Sangnne médicinale noire (Hirudo médicinale mareseen
Dos noirâtre ou olivâtre noir, présentant des bandes réduUes à
LES ANNÉLIDES
des mouchetures noires et brunes à peine visibles (1), ou des bandes noires interrompues par des taches plus claires, en forme
Fig. 969 et 970. — Tronçons de variété de sangsue médicinale, vus par le dos.
Fig. 971 et 972. — Tronçons de variété de sangsue médicinale , vus par le ventre.
de croissant (Moquin-Tandon, pl. VII, fig. 19). Le ventre est d’un vert noir très-foncé, sans taches. Cette variété de sangsue est
(1) Huzard, Journ. de pharm., t. XI, pl. 11, fig. 15- — Moquin-Tandon, pl. ML lïg. 18.
(') A, vue par le dos; — B, vue parle ventre.
HIRUDINÉS. 309
très-active et attaque fréquemment, dans les marais, les jambes des boeufs et des chevaux. Il est très-facile de la confondre avec l’hæmopis noire et l’aulastome vorace, dont on ne la distingue
Fig. 974, 975 et 976. — Sangsue médicinale verte.
guère que parce que celles-ci ne se contractent pas en olive, n offrent aucun indice de bandes dorsales et ne montrent aucune aptitude pour mordre la peau de l’homme.
4. Sangsue médicinale jaune (. Hirudo medicinalis flavo). Dos olivâtre plus ou moins jaune ; ventre d’un jaune très-pâle et verdâtre. On en connaît deux sous-variétés : l’une, nommée Hirudo chlorogastra , a des bandes dorsales roussâtres très-apparentes;
1 autre ( Hirudo chlorina ) a les bandes dorsales presque nulles, et le ventre et le dos également d’un jaune verdâtre pâle (Moquin- Tandon) (I).
5. Sangsue médicinale pale OU blanchâtre. Dos Couleur de chair, ou mieux, d’un fauve un peu rosé et très-pâle, n’offrant ni bandes ni taches, ou présentant quelques taches linéaires disposées en séries longitudinales (Moquin-Tandon) (2). Ventre trèspâle.
6. Sangsue médicinale fauve (Moquin-Tandon) (3). Dos fauve, marqué de six bandes longitudinales de couleur brunâtre, quelquefois simples; d’autres fois les bandes les plus latérales comprennent entre elles une série de taches oblongues, de même couleur. Ventre pâle, quelquefois un peu verdâtre, sans taches.
7. Sangsue médicinale obscure. Dos brun, tantôt clair et rosé avec de larges lignes brunes, tantôt plus foncé et obscur, avec fies bandes composées de mouchetures noirâtres, disposées en séries longitudinales.
8. Sangsue médicinale truitée, OU marquetée [Hirudo médicinale tessellata, Blainv. ; — Hirudo troctina ou inierrupta, Moquin- Tandon). Dos d’un beau vert ou quelquefois sali par une teinte roussâtre; bandes remplacées par des taches isolées, arrondies ou carrées, placées de cinq en cinq anneaux. Ces taches sont noires avec un bord orangé, ou orangées avec un bord noir ; quelquefois celles du milieu sont toutes jaunes, et les intermé-
(1) Moquin-Tandon, pl. VII, fig. 16 et 17.
(2) Moquin-Tandon, pl. VIII, fig. 1, 2.
(3) Moquin-Tandon, pl. VIII, fig. 3,4.
LES ANNÉLIDES
diaires tout à fait noires {fi g. 977), etc. Les bords sont d’un jaune oiangé ou d un roussâtre brillant. Le ventre est verdâtre, ou gris jaunâtre, rarement roussâtre, tantôt immaculé, tantôt marqué
de larges taches noires; ses bords sont ornés d’une bande longitudinale disposée en zigzag.
Moquin-Tandon forme de cette sangsue une espèce particulière. Elle est employée depuis longtemps en Angleterre et dans les hôpitaux de Paris. M. Huzard, qui l’a décrite le premier, la croyait originaire d’Amérique; mais elle vient de l’Algérie et de toute la Barbarie. On lui donne dans le commerce le nom de sangsue dragon ; on la regarde comme médiocre pour l’usage médical.
9. Sangsue de Verimno ( Hirudo verbana , Car.). Corps déprimé; dos d’un vert sombre avec des bandes brunes transverses, nombreuses, terminées par une tache ferrugineuse, dont la réunion constitue de chaque côté une ligne longitudinale interrompue. Ventre vert, peu ou pas tacheté.
Cette sangsue se trouve sur les bords du lac Majeur et dans les environs de Nice. Elle est employée en médecine.
1 0 • Sangsue «lu Sénégal ( Hirudo mysomelas). Corps plus aplati que celui de la sangsue médicinale; dos d’un vert olivâtre, ou d’un noir jaunâtre, avec trois bandes longitudinales jaunâtres, bordées de noir; bords jaunes; ventre jaune avec des taches noires irrégulières ; bouche et ventouse anale noires. Points oculaires peu apparents.
On regarde cette sangsue comme une espèce distincte; elle ne prend guère que la moitié du sang que sucerait la sangsue médicinale. On trouve d’autres espèces de sangsues dans les eaux de l’Amérique septentrionale, en Chine, au Japon, à Ceylan, etc.
