‹ Histoire naturelle des crustacésChapitre 21 sur 258 · GP 4 0", L · texte numérisé non relu

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tre. La forme etle volume du foie varient beaucoup, ainsi que le nombre de ses lobes et la longueur des vésicules cœcales qui le composent ; mais ces détais ne sont pas assez importans pour nous arrêter ici. Nous ajouterons seulement que, chez les Squilles , ce viscère a une structure granuleuse et présente, comme Ja observé M. Cuvier, deux rangées de lobes qui s'étendent dans toute la longueur de l'intestin (1). Il est aussi à remarquer que chez les Crustacés suceurs le foie paraît être remplacé par un tissu spongieux et réticulé qui forme autour du tube digestif une sorte de lacis (2).

Chez les Décapodes brachyures, la portion pylorique de l'estomac présente d’autres annexes qui paraissent être aussi des organes de sécrétion (3); ce sont deux longs tubes membraneux très-étroits, terminés en cul-de-sac et entortillés sur eux-mêmes, qui se voient au-dessus du foie ; ces vaisseaux renferment un liquide blanchâtre , et viennent s'ouvrir à la partie supérieure de la cavité pylorique , immédiatement en arrière des espèces de valvules que nous avons signalées dans son intérieur. Ces appendices se rencontrent aussi chez quelques Macroures. Swammerdam en a signalé l’existence chez le Bernard - l’'Hermite ; mais dans le Homard, etc., on ne les voit pas, et ils paraissent être remplacés par deux ampoules qui ressemblent à des cornes (4).

Chez presque tous les Crustacés décapodes que nous

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(1) Lecons d'anatomie comparée , t. IV, p. 152. (2) PL 4, fig. 4.

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(4). PL. 4, fig. 10.

avons disséqués , il existe aussi un point de réunion du duodénum avec le rectum, un autre vaisseau-borne, dont la structure est exactement semblable à celles des deux tubes dont nous venons de parler, et qui est probablement encore un organe de sécrétion (1). Sa position varie suivant que la portion duodénale de l’intestin s’avance plus ou moins vers l'anus; ainsi, chez le Tourteau, on le trouve immédiatement en avant du cœur, et chez le Homard à l’extrémité de l'abdomen; mais il s'ouvre toujours immédiatement au devant des valvules qui séparent le duodénum du rectum; dans l’Écrevisse il manque.

Enfin , on voit de chaque côté, et un peu en arrière de l’æsophage des grands Crustacés, une petite masse spongieuse de couleur verdâtre, qui pourrait bien être ua appareil salivaire ; son aspect est semblable à celui de l'organe sécréteur qui recouvre l'appareil auditif.

$ IT. De la respiration.

Une fonction dont l'exercice est, chez tous les animaux , non moins importante que la digestion, mais qui ne devient pas aussitôt l'apanage d’un appareil particulier, c’est la respiration. On donne ce nom à l'absorption de certaines parties constituantes de l’atmosphère , et à l’exhalation de produits également gazeux , dont la formation paraît dépendre de l’action des principes aériformes dont nous venons de parler sur les molécules organiques donés de vie. Dans le règne végétal , le gaz, ainsi absorbé, est de l'acide

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carbonique, et le produit de la respiration est de l’oxigène ; mais chez les animaux, comme chacun le sait, c'est l'inverse qui a lieu , et lorsqu'on prive ces êtres de l'influence vivifiante del’oxigèneils ne tardent pas à périr. Cette absorption et cette exhalation ont d’abord leur siége dans toutes les parties du corps qui se trouvent en contact avec le fluide dans lequel l’animal vit; mais, lorsqu'on s'élève dans la série zoologique, on voit que la peau ne tarde pas à être plus ou moins complétement privée de ces fonctions , et que la respiration se concentre dans un appareil particulier dont la structure varie.

Ce que nous venons de dire , en thèse générale, est entièrement applicable aux Grustacés en particutier, Le fluide qu'habitent ordinairement ces animaux pourrait faire croire, au premier abord, qu'ils étaient soustraient à l'influence de l'air, et que s'ils absorbent de l’oxigène, c’est en décomposant l’eau ambiant qu'ils se le procurent ; c’est eflectivement l’epinion que plusieurs savans se sont formés de la respiration des poissons et des autres animaux aquatiques; mais des expériences précises ont prouvé que ces êtres ne sont pas soustraits à la loi générale, et que c’est en s’emparant de l’oxigène de l’air, tenu en dissolution dans l’eau, qu'ils pourvoient aux besoins de la respiration (1).

Chez un certain nombre de Crustacés, tels que les Phyllosomes, les Cyclopes , etc., on ne voit aucune partie du corps qui soit spécialement destinée

(1). Voyezles recherches de MM. de Humboldt et Provencal, sur la respiration des poissons, dans les Mémoires de la société d’Arcueil , t. II.

