Limnatis
1. Ilrancliiobilelle île l’écrevisse. Cet annélide est le plus petit de tous les hirudinés. On le trouve sur les branchies de
fecté, d’un .accord unanime, aux familles du règne végétal, et le masculin à celles du règne animal (édentés, cétacés, gallinacés, crustacés, etc.), j’ai cru pouvoir écrire hirudinés. Ce nom n’est d’ailleurs, en effet, qu’un des adjectifs du nom de classe annélides , auquel il peut être nécessaire de le joindre.
(1) Moquin-Tandon, Monographie de la famille des Hirudinées , Paris, 184 G, l vol. in-8°, avec un atlas de 14 planches coloriées.
LES ANMÉLIOES.
1 écrevisse ; il marche à la manière des chenilles arpenteuses ; il a le corps un peu transparent. Il construit, pour ses œufs, une capsule pédiculée qu’il fixe aux branchies de l’écrevisse.
2. Xôpliélis octoculée OU sangsue vulgaire (fig. 936). — IUrudo octoculata , Bergm. ; — Hirudo vulgaris, Mull.; — Erpobdella vulgaris, Lam. ; — Nephelis tessulata, Savigny ; — Nephelis vulgaris , Moquin.
Corps allongé, assez déprimé, rétréci graduellement en avant,
composé de 96 à 99 anneaux égaux, très-peu distincts, portant les orifices sexuels entre le 30e et le 32a anneau et entre le 34e et le 33e, ces orifices étant situés non sur les anneaux, mais dans leurs intervalles. — Ventouse antérieure peu concave, à lèvre supérieure formée de trois segments, le terminal grand et obtus. — Points oculaires très-distincts, au nombre de huit, les quatre antérieurs disposés en croissant sur le premier segment, les quatre postérieurs rangés sur les côtés du troisième segment {fi 9- 937). Dans l’état d’extension de
Fig. 936. — Nephelis octoculée (*).
Fig. 937. Fig. 938.
Points oculaires. Points oculaires.
Fig. 939.
Œsophage.
la lèvre supérieure, la disposition des points oculaires change et devient telle que la représente la figure 938. — - Bouche grande, mâchoires milles, œsophage à trois plis (fig. 939). — Estomac tubulaire, droit, sans brides ni poches latérales ; intestin et rectum semblables, à peine distincts de l’estomac. — Anus assez grand, semi-lunaire, très-apparent, placé sur le côté dorsal du dernier anneau. — Ventouse anale moyenne, obliquement terminale.
Cet annélide habite 1 Europe, dans les fontaines, les ruisseaux et les fossés qui contiennent de l’eau. Il ne peut quitter l’eau sans mourir au bout de quelques minutes. Il ne se contracte pas
( ) A, d apres Moquin-Tandon, Atlas de la Monographie des hirudinées . — B, la même, d’après l’Atlas du Dictionnaire des sciences naturelles.
ABRANCIIES. — HIRUDINÉS. 28o
en olive comme les sangsues; mais roule son corps à peu près comme les lombrics. Il ne peut sucer le sang d’aucun animal vertébré, la nature lui ayant refusé les organes propres à entamer la peau. 11 se nourrit de planaires, de monocles et d’animaux infusoires. On en connaît un grand nombre de variétés distinguées par leurs couleurs. Il est tantôt d’un brun noir et presque opaque, tantôt rougeâtre, couleur de chair, cendré gris, ou verdâtre. Quand la couleur n’est pas trop obscure, on voit, à travers la peau, le vaisseau abdominal et les deux vaisseaux latéraux, ainsi que leurs branches traversâtes. 11 dépose ses capsules depuis le mois de mai jusqu’au mois d’octobre, sur des plantes aquatiques ou sur des corps solides submergés. La manière dont se forment ces capsules est très-singulière. De même que les lombrics, les hirudinés sont androgynes, mais ont besoin du rapprochement de deux individus pour devenir féconds. Dans les néphélis, particulièrement, l’organe mâle est situé entre le 31e et le 32e anneau, et l’organe femelle entre 34e et le 35e. Au temps de l’amour, cette partie du corps, qui porte le nom de ceinture (I), se gonfle et se couvre d’une matière visqueuse servant à l’adhérence des individus. Deux individus se rapprochent ainsi ventre à ventre et en sens inverse, de telle sorte que l’organe mâle antérieur de l’un correspond à l’organe femelle postérieur de l’autre. Après la fécondation, la ceinture se gonfle encore plus en son milieu, se rétrécit à ses extrémités, et exsude, par toute sa surface, une matière visqueuse qui se condense en une capsule ovoïde {fi g. 940). Lorsque celte capsule est formée, la sangsue la remplit d’une matière gélatineuse, demi-transparente, dans laquelle aucun germe n’est encore visible; puis elle cherche à s’en séparer. A cet effet, elle se fixe par sa ventouse anale, rétrécit fortement toute la partie de son corps comprise dans la capsule et antérieurement, et en sort à reculons, au moyen des mouvements qu’elle imprime â ses anneaux. Aussitôt qu’elle a quitté la capsule, les deux ouvertures se ferment, et l’on voit à leur place un épaississement brunâtre qui tombera plus tard, comme un opercule, pour laisser sortir les jeunes sangsues.
D’après Moquin-Tandon, chaque néphélis peut produire successivement cinq à huit capsules pareilles; mais je ne puis ad-
(I) La ceinture comprend un plus grand nombre d’anneaux que ceux qui séparent les organes sexuels ; dans la néphélis octoculée, la ceinture comprend 15 à i 7 anneaux, dont 8 avant l’ouverture de l’organe mâle et 9 après.
Fig. 940.
Ceiniure.
286 LES ANNÉLIDES
mettre qu’on dise qu’elle les ponde , tant leur formation diffère de la ponte d’un œw/propremcnt dit.
Fig. 941 . — Œufs (*).
Les capsules de néphélis sont longues de 4 à 6 millimètres,, larges de 3 à 4. Rayer les a représentées comme étant parfaitement
Fig. 943. — Estomac de la trochète verdâtre.
Fig. 944.