Commerce des sangsues. Il y a soixante ans, le prix des sangsues variait de 15 à 60 francs le mille; la France en produisait une quantité plus que suffisante pour sa consommation; le superflu passait à l’étranger. Mais, bientôt, après la consommation dépassa tellement la production, que la France fut obligée d’en faire venir de Belgique, d’Espagne, d’Italie, de Bohême et d’Afrique. En 1835, époque à laquelle les renseignements suivants m’ont été fournis par Gallois, qui était alors le premier de nos négociants en sangsues, bien que le prix des sangsues se fût élevé de 150 à 250 francs
Fig. 977. — Sangsue mé dicinale truitée, ou raar quetée.
HIRUD1NÉS. 3H
le mille, la pêche active avait cessé en France, excepté dans 1 ancienne Bretagne et dans la Sologne qui fournissaient encore une petite quantité de sangsues au commerce. Partout ailleurs la pêche était purement locale, et son produit n’atteignait pas les besoins de la population. .
L’Espagne était également épuisée; la Toscane en fournissait encore, mais d’une qualité inférieure; la Bohême ne nous en envoyait plus ; les marais de la Hongrie eux-mêmes commençaient à être dégarnis, et la maison Gallois, dont les vastes réservoirs étaient établis aux Vertus, près de Paris, et qui avait une succursale à Palota, près de Peslh, en Hongrie, était obligée de tirer ses sangsues des frontières de la Russie et de la Turquie. Les sangsues qui arrivaient de ces contrées étaient rassemblées d’abord dans des réservoirs établis à Palota, et y restaient jusqu’aux demandes transmises de Paris. Alors on les pêchait dans les réservoirs; on les renfermait dans des sacs de toile qui en contenaient de 25 à 30 kilogrammes; on rangeait ces sacs les uns à côté des autres sur des hamacs superposés, placés dans une voilure de la forme d’une tapissière, et la poste les transportait jusqu’à Paris, en douze ou quinze jours de temps.
Jamais cependant les sangsues n’arrivaient directement à Paris : dans les temps chauds et orageux, on était obligé de les rafraîchir deux fois pendant la route, et on le faisait toujours au moins une fois. A cette effet, on avait établi à Kehl de grands baquets dans lesquels on en plaçait de plus petits. Les uns et les autres étant remplis d’eau, c’est dans les petits baquets que l’on vidait les sacs. Toutes les sangsues saines s’échappaient des petits baquets et tombaient dans les grands ; toutes celles qui restaient au fond des baquets intérieurs étaient mises de côté comme ne pouvant supporter le reste du voyage. On lavait les sacs, on les remplissait de nouveau et on les transportait aux Vertus, où était fondé le principal établissement de Gallois.
Là les sangsues étaient distribuées dans de grands réservoirs à eau courante, dont les bords étaient plantés de roseaux. Elles y séjournaient ordinairement pendant un mois; mais, à l’époque où je les ai visitées, les demandes excédant les arrivages, elles étaient repêchées après cinq ou six jours de repos seulement, ce qui nuisait à leur qualité, beaucoup étant encore malades par suite delà fatigue du voyage.
Je me suis informé auprès de Gallois si les sangsues se reproduisaient dans ses réservoirs; si elles s’y nourrissaient et s’y développaient; enfin s’il tirait parti de leur reproduction. 11 m’a répondu que très-rarement il avait aperçu de jeunes sangsues que l’on pouvait croire nées dans son établissement; que ces petites
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sangsues mettaient au moins huit ans pour parvenir à l’état adulte ; que cependant il ne pouvait pas dire que ce fût là la vraie durée de leur croissance, parce que les sangsues adultes, apportées du dehors, au lieu de se nourrir et d’augmenter dans ses réservoirs, y maigrissaient et y perdaient de leur poids. Enfin, il m’a dit que, quant à lui, il jugeait impossible de compter sur la reproduction et la nourriture des sangsues, dans des réservoirs artificiels, pour servir aux besoins du commerce; parce que les frais d’entretien et de nourriture, jusqu’au moment où les sangsues seraient propres à l’usage médical, l’emporteraient de beaucoup sur le prix de celles qui sont apportées de l’étranger (1).
Depuis que ces renseignements m’ont été donnés, et malgré une diminution considérable dans le nombre des sangsues employées (2), l’épuisement des marais, en Europe, n’a cessé d’augmenter ; les pêcheries de la Hongrie, de la Bosnie, de la Yalachie et du bas Danube sont devenues de jour en jour plus insuffisantes, et maintenant c’est la Turquie d’Europe et l’Asie Mineure, la Russie méridionale, la Géorgie, l’Arménie, qui fournissent la plus forte partie des sangsues du commerce. Ces sangsues sont expédiées par les bateaux du Levant, principalement à Trieste et à Marseille, qui reçoit en outre les sangsues d’Afrique. Kehl et Strasbourg reçoivent toujours celles qui viennent de la Hongrie ; Hambourg transmet à la Hollande et à l’Angleterre un certain nombre de sangsues originaires de la Russie propre et de la Pologne.
Gorgement des sangsues. Il y a quelques années, le commerce des sangsues était entaché d’une fraude très-préjudiciable à la santé publique. Ces annélides étaient tous plus ou moins gorgés
(1) Extrait d’un rapport sur une lettre de M. Fleury, fait à l’Académie de médecine le 29 septembre 1835.
(2) D’après les tableaux d’importation entré en France, approximativement :
publiés
par
l’administration, il serait
En 1827,
33,635,000 sangsues.
En
17,479,700 sangsues.
CO
J1 est curieux de remarquer l’énorme différence qui a eu lien dans la consommation des sangsues en 1832 et 1849. Est-on mort du choléra plus en 1S32 qu’en 1849? en est-on mort moins? Je laisse à de plus habiles à le décider. — Voyez Chevallier, Note sur le commerce des sangsues ( Annales d’hygiène , 1845, t. XXXIV, p. 4l). — Soubeiran, Rapport sur le commerce des sangsues [Bulletin de l'Académie de médecine, 1848, t. XIII, p. 613).
