II I R U DI NÉS
3° Je trouve très-difficile d'admettre que l’on proscrive dans une loi la pêche et la vente des sangsues au-dessous et au-dessus d’un poids donné, et qu’on en permette cependant la pêche et la vente pour peupler les réservoirs. Je pense qu’il vaut mieux les laisser où elles sont ; elles grossiront certainement plus vile et produiront davantage. 11 vaut mieux fonder la population des réservoirs et marais artificiels, au moyen des sangsues de bonne qualité qui ont servi à l’usage médical.
4° Je ne trouve ni juste, ni politique, d’interdire complètement la pêche des sangsues en France pendant un nombre quelconque d’années, de priver la population qui s’y livre du salaire que cela lui procure et de lui faire perdre l’habitude d’une occupation qu’il faudra ensuite rétablir. Je pense que ce sera bien assez de limiter la pêche aux sangsues comprises entre les poids de 1 à 5 grammes.
o Quant aux hôpitaux, dont un certain nombre ont organisé un service pour faire resservir immédiatement leurs sangsues une ou deux fois, je ne crois pas qu’on doive les priver du bénéfice immédiat qui en résulte pour eux; mais je crois qu’on peut exiger que les sangsues qui auront servi trois fois, ou peutêtre seulement deux fois (I), soient livrées par les hôpitaux aux éleveurs de sangsues. Voici les conseils que l’on peut donner i\ ces derniers. Je les extrais du rapport de Soubeiran (2).
« Les réservoirs, pour la multiplication des sangsues, doivent avoir de 60 à 70 mètres carrés (Faber); l’encombrement les fait périr; il faut d’ailleurs qu’elles puissent y trouver une nourriture suffisante.
« On préférera les réservoirs naturels, si l’on peut y installer les sangsues à peu de frais. Il est cependant plus difficile d’empêcher les sangsues d’en sortir, et leurs ennemis d’arriver jusqu à elles. En tous cas, il faut commencer par les mettre à sec, afin d’enlever avec grand soin les aulastomes voraces qui peuvent s’y trouver.
« Le fond de l’étang doit être formé par une terre douce et argileuse, pour que les sangsues puissent s’y enfoncer. Les fonds de tourbe sont aussi favorables. On peut encore avoir recours aux prairies basses; après avoir creusé le sol, on en couvre le fond avec 30 centimètres de terre des marais.
« L eau doit être assez peu profonde pour que le soleil puisse la réchauffer ; cependant il est nécessaire d’avoir sur quelques points des endroits profonds de 2 à 3 mètres, qui servent de
(1) Il est douteux qu une sangsue, qui a été dégorgée deux fois par la pression, puisse faire immédiatement une troisième piqûre bien utile.
(2) Soubeiran, Bulletin de l'Académie de médecine. Paris 1847-48 t. XIII
n ROO * ’
LES ANNÉLIDES
refuge aux sangsues pendant les gelées de l’hiver et pendant les sécheresses de 1 été. Sur d’autres endroits, le sol doit se relever en îles couvertes d herbes sur lesquelles les sangsues puissent se promener.
« Une eau trop courante ne vaut rien; mais il est bon qu’elle se renouvelle lentement. Les sangsues peuvent également réussir dans une eau stagnante, pourvu qu’il y pousse en abondance des plantes aquatiques qui la purifient. Ce qu’il faut surtout chercher à réaliser, c’est un niveau constant, sans lequel les cocons déposés sur les bords sont détruits par la sécheresse ou les inondations.
a Les bords de l’étang doivent s’élever en un talus peu incliné, afin que les sangsues puissent librement sortir de l’eau pour déposer leurs cocons. M. Faber conseille d’établir sur le bord du marais, au niveau des plus basses eaux, un terrain plat de 1 à 2 mètres de largeur; de charger ce terrain d’une couche de te i l e tourbeuse sur laquelle on cultive des plantes aquatiques. C’est là que les sangsues iront se loger au moment de la ponte.
« Il est utile que la partie occupée par l’eau soit le siège d’une abondante végétation. Les plantes purifient l’eau par l’oxygène qu elles exhalent au soleil ; elles abritent les sangsues et leur facilitent le moyen de se débarrasser de leur épiderme, aux époques de la mue. Les massettes, l’acore, les iris, la prêle des marais, la phellanderie, le caltha , sur les bords; les potamogeton, les myriophylles, les char a, au milieu des eaux, sont les végétaux les plus favorables.
