‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 130 sur 162 · CESTOÏDES · texte numérisé non relu

CESTOÏDES

Les cestoïdes ou vers rubanés sont caractérisés, ainsi que 1 indique leur nom, par l’aspect aplati de leur corps. Ils ont une tête très-petite, munie de deux ou quatre ventouses et parfois de crochets disposés en couronne : une portion très-mince, qu’on appelle leur cou, puis un corps élargi formé d’un nombre considérable d’articles pouvant se détacher les uns des autres dans la

dernière période de leur vie. Ils n’ont pas de tube digestif, pas d’organes de circulation, un appareil excréteur (?) formé de 4 vaisseaux longitudinaux anastomoses entre eux. Quan taux organes de la génération, ils sont très-complexes. Chacun des anneaux est hermaphrodite et contient dans sa cavité un testicule et un canal déférent aboutissant au pénis, un organe produisant la vésicule germinative, un autre le vitel* lus, une matrice, et un vagin s’ouvrant à côté de l’orifice du mâle ou dans un cloaque commun (fig. 987).

Les cestoïdes sont digénèses et passent successivement par les étals de scolex, strobile, et proglottis. Ces phases successives ont été surtout étudiées pour le ténia, et nous les décrirons avec détails â propos de ce ver.

Les helminthes de ce groupe que nous avons à signaler rentrent tous dans les genres Jœnia et Botriocéphale.

Le plus connu est certainement le 7 œnia Solium. , L, vulgairement désigné sous le nom de ver solitaire.

On avait remarqué depuis longtemps ce ver à l’état adulte, et on avait décrit les principaux traits de son organisation, mais il n’y a guère qu’une quinzaine d’années que les observations de Kiichenmeister, suivies de celles de Leuckart, de Siebold, Van

Fig. 987. — Taenia solium (*).

Fig. 988. — Œuf de ténia.

( ) ci, testicule j b , spermiductej c, orifice du pénis j cf, matrice remplie d'oeufs; e, vagin ; /', cloaque sexuel.

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Beneden (1), Humbert (de Genève), etc., etc., ont montré par quelles phases successives passe ce curieux animal.

Quand un œuf de ténia (fi g. 988), libre ou enfermé encore dans les articles rejetés avec les fœces , est avalé par le cochon, et ar-

Fig. 990. — Cysticerque (*}. Fig. 991. —Tænia solium (élat slrobilaire).

rive ainsi en contact des sucs intestinaux, 1 embryon, qui existait déjà dans l’œuf, sort de l’enveloppe cornée qui l’entourait. Il est -alors court, sans articulations, muni de six crochets, au moyen

(*) A, animal retiré dans son ampoule ; B, animal développé ; C, tète et cou isolés ; D, un des crochets.

(i) P. Grrvais et Van Benrden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. If, p. 229.

Fig. 989. — Cysticerque du cochon et trois de ses crochets.

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desquels il peut se frayer un passage à travers les tissus. C’est le premier état du ver, 1 cprotoscolex. Dès qu’il s’est établi dans une paitie du corps de 1 animal, le plus souvent dans les muscles ou le tissu cellulaire, il se produit dans son intérieur par une sorte de gemmation un nouvel être, qui s’enkyste au milieu des tissus : c’est le Scolex. On aperçoit alors dans le petit kyste une fine vésicule {fig. 989 et 990), logeant dans son intérieur une partie invaginée comme un doigt de gant, qui, lorsqu’elle se déroule au dehors, présente une sorte de cou terminé par une petite tête. Cette partie céphalique rappelle tout à fait par son apparence celle que nous décrirons dans l’état parfait du ténia; elle est, comme elle, armée de ventouses et de crochets. La vésicule mesure environ 15 millimètres de diamètre. — Elle était décrite sous le nom de cysticerque du cochon ( Cysticercus cellulosœ ), et regardée comme un helminthe particulier, avant qu’on eût aperçu que ce n’était qu’un des états du ver solitaire. Ce sont ces vésicules, et leur kyste, qui constituent ce qu’on connaît sous le nom de ladrerie du porc.

