DÉCAPODES DOUTEUX
La plupart des zoologistes rangent dans l’ordre des Décapodes quelques Crustacés , qui , dans l’état actuel de la science , ne sont pas encore assez bien connus pour pouvoir prendre place dans aucune des divisions naturelles dont ce groupe se compose, et sur les affinités desquels il nous paraîtrait prématuré de nous prononcer. Nous avons donc pensé qu’il serait préférable de les reléguer , jusqu’à plus ample inibrmé , dans une division des /nce/tu? Parmi ces Crustacés dou-
teux ou mal connus, les plus remarquables sont les Zoés et les Cératespes.
Genre ZOE. — Zoea.
Il n’est peut-être aucun Crustacé sur lequel les zoologistes aient cmis des opinions aussi divergentes que sur le petit animal à forme bizarre, découvert par Rose en haute
(i) Raffinesque , op. cit. — Desmarest , op. cit. p. 2i6. — Roux , Salicoque, p. 35,
Tiier, entre l’Europe et l’Amérique, et nommé par cet auteur Zoé (1). Bosc le rangea dans la division des Sessiliocles de Lamarck, entre les Branchiopodcs et les Crevettes ; Lati-eille , dans la première édition du Règne animal de Cuvier, le relègue à la fin de sou ordre des Branchiopodes , entre les Polyphèmes et les Cyclops , tout en émettant l’opinion qu’il pourrait bien appartenir à la tribu des Décapodes sebizopodes. Cette dernière opinion est aussi celle du docteur Leach, qui a eu l’occasion d’étudier des Zoés recueillies par M. Crank pendant le voyage du capitaine Tuckey au Zaïre; il les place à la fin de la légion des Podophthalmes, à côté des Nébalies ; mais il ne fait pas connaître les raisons qui l’y ont déterminé ; aussi son exemple n’a pas entraîné les zoologistes, et M. Desmarest a continué à ranger les Zoés dans l’ordre des Braucliiopodes à côté des Branchippes, et Latreille, dans la seconde édition du Règne animal , les place dans la division des IMonocles. Enfin , à cette incertitude sur la place que les Zoés doivent occuper dans la série naturelle des Crustacés, sont venues s’ajouter de nouvelles difficultés, car un naturaliste anglais , M. Thompson , a annoncé , il y a quelques années, que ces singuliers animaux ne sont autre chose que des espèces de larves du Crabe commun de nos côtes , dont les jeunes éprouveraient de véritables métamorphoses avant (jue de parvenir à l’état parfiiit (2), opinion qui a été repoussée par la plupart des zoologistes , et fortement combattue par M. Westwood (3).
Ces petits Crustacés ont le corps presque transparent et divisé en deux portions distinctes ; l’une , céphalothoraciques, est recouverte comme chez les Décapodes, certains Stomapodes , les Apus, les Nébalies, etc., d’une gi’ande
(1) Hist. nat. des Crnst. t. II, p. i35.
(2) Zoological researches, vol. I, Corck, i83o.
(3) Voyez notre article Zoé du Dictionnaire classique d’histoire naturelle, t. XVI, p. 719(1830); Latreille, Cours d’entomologie, p. 385 ; et Westwood , Transactions of tlie Pliil. society , i835.
nES CRUSTACÉS.