« Il reste une dernière précaution à prendre, c’est d’empêcher l’arrivée des ennemis des sangsues; s’il est à peu près impossible de leur venir en aide contre ceux qui habitent les marais, au moins faut-il les garantir des ennemis du dehors, qui sont principalement les canards domestiques et sauvages, les hérons, les taupes, les musaraignes. A cet effet, les réservoirs doivent être entourés d’un petit mur ou d’une enceinte de planches enfoncées en terre de soixante centimètres. Il faut également faire la chasse aux oiseaux sauvages dans la saison où ils se montrent.
« Lnfin se présente la question de la nourriture. Si les marais ont été peuplés avec des sangsues gorgées, on peut se dispenser, pendant quatre ou cinq mois, de leur donner aucune nourriture; mais, ce terme passé, et lorsque le marais contient des sangsues jeunes ou non gorgées, principalement au printemps, lorsqu’on veut pousser à la reproduction, il est nécessaire de jeter aux sangsues de petits poissons, des salamandres, des grenouilles
HIRUD1NÉS.
surtout dont elles sont très-friandes. On peut aussi, avec mesure, étendre du sang coagulé sur des planches que l’on fait flotter sur l’eau. On cesse au mois de juillet et d’août, lorsque les cocons sont formés, et, deux mois plus tard, on peut livrer une partie des sangsues adultes, non les jeunes, à la consommation. »
[Depuis une vingtaine d’années, l’hirudiniculture a pris une extension considérable. Elle se pratique soit dans des marais ou étangs naturels, soit dans ce que l’on appelle barra' Is, soit dans des bassins artificiels d’un mètre environ de profondeur, soit enfin dans des fossés en zigzags. Pour établir des barrails, on choisit des terrains voisins d’une rivière et plus bas que son niveau ordinaire : on les divise en plusieurs parties d’un ou deux hectares, qu’on entoure d’une espèce de digue en terre longée d’un fossé intérieurement et extérieurement. Au moyen de vannes on peut laire passer l’eau de l’extérieur à l’intérieur ou réciproquement. Au printemps le barrail se trouve recouvert sur toute son étendue de 20 à 00 centimètres d'eau, et on y jette alors les grosses sangsues qui doivent servira l’ensemencement. Vers le 15 juin, on fait écouler les eaux et on laisse le sol à sec : les sangsues lont alors leur ponte et déposent leurs cocons sur toute la surface du marais.
Dans les fossés en zigzags, les parties entourées d’une sorte de digue, comme les barrails, ne sont pas entièrement inondées, mais seulement des fossés qui vont, en zigzags d’un bord à l’autre de ces parties.
Dans les marais et les barrails les sangsues sont nourries aux dépens d’animaux vivants (chevaux , ânes ou rarement bétail) qu’on y fait pénétrer à certaines époques, et que les sangsues se hâtent de venir piquer. — Dans les barrails, les bassins et les fossés, les procédés de nourriture varient. Les uns emploient des planchettes portant du sang en caillot; d’autres pêchent les sangsues de temps en temps pour les plonger dans du sang liquide; on encore pour les enfermer dans des sacs où l’on introduit la jambe d’un cheval vivant. — D’autres enfin remplissent de sang liquide des boyaux de veau et les répandent dans les fossés. Mais aucun de ces procédés ne vaut le premier que nous avons indiqué; c’est le plus naturel et celui qui réussit le mieux (I).
Pour les personnes qui veulent élever les sangsues en petit, M. Vayson de Bordeaux a imaginé un petit marais domestique, qu’on appelle vagsonnier. Un vase en terre cuite, sous forme de
(I) Voir sur ce sujet et pour tout ce qui concerne les modes de conservation et l’élève des sangsues, Ébrard, ouvrage cité , et Vayson, Guide pratique des éleveurs de sangsues. 1855.
LES ENTOZOAIRES.
cône tronqué renversé, a sa base inférieure percée de petits trous qui ne peuvent laisser passer les sangsues : on le remplit de terre bourbeuse et l’on y place ces animaux : l’ouverture supérieure est fermée avec une toile grossière. Si on veut expédier les sangsues, on emballe le vase dans une caisse après avoir humecté la terre. Si on veut au contraire les garder sur place, on met le fond du vase dans un baquet dont l’eau a un décimètre de hauteur et on l’y abandonne. La terre se délaye à la partie inférieure, tandis qu’elle reste presque sèche à la surface: les sangsues peuvent aussi choisir la zone qui leur convient le mieux, et non-seulement s’y conserver, mais encore s’y reproduire.]
