces organes présentent une série de modifications bien plus nombreuses. La structure des stemmates, qu'on appelle encore des yeux lisses ou yeux simples, se rapproche un peu de celle des yeux des Poissons, et diffère notablement de celle des yeux à facettes. Ainsi que vient de le démontrer un observateur très-habile , M- Muller (i) , on y distingue d'abord une cornée transparente plus ou moins bombée, et parfaitement lisse , qui se continue sans interruption avec la couche tégumeutaire externe dont elle fait partie. Immédiatement derrière cette cornée , et en contact avec sa face interne , se trouve un cristallin en général sphérique , dont la face postérieure est logée dans une masse gélatineuse que l'on a comparée au corps vitré. La base de cette masse vitrée est à son tour en contact avec le nerf optique ; enfin, une couche de pigment fort épais l'entoure et se prolonge en avant jusqu'à la périphérie du cristallin et au bord, de la cornée. En général , les stemmates des Insectes , des Arachnides et des autres animaux articulés , sont en petit nombre et bien distincts entre eux ; il en est de même chez quelques Crustacés , tels que les Apus , les Limules et les Cyames , où Ton observe deux ou trois de ces organes. Mais, dureste, ces yeux simples ne se rencontrent que chez un très-petit nombre d'animaux de cette classe.

{l\) Zur vevgleichenden Physiologie des Gesichissinncs , un vol. in-8°. Leipzig, i8ii6. L'analyse de ce travail remarquable a été insérée dans les Annales des sciences naturelles , t. XVII p. 2^5 , etc-

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Chez d'autres Crustacés il existe des yeux d'une structure plus compliquée , que nous appellerons des yeux composés lisses , et qu'on peut considérer comme une agglomération de stemmates sous une cornée commune. En effet , ils sont formés par un nombre plus ou moins considérable de petits cristallins placés derrière une cornée commune , encbâssés et dans un corps vitré qui est enduit de pigment et qui se continue avec le nerf optique. Ces yeux composés lisses se rencontrent chez les Nébalies , les Apus (où il en existe un placé à quelque distance en arrière des deux stemmates ), les Daphnies, les Branchipes, etc., et établissent en quelque sorte le passage entre les stemmates et les yeux composés à facettes (i).

Une nouvelle modification de l'appareil oculaire nous a été offerte par l'Amphitoé de Prévost et un petit nombre d'autres Edriophthalmes. Chez ces animaux on trouve d'abord pour chaque œil composé une cornée lisse sans division; mais immédiatement derrière cette lame tégumentaire il existe une seconde tunique, de même nature et également transparente , qui y adhère intimement, et qui est divisée en une multitude de facettes hexagonales ; derrière chacune de ces facettes ou cornéules est situé , comme d'ordi-

(i) Voyez à ce sujet un travail que j'ai présenté à la Société d'histoire naturelle de Paris , le 7 juin i83o, et qui paraîtra dans un des prochains cahiers des Annales des sciences naturelles ; ainsi que l'ouvrage déjà cité de M. Muller ; les observations de Cavolini , sur les yeux des Lygies, Memoria sulla generazioni dei Pesciedei Granchi , in-8°. Napoli , 1787; celles de M. Strauss, sur les yeux des Daphnies, etc., dans les mémoires du Muséum d'histoire naturelle , t. V, p. 3o,5 ; et la description des yeux de la Nebalie , dans un de mes mémoires sur des Crustacés nouveaux, inséré dans les Annales des sciences naturelles, t. xiu, etc.

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naire, un cristallin dont la face antérieure est convexe et dont la face postérieure , qui se prolonge en un cône à sommet obtus, est contiguë à un petit cylindre gélatineux , avec lequel le filet correspondant du nerf optique se confond.

De cette disposition au mode de conformation des yeux composés à facettes simples il n'y a qu'un pas ; car la principale différence consiste dans la soudure intime des deux cornées superposées dont nous venons de parler et l'existence d'une espèce de cloison formée par du pigment entre chacun des élémens oculaires

Dans ces organes, de même que dans les stemmates, la tunique externe est dure et translucide; elle se continue avec les tégumens et constitue une cornée transparente; mais, au lieu d'être lisse et sans division, elle présente une multitude de petites facettes distinctes, qu'on peut regarder comme autant de cornées , car chacune d'elles correspond à une loge oculaire qui lui est propre. Chez les Insectes ces facettes , ou corneilles, sont toujours de forme hexagonale, mais chez les Crustacés elles sont souvent carrées ; dans les Ecrevisses , les Pénées , les Galathées , les Scyllares, par exemple , elles présentent cette disposition, tandis que chez les Pagures, les Phyllosomes , les Squilles, les Gebbies, les Callianases, les Crabes, etc., elles sont hexagonales (i). Derrière chacune de ces petites cornées on trouve un corps transparent et de forme conique (2) , qui est

(1) Pi. 12, fig. 1 et 3.