carapace, et a une forme presque globuleuse; la seconde étroite et alongée, représente l’abdomen, et se compose d’une série de sept segmens articulés bout à bout. La forme de la cai'apacc et des autres parties varie un peu suivant les individus ; dans ceux que nous sommes portés à regarder comme les plus jeunes, il existe sur la ligne médiane deux prolongemens spiniformes d’une longueur démesurée , terminés chacun par un petit renflement. L’un de ces prolongemens se dirige en avant et occupe la place du rostre, l’autre est tourné en arrière, et sc porte au-dessus de l’abdomen. Enfin de chaque côté de la carapace, vers la partie postérieure, on voit aussi une épine latérale plus ou moins longue. Sur les côtés de la base du rostre se trouvent^ les yeux, qui sont très-gros, et portés sur des pédoncules mobiles ; enfin , au-dessous de la carapace , on distingue la sci’ie des membres qui constituent les antennes, les organes masticateurs et les pâtes. Les antennes, au nombre de quatre, sont placées au-dessous des yeux et à peu près sur la même ligne. Celles de la pi-emièrc paire sont courtes, assez gi-osses, et conformées à peu près comme chez les Mégalopes. Les antennes externes sont petites , grêles et styliformes ; tantôt elles sont simples, tantôt elles portent près’de leur base un appendice lamelleux. Immédiatement en arrière de la base des antennes internes , on aperçoit l’ouverture buccale dont le bord antérieur est occupé par un labre ovalaire , de chaque côté duquel se trouvent les mandibules. Ces derniers organes sont très - développés ; on y distingue des dentelures , un gros tubercule molaire et une petite tige palpiforme très-courte ; la languette est lamelleuse et bilobée. Les deux paires d’appendices qui y font suite, et qui correspondent évidemment aux deux paires de mâchoires proprement dites des autres Crustacés , sont peu développés ; les mâchoii’cs antérieures présentent une portion basilaire dont le bord interne est bilobé et garni de poils , et une petite tige terminale ; celles de la seconde paire portent en dehors une grande lame ov alaire en forme de valvule, et res- CRUSÏACÉS, TOAIE II. 28
HISTOIRE BATORELLE
semblent beaucoup aux mâchoires extérieures des Bi'achyures. Les membres des deux paires suivantes qui correspondent aux pates-mâchoires antérieures et moyennes, sont au contraire très-développés et s’étendent sur les cotés du corps en Ibrme de rame ; chacun d’eux présente un article basilaire à peu près cylindrique , portant à son extrémité deux tiges qui se dirigent en dehors ; aux pates-mâchoires antérieures, ces branches ont à peu près la meme longueur ; l’interne se compose de cinq petits articles , et l’externe d’un ou de deux articles, dont le dernier est garni de poils. La branche externe des pates-machoires de la seconde paire piesente la même disposition, mais la branche interne est beaucoup plus courte. Dans les individus que j’ai eu l’occasion d’examiner, et dont j’ai publié une description détaillée il y a quelques années (1), on voyait en arrière de ces appendices, de chaque côté du sternum, un tubercule pililere formé de deux articles , et assez semblable à l’espèce de bourgeon qu’on voit apparaître sur le moignon de la pâte d’un Crabe, lorsque ce membre a été cassé et se reproduit ; cette paire d’appendices m’a paru représenter les pates-mâchoires externes, et dans les Zoés, dont M. Westwood a donné récemment une description , on voit à la même place une paire d’appendices grêles et très-petits , composés chacun de deux branches. Enfin, à la suite des divers organes dont nous venons de parler , et toujours à la face inferieure du tb.orax , sc trouve une série de cinq paires de membres qui sont très-faibles, très-peu tiéveloppés, et habituellement cachés sous la carapace ; la première présente à son extrémité une petite piuce didactylc ; les autres se terminent par un petit article conique. L’abdomen présente aussi en dessous une double série de membres composés chacun d’une lame ovalaire portée sur un petit pédoncule ; le premier anneau de l’abdomen n’en oftre pas ; enfin le corps se termine par
(O Dictionnaire classique d'histoire n.iturelle, t. X'VI , p. 7®* (i83o).
une grande nageoii’e caudale formée par le septième segment abdominal, qui est bifurqué postérieurement, et qui recouvre les fausses pâtes de l’anneau précédent. Nous avons constaté aussi qu’il existe de chaque côté du thorax une cavité particulière renlérmant des branchies comme chez les autres Décapodes.
D’après ces détails, on voit que c’est évidemment à la classe des Crustacés Décapodes que les Zoés doivent être rapportées ; mais faut-il les considérer comme des animaux parfaits et en former un genre particulier, ou les regarder comme de jeunes animaux dont les formes ne sont pas stables ; et , dans ce cas , peut-on admettre avec M. Thompson que ce sont les jeunes du Tourteau de nos côtes?
