‹ Histoire naturelle des crustacésChapitre 18 sur 258 · PL.3, F · texte numérisé non relu

PL.3, F

(6) PI. 25, fig. 1, 4, 5 et 6.

à la pate-mâchoire de la première paire une longue lame cornée, comme chez les Crabes , mais constitue une grande vésicule molîle et aplatie, tandis que le palpe ou la tige elle-même se transforme en une grande lame semi-cornée (1). Quant aux fausses pates abdominales, elles se composent d’une pièce basilaire portant deux appeudices que l’on peut considérer comme étant de simples modifications de la tige et du palpe desmembres en général.

Si l’on compare les Mysis aux Crustacés dont nous venons de parler, on verra la plus grande similitude dans la structure de leurs membres thoraciques , bien qu'au premier abord elle paraisse très-différente, car, au lieu d’êtresimples, ces organes sont bifides(2) ; mais cette disposition ne dépend que d’un développement plus grand du palpe.

Chez les Alimes et les Squilles on trouve à la base de plusieurs des pates une espèce de disque membraneux supporté par un pédoncule(3). D'après un examen superficiel des membres des autres Grustacés , on serait porté à croire que ces poches déprimées sont des organes particuliers aux Stomapodes, mais il n’en est pas ainsi , et en les comparant aux fouets membraneux des pates-mâchoires antérieures des Crangons, des Mysis, etc., on voit qu'ils ne sont autre chose que ces mêmes appendices légèrement modifiés.

Dans le groupe naturel des Amphibodes, les membres thoraciques présentent presque toujours chez la femelle le maximum de composition que nous venons

Gi) PI. 2, fig. 12 et 13a.

(2) Pl- 2, fig. 14.

(3) PL 29, fig. 3.

de signaler; la tige sert à la locomotion ; le fouet devient membraneux et sert à la respiration; enfin, le palpe prend la forme du fouet des pates-mâchoires des Crabes, et a pour usage de retenir les œufs dans le thorax de la mère (1). Chez les Isopodes, ces derniers appendices prennent souvent un développement extrême, et constituent par leur réunion l'espèce de poche ovifère dans laquelle les œufs éclosent. Les membres abdominaux des Amphipodes ressemblent beaucoup à ceux des Décapodes macroures; mais chez les Isopodes les deux appendices qui les terminent, au lieu d’être cornés, deviennent membraneux et servent à la respiration.

Au premier abord, les pates branchiales des Apus et de plusieurs autres Entomostracés paraissent aussi n'avoir presque rien de commun avec les pates ambulatoires ou avec les membres buccaux des Décapodes; mais néanmoins on y retrouve encore les mêmes parties. En effet, dans ces grandes lames foliacées dont la structure paraît aussi compliquée qu'anomale, on retrouve facilement les analogues du fouet, du palpe et de la tige (2). Le premier de ces appendices constitue la vésicule aplatie qui occupe la partie basilaire et externe de la pate; sa forme est la même que chez les Stomapodes dont nous venons de parler, et sa structure confirme encore ce rapprochement. Le palpe est réduit ici à une seule pièce; mais celle-ci est grande, lamelleuse et assez semblable par sa forme au palpe vésiculaire des mâchoires externes chez plusieurs Décapodes bra-

(1) PL 2, fig. 15, a, tige ; à, palpe flabelliforme; c, fouet vésiculaire. (2) PL. 2, fig.16 et 17; a, tige; b, palpe vésiculaire: c, fouet vésiculaire, CRUSTACÉS , TOME I. 4

chyures; enfin la tige a la plus grande analogie avec celle qui constitue les mâchoiresexternes des Mysis, des Squilles, sur laquelle on retrouve jusqu'aux petites lames cornées qui en garnissent le bord interne.