(2) L'existence de ces corps coniques, de consistance gélatineuse , avait été signalée depuis long-temps dans les yeux à facettes des Li-

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entouré par une sorte de gaine composée de matière colorante, et se continue intérieurement avec un filament gélatineux dont la base adhère au bulbe du nerf optique (i) ; le pigment se prolonge aussi entre les espèces de colonnes formées par ces filamens, de manière à les isoler entre elles, et se reploie entre leur base et le bulbe du nerf optique. Enfin , derrière la masse formée par ces diverses parties , on trouve une tunique membraneuse qui est percée dans son milieu pour livrer passage au nerf , et qui n'est qu'un prolongement de la membrane tégumentaire moyenne, de sorte que c'est entre les deux couches externes de la peau cru est creusée la chambre oculaire (2). Les cônes transparens dont nous venons de parler, et dont l'existence a été signalée par M. Muller , dans tous les yeux à facettes des Insectes aussi bien que des Crustacés, paraissent remplacer les cristallins des yeux simples, ou plutôt n'en être qu'une modification (3). Quant aux filamens vitrés gélatineux qui se trouvent derrière ces cônes, ils occupent la majeure partie de chacune des longues cellules oculaires , et on les regarde générale-

mules par André. (Voyez À microscopiral description of the eyes of the Monocultis Polyphemus. Philos. Trans., 1782, vol. 72, p. 44°> taD- 16). Swammerdam paraît aussi les avoiraperçus dansle Pagure (Voy.ses observations sur le Bernard-l'Hermite. Collection académique , partie étrangère, t. V, p. i3o) ; et Cavolini, dans l'Écrevisse (Memoria sulia generazione dei Pesci e dei Granchi ). Mais c'est à M. Muller qu'on en doit une connaissance plus approfondie ( Op, cit. , et Ann. des se. nat. , t. XVII)

(i) PI. 12, fig. 7, a, et fig. 8.

(2) PI. 12, fig. 8, b.

(3) M. Strauss pense, au contraire, que dans les yeux à facettes ce sont les cristallins qui, en se réunissant, forment la cornée; mais il ne paraît pas avoir aperçu les corps coniques. ( Op. cit, , p. 4* * h

ment comme étant des branches terminales du nerf optique; mais un examen attentif de l'œil du Homard m'a fait concevoir quelques doute sur cette détermination ; le bulbe du nerf optique ne m'a paru présenter réellement aucune division ; il m'a semblé se terminer par une surface offrant une multitude de petites facettes tapissées de matière colorante et en rapport avec la substance titrée qui remplit toute la portion inférieure des cellules oculaires. C'est aussi l'opinion que M. de Blainville paraît s'être formée d'après la dissection des yeux de la Langouste (i) ; mais , pour résoudre complètement ce point délicat de Fanatomie des Crustacés , il faudrait peut-être des observations plus décisives.

Chez d'autres Crustacés, tels que les Idotées, le mode d'organisation des yeux paraît dépendre d'une modification différente des yeux composés à cornée lisse ; la disposition de la masse oculaire est essentiellement la même que dans les yeux à facettes, seulement la cornée commune présente au devant de chaque cristallin ( ou cône transparent ) un renflement circulaire qui ressemble un peu à une lentille qui serait enchâssée dans cette tunique. Ces renflemens sont bien distincts, et dans l'espace qui les sépare on n'aperçoit aucune ligne qui correspondrait aux cellules tubiformes placées au-dessous (2).

Au premier abord on pourrait croire que ces renflemens lenticulaires sont les analogues des cornéules des yeux à facettes , qui , dans ces derniers organes , se seraient élargis de façon à se toucher et à prendre

(1) Principes d'anatomie comparée, t. III , p. 4^4 )• (•2) PI. 12, fig. 4.

une forme hexagonale ; mais il n'en est pas ainsi , car si l'on poursuit cette étude de l'appareil optique chez d'autres Crustacés , on ne tarde pas à rencontrer des exemples de l'existence simultanée de cornéules et de renflemens lenticulaires bien distincts. Les yeux des Callianasses nous ont présenté cette structure delà manière la plus facile à constater , car les renflemens lenticulaires et les cornéules sont tous parfaitement visibles, et les premiers, qui sont assez petits, n occupent que le centre du cadre formé par les bords des seconds (i). On les retrouve chez un grand nombre de Bracbyures , mais en général les renflemens lenticulaires occupent presque toute l'étendue de la cornéule, de façon que leur contour se confond un peu avec les bords de celle-ci (a).

Dans la plupart des cas ces renflemens lenticulaires paraissent s'être développés dans la substance de la cornéule , mais quelquefois on peut l'en distinguer : dans les yeux d'un Crabe maculé nous avons trouvé au-dessous des facettes de la cornée une couche assez facile à détacher, et formée par une réunion de ces lentilles , qui à leur tour recouvraient les cristallins coniques (3).

Nous voyons donc que la structure des yeux des Crustacés se complique de plus en plus à mesure qu'on s'élève dans la série de ces êtres, et que ces modifications dépendent principalement : i°. de l'agglomération d'un nombre plus ou moins considérable d'yeux simples en une seule masse ; 2°. de la formation d'une

(1) PI. 12 , fig. 5.

(2) PI. 12, fig. 6.

(3) PI. 12, fig. 6, a.

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cornée particulière pour chaque œil ; 3°. de la formation d'un renflement lenticulaire entre la cornée commune et le cristallin ; 4°- de l'existence simultanée d'une cornée propre et d'un renflement lenticulaire. Les yeux simples et les yeux composés existent quelquefois chez le même Crustacé ; dans le Cyame , par exemple , on trouve deux yeux lisses et deux veux composés à facettes , et dans la Limule trois stemmates et deux yeux composés à facettes. Dans l'Apus il existe deux stemmates et un œil composé à cornée lisse ; mais, dans l'immense majorité des cas , il n'y a que des yeux composés , dont la disposition varie. Leur nombre est en général de deux , quelquefois ils ne forment qu'une seule masse , de façon que l'animal ne paraît avoir qu'un seul œil. Dans les Daphnies , par exemple , les stemmates agglomérés forment d'abord deux masses oculaires , ou yeux composés à cornée lisse , mais par les progrès de l'âge ces deux yeux s'unissent et ne forment plus qu'un seul œil. Les stemmates sont immobiles et sessiles, c'est-à-dire implantés immédiatement sur la surface du corps et peu élevés au-dessus au moyen d'un pédoncule ou d'une tige cornée ; il en est en général de même pour les yeux composés à cornée lisse ; mais quelquefois la masse oculaire formée par chacun de ces organes est mobile, et il arrive même qu'elle est placée à l'extrémité d'une saillie également mobile; les Daphnies sont dans le premier cas ; leur œil ne fait pas saillie au dehors, mais est pourvu de muscles destinés à le mouvoir; et chez les Nébaîies , ces organes sont saillans et ne tiennent au reste du corps que par un pédoncule articulé de manière à permettre leurs mouveinens. Il en est de même pour les yeux à facettes,