HIRUDINÉS.
de sang. Cet abus avait pris naissance d’abord, parce que, les sangsues devenant de plus en plus rares dans les marais, il ne suffisait plus, pour obtenir une pêche productive, que les pêcheurs agitassent la vase et entrassent dans l’eau, les jambes nues ou entourées de flanelle, ou jetassent dans l’eau de petites couvertures de laine, auxquelles les sangsues s’attachent volontiers ; alors on a eu recours à des appâts de chair saignante ou à des linges imbibés de sang caillé. Ensuite le commerce en gros des sangsues s’étant fait au poids, et, dans la vente au détail, les grosses sangsues ayant une valeur plus grande que les petites, les commerçants ont eu tout bénéfice à augmenter le poids et la grosseur des sangsues en les gorgeant de sang. La fraude était arrivée au point que, en 1845, il était presque impossible de trouver â Paris des sangsues vierges , c’est-à-dire qui ne fussent pas gorgées.
L’École de pharmacie se préoccupa de cet état de choses, et, malgré les réclamations des marchands en gros, qui prétendaient que le gorgement des sangsues se faisait naturellement dans les marais, ou qu’il était nécessaire pour que les sangsues pussent supporter la fatigue du transport, elle saisit, à plusieurs reprises, des quantités considérables de sangsues gorgées et fit condamner les détenteurs. Aujourd’hui il est parfaitement établi :
1° Que les sangsues naturelles ne contiennent que très-rarement une petite quantité de sang rouge, et que la seule chose que l’on trouve habituellement dans leur estomac est un liquide verdâtre provenant de la digestion de leur nourriture antérieure, et qu’elles rejettent quelquefois dans l’eau où on les conserve;
2° Que le gorgement des sangsues, loin d’être utile pour leur transport, est une cause de mortalité et de perte pour le commerce ;!
3° Que, quelle que soit l’origine du sang contenu dans l’estomac des sangsues, on ne doit délivrer, pour l’usage médical, que celles qui en sont privées ; on doit conserver les autres dans des marais ou réservoirs artificiels, jusqu’à ce quelles aient digéré le sang qu’elles renferment.
Il suffit d’ailleurs, pour reconnaître si une sangsue est pure ou gorgée, de la serrer fortement, entre le pouce et l’index, par l’étranglement qui sépare le corps de la ventouse postérieure ; au besoin, on la maintient plus sûrement, en entourant celte partie d’un linge. On presse alors le corps de la sangsue entre deux doigts de l’autre main, et on l’y fait glisser doucement, comme dans une sorte de laminoir, à partir de la ventouse anale jusqu’à l’extrémité antérieure. Lorsque la sangsue ne contient pas de sang, on ne voit rien apparaître àeelte extrémité ; mais, lorsqu’elle
LES ANNÉLIDES
a été gorgée, le sang contenu dans les cavités de l’estomac reflue vers 1 œsophage et forme un renflement qui s’étend quelquefois du quart jusqu’à la moitié de la longueur de l’animal. Une pression plus forte le fait même sortir par la bouche.
Conseï Dation des sangsues. Les pharmaciens, les herboristes, les médecins dans les localités où il n’existe pas de pharmaciens, les hôpitaux, les commerçants en gros, ont besoin de conserver chez eux une provision de sangsues proportionnée à leur consommation. A Paris, qui est devenu un des centres principaux de ce commerce, les détaillants trouvent un grand avantage à ne tenir chez eux qu un petit nombre de sangsues, et alors ils se contentent .de les mettre dans un vase de verre ou de grès, couvert d’une simple toile, et contenant 5 ou 6 litres d’eau pour cent ou deux cents sangsues. On place ce vase dans un lieu frais, a l’abri de la gelée, des rayons du soleil, des odeurs fortes ou des émanations de laboratoire, et l’on change l’eau tous les jours en été, et tous les deux jours en hiver, en prenant les précautions suivantes :
1° L’eau doit être de source, de rivière ou de pluie, et non de 1 eau de puits ou de citerne, qui est en grande partie privée de 1 air nécesaire à la respiration des sangsues.
2° L eau doit être à la même température que celle où se trouvent les sangsues ; elle peut être un peu plus élevée lorsque la température est basse; elle ne doit pas être plus froide.
3° On vide complètement le vase aux sangsues, en en versant le contenu sur un tamis de crin lâche, ou sur une passoire dont les trous soient assez petits pour que les sangsues ne puissent pas s’y engager. On lave exactement le vase à l’intérieur ainsi que le linge qui le recouvre.
4° On sépare avec soin des sangsues saines celles qui sont mortes et meme celles qui paraissent malades, ce qu’on reconnaît à 1 enflure et au changement de couleur des extrémités, ou à des nodosités séparées par plusieurs étranglements.
ô° On remplit le vase d’eau nouvelle et on y remet les sangsues saines, à la main; cela vaut mieux que de remettre d’abord les sangsues dans le vase et de verser brusquement l’eau par-dessus. J’ai vu plusieurs fois périr un grand nombre de sangsues, rien que pour les avoir soumises au choc de l’eau sortant d’un robinet, à une température de quelques degrés plus basse que celle de l’air ambiant.