Trochète verdâtre.
ovoïdes [fi g. 941), et Moquin comme étant aplaties et ayant les bords irréguliers et sinués. L’enveloppe en est transparente, de
H L caPsu'e de néphélis fortement grossie, dans laquelle les ovules ne sont pas encore visibles. B, autre capsule dans laquelle trois ovules sont visibles. — C autre capsule
contenant plusieurs petites sangsues déjà développées. ’ F
ABRANCHES. — HIRUDINÉS. 287
nature cornée, d’abord assez claire, puis d’une couleur jaune ou roussâtre. Elle est enduite d’une humeur visqueuse qui la fait adhérer aux corps sur lesquels elle a été déposée. Aux deux extrémités du grand diamètre, on voit une petite callosité brune, l’une ronde et déprimée, l’autre saillante et formant quelquefois une sorte de pédicule. On sait que ces capsules avaient d’abord été prises par Linné pour un insecte liémiptère aquatique qu’il avait désigné sous le nom de Coccus aquaticus, et que c’est Bergmann qui lui en a fait connaître l’origine et l’espèce.
3. Trochète verdâtre, Trochetci subviridis , Dutrochet (fi g. 942). Corps allongé, déprimé, très-extensible (1), composé de 140 anneaux fort étroits, inégaux, peu distincts, portant les orifices sexuels entre le 32u et le 33e et entre le 37e et le 38e anneau. — Ventouse orale très-concave, à lèvre supérieure formée de trois segments, dont le terminal est grand et obtus. — Points oculaires apparents, les quatre antérieurs disposés en croissant sur le premier segment, les quatre autres rangés en lignes transverses, sur les côtes du troisième segment (fig. 942, A). Bouche grande, offrant trois mâchoires très-petites, tranchantes, non édenticulées. — Œsophage allong, tubulaire, à trois plis. — Estomac tubulaire, membraneux, divisé par quatre replis intérieurs, en cinq compartiments placés bout à bout (fig. 943).— Intestin .dilaté en avant, séparé de l’estomac et du rectum par des replis semblables aux précédents. — Anus très-grand et trèsapparent, ouvert sur le dos du dernier anneau. — Ventouse anale moyenne, obliquement terminale.
La trochète verdâtre a le dos d’un gris olivâtre un peu velouté, avec deux bandes longitudinales noirâtres, peu apparentes, rapprochées de la ligne médiane. Le ventre est un peu plus pâle que le dos, sans bandes ni taches. Il y en a plusieurs variétés dont une brune, une d’un rouge brun très-vif, et une couleur de chair, toutes trois sans bandes. A l’époque de la reproduction, la ceinture se gonfle beaucoup (fig. 944), et paraît plus pâle que le reste du corps; elle commence au 23e anneau, et en comprend 18. La trochète forme ses capsules comme les néphélis et en sort de la môme manière. La capsule isolée est d’un brun foncé, assez épaisse, non transparente, pointue aux deux extrémités, longue de 9 à 14 millimètres, large de 6 à 8.
Les trochètes habitent les rigoles des prairies, les petites sources, et, dans les lieux humides, des canaux souterrains où elles poursuivent les lombrics qu’elles dévorent. Elles sortent également de l’eau pour déposer leurs capsules, comme la
(I) Fortement tendu, il peut acquérir jusqu’à 20 centimètres de longueur.
288 LES ANNÉLIDES
plupart des autres genres. Elles sont impropres à la succion.
4. Aulastome vorace, Aulastoma gula, Moq-Tand. — Hirudo sanguisuga , Muller. — Hirudo vorax , Johns. — Hœmopis nigra ,
Sav. — Pseudobdella nigra , Blainv. — Hirudo vorax , Huzard (1). Pseudobdella nigra , Blainville. Corps allongé, se contractant difficilement en olive, composé de 95 anneaux très-distincts et
(1) Huzard, Jour n. pharm., t. XI, pl. I, fig. 5, G, 7, 12, et pl. II, fig. IG. — La description et l’anatomie de l 'hirudo vorax, faites par M. Huzard fils, sont très exactes ; seulement il faut remarquer que le nom de sangsue de cheval, faussement donné dans le commerce à cet annélide, est cause que M. Huzard l’a d’abord confondu avec un ou deux autres annélides, qui sont l 'Hœmopis sanguisorba, Sav., et une variété noire de la sangsue médicinale.
(*) A, d’après l’atlas de Moquin-Tandon. — B, d'après l’atlas du Dictionnaire des sciences naturelles.
(’(*) * (***)) a, lèvre supérieure vue en dessous; d, d, d, mâchoires; e, e, e, gros plis œsophagien placés en arrière des mâchoires; f, f,f, f, petits plis œsophagiens.
(***) Une mâchoire considérablement grossie, garnie de ses deuticules.
H1RUDINÉS.
égîiux ( fig . 945), portant les orifices sexuels entre le 24° et le 25* anneau, et entre le 29* et le 30*. Points oculaires au nombre de 10, disposés, comme dans la sangsue officinale, sur une ligne elliptique, les quatre postérieurs plus isolés et plus petits (fig. 946). Ventouse antérieure peu concave, à lèvre supérieure avancée en demi-ellipse. Bouche grande, pourvue à la gorge de trois mâchoires égales, très-petites, ovales, non comprimées, à denticules peu nombreux, distincts et émoussés (fig. 947 et 948). — Œsophage en forme de sac oblong (fig. 947 et 949), sillonné par douze plis longitudinaux. — Estomac ayant la forme d’un long tube à peine marqué de’ légers lenflements, muni intérieurement de deux appendices très-étroits, en forme de cæcums, et terminé par une sorte d’entonnoir (/) qui s’ouvre dans l’intestin (1). Anus semi-lunaire, très-apparent. —
Ventouse anale assez petite, obliquement terminale.
L’aulastome vorace habite dans toute l’Europe et est commune dans les étangs de Gentilly, à la porte de Paris. Elle est d’un brun noir foncé ou d’un noir olivâtre uniforme, velouté, marqué çà et là de quelques points noirs peu apparents. Le ventre est olivâtre, quelquefois cendré ou jaunâtre, le plus souvent sans taches, toujours plus clair que le dos.
Les ventouses sont très-lisses en dessous, l’antérieure médiocrement grande, très-dilatable. Ventouse anale petite, d’un gris d’ardoise, surtout quand elle se dilate.