dont le nombre est toujours de deux ; chez les Edriophthalmes ils sont sessiles et immobiles (i) , tandis que chez tous les Décapodes (2) et les Stomapodes (3) ils sont placés sur deux tiges mobiles qu'on peut regarder comme les membres du premier anneau céphalique. Enfin , chez un grand nombre de ces animaux , il existe entre le bord de la carapace et la base des antennes externes une cavité orbitaire dans laquelle l'œil se re ploie de manière à se mettre à l'abri de toute injure. Quant à la forme générale des yeux à facettes, elle est en général légèrement convexe et à peu près circulaire chez les Edriophthalmes , tandis que chez les Décapodes elle se rapproche le plus souvent d'un sphéroïde ; leur couleur varie aussi suivant les espèces.

Le mécanisme de la vision a été peu étudié chez les animaux articulés. Dans les yeux lisses ou stemmates, la marche de la lumière doit être à peu près la même que dans les yeux des animaux vertébrés, et surtout des Poissons , où le cristallin agit à la manière d'une lentille , et rassemble les rayons lumineux dans un point donné delà surface du nerf situé derrière lui ; il en est probablement à peu près de même dans les yeux composés à cornéules lentifères; mais, dans les yeux à facettes simples ( ceux où il n'y a point de renflement lenticulaire), il paraîtrait que les cônes transparens formés par les cristallins et les cellules tubiformes situées au devant du nerf, n'agissent ni comme un instrument de dioptrique, ni comme un

(i)Pl. i,fig. 2.

(2) PI. 3, fig. 1.

(3)Pl.i,%. 1.

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appareil de catoptrique , et ne servent qu'à rendre l'impression de la lumière plus nette, en isolant les rayons perpendiculaires de ceux qui arrivent dans d'autres directions.

Les Crustacés, ou du moins ceux des ordres supérieurs , jouissent aussi du sens de l'ouïe ; les expériences de Minasi (ij, ainsi qu'une foule d'observations journalières, en fournissent la preuve, et chez un grand nombre de ces animaux il existe un petit appareil qui paraît être le siège de cette faculté. Cet organe est placé à la face inférieure de \n tête, au devant de la bouche, et en arrière des antennes de la seconde paire, ou bien dans le premier article basilaire de ces antennes elles-mêmes. Dans FEcrevisse, comme on le voit d'après les recherches de Scarpa , il existe dans ce point , de chaque côté du corps , un petit tubercule osseux dont le sommet présente une ouverture circulaire qui est fermée par une membrane mince, élastique et tendue , qu'on a comparée au tympan , ou à la membrane de la fenêtre du vestibule des animaux supérieurs (a) ; derrière cette membrane , et dans l'épaisseur du tubercule, on trouve une petite vésicule membraneuse qui est remplie d'un liquide aqueux , et reçoit du côté interne et supérieur un filet nerveux provenant du nerf antennaire. Enfin, le toutestrecouvert d'une espèce de gâteau tommenteuxdont Scarpa ne fait pas mention, et don t les usages pourraient bien n'avoir aucun rapport avec l'ouïe, quoique des liens étroits l'unissent à l'or-

(i) Dissertazione di limpanelti dell'udito scoverti nel Granchio Paguro, etc. , in-8o., Napoli, 1775.

(2) Pï. ia, fig. 11.

gane dont nous venons de parler (i ) . Chez la Langouste, le milieu de la membrane qui bouche l'ouverture externe du tubercule auditif, est occupé par une ouverture qui communique avec l'organe en forme de galette, dont il vient d'être question, et chez la plupart des Brachyures elle est remplacée en totalité par un petit disque osseux plus ou moins mobile. Dans le Maïa et quelques autres Crustacés à courte queue, la disposition de cette espèce d'opercule est très-curieuse (2) ; nous avons constaté , M. Audouin et moi , que de son bord «antérieur il naît une lame osseuse assez large, qui s'en sépare à angle droit, se dirige en haut vers l'organe, en forme de galette, et se termine en pointe; près de sa base, ce prolongement lamelleux est percé par une grande ouverture ovalaire , et cette espèce de fenêtre est bouchée par une membrane mince et élastique, que nous appellerons la membrane auditive interne , et près de laquelle le nerf auditif paraît se terminer; de petits faisceaux musculaires se fixent au sommet de la lame osseuse , qui naît ainsi du disque operculaire du tubercule auditif, et qui , par sa forme, rappelle un peu l'étrier de l'oreille humaine; enfin, sur le bord antérieur de la fenêtre extérieure qui est bouchée par ce disque , il s'élève aussi une petite lamelle osseuse qui est parallèle à la membrane auditive interne; et, lorsque le muscle antérieur de l'osselet se contracte de manière à renverser légèrement tout ce petit appareil en avant , la membrane dont nous venons de parler s'appuie sur ce prolongement et se tend de plus en plus. D'après les recherches faites

(1) PI. 12 , fig. 9, a. C'est cet organe dont il a déjà été question à l'occasion de l'odorat.