SEPTIÈME CLASSE
~t LES ENTOZOAIRES.
[Sous le nom d 'entozoaires on réunit généralement des annelés dont la plus grande partie vivent en parasites dans le corps d’aulres animaux. Ils appartiennent à un certain nombre de types, distincts les uns des autres, auxquels la plupart des naturalistes donnent aujourd’hui la valeur de véritables classes, et que nous décrirons successivement sous les noms généralement usités de Nématoïdes , Trématodes, T'urbellariés et Cestoïdes.
Pendant longtemps on a complètement ignoré de quelle manière ces animaux pouvaient naître et se développer dans le corps d’ôtres vivants; et quelques naturalistes avaient recours, pour expliquer leur apparition, à l’admission d’une génération spontanée. On sait maintenant quelles sont les conditions dans lesquelles la plupart d’entre eux se développent, et les phases successives par lesquelles ils doivent passer avant d’arriver à l’état adulte.
Ces êtres singuliers , en sortant de l’œur, ne ressemblent en rien aux parents qui leur ont donné naissance : sous leur première forme, ils sont agames, et ne peuvent produire que par voie de scissiparité ou de gemmation. Quand ils ont ainsi donné une nouvelle génération d’individus, tantôt semblables à eux-mêmes, tantôt différents, ils périssent ; et ce sont leurs descendants qui forment, soit en se transformant eux-mêmes, soit par voie de gemmation, des individus sexués ressemblant à ceux qui ont produit les œufs. H y a donc production successive de générations, agames et sexuées, alternant entre elles de façon à ce que l’une d’elles ne ressemble ni à celle qui la précède ni à celle qui la suit, la forme adulte ne se retrouvant semblable à elle-
NÉMATOÏDES. 321*
même qu après un nombre de générations agames, variable suivant les différents cas. C est ce qui explique le nom de génération alternante qu’on a donné au mode de reproduction de ces êtres. On les a aussi appelés di genèses.
Les zoologistes ont donné des noms aux états successifs sous lesquels se montient ces animaux. M. Van Beneden (1) a proposé entre autres ceux de Scolex pour la forme agame, et de Proglottis pour l’état parfait: et comme les Scolex peuvent avoir deux formes différentes, il a distingué la forme première sous le nom de Protoscolex. 11 arrive aussi trèssouvent que les individus sexués naissant d'un Scolex restent attachés entre eux : M. Van Beneden a proposé de désigner ces sortes d’agrégations du nom de Strohile. Nous aurons à nous servir dans le cours de cette élude de ces diverses dénominations.
Une particularité aussi curieuse du développement de ces enlozoaires, c’est que, pour passer d’une forme à l’autre, il leur faut un changement complet de milieu. Tel d’entre eux qui existe à l’état agame dans le tissu musculaire d’un animal ne pourra prendre la forme sexuée que dans le tube digestif d’un animal différent. C’est ainsi que nous verrons le cysticerque du porc , qui n’est que le Scolex du ténia, ne se développer en ver rubané possédant les organes de la génération, que s’il passe avec la viande du porc dans l’intestin de l’homme ou d’un animal.
Ces points bien établis, nous allons étudier les divers groupes d’entozoaires, en indiquant seulement ceux qu’on a rencontrés chez l’homme.
1° NÉMATOIDES.
Les Nématoïdes sont ainsi nommés à cause de l’apparence de leur corps cylindrique, le plus souvent grêle et presque filiforme. Us n’ont d’autre appendice que deux petites soies qui jouent le rôle de pénis. Leurs téguments sont assez épais et striés transversalement. Sous la peau se trouve une couche de fibres musculaires, et l’intérieur du corps est occupé par une grande cavité viscérale. La bouche et l’anus sont toujours distincts et terminaux. Les sexes sont séparés : le mâle est le plus sou ventplus petit que la femelle. Les organes génitaux se présentent sous la forme de longs tubes repliés aboutissant, les uns à des pièces copulatrices dures et cornées placées à l’anus ou près de l’anus; les autres à la vulve située en avant de l’anus, et plus ou moins rapprochée de la tête.
Nous ne parlerons pas des anguillules , dont quelques espèces vivent dans les plantes, et y produisent des maladies spéciales, telles que la nielle du blé, causée par Y Anguillulina tritici : nous passerons tout de suite à l’étude des nématoïdes parasites de l’homme. Ils sont assez nombreux et se rapportent aux genres
(l) P. Gervais et Van Beneden, Zoologie medicale. Paris, 1859, t. II, p. 2 1 G.