Pour éviter cet inconvénient, et pour remédier aussi à la mortalité des sangsues, provenant de beaucoup d’autres causes, principalement durant les chaleurs de l’été, je me suis bien trouvé, pendant longtemps, de l’emploi d’un grand vase de faïence con-
II1RUDINÉS. 3iîj
tenant, au fond, une couche de sable de rivière, recevant un coûtant d eau modéré, mais continuel, par un tuyau plongeant dans ce sable, et perdant l’eau par un autre tube placé à la partie supérieure (I).
Les sangsues, ainsi que je l’ai dit précédemment, changent trèssouvent d’épiderme, et cette opération, qui ne se fait pas sans peine lorsque les sangsues sont conservées dans de l’eau pure, en fait périr un grand nombre. Pour y remédier, M. Châtelain (2) a conseillé de mettre au fond des vases où on les conserve de 1 argile plastique réduite en pâte, dans laquelle les sangsues aiment beaucoup â s’introduire et à séjourner ; MM. Derheims et Desaux ont employé la mousse, d’autres le charbon, la tourbe, etc. Le sable de rivière, que j’ai conseillé plus haut, me paraît préférable pour les pharmaciens.
Les sangsues, tenues en captivité, sont sujettes à plusieurs autres maladies qui paraissent causées par l’accumulation en trop grand nombre dans une petite quantité d’eau, le renouvellement insuffisant de l’eau ou de la terre argileuse qui les renferme, le défaut de propreté des vases ou des sacs, l’état de plénitude ou de gorgement, principalement en été, le transport prolongé, surtout a 1 époque de la gestation, enfin le contact de celles qui sont mortes ou déjà affectées de maladie. On remédie à ces maladies et à la mortalité qui en est la suite, en prenant le contre-pied des circonstances défavorables qui viennent d’être énumérées. On s est très-bien trouvé, en pareil cas, d’ajouter à l’eau dans laquelle on conserve les sangsues du charbon pulvérisé. On a également conseillé de désinfecter les vases et les toiles à l’aide du chlorure de chaux, et de passer les sangsues, une ou deux fois, dans une eau additionnée d’une très-faible quantité du même chlorure.
Les sangsues peuvent aussi mourir d’inanition. Que l’on suppose, dans une pharmacie, des sangsues non gorgées, déjà éminemment propres au service médical, et mises tous les jours au
(1) Guibourt, Journ. pharm., t. Xlt, p. 19.
(2) Un grand nombre de pharmaciens se sont occupés de l’histoire naturelle, de la reproduction et de la conservation des sangsues, et ont publié des observations importantes qui ont formé peu à peu un corps de doctrine dont tous ont profité. Je citerai entre autres M. Brossât à Bourgoin (Isère) ; M. Desaux à Poiliers; M. Trémolière à Marseille; M. Châtelain, pharmacien en chef de la marine à Toulon; M. Derheims à Saint-Omer ( Bulletin de t’ Académie de médecine , t. VII, p 981); M. Fleury à Rennes; M. Charpentier à Valenciennes; MM. Chevallier. BouchardatetSoubeiran à Paris. Je ne dois pas oublier M. Joseph Martin, négociant en sangsues à Paris et possesseur de vastes réservoirs à Gentilly, qui s est honoré par la résistance qu’il a opposée au gorgement frauduleux des sangsues, et qui a publié le résultat de ses observations sur le commerce de ces anr.élides dans un ouvrage intitulé : Histoire pratique des sangsues. Paris, 1845.
LES ANNÉLIDES
seul régime de l’eau. Au commencement, elles sont grosses autant que le comporte leur âge, vigoureuses, fermes et ramassées en olive; peu à peu elles diminuent de volume, s’allongent, deviennent plates, flasques et presque sans force. C’est un peu a\ant de parvenir a cet état, qu’elles étonnent par la grande diflérence observée entre leur peu de volume, lorsqu’on les applique sur la peau, et celui qu’elles acquièrent après la succion. Entin, 1 abstinence continuant, la sangsue tombe au fond de l’eau et ne se relève plus. On la distingue de celles qui sont mortes de maladies par l’absence de toute nodosité et par sa flaccidité. C est ordinairement vers le deuxième mois que les sangsues non gorgées sont réduites au seul régime de l’eau, que cette mort commence à se montrer. Quelques pharmaciens ont proposé de remédier aux eflets de l’abstinence en ajoutant à l’eau du sucre pur ou caramélisé, ou même du sang; mais M. Derheims et de U lain vil le ont montré l’inutilité de ces additions, la sangsue adulte n’enpruntant aucune nourriture au liquide au milieu duquel elle se trouve (I). On peut dire encore que le sang ajouté à 1 eau dans laquelle on conserve les sangsues s’y putréfie rapidement et cause la mort de ces annélides. Mais si les sangsues ne se nourrissent pas de sang étendu d’eau, elles boivent avec avidité le sang pur et récent avec lequel on les met en contact (2). C’est même un des moyens dont on se sert pour les gorger. Tout en condamnant fortement ce moyen de fraude, j’admets cependant que, dans le cas d’inanition complète, on puisse fournir aux sangsues un peu de sang pour les ranimer. J’ai conseillé anciennement de les mettre dans de l’argile humectée, où elles paraissent trouver quelques parties nutritives.
J’ai dit précédemment que les temps orageux étaient très-défavorables aux sangsues, ce que j’attribuais à la putréfaction instantanée des matières organiques et à la disparition de l’oxygène contenu dans l’eau (page 301). Je me suis assuré qu’on soustrayait les sangsues à l’influence désastreuse de l’électricité atmosphérique, en plaçant le vase qui les contient dans une cave souterraine; mais lorsqu’on les y laisse longtemps, elles deviennent flasques, molles et peu actives, de sorte que leur séjour dans une cave humide et obscure ne doit être que momentané.