(3) PI. 12', fig. 10.

par M. Savart, sur la transmission des sons, on sait que l'existence d'une ouverture bouchée par une membrane mince et élastique, est une des circonstances les plus propres à augmenter la finesse de l'ouïe ; ce savant a observé que des lames de carton qui n'étaient pas susceptibles de vibrer par influence, de manière à déterminer la formation de figures régulières dans le sable répandu sur leur surface, devenaient aptes à en produire lorsqu'elles étaient armées d'un disque membraneux. 11 est donc à présumer que l'espèce de tambour que nous venons de décrire, ainsi que la membrane auditive externe de l'Ecrevisse, servent à communiquer au nerf auditif les vibrations qui leur sont transmises, et qui n'affecteraient que peu, ou même point, les parties voisines, si elles n'étaient pas en communication directe avec ces membranes. Le mécanisme au moyen duquel la membrane auditive interne peut être alternativement relâchée ou tendue, est analogue à celui qui est produit dans l'oreille humaine par l'action de la chaîne d'osselets qui traverse la caisse du tympan , et ses effets doivent être aussi de même nature ; il doit servir à augmenter ou à diminuer l'étendue des ondulations qu'exécute la membrane vibrante, et à modérer l'intensité des sons qui viennent frapper l'oreille .

L'existence de la longue tige rigide, formée par les antennes de la seconde paire et en communication avec l'organe auditif, paraît être une autre circonstance de nature à faciliter la perception des sons ; cette opinion avait déjà été émise par M. Strauss (i),

(t) Considérations générales sur l anatomie , etc. , p. 4<9*

et nous paraît s'accorder très-bien avec divers résultats obtenus par M. SavarL En effet, ce physicien a constaté que, pour faire vibrer par influence des corps qui n'en paraissent pas susceptibles , il suffirait souvent d'y ajouter une tige très-élastique qui agît alors à la manière du disque membraneux dont il a déjà été question.

D'après ces détails , on voit que la structure de l'appareil auditif des Crustacés est très-simple. Le nerf destiné à transmettre au cerveau l'impression produite par les sons, se termine près de la surface du corps, dans une petite cavité remplie de liquide , et les ondulations sonores, venant du dehors , sont transmises à ce liquide par l'intermédiaire d'organes dont les vibrations sont faciles à exciter. Tantôt la nature emploie à cet usage des instrumens spéciaux, tels que les disques membraneux; mais d'autres fois ellene semble pas avoir divisé ainsi le travail , et paraît confier ces fonctions à des parties qui servent en même temps à d'autres usages.

§ II. Du système nerveux.

En étudiant , dans la longue série des animaux , les parties au moyen desquelles ces êtres perçoivent les impressions , on y remarque une suite de modifications analogues à celles que nous avons déjà signalées en traitant de l'appareil tégumentaire et des organes de la vie organique. Le système nerveux se présente d'abord sous la forme d'un cordon qui s'étend dans toute la longueur du corps ; chacune de ces parties agit alors à la manière du tout, et , lorsqu'on divise l'animal en plusieurs tronçons , chacun d'eux continue

à sentir et à se mouvoir comme il le faisait lorsque le corps était entier. Un degré de plus dans la division du travail amène la localisation de la faculté de percevoir la sensation, et de plusieurs autres actes dans des parties déterminées de ce système, dont l'existence devient alors nécessaire à l'intégrité des fonctions auxquelles l'appareil en entier préside. Enfin, chez des animaux plus parfaits, la sensibilité devient plus particulièrement l'apanage de certains fibres médullaires ; la faculté de produire les mouvemens sous l'empire de la volonté se concentre en quelque sorte dans d'autres fibres du même système ; celle d'exciter l'action de ces diverses parties se localise également dans certains points de l'appareil nerveux , et celle de coordonner les mouvemens est exercée par d'autres instrumens. En un mot, toutes les parties de l'appareil sensitif finissent par concourir d'une manière différente à la production des phénomènes dont l'ensemble résultait d'abord de l'action de chacune d'elles.

Plus cette division du travail est portée à un haut degré , plus les divers actes de la vie de relation se perfectionnent, et en même temps plus la structure de l'appareil nerveux devient compliquée ; car la diversité dans les fonctions de chacune de ses parties coïncide avec une diversité non moins grande dans leur organisation. Aussi, d'après la perfection ou l'imperfection des fonctions , on peut juger à priori du degré de simplicité ou de complication des organes qui en sont le siège ; et , d'après la structure plus ou moins uniforme des diverses parties de l'appareil nerveux, on peut deviner le degré de perfection ou d'imperfection des actes quil est destiné à exécuter.

Les diverses formes sous lesquelles vse montre le

iâ8 HISTOIRE NATURELLE

système nerveux des Crustacés, sont autant d anneaux de la chaîne de modifications dont nous venons de parler. Sa structure est d'abord semblable dans toute la longueur du corps , et chacun des segmens est pourvu des mêmes parties médullaires ; mais peu à peu les divers centres nerveux se réunissent entre eux , et certains anneaux du corps ne présentent plus que des filamens conducteurs de la sensibilité et de l'influence nerveuse, tandis que les organes, qui perçoivent les sensations et réagissent sur tous les autres organes, se rencontrent dans un point assez circonscrit. Si l'on se bornait à comparer entre eux les deux extrémités de cette série, on pourrait croire que le système nerveux d'un Maïa , par exemple (i) , et la longue chaîne ganglionnaire de l'Ecrevisse ou du Homard (2), sont formés de parties dissemblables ; mais, en suivant les degrés intermédiaires qui établissent pour ainsi dire le passage entre ces deux modes d'organisation, on voit qu'il n'en est pas ainsi, et que ces différences dépendent presque uniquement de la centralisation plus ou moins grande des divers élémens de certaines parties du système nerveux.