Les aulastomes sont demi-terrestres; elles sortent fréquemment de 1 eau et vont se cacher sous les pierres qui sont autour des mares et des étangs.
Elles aiment beaucoup les lombric qu’elles avalent tout entiers avec une grande voracité; elles peuvent les prendre par la moitié du corps et les engloutir en une seule fois, les deux moitiés rapprochées, ou bien elles les coupent par morceaux, lorsqu’ils sont trop volumineux. Elles avalent de môme les nais, les larves aquatiques, les petits pois-
(1) Dans les embryons le tube de l’estomac est lobé sur toute sa longueur et
les deux appendices inférieurs sont de véritables poches, comme dans les hæ'mopis et les sangsues.
H n, orifice de la ventouse buccale; bc, u-sophage ; cd, estomac; e, e, appendices filiformes de l’estomac ; fg, intestin ; h, rectum. ’ ’ aPPenalces umor
Guibouht, Drogues, 6= édition.
Fig. 950.
Cocon .
290 LES ANNÉLIDES
sons, les néphélis, les trochèles, les sangsues, et même les in-
Fig. 951. — Hæmopis chevaline {*) ■
Fig. 952. — Canal digestif de l’ hæmopis sanguisuga (**).
Fig. 953. Fig. 954.
Points oculaires. Mâchoire (***).
Fig. 955.
Cocon.
(*) A, Variété olivâtre. — B, Variété fauve.
((*) * (***)’) bc, œsophage ; cd, premier compartiment stomacal ; dee, second compartiment ; fgg,
troisième, quatrième dixième compartiments; hkk, onzième et dernier compartiment ;
ik, ik, ses deux grandes poches en forme de cæcums; m, son entonnoir; no, intestin; op, rectum ou cloaque.
(***) A, mâchoire très-grosse ; B, portion de mâchoire considérablement grossie, présentant sa carène de plusieurs denticules placés sur elle comme à cheval.
I1IRUDINÉS.
dxvidas de leur propre espèce. Elles ne peuvent mordre h ne-n, humaine. Elles déposent dans la terre humide des cocons à
issu spongieux, très-lâche, semblables à ceux des sangsues mais un peu plus petits {fi g. 955). ' dn°sues’
O. Hæmopis chevaline, Hœmopis sanguisuqa , Mon Tand fhrvdo sanguüorta, Lam. - Hœn.opü Ljul^ Vl jHg pobdella sanguisuga , Blainv. (fi g. 951). 1
Corps allongé, composé de 95 à 97 anneaux égaux, peu dis-
enC4: lG 2f Gtnle 23° r°rgane mâIe’ et entre
-J et le 50 1 organe femelle. — Ventouse orale peu cou
in'n’ à, è'Te fpéneUre C'ès-avancée, formée de 3 segments — points oculaires disposés sur une ligne elliptique (/fy 953)
<le la même manière que dans l’aulastome et dans la sangsue officina.e. — Bouche grande; 3 mâchoires égales, petites ovales non comprimées, à denticules peu aigus (fig. œ ’
pliage très-court communiquant sans étranglement à la première a la seconde poche de l’estomac (fig. 952), dont les autres poc les sont séparées par des étranglements, et de plus divisées en deux lobes principaux; la dernière poche est très-grande et mee par deux sacs qui se prolongent jusqu’à l’extrémité du corps; I intestin est tubulaire et terminé par un rectum court et ovoïde. - Anus petit, arrondi, à peine visible. - Ventouse anale assez grande, obliquement terminale.
L’hæmopis chevaline a le dos roussâtre ou olivâtre avec ou sans rangées de petites taches noirâtres ; les bords sont à peine aillants, avec une bande étroite orangée, jaunâtre ou brune ougeâtre, rarement de la couleur du dos ; le ventre est d’un noir ardoise ordinairement plus foncé que le dos (1). Ventouses lis ses 1 antérieure peu grande, l’anale de moitié plus grande nue au re, mince et de la couleur du ventre. A l’époque de la reproduction, la ceinture est assez marquée; elle commence au 03e an
7“ 61 * 37'°" Les cocons sont ovoïde “ us pàiti el
plus courts que ceux de la sangsue médicinale (fig 955) P
L hæmopis chevaline habile les eaux vives de l'Europe principaiement en Espagne et en Portugal. Elle est très abondante aussi sur tout le littoral de l'Afrique. Elle suce le sang des"t«! n s, mais, ne pouvant attaquer que Ieurs membranes muqueuses
elle s introduit dans le pharynx et les fosses nasales des chevaux’
fl") On en connaît un certain nombre de variétés dont une yv>. i . s'x lignes longitudina'es interrompues, ou formées de nethes’t»! ’ 3 6 AVCC bords orangés et le ventre gris foncé (fia r,i ni , P chos noiratrcs> les
dos et le ventre ver, -olive! sa™ auctme^che et îes b "d °livdtre' ‘^ant ,e
«ne autre noire, ayant le dos noi vâtre llX * Jfl,nâtres A) ;
vcmre „„ pe„ ’phls TîT,”"1""'** «.*
umcolore, les bords a peine pins clair, et le ventre ollvitre foncé ““ r'
LES ANNÉLIDES
des bœufs, des chameaux, de l’homme même, et les tourmente cruellement. Elle est longue de 8 à 10 centimètres et large de 10 à 15 millimètres.
6. Sangsue médicinale, Hivudo medicinalis, L. Le corps d une sangsue médicinale, dans un état d’extension moyenne, est allongé, plus convexe du côté du dos que de celui du ventre, qui est déprimé ou un peu aplati; il s’atténue sensiblement en avant et beaucoup moins en arrière où il est arrondi : il en résulte que sa plus grande épaisseur est vers le tiers ou le quart postérieur; mais il peut devenir presque linéaire par une grande extension, de même qu’il prend la forme d’une olive ou d’une amande, dans sa plus grande contraction. La facilité avec laquelle la sangsue médicinale prend cette forme, surtout quand on la comprime modérément en tous sens, dans le creux de la main, est à la lois un caractère spécifique propre à la faire reconnaître et un indice de bonne santé.