Pour éclairer ce point intéressant , nous avons comparé entre eux un assez grand nombre de ces petits animaux, et nous nous sommes assurés qu’ils présentent des dilférences assez considérables. Chez un certain nombre de Zoés , pris avec celles dont nous venons de donner la description, es épines latérales de la carapace avaient disparu ; le rostre était devenu très-court , et la grande pointe qui se prolongeait au-dessus de l’abdomen avait perdu les trois quarts de sa longueur ; les pates-mâchoires des deux premières paires étaient proportionnellement plus petites, et les vestiges de celles de la troisième paire plus développés ; les pâtes thoraciques dépassaient de beaucoup la carapace ; enfin la lame terminale de l’abdomen était bien moins alongéc. En un mot, ils ressemblaient bien plus à certains Crustacés de la section des Décapodes Anomoures, et surtout aux Mégalopes. La consistance de l’enveloppe tégumentaire des Zoés, l’aspect do leurs membres, l’absence d’ai’ticulations bien nettes aux antennes, et plusieurs autres caractères, semblaient être aussi des motifs pour penser que ces petits animaux sont de jeunes Crustacés dont le développement n’est pas encore terminé, et c’est en elfet l’opinion à la-
t|uelic nous nous sommes. avretes (1). TjCS obsei\ntion5 que nous a-s ons faites plus récemment sur les jeunes Drouues , fournissent de nouveaux argumeiis en laveur de cette manière de voir, et à cet égard nous nous rangeons tout a-faitde l’avis de M. Thompson ; mais nous avons bien de la peine à, croire que ces petits êü’es puissent devenir des Tourteaux. Il est vrai que M. Thompson dit a’s oir vu naître des Zoés des œufs de ce Cancérien ; mais cette observation n est pas relatée avec assez de détails pour que l'on y puisse ajouter une grande conliance sur les résultats que ce naturaliste déduit de ce qu’il a vu. Nous avons eu l’occasion d’examiner un assez grand nombre de jeunes Crustacés Brachyurcs, dont la taille était moindre que celle des Zoés, et nous leur avons toujours trouvé à peu près les mêmes formes que chez les animaux adultes. M. Westwood a observé aussi des laits analogues (2) . La position des branchies, qui manquent sur les deux derniers anneaux du thorax, comme cela a lieu chez les Brachyures et chez plusieurs Anomourcs, nouspoite à croire que ce n’est pas à quelque Décapode Macroure que ces êtres singuliers doivent être rapportés ; mais tous les caractères que nous avons énumérés ci-dessus nous semblent in-
(i) Voyez l’article Zoé du Dictionnaire classique d’histoire natu
relie, publié en i83o. Par une erreur singulière, M. Thompson, dans son dernier mémoire inséré dans les Transactions philosophe ques(i835), me prête des opinions que je n’ai jamais professées : il dit que, chargé par l'académie des sciences d’examiner la question du développement des Crustacés , j’ai passé un été à l’île de Ré , et que le résultat de mes observations a été que les Crustacés naissent avec les formes qu’ils doivent toujours conserver- M. Thompson critique nécessairement celte conclusion; mais il aurait pu s'eu épargner la peine , car il n’y a pas un mot de vrai dans tout ce qu’il dità°ce sujet. Je n’ai jamais été à l'île de Ré, et tout ce que j’.ii écrit à ce sujet tend à établir que certains Crustacés subissent après la naissance des changemens considérables , bien que tous ne soient pas dans ce cas. J’espéïe que M. Thompson ne porte pas dans ses observations autant de légèreté que dans ses citations.
(3) Voyez ses observations sur les petits d’une espece de Gecarïinien; Pliilosophical transactions, i835, PI. 4i B.
DES en ESTA CES.
diquer que c'est ii la section des Anomoures qu’ils appartiennent , et , si l’on fait abstraction des épines monstrueuses de la carapace, parties sans aucune importance anatomique, on verra en efl'et que les Zoés ne dillèrent que fort peu des jeunes Dromics, et que, pour devenir des animaux semblables à ceux-ci, ils n’ont en aucune façon à subir de véritables métamorphoses : il suffira que la partie céphalotboracique de leur corps croisse plus rapidement que l’abdomen , et que les appendices du pénultième anneau abdominal se le-
duisent à un état rudimentaire.
Ainsi , il nousparaît bien probable que les Zocs, de meme que les Mégalopes et les Monolepis, ne sont pas des animaux parfaits , mais le jeune âge de quelque Décapode Anomoure.
Nous sommes portés à croire aussi que tous les Crustacés déci’its sous ce nom n’appartiennent pas à la meme espece , ni peut-être au même genre.