De même que chez les Annélides, les Arachnides et les Insectes , le système nerveux des Crustacés se compose d'un certain nombre de nerfs qui viennent , de toutes les parties du corps , aboutir à des ganglions ou masses médullaires qui sont liés entre eux par des cordons de même nature. Ces ganglions occupent la ligne médiane de la face ventrale du corps et forment une chaîne plus ou moins longue. Enfin , on peut éta-

(1) Pi. ii, fig. 1.

(2) PI. h, % 2.

blir en principe, que la tendance générale de la nature est de donner à chacun des anneaux du corps une paire de ces ganglions ; mais souvent leur nombre apparent est moins grand , à cause de la réunion de plusieurs en une seule masse , ou bien du développement excessif de quelques-uns d'entre eux , développement qui coïncide toujours avec l'état rudimentaire ou même l'absence d'un certain nombre d'autres ganglions.

Parmi les Crustacés des ordres inférieurs que nous avons examinés (i) , ce sont les Talitres qui nous ont offert le système nerveux le plus simple et le plus uniforme. Le corps de ces animaux se divise en trois parties assez distinctes, la tête, le thorax et l'abdomen ; mais chacune d'elles est formée d'anneaux ou de tronçons qui ont entre eux la plus grande ressemblance, et dont le nombre total est de treize. Ces divers segmens présentent àleur face inférieure deux ganglions nerveux placés sur les côtés de la ligne médiane, et réunis entre eux par une petite commissure transversale (2) : chacun de ces petits noyaux communique aussi avec celui du segment qui le suit et qui le précède, à Faide d'un cordon médullaire, et fournit un certain nombre de nerfs qui vont se distribuer aux différentes parties du corps. Le volume de ces ganglions diffère peu dans les divers segmens ; au thorax , cependant, ils sont un peu plus

(1) Ces recherches sont communes à M.^Audouin et à moi, et forment le sujet d'un mémoire, lu à l'Académie des sciences, en septembre 1827, et imprimé dans les Annales des sciences naturelles ,

(1) Voyez le mémoire déjà cité, Annales des sciences naturelles , t. XI, Pi. ii, iig. 1 ; reproduit dans notre atlas, PI. 11, fig. 1.

l3o HISTOIRE NATURELLE

gros que dans l'abdomen. Enfin , ils sont tous un peu aplatis et ont à peu près la forme d'un losange.

Il existe donc dans le Talitre deux chaînes ganglionnaires parfaitement symétriques , distinctes dans toute leur longueur, réunies entre elles par des commissures transversales, et offrant partout une disposition essentiellement la même. La première paire de ganglions , ou la céphalique, est remarquable par sa simplicité, et ne difïère pas essentiellement des ganglions qui suivent ; elle est située, comme dans tous les autres animaux articulés, au-dessus de l'œsophage, et fournit des nerfs aux yeux et aux antennes : ces ganglions , que l'on a désignés , mais peut-être à tort , sous le nom de cerveau, se continuent postérieurement avec les cordons médullaires qui les unissent aux deux ganglions du premier anneau thoracique, en passant sur les côtés de l'œsophage, qu'ils embrassent. Ces derniers ganglions fournissent en dehors deux nerfs , dont l'un pénètre dans la pâte correspondante , et dont l'autre paraît se distribuer principalement aux muscles et aux tégumens des parties latérales du corps. Les ganglions des autres segmens présentent la même disposition ; seulement la distance qui les sépare nous a paru plus grande dans l'abdomen qu'au thorax.

Dans le Cloporte , ainsi que l'a observé M. Cuvier(i), la partie moyenne du système nerveux est également formée de deux cordons ganglionnaires qui sont encore distans l'un de l'autre, mais qui ne présentent pas dans tous les segmens du corps la même uniformité que nous venons de signaler chez le Talitre. En eiïet ,

"(j) Leco.'t s cï'aiiatomie comparée , t. II, p. 3]/}.

DES CRUSTACÉS. l3l

outre la paire de ganglions céphaliques , on n'en compte que neuf, dont les deux premières et les deux dernières sont presque confondues 5 et , comme chacun le sait, les tronçons du corps de cet animal sont au nombre de quatorze , dont six appartiennent à l'abdomen. Il en est à peu près de même dans le Cyame de la baleine. Treviranus (1) a fait voir que chez cet animal singulier la partie moyenne du système nerveux était formée de deux chaînes de ganglions, parallèles et distinctes l'une de l'autre , tandis qu'aux extrémités antérieure et postérieure, les deux noyaux latéraux étaient unis, et que même en arrière ils formaient un ganglion impair situé sur la ligne médiane et pour ainsi dire accolé aux deux ganglions précédens.

Le système nerveux , examiné dans deux genres de Crustacés assez voisins (le Talitre et le Cloporte), présente donc déjà deux modifications importantes : il s'est raccourci et s'est rétréci , ou, en d'autres termes, il a éprouvé un premier degré de centralisation. Cette sorte de tendance à diminuer en même temps de largeur et surtout de longueur pour se grouper vers la partie centrale du thorax de l'animal , est plus manifeste dans les Cimothoés (2) et dans les Phyllosomes.