à la respiration, et c'est par la surface tésumentaire générale que cette fonction paraît s’exécuter; mais chez la plupart d’entre eux elle devient l'apanage d’un appareil particulier plus où moins compliqué , et formé essentiellement d'organes appelés branchies.

Ce sont d’abord un certain nombre des membres qui se modifient pour servir plus spécialement à larespiration , en même temps qu'ils agissent encore comme instrumens de locomotion. Dans les Apus et les Branchipes , par exemple, tous les membres qui suivent l'appareil buccal ont une forme foliacée , et les parties qui paraissent représenter le fouet et le pulpe de ces organes sont complétement membraneuses, eu plus ou moins vésiculaires (1) ; aucune expérience directe ne prouve que ces parties remplissent réellement les fonctions de branchies, mais tout porte à le croire, et pendant la vie de l'animal on les voit dans un mouvement continuel, lors même qu'il ne change pas de place : aussi les naturalistes ont-ils donné aux membres ainsi modifiés le nom de pates branchiales.

Dans le groupe naturel des Isopodes , ce sont encore des membres qui paraissent être plus particulièrement le siége de la respiration ; mais ceux qui sont aflectés à cet usage n’agissent plus comme organes de locomotion ; en sorte qu'on peut considérer cet état de choses comme un degré de plus dans la division du travail. Les membres modifiés ainsi, pour agir sur l’oxigène tenu en dissolution dans l’eau, appartiennent aux cinq premiers anneaux de l'abdomen, et secomposent

(x) PI. 2, fig, 16 et 177, c.

chacun d’un petit article basilaire auquel sont suspendues deux James membraneuses molles, et plus ou moins vésiculaires (1); souvent on leur voit aussi du côté intérieur un petit appendice qu'on peut regarder comme l’analoeue de la tige des autres membres, tandis que les deux lames, dont il vient d’être fait mention, représenteront le fouet et le pulpe; enfin, il est des Crustacés chez lesquels ces membres, qu'en peut appeler des fausses pates branchiales ; au lieu d’être complétement externes, comme cela alieu en général, sont renfermés dans une cavité formée par le dernier segment de l'abdomen (2).

Dans un autre groupe, voisin des Crustacés dont nous venons de parler, celui des Amphipodes (3) et des Lamipodes, ce sont les fouets des membres thoraciques qui paraissent spécialement affectés à l’exercice des fonctions respiratoires; ces organes, au nombre de huit à douze, prennent la forme de grandes vésicules membraneuses, suspendues au-dessous du thorax entre les pates ambulatoires et un courant d’eau mis en mouvement par les pates natatoires de l'abdomen, vient les baigner continuellement. Chez plusieurs Stomapodes , et chez quelques Décapodes, le fouet d’un certain nombre des membres thoraciques présente une modification analogue et constitue un vésicule ou une espèce de galette membraneuse ; mais, chez ces animaux, il existe aussi des branchies proprement dites, et ces organes ne sont plus de simples modifications de parties déjà existantes dans l’économie, comme cela a lieu

(1) PL 10, fig. 6.

(2) PL. 10, fig. 7.

GNPI 2 hs T0, c.

pour les pates branchiales, mais paraissent être une création nouvelle, commandée par la division toujours croissante dans le travail dont le corps de ces animaux est le siége (r).

Chez certains Stomapodes, dont on a formé le genre Cynthia, ces branchies sont fixées à l'extrémité de l’article basilaire des membres abdominaux des cinq premières paires , et consistent en une espèce de cylindre membraneux fixé par son milieu à un petit pédoncule (2).

Dans les Squilles, la position des branchies est la même que chez les Cynthia; elles sont toujours fixées à l’article basilaire des membres abdominaux des cinq premières paires , et flottent librement dans l’eau ambiante ; mais leur structure, qui a été décrite avec soin par M. Guvier (3), est beaucoup plus compliquée; car chacun de ces organes est formé d’un long tube conique sur un des côtés duquel naît une série de petits tubes disposés parallèlement entre eux comme un jeu d'orgue ; et, à leur tour , ces tubes portent chacun une rangée de longs filamens cylindriques très-nombreux (4).

Dans un autre genre du même ordre, celui des Thysanopodes, les branchies ont la même structure que chez les Squilles, et ressemblent à des panaches rameux ; ils sont aussi placés à l’extérieur et flottent librement dans l’eau ambiant; mais, au lieu d’occuper

(1) PL. 10, fig.3 et 4, b.

(2) PL. 10. fig. 5, 2.

(3) Lecons d'anatomie comparée , t. LV, (4) PL 10, fig. 4, à.

l'abdomen, ils sont fixés aux pates thoraciques (r).