Le corps d’une sangsue est composé de 95 anneaux égaux, bien distincts, saillants sur le côté. L’extrémité supérieure est terminée en une pointe obtuse, et présente, du côté de la face ventrale, un orifice ovale et oblique, dit ventouse buccale, couvert supérieurement par trois segments ou anneaux incomplets (non compris dans le nombre des anneaux du corps), qui en constituent la lèvre supérieure ; tandis que la lèvre inférieure est formée
Fig. 956.
Points oculaires.
Fig. 957. Fig. 958. Fig. 959.
Ventouse. Ventouse buccale ou- Coupe longitudinale d’une verte pour montrer mâchoire isolée, consi-
les trois mâchoires. dérablemeut grossie,
montrant les deuticules qui la couronnent.
par le premier anneau complet du corps, sans qu’il y ait aucun étranglement marqué au-dessous. Les points oculaires sont au nombre de dix, dont six rapprochés sur le premier segment de la lèvre supérieure, deux sur le troisième segment et deux sur le troisième anneau : les quatre points postérieurs sont plus petits que les autres ( fig . 956). Le fond de la ventouse présente trois petites fentes disposées en étoile ( fg . 957), au fond desquelles se trouvent trois mâchoires égales, grandes, bombées, dont le sommet est hérissé de denticules très-nombreux et très-aigus {fg. 958
IIIRUDINÉS. 2)3
et 959). Le tube digestif sera décrit plus lard. L’organe mâle est situé entre le 2ie et le 25e anneau, et l’organe femelle entre le 29e et le 30e. L’anus est très-petit et à peine visible. La ventouse anale est moyenne, obliquement terminale.
L’utilité incontestable des sangsues, pour le traitement d’un grand nombre de maladies; la grande consommation qu’on en fait toujours, malgré l’abandon presque complet de la doctrine dit & physiologique ; leur prix élevé, enfin la nécessité pour le pharmacien de ne rien ignorer d’important dans ce qui regarde la vie, les fonctions, les maladies, la reproduction et la conservation de ces précieux annélides, m’engage à les considérer ici sous ces divers points de vue. Ce que je vais en dire sera liré en partie de l’excellente monographie qu’en a publiée Moquin-Tandon (1).
Système cutané. La peau des sangsues est molle, extensible dans toutes ses parties et adhérente aux couches musculaires sur lesquelles elle repose; elle se compose de trois parties, qui sont : Y épiderme, le pigment el le derme.
U épiderme est mince, lisse, transparent, blanchâtre et unicolore. Il se renouvelle à des intervalles de temps très-rapprochés, s’il faut en juger par le nombre et la fréquence des dépouilles que l’on trouve dans l’eau où l’on conserve les sangsues en captivité. Ces dépouilles ont été prises, par la plupart des auteurs, pour des mucosités exsudées du corps des sangsues, et qui leur causaient une grande mortalité en corrompant l’eau ; mais j’ai montré que ces prétendues mucosités étaient l’épiderme même de l’annélide, sur lequel on observe très-facilement l’impression de ses anneaux (2).
« Cet épiderme se détache d’abord de l’extrémité antérieure, et la sangsue en sort comme d’un fourreau, en le repoussant peu à peu vers l’autre extrémité. Souvent même cette enveloppe forme anneau au milieu du corps de la sangsue et paraît l'étrangler. Cet épiderme, détaché de tout le corps, adhère encore quelque temps à l’extrémité postérieure ; la sangsue le traîne avec elle en nageant, et paraît éprouver un vif sentiment de douleur, lorsqu’on l’en détache brusquement. Ainsi cette mucosité qui nage dans l’eau, au heu d’être le produit d’une exsudation morbide des sangsues, est le résultat d’une fonction inhérente à leur constitution. Seulement il est probable que celte fonction ne s accomplit pas aussi facilement dans les conditions où nous plaçons les sangsues que dans l’état de nature, el que plusieurs y succombent. Déjà plusieurs pharmaciens, sans s’être rendu compte
(t) Moquin-Tandon, Monographie de la famille des hirudinées. Paris, 1840, avec atlas de 11 planches gravées et coloriées.
(2) Guibourt, Journal de chimie médicale, 1832, p. 611. Antérieurement, cependant, Caréna avait fait la même observation.
LES ANNÉLIDES
de la nature de ces débris, mais pensant qu’il importait aux sangsues d’en être débarrassées, ont proposé de mettre dans l’eau de la mousse, du sable de rivière, ou différents corps durs, dont le frottement en facilitât la séparation. »
Le pigment est situé sous l’épiderme; il est traversé probablement par les extrémités nerveuses qui viennent s’épanouir à sa surface, car il possède une sensibilité très-vive; examiné au microscope, il paraît formé d’un tissu granuleux peu épais et diversement coloré. Dans la sangsue médicinale, sa couleur est toujours plus foncée sur le dos que du côté du ventre.
Le derme est la partie la plus épaisse de l’enveloppe cutanée; il reçoit des ramifications nerveuses, ainsi que des petits vaisseaux sanguins dont une grande partie le traversent pour aller former une sorte de réseau à sa surface ; à des intervalles égaux, le derme s’amincit, devient peu apparent, et présente comme des interruptions circulaires très-étroites. Ces solutions de continuité imparfaites, recouvertes seulement par l’épiderme, facilitent beaucoup les mouvements de l’annélide et en forment les articulations. L’espace compris entre ces interruptions en constitue au contraire les anneaux.
Cryptes mucipares. On trouve dans le derme une infinité de trèspetites cellules folliculaires, formant à l’extérieur de petites éminences disposées par bandes circulaires, avec plus ou moins de régularité. Selon la volonté de l’animal, ces petites éminences paraissent un moment d’une manière très-sensible, et bientôt après elles s’aplatissent et ne sont plus appréciables. Ces petites cellules intérieures, auxquelles on donne le nom de cryptes , s’ouvrent à l’extérieur par un pore véritablement microscopique, destiné à donner issue à l’humeur visqueuse et transparente qui lubrifie toute la surface de la peau. Mais, indépendamment de ces cryptes, il existe, sur les deux côtés du ventre, des glandes beaucoup plus volumineuses et plus compliquées, qui ont été prises, tantôt pour une dépendance des organes spermatiques, tantôt pour des organes respiratoires, mais qui paraissent en réalité ne sécréter qu’un liquide muqueux plus clair et plus aqueux que celui des cryptes mucipares; aussi leur donne-t-on le nom de glandes de la mucosité. Ces glandes sont au nombre de 34 (17 de chaque côté du corps), situées au-deSsous des couches musculaires et entre les poches de l’estomac (I). Leur partie la plus profonde consiste en une ou deux anses plus ou moins sinueuses, communiquant par un conduit avec une poche arrondie située immédiatement sous le derme; cette poche s’ouvre à son tour,
(I) Voir la figure 9G1, rr r r.