Ainsi, malgré la diversité extrême qui existe dans les formes aussi-bien que dans les fonctions des membres appartenant aux différens anneaux du corps d’un même Crustacé, ou au même anneau dans des espèces diverses , il n’en est pas moins vrai que, sous le rapport de leur mode de formation, ces organes présentent en général une tendance remarquable vers l’uniformité de composition ; les mêmes élémens s’y retrouvent toujours en totalité ou en partie, et c’est de la présence ou de labsence du développement, ou de l’état rudimentaire, de la texture cornée où membraneuse , ainsi que des autres particularités que peuvent présenter la tige, le palpe et le fouet, que dépendent toutes les différences qu’on rencontre dans la structure de ces organes.

D'après les divers faits que nous avons passé successivement en revue, il nous paraît évident que l’organisation du squelette tégumentaire des Crustacés est bien plus uniforme qu'on ne l'aurait pensé avant que d'en avoir fait une étullespprofondie et comparative

La théorie des analogues, devenue célèbre par les travaux de son auteur, M. Geoffroy Saint-Hilaire, et par la tendance nouvelle qu’elle a imprimée à l'anatomie comparée , aplanit, comme on le voit, la plupart des difficultés qu'avait présentées jusqu'ici l'étude du squelette tégumentaire des Crustacés; et si l'utilité de Heure à l’'Entomologie des vues philosophiques formant la base de cette de n'était déjà démontrée par les recherches de MM. Savigny, Au-

DES CRUSTACÉS. Gt

douin,etc., on pourrait en danner comme preuve la simplicité des corollaires qui résument les causes des différences innombrables oflertes par le squelette téoumentaire des Crustacés.

Une partie des modifications qu'on y observe en parcourant la série de ces animaux, dépend évidemment de la soudureet , pour ainsi dire, de la fusion de plusieurs anneaux en un tronçon unique dont la composition binaire, ternaire , quaternaire, etc., ne se décèle plus que par le nombre des paires de membres qui y sont attachés, nombre qui paraît correspondre toujours à celui des anneaux.

Les différences qu’on rencontre dans la structure des anneaux técumentaires du corps dépendent en général de la soudure ou dela simple articulation des diverses pièces qui les composent ou bien de lexistence ou de l'absence des apodèmes qui en hérissent l’intérieur.

Enfin, d’autres modifications non moins grandes tiennent au développement, à l’état rudimentaire ou même à la disparition d’un où de plusieurs des élémens constituans de tel ou tel anneau du corps: tantôt ces pièces en se développant refoulent les pièces voisines , mais d'autrefois elles glissent pour ainsi dire au-dessus d'elles et les cachent plus ou moins com-

plétement.

Les formes diverses qu’affectent les membres dépendent aussi des causes analogues ; c’est-à-dire des différens degrés de développement de tel ou tel de leurs élémens constituans, ou de l'absence d’un certain nombre de ces parties.

L'étude du squelette tégumentaire des insectes conduit à des résultats analogues , et la comparaison de la charpente solide de ces animaux avec celle des

ba HISTOIRE NATURELLE

Crustacés est un sujet qui aurail mérité d'occuper notre attention, si le cadre resserré de cet ouvrage ne nous interdisait pas toute digression.

La même raison nous empêche de traiter ici d’une des hautes questions soulevées depuis quelques années par l’auteur de VAnatomie philosophique : l’analogie qu'il peut y avoir entre le squelette tégumentaire des Crustacés et le squelette intérieur des animaux vertébrés. M. Geoffroy Saint-Hilaire considère les anneaux dans lesquels le corps des Crustacés estrenfermé comme étant les analogues des vertèbres, et leurs appendices comme représentant les côtes. Peut-être arriverait-on à des rapprochemens plus naturels si on comparait le canal sternal des Décapodes à la colonne vertébrale, les épimères et les appendices aux os inter-épineux et aux rayons des nageoires médianes des poissons (1).

6 VI. De la mue.

Pour terminer ce que nous avions à dire du système técumentaire des Crustacés, il nous reste à parlerdes mues. Lorsqu'on considère la solidité de l'enveloppe

(1) Ponr plus de détails à ce sujet, voyez Zrois mémoires sur l'organisation des Insectes, par M. Geoffroy Saint-Hilaire ( Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, 1820 ; et Considérations philosophiques sur la détermination du système solide et du système nerveux des animaux articulés , par M. Ampère (Annales des sciences naturelles, t. 2, p. 295).