Le premier qui ait fixé l’attention des zoologistes est le ZoÉ PÉLAGTOOE de Bosc (i), dont les prolongemens spiniformes de la carapace sont médiocres et pointus.
Le docteur Leach a donné le nom de Zoé a masse (2) à un autre Crustacé peu différent du précédent , mais dont les prolougemens spiniformes de la carapace se terminent par un bouton arrondi.
M. Thompson en a décrit et figuré avec soin plusieurs individus dans son intéressant mémoire sur les métamorphoses des
(1) Zoea pclasgica, Bosc, llist. nat. des Crust. t. H, p. .
PI. i5, fig. 3 et 4. — Latr. Ilist. des Crust. et des Ins. t. IV, p. 289, PL 35 , tig. I ( d’après Bosc ) , et Règne anim. de Cuvier , t. IV , p. i52. — Lamarck , Ilist. des anim. sans vert. t. V, p. Desmarest, Consid. sur les Crust. p. SpS. — Thompson , Zoo ogica researches, PI. i > f'g- 3 { d après Bo.se). .
(2) Zoea clavata, Leach, appendice au Voyage du capitaine l uckev, Ph fig- 5; et Journal de physique, 1818, p' 3o4, ng- 4- Latreillc , En'cyclop. Pb 354, Hg- 5 (d’après Leacli )• — Desmarest, Consid. sur les Crust. p. SgS. — Thompson, op. cit. Pt. 1 , fig- 5„
Ci'ustacés ( I ). et dans un travail plus récent, dans lequel il assure que les jeunes du Garcin inœnade passent par la forme des Zoés et des Mégalops avant que d’arriver à l’état parfait (2).
M. Westwood a donné te nom de Zoea gigas (3) à un autre animal très-voisin des précédons.
Enfin, c’est avec raison que Eatreille rapproche de ces Crustacés la Fuce aquatique ou Taureau , figuré depuis long-temps par Slabber (4), et il est à noter que ce dernier naturaliste avait déjà en 1778 signalé la disparition des cornes de la carapace par les progrès de l’âge et l’existence de changemens considérables chez l’animal soumis à ses observations.
Le Cancer germanas de Fabricius (.3) paraît être aussi un Zoé.
Genre CÉRATASPE. — Cerataspis.
Le genre Cérataspe de M. Gray, qui ne diffère pas du genre Crj'ptope de Latrcille , a été rangé par ce dernier naturaliste dans une division particulière de la section des Macroures, mais pourrait bien appartenir à l’ordre des Stomapodes plutôt qu’à celui des Décapodes; car, parla forme générale de leur corps, les petits Crustacés dont il est ici question ressemblent un peu aux Ericthes , et on ne sait pas s’ils sont pourvus ou non de branchies thoraciques. Leui’ carapace est grande, subovo’idc , renflée sur les cotés, et prolongée inférieurement, de façon à pouvoir cacher tout
(.1) Zoological rcse.'iï’ches , i vol (in-8“. CorcL, iSlo), PI. I et 3.
(2) On tlic double Metamorphosis in the Decapodous Crustacea , Transs. of the phil. soc. i835 , 2'. partie, p- 35i) , 11. 5, lig i, 2-
(3) On the supposed cxi.stcnce of metamorphosis in Crustacea. Trans.of the Philos, soc. i835, part. 2, p. 3i2, PI. 4> ô-
(j) Mouoculus taurus , Slahber. Amas naturels et observ. micros (en hollandais , Harlem , 1778) , PI. 5, ligures reproduites par Latreille dans son Ilist. nat. des Crust. t. l'V, PI. 35 , fig. 2 , 34 , et de l’Encyclop méthod. PL 333, lig. i-4, sous le nom Zoé Slahberi-, et par Thompson (op. cit. PI. r, fig. i).
(5) Mantissa Insect. t- I , p. Sali. — Linn. com. (Syst. nat. t. U, p. 2981). — Latreille, Règne anim. de Cuvier, t. IV, p. i5a.