A Paris, les marchands de sangsues en conservent des quantités considérables dans des magasins frais, profonds, mais aérés, dallés, abondamment pourvus d’eau, et où l’on ne voit que des baquets couverts de toile et des sacs suspendus à l’air.
La toile qui recouvre les baquets présente au milieu une large
(I) Voir ('gaiement Journal de chimie médicale , t. VIII, p. GOG. 1832.
(V) Journ. pharm., t. XXIV, p. 314.
HIRUDINÉS.
ouverture circulaire qui permet de voir l’intérieur, et par laquelle cependant les sangsues ne peuvent sortir; cette ouverture étant garnie toutautour d’une bande de toile pendante et effilée parle bas, ce qui empêche les sangsues de s’y fixer.
Les sangsues qui arrivent dans ces magasins sont d’abord versées dans les baquets pleins d’eau pour faire le triage des mortes, des malades, et faire la séparation des grosseurs. Les sangsues reconnues bonnes et marchandes sont enfermées dans des sacs qui en contiennent deux ou trois kilogrammes, et suspendues à l’air libre; mais il faut, à tour de rôle, les remettre à l’eau pendant un jour sur deu^ ou trois. Les sangsues malades ou gorgées sont placées dans de l’argile détrempée, où elles doivent être examinées tous les deux ou trois jours et changées tous les quinze ou vingt jours, en été (Martin).
Enfin les principaux négociants en sangsues, plusieurs pharmaciens éloignés de Paris et obligés de conserver chez eux un grand nombre de sangsues, et divers hôpitaux, ont pris le parti de faire établir des bassins, des réservoirs ou canaux, traversés par un courant d’eau modéré, couverts d’une couche d’argile au fond, et plantés sur le bord de plantes aquatiques, où les sangsues, se trouvant presque revenues à leur état naturel, se conservent en bon état de santé, et peuvent même se multiplier, ainsi que je le dirai plus loin.
Application clés sangsues. A l’exception de la plante des pieds et de la main, les sangsues peuvent être appliquées sur toute la surface du corps. Cependant, comme leurs morsures laissent des traces apparentes, il faut, autant que possible, surtout chez les femmes, ne pas les poser sur les parties découvertes, comme le visage, le cou, la partie supérieure de la poitrine, l’avant-bras et le dos de la main. Il faut éviter aussi le trajet des gros vaisseaux et des gros troncs nerveux.
On peut encore appliquer les sangsues sur quelques membranes muqueuses facilement accessibles, comme les gencives, la vulve ou le col de l’utérus; mais il faut user de grandes précautions pour empêcher ces animaux de se glisser trop avant dans les organes.
La place sur laquelle on veut poser les sangsues doit être rasée, si elle est couverte de poils, et elle doit être privée de sueur par le lavage à l’eau chaude ou par un bain local. Si elle a été couverte de cataplasmes, on la lave pareillement à l’eau tiède ; si elle a été couverte d’embrocations huileuses ou d’emplâtres résineux et odorants, on la lave au savon ou à l’alcool rectifié d’abord, puis à l’eau.
Quelques personnes ont conseillé d’humecter la peau avec de
LES ANNÉLIDES
1 eau sucrée, du jaune d’œuf ou du lait; ces précautions sont non-seulement superflues, mais elles peuvent être contraires. D autres prescrivent de faire jeûner les sangsues en les laissant deux ou trois heures hors de l’eau avant de les appliquer. Je conseille, au contraire, de les laisser dans l’eau, et de les laver même dans l’eau pure, au moment de les appliquer. La seule précaution à prendre, c’est que les sangsues et la peau soient tres-propres.
Quelques personnes prétendent encore activer la morsure des sangsues, en les roulant dans la main ou dans un linge chaud, en leur pinçant la ventouse anale, en les renfermant dans une pomme creuse, etc. Tous ces moyens sont plus nuisibles qu’utdes. La meilleure manière de faire mordre les sangsues, lorsque la surface est étendue, consiste à les poser en tas sur la place même, et à les recouvrir d’un linge sec dont on maintient les bords appliqués sur la peau, avec la paume de la main. Lorsque la place est plus circonscrite, on prend un verre h patte, de dimension convenable; on pose dessus un linge sec, dans le creux duquel on met les sangsues, et l’on renverse le tout sur la place où celles-ci doivent prendre. Les sangsues, ne pouvant s’attacher au linge sec, se fixent immédiatement sur la peau, et, aussitôt qu’une a mordu, toutes les autres suivent.
Pour placer les sangsues, une à une, dans la bouche ou dans 1 intérieur de la vulve, on a imaginé un grand nombre de petits instruments dont le meilleur paraît être un petit tube de verre poli aux deux bouts, dans lequel on place la sangsue. Celle-ci est poussée par l’extrémité postérieure, à l’aide d’un piston, et est forcée de s’approcher de l’endroit où elle doit mordre. Sans ce piston, la sangsue pourrait rester très-longtemps immobile dans le tube. Les Chinois se servent, pour le même usage, d’un tube de bambou, que l’on pourrait suppléer par une tige de sureau évidée de sa moelle.
Lorsque les sangsues ont mordu, il faut les laisser tranquilles et se borner à les supporter avec une serviette, pour empêcher que leur poids ne fatigue les plaies. Il faut aussi les laisser tomber naturellement. Si cependant il était utile d’en arrêter la succion,, par exemple lorsqu’il n’en reste plus qu’une ou deux, qui s opposent aux soins subséquents réclamés par le malade, on les fait tomber en leur mettant sur le milieu du corps une pincée de sel.