M. Robineau Desvoisy a présenté aussi de nouvelles vues sur les analogues des différentes parties du système tégumentaire des Crustacés, mais ses spéculations ne nous paraissent appuyées sur aucune base solide, ou même plausible, et elles ne ressemblent en rien à de l'anatomie réellement philosophique.

d'un Crabe ou d’un Écrevisse, par exemple , on est étonné qu'ils puissent s’en débarrasser, et cet étonnement augmente encore lorsqu'on sait que toutes les parties les plus délicates, telles que les antennes , les yeux etles branchies, se dépouillent ainsi sans que le squelette tégumentaire dont ils sortent soit brisé , ramolli ou déformé ; mais, d’un autre côté, on conçoit facilement la nécessité de ce phénomène singulier, car si l'animal ne changeait souvent de peau l'enveloppe solide qui le renferme opposerait bientôt des obstacles invincibles à son accroissement.

Les petits Crustacés, dont la croissance est trèsrapide, changent ainsi de peau à des époques trèsrapprochées. Jurine a observé,chez dejeunesDaphnies, huit mues dans l’espace de dix-sept jours , mais chez les grosses espèces, tels que les écrevisses et les autres Décapodes , on n'en compte qu'une par an.

Réaumur, qui a enrichi l’entomologie d’un si grand nombre d’observations intéressantes, a étudié avec soin ce phénomène curieux sur les écrevissesde rivière, qu'il tenait prisonnières dans des vases percés de trous , et placés dans de l’eau courante (1). C’est pendant l'été, ou au commencement de l'automne, que ces Crustacés changent de peau, ou, pour mieux dire , de squelette épidermique. On assure qu'avant de commencer cette opération, l'Écrevisse s’abstient pendant quelques jours de toute nourriture solide , et

(1) Voyez les deux mémoires de Réaumur intitulés : Sur Les diverses reproductions qui se font dans les Étcrevisses , etc. (Mémoires de l'Académie des sciences, 1712, p. 223.); et additions aux Observations sur la mue des Éorevisdeh etc. (méme recueil, 1718, p. 263.) On trouve un extrait presque textuel de ces écrits das Phone naturelle des Crustacés , par Bosc. t. 1, p. 136.

qu’on peut alors reconnaître facilement approche de la mue; car, si l’on presse avec le doigt sur la carapace de l'animal ou sur un des segmens de son abdomen, on s'aperçoit que la croûte calcaire cède un peu et nolfire pas la résistance qui lui est habituelle. Bientôt a pr ès, l'Écrevisse paraît inquiète, et commence à se ea les jambes les unes contre les autres; elle se renverse ensuite sur le dos, agite tout son corps, se gonfle tout à coup, brise la membrane qui unit la carapace à l'abdomen, et soulève ce grand bouclier dorsal. Un repos plus ou moins long succède à ces premières tentatives: l’Écrevisse recommence ensuite à agiter ses pates et à mouvoir toutes les parties de son corps ; alors on ne tarde pas à voir la carapace se soulever de plus en plus en s’éloignant de la base des pates, et dans moins d’une D Lente l'Écrevisse se débarrasse complétement de sa dépouille. Elle relève d’abord sa tête en arrière, dégage ses yeux et ses antennes, puis sort ses jambes de l'espèce d’étui formé par les anciens tégumens. Cette dernière opération ne se fait qu'avec bien de la peine, et quelquefois, en essayant de se dépouiller de la sorte, l'animal brise une ou plusieurs de ses pates ; on en voit même qui y succombent , et si les espèces de tubes qui renferment les membres ne se fendaient longitudinalement, on ne comprend pas comment ils pourraient s'en retirer (1) ; mais lorsque l'Écrevisse est

(1) Dans l'état ordinaire, les articles des pates ne paraissent formés chacun que d’une seule pièce tubulaire; mais Réaumur a constaté qu'ils sont composés de deux moitiés longitudinales a peu près égales, qui s’entr'ouvrent pour laisser passer la jambe et se rapprochent ensuite de manière à devenir de nouveau difliciles à distinguer. (Mémoires de l'Académie, 1718, p. 250.)