DES CRÜSTACÉS. 4^0
le corps de l’animal , ainsi que ses pales et ses antennes, et à ne laisser au-dessous qu’une fente longitudinale ; ce bouclier est armé de cinq cornes , dont une s’avance entre les yeux et constitue un rostre , deux occupent les angles latéraux du front , et les deux autres sont situées au dehors de ces dernières et dirigées en bas ; sur le milieu , il est garni d’une série longitudinale de tubercules , et de chaque côté présente six ou sept côtes verticales tuhei’culeuses. L’alîdcmen se compose de sept segmens, et sc termine par une nageoire caudale. Les yeux sont pédoncules ; les antennes sont longues et sétacées , et celles do la deuxième paire portent à leur base un appendice lamcllcux comme les Salicoques ; enfin les pieds , au nombre de six ou sept paires, sont longs, grêles et pourvus d’un appendice latéral.
On ne connaît qu’une seule espèce de ce genre, savoir : le Ceratœspis monstruosus de M. Gray (i), qui ne paraît pas différer du Crj'piopus Defrancil de Latreille (2).
Genre MULCIOIN. — Miilcion.
Latreille range à côté du genre précédent , à la fin de l’ordre des Décapodes, une autre division générique, qui est également trop imparfaitement connue pour que l’on puisse en déterminer les allinités naturelles. Voici les caractères que ce célèbre entomologiste y assigne :
Corps mou et thorax ovoïde ; yeux cachés ; antennes internes coniques , inarticulées et iort courtes ; les latérales composées d’un pédoncule et d’un filet sans articulations distinctes, et sans écaille saillante à leur base. Pieds en forme de lanières, et pour la plupart, au moins, pourvus d’un appendice à leur base ; ceux de la quatrième paire les plus larges.
(1) Spicilegia zoologica, p. 8 , PI. 6 , fig. 5.
(2) Règne anim. de Cuvier, t. IV, p. 100.
HISTOIRE NATUREERE
» .le n en connais qu’une espèce , le Mulsion de Lesueur , dit » Latreille (i), elle a été recueillie parce zélé naturaliste dans les » mers de l’Amérique septentrionale. Feu Olivier avait trouvé » dans la pinne marine un Crustacé très-analogue au premier » coup d’œil , mais dont les individus étaient tellement défor- » niés , qu’il ne m’a pas été possible d’en étudier les caractères. »
Genre POSYDON. — Posydon (2).
Fabricius a établi, sous ce nom, un genre qui paraît avoir de l’analogie avec les Macroures, mais qui est caractérisé d’une manière tout-à-fait insulfisante pour pouvoir prendre place dans une classification naturelle. Voici tout ce que cet auteur en dit :
« Palpes extérieurs foliacés et onguiculés à leur sommet ; quatre antennes sétacées à pédoncule simple ; les inférieures courtes et bifides. »
. Il y range deux especes : le Posïdon nÉPRiMÉ (3) , dont la queue a sept lames avec celle du milieu transversale et tronquée ; et le Posi'DOH CYUNBHiQTJE (4) , doiit la qucuc a cinq lames avec celle du milieu triangulaire. Les deux proviennent de l’Océan indien.
(1) Règne anim. de Cuvier, t. IV, p. loo.
(2) Fabricius, Suppl. Ent. syst. p. /fiy.
(3) Posydon depressus , Fabricius, Suppl, p. 417. — Latreille, Hist. desCrust. t. YI, p. 269.
(4) Aslacus cylindricus , Fabricius , Entom. syst. t. II, p. 483. — Polydon cylindricus^ ejusd. Suppl- p. 4*8. — Latreille, Ilist. des Crust t. YI, p. 271.
DES CRUSTACES.
ORDRE DES SÏOMAPODES.
Nous comprenons dans l’ordre des Stomapodes tous les Crustacés Podophthalmes dépourvus de branchies thoraciques logées dans des cavités intérieures.
Cette division se compose entièrement de Crustacés nageurs , dont le corps est alongé , et dont la forme générale se rapproche souvent beaucoup de celle des Décapodes Macroures ; mais , chez ces animaux , la concentration des anneaux de la tête et du thorax est portée moins loin. Chez la plupart des Stomapodes, les anneaux ophthalmiques et antennulaires ne se confondent pas avec le reste de la tête , et ils acquièrent même quelquefois un développement remarquable (i). De même que chez les autres Podophthalmes , il existe toujours une carapace (2) qui est formée par l’élargissement de l’arceau dorsal des anneaux antennaire ou mandibulaire ; mais les dimensions de ce bouclier varient beaucoup. Quelquefois il recouvre la presque totalité du thorax , et ne laisse à découvert qu’une portion du dernier anneau de cette partie du
(i) PI. I. lig. i, a, b, et PI. a, fig. j et 2. (a) ri. 1, fig. I, c; PI. 2i fig. 3.