Dans les Phyllosomes, on trouve, à la partie antérieure de la grande lame ovalaire qui porte les yeux , deux petits ganglions nerveux àpeuprès triangulaires, et réunis entre eux par leur angle interne; ces petits noyaux céphaliques fournissent en dehors les nerfs des yeux et des antennes, et se continuent postérieure-

(1) f'crmischte schrijlen aitatoir.ischen uncl pkyshlom$eh it i/.Ldls , 2 , B , 1 , hali't.

l32 HISTOIRE NATURELLE

ment avec deux filamens nerveux très-fins et d'une longueur remarquable ; ces filamens sont éloignés l'un de l'autre d'environ deux lignes; ils se portent directement en arrière, embrassent l'œsophage et vont se réunir à la première paire de ganglions thoraciques ; ceux-ci , de forme ovalaire et réunis entre eux sur la ligne médiane , sont placés assez loin derrière la bouche , et fournissent deux paires de nerfs qui se dirigent en avant. La seconde paire de ganglions est tout-à-fait rudimen taire et accolée auxprécédens ; ceux de la troisième paire, au contraire , assez gros , fournissent des nerfs qui vont aux appendices de la bouche ; ils sont encore accolés l'une à l'autre- A ceux-ci succèdent six paires de noyaux médullaires , semblables aux précédens par leur forme et leur disposition ; mais, au lieu de se confondre sur la liane médiane, ils sont distans entre eux , et ceux d'un côté du corps ne paraissent communiquer avec ceux du côté opposé qu'à l'aide de la commissure transversale , comme cela a lieu dans le Talitre. Les cordons inter-ganglionnaires sont assez gros et extrêmement courts , en sorte que les masses nerveuses qu'ils unissent se touchent presque ; enfin chacun de ces ganglions fournit deux nerfs qui vont se rendre à la pâte correspondante. Aux ganglions thoraciques succède une série de six paires de noyaux nerveux unies par des filamens inter-ganglionnaires très- grêles , et d'autant plus courts qu'ils sont plus postérieurs : ces ganglions sont arrondis , très-petits, accolés l'un à l'autre sur la ligne médiane, et ils envoient chacun deux nerfs aux appendices de l'abdomen.

Le Pbyllosome nous présente donc un système nerveux dont les élémens sont en partie rapprochés les

uns des autres ; c'est une sorte de centralisation plus grande que dans les animaux dont nous avons déjà parlé ; car les ganglions de droite et de gauche ne restent distans que dans une portion du thorax , tandis qu'à la tête et dans toute l'étendue de l'abdomen ils sont réunis sur la ligne médiane.

En examinant le système nerveux du Cimothoé, on trouve que les deux chaînes de ganglions ne sont plus distinctes comme dans les Crustacés précédemment étudiés (i). Les deux ganglions céphaliques sont unis entre eux par leur angle interne , de manière à constituer une seule masse ; mais la forme qu'elle présente indique évidemment son origine. Aux autres anneaux du corps les deux noyaux médullaires sont au contraire entièrement confondus, et constituent autant de petites masses circulaires situées sur la 1 i en e médiane du corps ; mais les cordons de communication qui servent à les unir entre eux pour former une chaîne continue , restent isolés ; en sorte qu'entre chaque noyau médullaire il existe deux troncs de communication parallèles et accolés l'un à l'autre. Du reste, le système nerveux de ce Grustacé ne présente rien de remarquable , si ce n'est le rapprochement et la petitesse comparative des cinq derniers ganglions ; état qui correspond au peu de développement des segmens correspondans de l'abdomen. L'Idotée présente une disposition semblable.

Le système nerveux du Cymothoé et de l'f dotée offre donc déjà de grandes différences lorsqu'on le compare à celui des Talitres ; mais nous allons voir qu'à mesure que nous examinerons des espèces d'une orga-

(i) PI. il, fig. 2.

l34 HISTOIRE NATURELLE

nisation plus compliquée, ces différences deviendront encore plus grandes , et que la tendance des ganglions à se grouper et à se confondre sera de plus en plus sensible.

Le système nerveux du Homard semble établir le passage entre les Crustacés des ordres inférieurs et ceux dont la structure est plus compliquée. Ici (i) , de même que dans les Amphipodes et les Isopodes précédemment décrits, le système nerveux consiste en une chaîne de ganglions qui occupe toute la longueur du corps ; les masses ganglionnaires sont au nombre de treize , et chacune d'elles laisse apercevoir sur la ligne médiane des traces de divisions plus ou moins distinctes ; les cordons qui les unissent sont doubles dans toute l'étendue du thorax ; mais dans l'abdomen ils sont unis de manière à ne former qu'un seul tronc qui occupe la ligne médiane.

Le ganglion céphalique , dont la forme est presque quadrilatère , est situé immédiatement en arrière et au-dessous des yeux (2). Presque toute l'étendue du bord antérieur de cet te masse médullaire est occupée par l'insertion des nerfs optiques ; leur volume est assez considérable, et ils se portent obliquement en dehors et en avant pour pénétrer dans les pé ioncules oculaires. Là , ils se renflent bientôt, de manière à former une espèce de ganglion ovoïde , assez gros , dont l'extrémité antérieure passe à travers le trou situé au centre d'un diaphragme membraneux que l'on pourrait comparer à la sclérotique (3).

Ci) PI. 11, fig. 3 et 4.

(•-0 PI. 11, fig. 3 : — a, ganglion céphalique ; — l> , nerf optique ; - c , nerf antennaire ; — d, nerfs antennulaires. (3) PI. 12, %. 8.

DES CRUSTACÉS. l35

immédiatement derrière l'origine des nerfs optiques , on voit naître du ganglion céphalique deux autres filets nerveux très-gréles qui sont accolés aux premiers , pénètrent avec eux dans les pédoncules des yeux , et vont se distribuer principalement aux muscles de ces organes.