HIRUDINÉS. 29o
à l’extérieur, par une petite ouverture, et toutes ces ouvertures sont régulièrement éloignées les unes des autres, d’un intervalle de 5 anneaux.
Muscles. Immédiatement au-dessous de la peau, se trouvent trois couches musculaires placées l’une au-dessous de l’autre. La première couche ( muscles circulaires) est composée de fibres circulaires, réunies au nombre de 5 ou 6 par anneau; elle parait être une dépendance de la peau. La seconde couche ( muscles diagonaux) est composée de deux plans de faisceaux de fibres obliques, qui forment par leur entre-croisement une sorte de grillage régulier. La troisième couche (muscles longitudinaux) est composée de fibres longitudinales, parallèles et fasciculées, unies entre elles par un mince tissu cellulaire, et qui s’étendent d’une extrémité à l’autre de l’animal. On remarque en outre, en dedans du plan formé par les fibres longitudinales, des fibres transverses qui, nées du côté du dos, par une partie élargie, se portent vers la ligne ventrale, en formant des brides qui séparent et supportent les sinus de l’estomac.
A l’extrémité antérieure du corps, les deux plans de fibres, diagonales et longitudinales, semblent se confondre, et il en résulte un tissu contractile, non distinct du derme, et qui constitue les deux lèvres ou les bords de l’ouverture antérieure, susceptibles de prendre toutes les formes.
A l’extrémité postérieure, il y a aussi une sorte de confusion des deux plans de fibres musculaires, mais elles prennent une nouvelle disposition. En effet, les fibres longitudinales, rapprochées à cause de l’absence des viscères, partent d’un point central pour s’irradier à la circonférence du disque; tandis que les fibres diagonales, devenues tout à fait circulaires, forment le disque lui-même, dont toutes les parties peuvent s’appliquer exactement et sans aucun vide à la surface des corps étrangers ( fig . 960).
Système nerveux. Le système nerveux de la sangsue est, à peu de chose près, ce qu’il est dans les lombrics et dans les entomozoaires. Placé sur la ligne médiane abdominale, dans le tissu cellulaire qui sépare l’intestin de la couche musculaire sous-cutanée, il est composé d’un certain nombre de ganglions placés à la file, et fournissant, outre le double cordon de communication en avant et en arrière des uns avec les autres, des filets transvcrses pour l’enveloppe extérieure. Ces ganglions sont au nombre dp 21 ou 22, non compris un grand ganglion œsophagien contenu dans la lèvre inférieure, ayant la forme d’un anneau qui entoure
LES ANNÉLIDES
le commencement de l’œsophage, et paraissant formé de quatre ganglions réunis, dont deux postérieurs et un peu supérieurs dits sus-œsophagiens , et deux antérieurs et un peu inférieurs dits sous-
Fig. 961. — Anatomie de la sangsue médicinale; individu de très-forte taille, couché sur le dos et ouvert (*).
œsophagiens. Ces deux derniers réunis, ayant la forme d’un très-gros ganglion un peu écliancré en avant, sont accolés postérieurement à un troisième renflement arrondi , qui doit être considéré comme le premier ganglion de la chaîne médullaire (Moquin-Tandon). Chacun des ganglions suivants est de forme losangique, les deux angles antérieur et postérieur fournissant le double cordon qui continue le système nerveux d’une extrémité a l’autre, et les deux angles latéraux donnant naissance aux filets qui vont se distribuer aux diverses parties du corps. Tous ces ganglions diminuent progressivement de grosseur, au point de finir par être peu apparents; le dernier, seul, qui fournit des filets au disque postérieur, est sensiblement plus volumineux que ceux qui le précèdent (voy. ftg. 961).
Sensibilité, sens du toucher. La peau des sangsues jouit d’une vive sensibilité : au moindre attouchement, l’animal se contracte; le plus léger frottement avec la barbe d’une plume fait roidir les cryptes granuleux du derme, et l’animal paraît tout couvert de tubercules; l’acide le plus faible, le vinaigre affaibli,
(') a ventouse buccale; b, premier ganglion de la chaîne médullaire ; eee, ganglions intermédiaires ; d, ganglion aual ; fff, chaîne médullaire ; ggg, nerfs qui parlent des ganglions ; i, œsophage ; kk,kk, compartiments de l’estomac; m, dernier compartiment; mn, mil, ses grandes poches en forme de cæcums ; pp, intestin; q, rectum ou cloaque; rrr, poches de la mucosité j s, bourse de la verge ; x, fourreau de la verge ; z, verge ; t, un épididyme ; AA A, AA, cordons spermatiques; BBB, testicules; D, matrice; EE, ovaires ; w, vulve, d’après Moquin-Tandon, Atlas.
Il I R U DINES.
l’eau salée, leur occasionnent des impressions très-vives, attestées par des mouvements énergiques et subits; quelque peu de nitrate d’argent dissous dans l’eau, dont la présence serait à peine soupçonnée par notre langue, détermine chez les sangsues la plus violente agitation.
Plusieurs auteurs, qui se sont spécialement occupés de l’histoire naturelle des sangsues, n’onl admis dans ces annélides d’autre sens du toucher que celui qui vient d’être décrit, lequel, n’étant, que l’effet delà sensibilité du système cutané, est un sens purement passif, ou une sorte d’irritabilité dont aucun animal n’est dépourvu. Mais il est un autre toucher, un toucher explorateur, qui consiste dans la faculté de diriger, par un acte de la volonté, un organe spécial vers les objets extérieurs, dans la vue de les reconnaître ou de les saisir ; tels sont la main de l’homme, la trompe de l’éléphant, les tentacules des mollusques, etc. La même faculté existe dans les sangsues, dont l’organe explorateur est la lèvre supérieure. En effet, cet organe leur sert de palpe, pour reconnaître les nouveaux lieux où elles se trouvent, les individus de leur espèce qui les avoisinent, la peau des animaux qu’elles peuvent attaquer et l’endroit le plus propice pour y mordre. Cet organe supplée, chez les sangsues, à l’absence ou à l’imperfection des autres sens.