corps (i). D’autres fois , tout en se prolongeant audessus delà plupart des anneaux thoraciques, il n’adhère qu’à ceux qui sont voisins de la bouche , et laisse les autres libres et complets sous sa face inférieure (2). Enfin, d’autres fois encore, il n’atteint pas les quatre ou cinq derniers anneaux du thorax, qui ressemblent alors à ceux de l’abdomen (3). Quant à sa forme, elle varie trop pour que nous puissions en rien dire de général. Le thorax est en général alongé , et composé en entier de segmens mobiles les uns sur les autres (3). Quelquefois cependant tous les anneaux de cette partie du corps sont réunis en une seule pièce (4). La conformation de \ abdomen varie encore davantage ; en général cette portion du corps présente à peu près la même disposition que chez les Décapodes Macroures, et se termine par une grande nageoire caudale, composée des appendices du sixième anneau et du segment suivant lui-même(5}; mais chez quelques Stomapodes l’abdomen est rudimentaire (6).
La disposition des membres varie également dans cet ordre.
'Les jeux sont toujours portés sur une première paire d’appendices mobiles , dont la longueur est
(1) PI. 26, tig. I, 7. 10.
(2) PI. 28, üg.
(3) PI. I, lig. I : Pt 2S, fig. Il; PI. 27, fig. I, etc.
(4) PI. 28, fig. I.
(5) PI. 26, üg. I, 9, etc -, PI. 27, fig. : PI. 28. fig. 8.
(6) PI. 28, fig. 1.
DES CRUSTACES.
souvent très-considérable, et dont la disposition est essentiellement la même que chez les Décapodes Macroures (i).
Les antennes de la pi’emière paire sont assez longues, et se terminent par deux ou trois filets multi-ai’ticulés ; leur pédoncule est toujours cylindrique , et ils ne peuvent jamais se reployer sous le front comme chez les Décapodes Bracliyures. Enfin elles s’insèrent au-dessous des yeux, près de la ligne médiane, ou en dehors delà base du pédoncule de ces organes (2).
Les antennes de la seconde paire varient davantage; en général, cependant, leur conformation se rapproche beaucoup de ce que nous avons déjà vu chez les Salicoques; presque toujours l’article basilaire de leur pédoncule porte en dessus une grande lame ciliée , et elles se terminent par un long filament multi-articulé. Chez la plupart des Stomapodes, elles s’insèrent en dehors de celles de la première paire , à peu près sur la même ligne transversale.
La distance qui sépare la bouche des trois paires d’appendices dont nous venons de parler, est en général très -considérable ; et la carapace ne se recourbe jamais en dessous , de manière à former atitour de cette ouve.ture un cadre bien déterminé servant à loger les pates-màchoires, comme cela a lieu chez la plupart des Décapodes. Chez la plu-
(1) PI. 26, PI. 27 et PI. 28, fig. 2.
(2) PI. 27, fig. 2, etc.
HISTOIRE NATHREEEE
part des Stomapodes, l’appareil buccal est aussi beaucoup plus simple que dans l’ordre précédent, et ne se compose que d’une lèvre supérieure, d’une paire de mandibules , d’une lèvre inférieure , de deux paires de mâchoires , d’une seule paire de pates-mâchoires; souvent ces derniers organes manquent ou sont transformés en pâtes natatoires , et presque toujours les membres des sept paires suivantes sont tous conformés de manière à constituer des pâtes natatoires ou préhensiles. 11 est aussi à noter que, chez les Stomapodes, les mâchoires de la seconde paire ne portent jamais à leur base un appendice lamelleux analogue à la valvule, qui chez les Décapodes remplit des fonctions si importantes dans le mécanisme de la respiration , et cette modification de structure est une conséquence naturelle de l’absence d’une cavité respiratoire renfermant des branchies thoraciques, comme il en existe dans l’ordre précédent.