En arrière et au-dessous de cette seconde paire de nerfs , qu'on pourrait par analogie appeler moteurs oculaires , naissent ceux qui vont aux antennes internes ; ils se portent d'abord en dehors, puis se recourbent en avant, pénètrent dans le pédoncule de ces antennes , et fournissent un rameau assez considérable qui marche en dehors pour se rendre aux muscles moteurs de ces appendices. Ces troncs nerveux, qu'on pourrait appeler antennulaires , pénètrent ensuite clans le second article de l'antenne , puis dans le troisième, et, après avoir envoyé des branches auxmuscles renfermés dans chacun d'eux, se divisent en deux rameaux qui s'introduisent dans les filets terminaux de ces appendices.

La quatrième paire de nerfs céphaliques naît audessus des précédens , sur les parties latérales du ganglion; le volume de ces troncs nerveux est assez considérabîe ; ils se portent en dehors et en haut , se divisent en plusieurs branches et paraissent se distribuer uniquement aux membranes tégumentaires de l'extrémité antérieure de l'animal.

Enfin une cinquième paire de nerfs , plus gros que ces derniers , naît en arrière , et un peu au-dessous d'eux. Ces nerfs antennaires se dirigent d'abord en bas , en dehors et en arrière , fournissent une branche externe qui se rend à l'appareil de l'ouïe après avoir donné un rameau à un organe particulier en forme

de gâteau qui recouvre l'oreille. Bientôt après la naissance de cette brandie auditive , le tronc nerveux lui-même se contourne en avant , pénètre dans l'antenne externe , envoie des rameaux aux divers muscles qui y sont logés, et ne se termine que dans le prolongement corné qui constitue le dernier article de ces appendices.

Les deux cordons de communication qui unissent le ganglion céphalique au premier ganglion thoracique, naissent du bord postérieur du premier, s'écartent un peu l'un de l'autre , passent sur les côtés de l'œsophage, en l'embrassant, pénètrent dans le canal sternal , et, après un trajet assez long, arrivent au premier ganglion thoracique. Sur les parties latérales de l'œsophage , chacun de ces cordons médullaires présente un petit renflement d'où naît un nerf qui, ainsi que M. Guvier l'avait observé dans l'Ecrevisse, se porte directement en dehors , et se rend aux muscles des mandibules ; mais une chose qui , jusqu'ici , paraît avoir échappé aux anatomistes, c'est l'existence des nerfs gastriques qui sont également fournis par ces cordons de communication dans le même point que les précédens. Aussitôt après leur origine, ces nerfs gastriques se courbent en bas et en dedans , passent sous le cordon in ter-ganglionnaire , remontent sur les parties latérales de l'œsophage, fournissent un grand nombre de rameaux qui s'anastomosent entre eux , et forment un lacis sur les parois de l'estomac; enfin ils se recourbent en avant et vont s'unir entre eux sur la ligne médiane; le tronc unique qui en résulte passe entre les deux muscles antérieurs de l'estomac, se dirige en arrière et se ramifie sur ce viscère , sur ses muscles et sur les parois du canal intestinal.

Immédiatement en arrière de l'œsophage , les deux cordons inter-ganglionnaires sont unis entre eux par une sorte de bride fort curieuse , et dont l'existence n'a été mentionnée dans aucun Crustacé. A l'origine des nerfs gastriques, on aperçoit dans ces cordons un petit renflement que l'on peut considérer comme le vestige d'une paire de noyaux médullaires appartenant au segment mandibulaire du corps, et, si cela était , le barage dont nous venons de parler serait la commissure de ces ganglions.

Le premier ganglion thoraciqueest évidemment formé de plusieurs noyaux médullaires (i) ; il fournit, par son extrémité antérieure, i °. un cordon assez gros qui se divise en deux branches ; l'une, interne , pénètre dans la mandibule ; l'autre se rend aux muscles de cet appendice, situés sur les côtés de l'estomac; i°. un rameau assez grêle qui se rend à l'organe que nous avons mentionné comme recouvrant l'appareil auditif, et aux téguments voisins ; 3°. un rameau qui pénètre dans la première mâchoire ; 4°- nn nerf qui , après s'être divisé en deux branches, se rend à la deuxième mâchoire ; et 5°. un nerf assez gros qui se porte en haut , passe dans les cellules des flancs , puis se divise en deux, branches qui longent le bord supérieur de la voûte des mêmes parties, et se distribuent aux muscles et aux tégumens voisins. De la face inférieure de ce ganglion naissent deux paires de nerfs appartenant aux deux premières paires de pates-mâchoires ; enfin sa portion postérieure et latérale fournit une.paire de nerfs trèsgrêles qui se distribuent aux muscles logés dans le

(i)Pl. n,fig.3,ff.

thorax , et deux paires de nerfs qui se divisent en un crand nombre de branches, et appartiennent aux troisièmes pates-mâchoires.

Vers le milieu des cordons qui unissent ce premier ^anolion thoracigue au suivant, naissent deux filamens nerveux qui se portent directement en haut , sortent du canal sternal , et vont se perdre dans les muscles du thorax (i).

Le second ganglion thoracique (2) correspond à la première paire de pâtes ambulatoires, et fournit de chaque côté deux cordons nerveux. Il en est de même des quatre ganglions suivans, en sorte que chaque pâte est pourvue de deux branches nerveuses ; mais il est à remarquer que, vers l'extrémité de l'article basilaire de ces appendices , ces deux nerfs se réunissent en un seul tronc. De ces deux nerfs , le postérieur est le plus£XOS , et fournit des rameaux aux tégumens et aux muscles de l'article basilaire des pâtes ; l'antérieur paraît envoyer principalement des filets aux muscles situés dans les cellules des flancs. Après s'être réunis en un seul tronc , ils pénètrent jusqu'à l'extrémité des pâtes , en fournissant un grand nombre de rameaux aux muscles de chaque article.