Enfin, dans l’ordre des Crustacés Décapodes, l’appareil respiratoire est encore plus compliqué, car les branchies sont renfermées dans des cavités bien formées, et il existe un mécanisme particulier destiné à opérer le renouvellement de l’eau qui les baigne. Ges cavités branchiales, au nombre de deux, occupent les côtés de la portion thoracique du corps et sont situées au-dessous de la partie latérale de la carapace (2). Leur paroi interne est formée par la voûte des flancs qui s'étend depuis la base des pates jusqu'à la face dorsale du thorax, et l’externe par repli tégumentaire qui se porte en décrivant une ligne courbe du bord supérieur des flancs à leur bord inférieur, où il se continue avec le bord latéral de la carapace (3). On y distingue une espèce d’épiderme qui est le prolongement de la couche dermoïde qui constitue le test luimême , et une membrane épaisse et tomenteuse qui fait partie de l'enveloppe générale que nous avons comparée au chorion ; en arrière, l'espèce de voûte formée par ce prolongement tégumentaire est accolée à la portion correspondante de la carapace; mais antérieurement elle en est séparée par une partie des viscères. Entre son bord inférieur et la base des pates, il existe un espace plus ou moins grand au moyen duquel la cavité branchiale communique librement avec le dehors; enfin, à son extrémité antérieure, est

(1) Voyez le Mémoire sur une disposition particulière de l'appareil branchial chez quelques Crustacés, que j'ai publié dans le 19°. vol. des Annales des sciences naturelles. Ces branchies sont représentées aussi PI. 10, fig. 3.

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(3) PI. 10, fig. 10.

une sorte de gouttière qui vient s'ouvrir sur les côtés de la bouche et sert écalement au passage de l’eau employée pour la respiration (r).

Les branchies , qui sont logées dans ces cavités , reposent sur la voûte des flancs, et ne tiennent au corps que par un pédoncule qui en occupe ordinairement l'extrémité inférieure. Chacun de ces organes a la forme d’une pyramide allongée et quadrilatère dont le sommet est dirigé en haut. Une cloison verticale s'étend d’une extrémité de la branchie à l’autre, et la divise en deux moitiés latérales qui sont formées par l'assemblage d’une multitude de lamelles ou de filamens placés parallèlement les uns aux autres, et forment un angle droit avec l'axe de la pyramide. Deux gros vaisseaux règnent dans toute la longueur de cette cloison médiane; l’un d’eux occupe toujours la face interne de la branchie, et sert, comme nous le verrons par la suite, à recevoir le sang après qu'il a subi l'influence de l’air dissout dans l’eau ; l’autre, qui est au contraire le vaisseau afférent , est quelquefois accolé au côté externe du premier; mais en général il en est assez éloigné, et se voit à la face externe des branchies (2). Une infinité de vaisseaux capillaires partent des deux côtés de l’un et l’autre de ces canaux, et se distribuent dans les parties Jatérales de la branchie. Chez tous les Brachyures, chez les Anomoures et chez un grand nombre de Macroures (tels que les Pagures, les Galathées et tous les Salicoques ), ces parties latérales des pyramides branchiales sont formées par un grand nombre de petites lamelles

(1) PL 10, fig. 1 et 2.

(2) PI. G, fix. 4.

semi-membraneuses empilées les unes sur les autres, et fixées par un de leurs bords à la cloison médiane comme les feuillets d’un livre. Enfin, chez les Écrevisses, les Langoustes et quelques autres Macreures, voisins du genre Astacus, ces lamelles sont remplacées par une multitude de petits cylindres qui sont fixés sur la cloison verticale par leur extrémité interne, comme les poils d’une brosse, et recouvrent toute la face externe de la branchie aussi bien que ses deux côtés (1).

On voit donc que les branchies des Crustacés Décapodes difièrent de celles de la Squille et des Thysanopodes, non-seulement par leur situation dans l'intérieur d’une cavité spéciale, mais aussi par leur structure ; car, chez les Stomapodes, la partie de ces organes, qu'on peut comparer à leur tige, porte des cylindres garnis à leur tour de Eine Hub ten tandis que chez les Décapodes les lamelles ou les cylindres fixés sur cette même tige sont toujours simples et sans divisions.

Le nombre des branchies et leur mode d'insertion varient beaucoup chez les divers Crustacés Décapodes. Dans le Crabe commun, par exemple, on trouve de chaque côté du corps neuf de ces organes. Les deux premières pyramides branchiales , rudimentaires, et cachées sous la base des suivantes, s’insèrent au premier article de la seconde et de la troisième patemâchoire(2), tanäis que les autres s’insèrent immédiatement au-dessous des épimères correspondantes, ou bien au pourtour de trous qui occupent la partie in-

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