Sens de l’ocïe, de l’odorat et du goût. L’anatomie la plus délicate n’ayant fait découvrir aucun organe qui pût remplir la fonction de l’ouïe, on est d’accord pour refuser aux sangsues la faculté de percevoir les sons. On a cru remarquer cependant que ces annélides prenaient la fuite lorsqu’un bruit d’une certaine intensité se produisait dans leur voisinage ; mais rien n’empêche de croire que l’ébranlement de l’air et de l’eau suftise pour les avertir qu’un danger peut les menacer. Le sens de l’ouïe, ainsi considéré, ne serait qu’une modification du loucher ou de la sensibilité générale dont le siège se trouve sur toute la surlace cutanée.
On ne connaît de même aux sangsues aucun organe spécial pour le sens de l’odorat, et il est très-probable qu’elles en sont privées. Quelques expériences, qui ont montré que les sangsues pouvaient vivre sans inconvénient dans un air chargé des émanations du musc, du castoréum, de l’ail et de l’assa-fœtida, tandis que la vapeur de l’acide chlorhydrique ou de l’ammoniaque les tue, ne prouvent en aucune façon qu’elles soient pourvues de la faculté de distinguer les odeurs (1).
(1) On a remarqué cependant que les sangsues ont de la répugnance à piquer, che2 l’homme malade, les régions qui ont été couvertes par des emplâtres odorants, et que les sangsues d’un étang se dirigent de tous es côtés vers les jambes
LES ANNÉL1DES.
Nous admettons plus facilement que les sangsues aient le sens du goût, parce qu il nous semble que cette faculté doit appartenir a tous les animaux pourvus d’organes d’appréhension ou de succion, pour leurs aliments. La membrane qui tapisse l’intérieur de la bouche nous paraît d’ailleurs très-appropriée à la perception des saveurs. Ce qui démontre, du reste, que les hirudinés possèdent, en général, le sens du goût, c’est leur préférence marquée pour tel ou tel aliment: les glossipftonies recherchent le sang des mollusques fluviatiles; la piscicole, celui des poissons d’eau douce; les pombclelles, celui des poissons de mer; une autre attaque de prélérence la torpille, celle-là les cyprins, etc. La sangsue médicinale, posée sur la peau de l’homme qui vient d’expirer, s arrête le plus souvent sur le point de mordre, ou bien commence à sucer, mais se détache bientôt de la blessure, jugeant sans doute que le sang ne peut plus lui convenir (I).
Sens de la vue. La sangsue médicinale porte sur la lèvre supérieure, et sur les anneaux qui en sont le plus rapprochés, dix points noirs disposés en fer à cheval, qui sont considérés comme des yeux rudimentaires. De Blainville, n’ayant pu y découvrir, au microscope, ni vaisseaux ni nerfs, a pensé qu’ils étaient impropres à la vision.
Cependant M. Charpentier (2) a remarqué que les sangsues évitent la lumière, surtout lorsqu’elle est vive, et qu’elles recherchent les endroits les plus obscurs. Lorsque le soleil donne, elles s abritent derrière tous les objets propres à donner de l’ombre, ou se creusent des trous dans la terre, et s’y tiennent cachées pendant l’ardeur du jour. Au contraire, pendant la nuit ou le matin, quand il fait frais, on les voit en grand nombre sortir de leurs trous ; mais elles y rentrent précipitamment lorsqu’on s’approche du bassin. Comment expliquer ces faits si les sangsues étaient privées de la vue ?
Suivant Thomas, si l’on présente une chandelle allumée devant un vase rempli de sangsues livrées au repos ou au sommeil, à peine ont-elles ressenti l’influence de la lumière qu’elles se détachent du vase, et s’agitent en tous sens.
M. Dusaux a fait une autre expérience : il a entouré de papier noir un bocal contenant des sangsues, à l’exception d’un seul point par où la lumière pénétrait. Toutes sont venues se fixer autour de l’ouverture, et y sont retournées après en avoir été dé-
d’une personne qui vient d’entrer dans l’eau. On attribue ces fails et quelques autres au sens de l’odorat, et l’on suppose que la peau elle-même, les cryptes cutanés ou la lèvre supérieure, peuvent être le siège de l’olfaction.
(1) Vitet, Traité de la sangsue médicinale . Paris, 1809, in-8.
(2) Charpentier, Monographie des sangsues médicinales et officinales . Paris,
HIRUDINÉS.
tachées. M. Dusaux a pensé que les sangsues étaient attirées par la lumière, et il en a conclu qu’elles voyaient. M. Dusaux supposait donc aux sangsues une tendance pour la lumière opposée à ce que pensait M. Charpentier, mais il en tirait la même conséquence. J’ai montré que le résultat obtenu par M. Dusaux était conforme h ceux observés par M. Charpentier, parce que, dans une chambre éclairée par une seule petite ouverture, la partie la plus obscure est évidemment la paroi même où se trouve placée 1 ouverture. Seulement la tendance qu’ont les sansgues à fuir la lumière qui les fatigue est un phénomène du même genre, en sens inverse à celui qui porte la plupart des êtres organisés, et notamment les végétaux, à se diriger vers elle, qui vies vivifie sans que la présence ou 1 absence des yeux y soit pour rien. J’ai fait d ailleurs une expérience qui, favorable d’abord, en apparence, au sens de la vue chez les sangsues, a fini par montrer qu’elles en sont dépourvues.