Les ganglions abdominaux (3) sont beaucoup moins gros que ceux du thorax ; chacun d'eux , à l'exception du dernier , fournit deux paires de nerfs : l'une se porte directement en dehors , et pénètre dans les appendices correspondans ; l'autre se distribue aux muscles de l'abdomen. Les cordons qui unissent les gan-

(1) PI. i3, fig. 3, 1.

(2) PI. 11, fig. I , h.

(3) PI. 11, fig. 4.

glions abdominaux sont simples, ainsi que nous l'avons déjà dit; et,, de même qu'au thorax, chacun d'eux fournit deux petits filets nerveux qui se portent en dehors et en haut, pour se ramifier dans les muscles de la partie médiane et supérieure de l'abdomen.

Enfin le dernier ganglion, situé au niveau des appendices de la queue , donne naissance à quatre paires de nerfs qui se rendent au dernier article de l'abdomen et aux diverses parties de la queue.

D'après les détails que nous venons de rapporter, on voit que le système nerveux des Talitres, des Cloportes, des Phyllosomes et des Cimotiioés , ainsi que celui du Homard, est formé de parties essentiellement les mêmes, mais qu'il présente cette différence remarquable que les deux moitiés latérales de la chaîne ganglionnaire sont d'abord distantes l'une de l'autre ; qu'elles se réunissent ensuite sur la ligne médiane , de telle sorte que les ganglions forment des masses impaires , tandis que les cordons inter-ganglionnaires ou de communication restent encore distincts, qu'enfin ces cordons eux-mêmes s'accolent l'un à l'autre, puis se confondent pour ne former qu'un faisceau unique ; et que dans certaines espèces ces deux états des cordons inter-ganglionnaires s'observent chez le même individu , suivant qu'on étudie son thorax ou son abdomen.

11 nous reste à prouver maintenant que cette sorte de centralisation du système nerveux n'a pas lieu seulement dans le sens transversal ; mais qu'elle se fait aussi suivant la longueur de l'animal , de telle sorte que la ligne , souvent très-longue , que forme le cordon nerveux, se raccourcit successivement, et qu'un plus ou moins grand nombre de noyaux gangJionnai-

IZJO HISTOIRE NATURELLE

res se réunissent pour constituer en dernier lieu une seule masse médullaire.

Nous avons vu que, dans le Talitre, tous les ganglions étaient situés à des distances égales, et formaient une chaîne étendue d'une extrémité du corps à l'autre. Il en est encore à peu près de même dans le Homard ; mais si l'on examine le Palémon , on y trouve sous ce rapport des différences qu'il importe de noter.

La disposition du ganglion céplialique et des ganglions abdominaux , est essentiellement la même chez le Palémon (i) que dans le Homard ; mais au thorax, les trois dernières paires de ganglions sont rapprochées au point de se confondre et de former une seule masse médullaire allongée, et divisée sur la ligne médiane par une petite fente. Il en résulte que les nerfs des trois dernières pâtes, au lieu de se porter directement en dehors, se dirigent très-obliquement en arrière , et représentent une sorte d'éventail. Le ganglion qui correspond à la seconde paire de pâtes, est distinct et lié à la masse dont nous venons de parler, ainsi qu'au ganglion qui le précède, par un cordon de communication assez gros et impair. Enfin, les ganglions qui correspondent à la première paire de pâtes ambulatoires et aux pates-mâchoîres , sont confondus en une seule masse nerveuse. Ces détails seraient difficiles à apercevoir sur les petits Palémons de nos côtés , mais nous les avons observés sur une espèce de grande taille de l'Océan indien.

Le rapprochement des ganglions nerveux est porté

(i) annales des sciences naturelles , t. XI, PL 4> ^5- 3.

DES CRUSTACÉS. l4*

encore plus loin dans la Langouste ; car tous les noyaux médullaires du thorax sont comme soudés ensemble : la masse qui en résulte est allongée et perforée postérieurement sur la ligne médiane pour le passage de l'artère sternale ; on peut encore y distinguer la trace des divers iranglions qui la constituent. Enfin , les nerfs qui naissent soit de la partie antérieure , soit de l'extrémité postérieure de ce centre nerveux, se dirigent obliquement en dehors pour gagner les appendices correspondans. Du reste, la disposition du ganglion céphalique , des ganglions «abdominaux et de tous les nerfs est essentiellement la même que dansle Homard.

Dans les Homoles , et quelques autres Anomourcs, la centralisation du système nerveux est portée encore plus loin que dans les Langoustes , et s'accompagne de l'état presque rudimen taire de toute la portion abdominale de la chaîne ganglionnaire; dans le thorax, on voit une masse nerveuse ovalaireet allongée, de la partie postérieure de laquelle part un tronc médian qui ne présente pas de ganglions (i).

Le mode d'organisation que nous venons de décrire établit évidemment le passage entre le système nerveux du Homard et du Carcin ( Cancer mœnas L. ). Dans ce dernier , comme l'a observé M. Cuvier (2) , les cordons nerveux venant du ganglion céphalique se continuent jusqu'au milieu du thorax, où ils rencontrent une masse médullaire, ovale, évidée au centre, et ayant la forme d'un anneau, du pourtour duquel partent tous les nerfs des appendices du thorax , ainsi

(1) Recherches sur l'organisation et la classification des Crustacés Décapodes. Ann. des se. nat. , t. XV.

(2) Leçons d'anatomic comparée, t. II , p. 3 1 4-

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