Après la chute des sangsues, on entretient ordinairement l’écoulement du sang pendant une heure ou deux, en étuvant continuellement les plaies avee une éponge imbibée d’eau tiède, ou en les recouvrant toutes d’un large cataplasme de farine de
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lin, ou mieux encore, lorsque l’indication s’y trouve, en mettant le malade dans un bain. Au bout du temps indiqué, il ne reste guère que deux ou trois piqûres saignantes, que l’on peut abandonner à elles-mêmes, si le malade peut supporter cet accroissement de perte de sang sans inconvénient ; ou que l’on arrête en appliquant exactement sur chaque piqûre mise à découvert un petit morceau d 'agaric de chêne épais et velouté et en exerçant une compression par-dessus, à l’aide d’une compresse de linge et d un bandage. La poudre de Lycoperdon bovista, une couche de gomme arabique pulvérisée, de poudre de tan, de cachou ou de quinquina, recouvertes d’une compresse, peuvent conduire au même résultat ; la colophane, le sangdragon, les terres absorbantes sont moins efficaces. Il faut le moins possible avoir recours aux sels et acides minéraux, tels que le nitrate d’argent, qui est cependant très-efficace, les sulfates de cuivre et de fer, l’eau de Rabel, etc. (1).
Dégorgement et rèapplicatiun des sangsues. Une fois gorgées de sang, les sangsues tombent dans un état de somnolence qui les rend impropres, pendant longtemps, à rendre de nouveaux services. Anciennement on les jetait presque toujours comme inutiles; aujourd hui qu elles sont devenues rares et d’un prix élevé, on néglige encore trop souvent de les conserver. Toutes les sangsues qui ont servi devraient être cédées, à prix modique, à des personnes chargées de les recueillir et de les livrer à d’autres, qui s’occuperaient, sous la surveillance de l’autorité, des moyens de les rendre propres de nouveau à l’usage de la médecine. ’
Il n’y a rien de nouveau dans cette pratique. Depuis longtemps, dans les campagnes et dans les petites villes, on a vu des ménages conserver les sangsues qui leur avaient servi, sans autre soin que de les changer d’eau très-souvent, et, au bout d’un certain temps, les employer de nouveau pour eux ou les louer à leurs voisins. Cet usage est surtout très-répandu au Brésil et dans les colonies, où les sangsues, qui sont apportées d’Europe, sont partout d’un prix très-élevé. On cite comme un exemple déjà ancien de l’utilité de cette pratique, que, en 1825, dans l’hôpital militaire de Bayonne, la réapplication des sangsues a réduit à 1,212 francs la dépense pour l’achat des sangsues, qui s’était élevée à 3,000 francs en 1824. En 1826, à l’hôpital de Pampelune, la réapplication des sangsues a produit une économie de 3,056 francs. Entrois années, de 1845 à 1847, l’Hôtel-Dieu de
(1) J’ai souvent été appelé auprès de malades chez lesquels l’écoulement du sang n avait pu être arrêté; je suis toujours parvenu à l’arrêter immédiatement avec l’agaric de chêne et la compression.
LES ANNÉLIDES
Paris, tout seul, a produit de cette manière, à l’administration des hôpitaux, une économie de 61,690 francs.
Deux manières de procéder peuvent être employées pour atteindre cette économie, et pour diminuer d’autant la consommation des sangsues et les craintes que l’on a pu concevoir sur leur complète disparition. On peut rendre, autant que possible, les sangsues à leur vie naturelle et attendre qu’elles aient digéré le sang qu’elles ont pris; ou bien on peut, par des moyens particuliers, opérer le dégorgemnet immédiat des sangsues et les appliquer de nouveau, presque sans retard, à l’usage médical.
Le procédé du dégorgement naturel peut certainement être employé, même sur une assez grande échelle, ainsi que le prouvent les faits suivants :
En 1825, les officiers de santé de l’hôpital militaire de Bayonne ont placé dans un bassin 9,245 sangsues, provenant des applications de juin et juillet. Vers la fin de l’année, ils ont pu remettre en service 7,445 sangsues, qui ont été jugées de bonne qualité.
Le 1er avril 1831, dans un bassin alimenté par un filet d’eau et où se trouvaient plusieurs plantes aquatiques, M. Châtelain a fait jeter 12,000 sangsues gorgées de sang. Après quatre mois et demi de séjour, le bassin fut vidé, et l’on en retira 4,600individus se contractant en olive et très-propres à faire un bon service; cependant leur digestion n’était pas encore terminée.
Dans un bassin de 2m,50 carrés, et de 30 centimètres de profondeur, en partie rempli d’argile blanche onctueuse, mise en consistance de pâte molle, M. Bouchardat et Soubeiran ont déposé successivement 6,500 sangsues. Le sol et l’argile avaient une pente convenable, pour que l’eau, coulant par intervalle à la surface, pût s’écouler par un trop plein grillé, placé à la partie la plus déclive : de cette manière, l’argile était humectée, mais non couverte d’eau, excepté dans la partie basse. Chaque jour on enlevait les sangsues qui étaient venues mourir à la surface. L’expérience commencée au mois de décembre fut terminée au mois de juin; les sangsues retirées de l’argile étaient très-vives ; elles teignirent l’eau immédiatement en vert. Après deux ou trois jours, elles étaient supérieures en qualité aux meilleures sangsues du commerce; elles prenaient toutes très-promptement et restaient plus longtemps attachées sur les malades. Cependant ce procédé a été abandonné pour le dégorgement immédiat (I).