“ bocal contenant des sangsues se trouvant placé le soir dans une pièce peu éclairée, elles se tenaient presque toutes dans un repos parlait, la ventouse buccale attachée à la paroi supérieure du vase, la partie inférieure du corps plongée dans l’eau. En approchant une lumière très-près du groupe immobile, toujours, au bout d’une minute environ, on voyait les sangsues détacher leur ventouse supérieure et s éloigner de 1 endroit éclairé (c’est l’expérience de Thomas). En plaçant ensuite une carte, servant d’écran, devant la moitié supérieure de la sangsue, et en n’éclairant que la partie postérieure, l’animal restait en repos. En faisant l’inverse, toujours, au bout d’une minute, 1 extrémité supérieure se détachait ; mais, en éloignant la lumière à la distance de tO à 12 centimètres, l’effet n’avait plus lieu. C’était la chaleur communiquée au verre parla proximité de la flamme qui avait agi sur les sangsues. J’en ai acquis la preuve en éloignant la lumière de 7 décimètres à 1 mètre, et en réunissant les rayons lumineux seuls sur l’extrémité supérieure de la sangsue, à l'aide d’une large lentille: bien que, de celte manière, les points prétendus oculaires fussent plongés dans une vive lumière, les sangsues y furent toutes successivement insensibles. »
[On a observé cependant aboutissant à chacun des yeux de la sangsue un filet nerveux émanant directement du cerveau. Il est bien difficile d’admettre que des points oculaires ainsi organisés ne servent pas à la vision.]
Système circulatoire. Les sangues n’ont pas de cœur proprement dit : leur système circulatoire se compose principalement de quatre troncs longitudinaux qui vont d'une extrémité à l’autre; l’un ventral et un autre dorsal, séparés par le tube digestif, et deux autres latéraux. Il présente de plus des vaisseaux courts et
LES ANNÉLIDES
des branches spéciales, fournis par les quatre troncs principaux, et qui produisent des rameaux, des ramuscules et des anastomoses.
Les anatomistes ne se sont pas accordés sur la désignation particulière de ces vaisseaux : les uns ont considéré le vaisseau dorsal comme une veine et les deux vaisseaux latéraux comme des artères. Cuvier, de Blainville et Brandi ont adopté l’opinion contraire, et regardent le vaisseau dorsal comme une artère, et les autres comme des veines. De Blainville pense que le sang, puisé par les radicules veineuses dans toutes les parties du corps, doit passer dans les troncs latéraux pour se porter de là dans le vaisseau dorsal, d’où ensuite, par ses ramifications, il est dirigé vers tous les points du corps. D’autres conçoivent la circulation d’une manière différente ; mais tous regardent comme une preuve qu’elle existe les pulsations lentes et régulières que l’on peut observer, même à l’œil nu, dans les quatre gros vaisseaux (1). Cette circulation continue lorsque la sangue est coupée en deux tronçons, état sous lequel elle peut vivre assez longtemps, mais sans pouvoir régénérer la partie manquante.
Le sang des sangsues est d’une couleur rouge, et présente au microscope des globules d’une extrême petitesse (0,0004 de millimètre). D’après M. Derheims, il contient une quantité à peine appréciable de fibrine et plus de matière colorante que le sang des mammifères.
Respiration. Un assez grand nombre d’auteurs ont regardé les glandes muqueuses placées sur les côtés de la face ventrale et le long des deux gros vaisseaux latéraux comme des organes respiratoires analogues aux trachées des insectes ; mais on s’accorde à penser aujourd’hui que la respiration a lieu à travers la peau, sur toute la surface du corps.
Il est prouvé d’ailleurs que les sangsues ont besoin, pour vivre, de la présence de l’oxygène. Thomas (2), ayant mis un certain nombre de ces annélides sous l’eau, dans un vase qui contenait à sa partie supérieure un certain volume d’air, reconnut, au bout de deux jours, que le volume de cet air était diminué, et qu’il était devenu impropre à la combustion. On remarque aussi que les sangsues retenues captives dans un vase plein d’eau restent volontiers au fond de ce liquide lorsqu’il vient d'être renouvelé et qu’il est pourvu de toute la quantité d’oxygène qu’il contient habituellement, mais qu’elles se tiennent en très-grande partie hors de l’eau lorsque cet oxygène a été absorbé par la respiration
(I) Ces pulsations sont au nombre de 8 à 10 par minute.
(’i) Thomas, Mémoire pour servir à l' histoire naturelle des sangsues. Paris, 1806
HIRUD1NÉS.
ou par la décomposition putride de leurs excrétions (1). On sait enfin que les sangsues meurent en très-grande quantité, élant tenues en captivité dans l’eau, dans les temps orageux; ce que j’ai toujours attribué à la putréfaction immédiate des substances animales qu’elles répandent dans l’eau, et ù la suppression complète de l’oxygène qui en est la suite.
Quelque indispensable que soit l’oxygène à la respiration des sangsues, on conçoit cependant que, dans des animaux aussi imparfaits, cette fonction puisse être momentanément suspendue sans leur causer un dommage considérable. Thomas rapporte avoir conservé pendant deux jours des sangsues plongées dans du gaz azote, de l’hydrogène ou de l’acide carbonique; mais ce qui est plus singulier, c’est que la sangsue médicinale puisse vivre plus d’un jour sous la cloche d’une machine pneumatique. Elle s’y meut comme à l’air libre, fixe tour à tour son disque et sa lèvre supérieure sur les parois de la cloche, et peut même, d’après Thomas, y sucer le sang des animaux (2).
Système digestif. Les organes digestifs des sangsues s’étendent, sans aucune circonvolution, depuis la ventouse antérieure jusqu’à l’anus, qui est situé sur la face dorsale du dernier anneau, tout près du disque postérieur. On y compte la bouche , l 'œsophage, l 'estomac, V intestin et Y anus.
L’ouverture de la bouche se confond avec la ventouse antérieure qui est formée, ainsi que nous l’avons déjà dit, d’une lèvre supérieure oblongue, obtuse à l’extrémité, à trois segments ou anneaux incomplets, et d’une lèvre inférieure constituée par le premier anneau complet du corps. La paroi interne de cette ventouse est légèrement sillonnée {fig. 96o). Tout au fond, se trou-
(1) Parce que ces substances en fermentation dans l’eau absorbent l’air qui y était contenu, et privent par là ces animaux d’un principe qui leur était nécessaire. (Vauquelin, in G. Rochette, Essai médical sur. les sangsues. Paris, 1803, p. 18.)