Les pâtes sont en général au nombre de sept ou même de huit paires , et présentent souvent toutes le même mode de conformation. Presque toujours elles sont pourvues d’un appendice qui peut être considéré comme l’analogue d’un palpe (i). Souvent on trouve aussi , à la base de plusieurs des pâtes antérieures , un autre appendice mou et vésiculaire, qui a quelquefois la forme d’une galette, et qui représente le fouet (2); organe qui, chez la plupart
(1) PI. 26, fig. 8, H; PI- 2^ et 28.
(2) PI. 27, fig. i3 et
DES CRUSTACES.
(les Décapodes , est lamelleux et d’une consistance cornée ; mais cpi , chez certaines Salicoques , présente une structure semhlahle à ce cjuenous voyons ici. Trois , ou un plus grand nombre des dernières paires de pâtes sont toujours natatoires ; celles de la première paire, ou même des quatre premières paires , sont souvent préhensiles , mais elles ne se terminent jamais par une pince didactyle comme chez les Décapodes; elles sont subchéliformes, c’està-dire seulement d’une grifî'e mobile qui se rabat sur l’article précédent. Souvent la plupart de ces organes sont rapprochés de la bouche, ou même appliqués contre elle (i); disposition qui a valu à toute la division le nom de Stomapodes. Quant aux membres abdominaux , ils ne présentent rien de particulier ; leur nombre est presque toujours de six paires.
Les branchies des Stomapodes sont toujours extérieures, et présentent en général une structure plus compliquée que celles des Décapodes ; au lieu d’être composées de lamelles ou de ülamens simples, elles sont formées de cylindres rangés parallèlement , donnant naissance à d’autres cylindres plus petits , lesquels à leur tour sont également frangés (2). Quelquefois ces branchies rameuses sont fixées à la base des pâtes thoraciques, et suspendues sous le thorax ; mais en général elles naissent de l’article basilaire des fausses pâtes de
(1) PI. 27, fig. 2.
(2) PI. 10, fig. 3 et 4’
rahdomen(i); chez certains Stomapodes elles sont réduites à un état rudimentaire , et chez d’autres on ne voit rien qui puisse etre considéré comme un organe spécial de respiration , et il y a tout lieu de croire qu’alors c’est par la surface générale des tégumens que cette fonction s exerce.
L’appareil de la circulation clilfère beaucoup de ce que nous avons vu chez les Décapodes. Chez lesSquilles, qui sont les seuls Stomapodes où on l’ait examiné anatomiquement, le cœur, au lieu d’être à peu près quadrilatère, et d’être situé vers le milieu du thorax, a la forme d’un long vaisseau cylindrique qui s’él end dans toute la longueur de l’abdomen (2); les artères qui naissent de ce cœur tubulaire se distribuent aussi dune manière particulière, ainsi que nous 1 avons déjà exposé ailleurs; et les principaux sinus veineux, au lieu d’être situés dans le thorax, occupent l’abdomen.
L’estomac de quelques Stomapodes présente en" core des vestiges de la charpente solide, qui, chez les Décapodes, est armée de dents servant à broyer les alimens dans l’intérieur de la cavité digestive; mais, en général, ou ne voit rien de semblable. La structure du foie varie aussi; et, dans les espèces chez lesquelles on a examiné les organes de la génération, on y a vu dans leur disposition des particularités assez remarquables. Le système nerveux
(l) PI. ‘iG, fig. !!■ (a) PI. 9, % 2.
présente aussi dans cet ordre des modifications que nous n’avons pas rencontrées chez les Décapodes ; mais sa disposition varie trop pour que nous puissions en rien dire de général.
Cet ordre est beaucoup moins nombreux que celui des Décapodes , mais renferme des Crustacés, qui diffèrent beaucoup entre eux, soit par la forme générale de leur corps, soit par la structure particulière de leurs principaux organes. A 1 exemple de Latreille , nous le diviserons en trois familles caractérisées de la manière suivante :
iToutes les pattes de même for- |tne et disposées
Thorax épais et] comprimé latéralement. Carapace!
reployée en des- J sous contre la base des pâtes, et re-l couvrant la près- ' que totalité du / thorax. Articlel basilaire des pa-l les très - court.
Abdomen très- ’ développé.
Thorax déprimé | et laraellenx. Ca-
Division de l’Ordre des STOMAPODES(
peu ou distincts
point
entre
trois Familles.
Garioioïues-