Bien des procédés ont été conseillés pour le dégorgement immédiat des sangsues : MM. Petit-Ferdinand et Olivier ont proposé de pratiquer une petite ouverture sur le dos (vers l’origine
(1) Journal de pharmacie et de chimie, t. XI, p. 345.
I1IRUDINÉS. 321
des deux grandes poches digestives, après le soixante-deuxième anneau), et de faciliter la sortie du sang par une légère pression. Ce procède me paraît peu praticable, surtout en grand et doit être préjudiciable pour les sangsues.
M. Tournai, de Narbonne, a imaginé de dégorger les sangsues en les retournant comme un doigt de gant à l’aide d’un°petit stylet, à pointe mousse, en bois, que l’on appuie contre la ventouse anale et que l’on pousse de bas en haut jusqu’à le faire sortir, toujours çevôlu de la ventouse, par la bouche. En continuant encore de rabattre la sangsue sur le petit morceau de bois, on Unit par la retourner entièrement, la peau revêtant à l’intérieur, dans toute sa longueur, le morceau de bois, et le canal inles- Linal se trouvant tout à fait à l’extérieur : on lave alors l'animal, et on replace les organes dans leur situation normale. Suivant M. Tournai, la sangsue ne paraît pas être très-affectée par cette curieuse opération, et elle est propre à servir immédiatement. Moquin- landon pense, au contraire, que les sangsues ne peuvent être retournées sans déchirures profondes, dont elles doivent souffrir pendant longtemps. Il est évident, d’ailleurs, que ce procédé ne serait pas praticable en grand.
D autres personnes ont conseille de faire dégorger les sangsues en les plaçant sur de la cendre, du charbon, de la sciure de bois, du sel; dans de l’eau salée, dans de l’eau mêlée de vin rouge ou blanc, etc. On les lave ensuite dans de l’eau pure, et on les change d eau tous les jours, ainsi qu’il a été dit précédemment pour les sangsues vierges.
M. Joseph Martin prescrit de faire dégorger les sangsues en les pressant entre les doigts, depuis l'extrémité postérieure jusqu’à l’antérieure, ainsi qu’on le pratique lorsqu’on veut reconnaître le gorgement des sangsues. Seulement il faut pousser la pression jusqu’à faire sortir le sang par la bouche. Mais il est difficile d’arriver à ce résultat sans causer des déchirures intérieures, auxquelles les sangsues succombent tôt ou tard. C’est cependant ce procédé qui est usité aujourd’hui dans les hôpitaux de Paris; mais, combiné avec l’immersion dans de l’eau salée chaude, qui donne au sang plus de fluidité, et dispose les sangsues à le rendre plus facilement.
A l’Hôtel-Dieu de Paris, un homme est chargé spécialement de la pose des sangsues dans les salles d’hommes, et une femme remplit la même fonction dans les salles de femmes. Les sangsues prescrites sont envoyées de la pharmacie, au lit de chaque malade, dans un pot de terre couvert d’une toile percée d’un trou, duquel part un petit conduit de toile ouvert, et qui n’arrive pas au tond du pot. Les sangsues retirées du pot sont appliquées
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LES ANNÉLIDES
tout de suite, puis, le pot avant été recouvert, à mesure qu’elles tombent, on les remet dans le pot par le conduit de toile resté ouvert. C’est dans ces mêmes pots qu’elles retournent à la pharmacie, où elles sont comptées, puis soumises au dégorgement. Pour assurer la régularité de ce service et intéresser les employés à sa réussite, on accorde une prime de 1 centime aux infirmiers, par chaque sangsue gorgée qu’ils rendent en bon état, et une autre prime de 2 centimes à l’homme chargé du dégorgement, pour chaque sangsue rendue au service et qui produit un effet utile.
Le dégorgement a lieu le jour même que les sangsues ont été posées. A cet etfct, on en prend une douzaine que l’on jette dans une eau salée faite avec seize parties de sel marin et cent parties d’eau, chauffée à 40 ou 45 degrés. On presse successivement ces sangsues légèrement entre les doigts; elles rendent ainsi sans ellort tout le sang qu’elles ont pris. Les sangsues dégorgées sont mises en repos dans des pots avec de l’eau fraîche que l’on renouvelle tous les jours. Au bout de huit à dix jours, elles sont trèsaptes à être appliquées de nouveau ; elles prennent aussi vite que les meilleures sangsues du commerce et tirent autant de sang. Les sangsues qui ont ainsi fourni une seconde piqûre sont dégorgées encore une fois; si elles sont en bon état, on les fait servir de nouveau; si elles paraissent fatiguées, on les porte dans de petits marais (Bouchardat et Soubeiran).
[M. Ebrard préfère à l’emploi de l’eau salée, de l’eau aiguisée (1) de d/4 ou de 1/8 de vinaigre. ]
On a pu craindre que l’application de sangsues qui ont sucé, il y a peu de temps, le sang d’une personne malade, aurait de graves inconvénients; mais depuis que l’emploi des sangsues dégorgées a lieu dans les hôpitaux de Paris, sur une grande échelle, on n’a eu aucun exemple d'accident produit par leur emploi. Antérieurement, le docteur Pallas avait démontré, par des essais entrepris sur lui-même, l’innocuité des blessures de sangsues déjà employées, qui avaient été lavées et conservées pendant quelques jours dans de la terre humide. Il n’a même pas craint de s’appliquer des sangsues qui s’élaient repues sur un bubon de l’aine et sur les bords d’un ulcère syphilitique : ces annélides prirent très-bien, et leurs piqûres guérirent avec facilité comme des morsures ordinaires. Néanmoins l’administration des hôpitaux de Paris, pour prévenir toute récrimination, n’a jamais fait employer au dehors des hôpitaux établis spécialement pour les maladies cutanées et syphilitiques, les sangsues qui avaient été appliquées sur les malades de ces établissements.