(2) J’ai tenu, une fois, pendant vingt-quatre heures, quatre sangsues sous le récipient d'une machine pneumatique: deux étaient placées sans eau, dans un petit vase de terre ; les deux autres étaient mises dans un vase contenant de l’eau préalablement bouillie. Les quatre sangsues ont paru souffrir de cette opération, mais elles l’ont supportée et elles ont vécu ensuite comme si elles n’y avaient pas été soumises. Une des sangsues placées dans l’air a rendu de l’air par la bouche pendant le jeu des pompes. Les deux sangsues placées sous l’eau n’ont rendu aucune bulle d’air, ni par leurs ouvertures naturelles, ni par la surface du corps, ce qui m’a paru montrer que ni les vésicules muqueuses, ni les cryptes du derme ne peuvent être considérées comme des organes pulmonaires. Mais ces deux sangsues, qui étaient suspendues par leur disque postérieur, la tête en bas, et qui ont conservé tout le temps la même position, ont offert, dans la partie la plus élevée du dos et dans un endroit répondant à l’extrémité d’un des cæcums, une bosse considérable qui était due à la dilatation d’un gaz intérieur; car elle a disparu immédiatement par la rentrée de l’air dans la cloche. Cette expérience me paraît montrer que les sangsues peuvent renfermer de l’air dans leur canal intestinal.
LES ANNÉLIDES
vent trois plis longitudinaux qui, à l’état de repos, ont leurs bords rapprochés et cachent les mâchoires. Mais, lorsque la sangsue veut mordre, ces plis s’effacent et laissent paraître les mâchoires, qui sont égales, rapprochées par leurs extrémités
Fig. 962. Fig. 967. — Cocon de la sangsue médicinale.
Œsophage buccal.
postérieures, très-divergentes par devant, comme trois rayons parlant d’un même point; leur bord, convexe et tranchant, présente une rangée de soixante denticules environ (fig. 958, 959), qui, vues perpendiculairement, par un très-fort grossissement, ressemblent à des équerres placées comme à cheval sur le bord tranchant de la mâchoire.
L œsophage commence immédiatement après les mâchoires (fg. 961, a) ; il est petit, resserré et membraneux, pourvu de
(*) a, orifice mâle; b, verge; c, orifice femelle.
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quelques rides longitudinales peu marquées. L’estomac, qui \icnt après, est composé de onze chambres séparées par des diaphiagmes presque entiers, et munies, à commencer par la seconde, de deux poches latérales (b, b . b) moins sinueuses que celles des hæmopis. Dans 1 état de plénitude, ces poches s’appuient les unes sur les autres. La dernière chambre présente une partie moyenne (cl), en forme d’entonnoir, qui communique avec le commencement de l’intestin, et deux poches latérales ( c , c), en forme de cæcums, qui se prolongent presque jusqu’à l’extrémité de la sangsue. L’intestin (e, é) a la forme d’un tube sinueux, qui se continue avec le rectum (/) et aboutit à l’anus.
Succion , déglutition, digestion. Dans l’état de repos, lorsqu’une sangsue tient sa ventouse buccale appliquée contre une surface plane, cette ventouse présente un cercle parfait (fig. 963), du centre duquel partent trois lignes rayonnantes formant entre elles trois angles de 120 degrés, et répondant à l’entrée des plis dans lesquels sont cachées les mâchoires. Mais si les mouvements du corps étranger, la chaleur, le toucher ou l’odorat, éveillent dans la sangsue le sentiment de la faim, on la voit allonger la partie antérieure du corps, donner à sa ventouse la forme d’une lance émoussée à l’extrémité (fig. 964) et palper la surface du corps qui excite sa convoitise, afin de choisir l’endroit où il lui convient le mieux de pratiquer sa triple morsure. Le choix fait, la sangsue applique sa ventouse, en l’arrondissant un peu (fig. 965), opère un mouvement de succion qui donne à la partie de la peau circonscrite par les lèvres, et forcée de suivre le mouvement, la forme d’un mamelon, écarte les plis du pharynx, dresse ses mâchoires, et, les faisant jouer à la manière de trois scies, parvient à faire trois incisions linéaires, convergeant en un centre commun (fig. 965). Dès lors, le sang afflue dans l’œsophage, d’où, par des mouvements ondulatoires, alternatifs et réguliers, la sangsue le fait passer dans son estomac; elle ne s’arrête que lorsqu’elle en a épuisé la source ; et si c’est sur l’homme qu’elle agit et qu'on lui laisse toute liberté, elle ne lâche prise ordinairement que lorsqu’elle a rempli de sang tous les compartiments de son estomac. Alors elle tombe dans une sorte de torpeur, et meurt quelquefois de cet excès de réplétion (I). Les sangsues, dans cet état, meurent même presque toujours, lorsqu’elles sont réunies en grand nombre dans une petite masse d’eau, qui se corrompt par le sang qu’elles y répandent; mais, rendues à la liberté, dans
(1) Voici le résultat d’expériences faites parM. Alphonse Sanson, pour déterminer la quantité de sang que peuvent prendre les sangsues médicinales.
Dans le commerce, on distingue, d’après leur grosseur, ces annélides en cinq catégories, dont on fixe ainsi le poids:
LES ANNÉL1DES.
des marais naturels, elles dégorgent, si cela leur est nécessaire, une partie du sang qu’elles ont pris, et en digèrent le reste lentement, dans un espace de temps qui paraît s’étendre de six à douze mois.
Reproduction. Les sangsues sont hermaphrodites, ou plutôt androgynes , c’est-à-dire qu’elles sont pourvues des deux sexes, mais que le concours de deux individus est nécessaire à la fécondation, l’organe mâle de l’un s’unissant à l’organe femelle de l’autre, et réciproquement. Ces organes s’ouvrent au dehors, assez près de l’extrémité antérieure, dans un renflement particulier analogue à celui qu’on voit chez les lombrics; mais ce renflement n’apparaît dans les sangsues qu’à l’époque de la reproduction.
Vers cette époque, on voit souvent sortir par l’orifice de l’organe mâle, situé à la partie inférieure du vingt-quatrième anneau, un corps filiforme, très-extensible et blanchâtre, qui n’est autre chose que la verge {fig. 966). A l’intérieur, cet organe est renfermé dans un fourreau qui après être descendu, en se rapprochant de l’axe du corps (fig. 961, ?w), se recourbe vers le haut et se termine par une bourse pyriforme placée vis-à-vis du cin-
Sangsnes vaches
— grosses, ou de 1er choix
— grosses moyennes, ou de 2e choix
— petites moyennes, ou de 3e choix.
— filet