DES CRUSTACÉS. 55 parvenue à terminer ce travail pénible, elle se débarrasse bien vite de tout le reste de son enveloppe; elle retire sa tête de dessous la carapace, se porle en avant, étend brusquement sa queue et la retire aussitôt de son étui. La carapace retombe alors dans sa position naturelle ; elle vient de nouveau rejoindre l'abdomen, et la dépouille ainsi abandonnée présente exactement le même aspect que lorsqu'elle recouvrait l’animal à qui elle appartenait. Rien ne manque à ce squelette téeumentaire, tant extérieurement qu'intérieurement , et on le prendrait facilement pour une Écrevisse entière.

La nouvelle peau de l'Écrevisse qui vient de muer est melle et membraneuse; mais dans l’espace de deux ou trois jours, ou même de vingt-quatre heures, elle s’encroùte de matière calcaire, et devient aussi dure que l’ancienne enveloppe.

Les autres Crustacés des ordres supérieurs changent de peau à peu près de la même manière. Si l'on ouvre un Maja quelque temps avant qu'il ne commence cette opération, on trouve entre le test et le chorion une couche membraneuse qui ressemble d’abord à du tissu cellulaire à peine condensé, et qui devient de plus en plus solide et épaisse à mesure que l’on se rapproche de l’époque de la mue; elle est évidemment sécrétée par le chorion, et se oc sur le test qui la recouvre. On y retrouve jusqu'aux poils qu’elle doit présenter plus tard ; mais ces appendices ne sont pas renfermés dans les pus du test, comme Réaumur croyait l'avoir observé chez 'Écre : en général, ils ne font même aucune saillie à la surface de la nouvelle carapace, et sont rentrés à l'intérieur, comme le doigt d’un gant qui serait retourné sur luimême.

D'après les observations de Collinson (1), il paraitrait que le moyen par lequel le Tourteau se débarrasse de sontest, n’est pas exactement le même que celui que Réaumur a vu employé par l'Écrevisse. La carapace, au lieu de se soulever en entier, se divise dans le point où les pièces latérales (ou épimères) viennent se souder à la pièce dorsale, en décrivant de chaque côté du corps une ligne courbe qui s'étend latéralement de la bouche à l’origine de l'abdomen ; ce phénomène paraît commandé par la forme de la carapace, et se présente probablement chez tous les Brachyures voisins du genre Cancer; car, chez ces animaux , ilest souvent difficile de séparer cette partie du thorax sans opérer une division semblable. Mais pour les Brachyures dont la carapace ne présente pas de dilatation latérale semblable, nous sommes porté à croire que tout se passe comme chez l'Écrevisse; car les pièces dont il vient d’être question paraissent être trop solidement unies pour se disjoindre à la manière de celles qui composent la carapace des Tourteaux (2).

Le nouveau squelette téçsumentaire des Crabes reste dans un état de mollesse bien plus long-temps que celui des Écrevisses, et la mue est pour ces animaux une époque de malaise, pendant laquelle ils se tiennent cachés dans quelque réduit qui les protège de

(1) Observations on the Cancer major. Transactions of the Philosophical Society, 1746 et 1751.

(2) Si l'on examire le thorax d'un Crabe qui vient de se revêtir ainsi d'une peau nouvelle, on voit que les divers segmens, qui dans l'état ordinaire se trouvent soudés entre eux de manière à former une seule pièce, sont alors parfaitement distincts; fait qui est de nature à confirmer les vues que l'analogie porte à avoir sur la théorie du squelette tégumentaire des Crustacés.

leurs ennemis, dont ils deviendraient sans cela une proic facile. Les uns se tapissent dans les anfractuosités des rochers ou sous des pierres ; d’autres se retirent dans des terriers. Quelques voyageurs assurent que c'est lorsque les Crabes de terre muent, que leur chair est la plus estimée (1); mais il n’en est pas de même pour les espèces de nos côtes, leurs muscles sont alors flasques et aqueux ; aussi les pêcheurs n’en font-ils aucun cas.

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