(1) Ébrard, Monographie des sangsues médicinales. Paris, 1857, p. 391.
niRUDINÉS.
Multiplication des sangsues en France. On se plainl depuis li ésng emps de la disparition des sangsues en France et l’on attri bue avec ra,s°n celle disparition à la pêche immodérée qui n a été faite depuis trente ans; mais lorsque nous tirions annuelle menl de l'étranger 30, 40, ou 50 minions de sangsues était il donc possible de mettre des restrictions à la pêche intérieure ’ Aujoui d hui que 1 importation se trouve réduite à 10 millions il sera certamement plus facile d’imposer des conditions à la pêche et d ai river ù repeupler nos marais.
En 18.35, M. Fleury, pharmacien à Rennes, avait proposé au ministre du commerce :
pon°icDC P'0hlber la pêche des sanSsuos dans le temps de la
2" De ne laisser prendre que celles qui auraient atteint une grosseur et un poids déterminés ;
3 De mettre les lieux où vivent les sangsues sous la surveil lance des gardes champêtres;
4° D’exiger des pêcheurs une légère rétribution pour la permis sion qui leur serait accordée.
Chargé de faire un rapport sur ces propositions, à l’Académie de médecine, mes conclusions, adoptées par l’Académie, ont
1° Que les moyens proposés par M. Fleury, pour s’opposer à a destruction des sangsues et pour en repeupler nos marais, paraissaient insuffisants, n’étant appliqués qu’au petit nombre de
qui y restent’ et (3u’lIs étaient d’ailleurs d’une exécution difficile ;
, 2° Que la meilleure manière de s’opposer efficacement à celle instruction, serait de rendre à leur vie naturelle en France dans des lieux désignés à cet effet, les sangsues qui sont importées de 1 etranger, après leur usage dans les hôpitaux, qui les livreraient presque pour rien à l'administration.
La question ayant été soumise de nouveau à l’Académie, par suite d une communication de M. Joseph Martin et de lettres de renvoi émanées de M. le ministre de l’agriculture et du commerce et de M. le préfet de police, l’Académie a adopté, sur
un Rapport très-aprofondi de Soubeiran, les propositions suivantes :
1 Délendre la vente des sangsues gorgées dans toute la France et soumettre les vendeurs à une pénalité sévère-
2° Obliger ceux qui font le commerce des sangsues à désigner sur leurs factures la variété de sangsues dont ils font livraison;
3° Interdire la pêche des sangsues pendant les mois de l’accou-
LES ANNEL1DES.
plementet de la ponte, en laissant à chaque préfet le soin de fixer l’époque de la pêche dans son département;
4° Interdire la pêche et la vente des sangsues pesant moins de 2 grammes ou plus de 6 grammes
5U Autoriser cependant la vente ou la pêche de ces sangsues, par exception, quand elles seront destinées à peupler les réservoirs; mais ne l’autoriser que sur une décision du préfet, faisant connaître la quantité de ces sangsues et leur destination;
6° Par une mesure transitoire, interdire la pêche des sangsues, en France, pendant six ans ;
7° Faire une obligation aux hôpitaux de déposer les sangsues, qui ont servi, dans des réservoirs assez vastes pour qu’elles puissent s’y dégorger et s’y multiplier (I).
Je me permettrai quelques observations sur ces conclusions.
1° Il est évident d’abord que la défense de vendre les sangsues gorgées ne peut s’entendre que de celles destinées à être appliquées immédiatement, car il est utile au contraire d’encourager la vente des sangsues qui ont servi, puisque c’est sur elles principalement que l’on doit compter pour la reproduction des sangsues en Fiance. Il devrait donc être permis à des hommes pourvus d’une médaille, de parcourir les villes pour y acheter les sangsues gorgées et les livrer aux éleveurs.
2° Le minimum et le maximum de poids fixés pour les sangsues marchandes sont l’un et l’autre trop élevés. Il résulte en effet (lu tableau du poids des sangsues emprunté à M. Martin, que les g rosses sangsues, dites de premier choix , pèsent de 2 à 3 grammes, et qu’au-dessous se trouvent les moyennes dont le poids varie de lgr, 12 à 2 grammes, et qui peuvent être d’une grande utilité en médecine ; puis les petites sangsues, pesant de ügr,60 à 1 gramme ; enfin les sangsues filet , dont le poids est inférieur à 5 déci grammes. J’ajoute que, si l’on empêchait la vente de toutes les sangsues au-dessous de 2 grammes, on retirerait plus de la moitié des sangsues du commerce, et que le le prix de celles qui resteraient s’en trouverait nécessairement doublé : je dis enfin qu’audessus de 3gr,5 les sangsues commencent à être moins estimées, et que celles de 4 grammes sont déjà considérées comme inférieures pour la succion. Le résultat de ces observations est que l’on devrait défendre la vente et la pêche, par conséquent, des sangsues au-dessous de I gramme et au-dessus de 5 grammes. Si ces dernières sont peu estimées pour l’usage médical, elles paraissent être les plus propres à la reproduction. Il y a donc une double raison pour les laisser dans les marais.
(1) Soubeiran, Rapport ( Bulletin de l’Académie de médecine. Paris, 1847-48, t. XIII, p. 6 13).