Les cysticerques restent à cet état, tant qu’ils sont logés dans les muscles ou le tissu cellulaire du cochon. Mais si la chair du porc vient il être avalée par l’homme, de nouvelles transformations vont s’opérer, la vésicule terminale va disparaître, et le Scolex, constitué par la partie céphalique, va donner naissance par voie de génération agame à une série de nouveaux individus possédant chacun les deux sexes : ce sont les articles du ver rubané, les proglottis, qui, agrégés ensemble, forment le ver solitaire dans son état ordinaire, l’état strobilaire de M. Van Beneden {fig. 991).

Dans celte période, le ver solitaire présente les caractères suivants : il est très-long, plat, d’une blancheur opaline, devenant d’un blanc opaque dans l’alcool . Il a une consistance gélatineuse ou parenchymateuse et se déchire très-facilement. Sa longueur et le nombre de ses anneaux sont très-variables. Il est fréquemment long de 1 à 3 mètres; on prétend môme en avoir vu de 10 mètres. Sa tête est fort petite {fig. 993), et cependant bien distincte par suite de l’extrême étroitesse du cou. Elle est presque carrée à cause de ses 4 suçoirs latéraux, et présente au sommet un rostre très-court et très-obtus. Ce rostre est entouré d’une couronne de crochets. Le véritable cou est très-court, quoique cinq ou six fois plus long que la tête : ce qui le fait paraître trèslong, c’est que les premiers articles du corps, qui commencent immédiatement après, sont d’abord peu distincts, aussi grêles que le cou, surunelongueurassezconsidérable, et n’augmentent en largeur que très-lentement. Dans le second tiers du corps, les arti -

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clés sont bien formés, sub-carrés, plus étroits en avant, terminés en arrière par une sorte de bourrelet droit ; plus bas, les articles s allongent au point de devenir deux ou trois fois plus longs que larges; leurs extrémités sont à peu près droites : leurs côtés sont renflés au milieu, et souvent l’un ou l’autre élargi par un petit mamelon percé d’un orifice arrondi. (Dans celte partie, le corps du ténia a 7, 9 ou môme 13 mill. de large.) Les mamelons, dont il vient d’être parlé, et dans lesquels se trouve l’orifice des organes sexuels, sont assez inégalement rangés de chaque côté

Fig. 992. — Taenia solium (proglottis).

Fig. 993. — Botriocéphale-

du corps; car il y en a souvent alternativement deux d’un côté et un de l’autre, et, d’autres fois, trois ou plus sans interruption d’un seul côté, puis un de l’autre.

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On a cru pendant longtemps qu’il n’y avait qu’un seul ténia

la fois dans le canal intestinal, mais on a vu des malades en rendre presque simultanément 2 ou 3 ; on cite même une femme qui en a rendu 18 dans l’espace de quelques jours. Pt ndantlongtemps aussi, on a regardé les articles séparés du ténia (fig. 992) comme des animaux particuliers qu’on appelait des vers cucurbitains. Ces cucurbitains sont presque entièrement remplis par la matrice, qui présente un aspect rameux et contient une quantité considérable d’œufs, presque globuleux, un peu plus longs que larges.

Le ténia est un des vers les plus communs dans le tube digestif de l’homme. 11 est surtout répandu dans les régions où on mange du cochon à l’état cru, jambon ou saucisson. On l’a observé dans presque toutes les parties du monde. Dans certains pays d’Afrique, en Abyssinie, par exemple, presque tous les habitants en sont atteints.

On a accusé le ténia de déterminer chez l’homme des accidents fort graves, et de le conduire souvent au marasme et h la mort. Mais on a acquis la certitude que des individus, qui cependant en étaient affectés, avaient vécu pendant longtemps dans un état de santé aussi parfait que ceux qui en sont exempts et sans qu’on pût soupçonner en rien la présence de ce ver dans leur tube digestif. Généralement cependant les hommes qui ont un ou plusieurs ténias dans leurs intestins, éprouvent un certain affaiblissement, de la dyspepsie, de la boulimie, etc., qui leur font désirer d’en être délivrés. Les médicaments qui réussissent le mieux sont : l’huile animale de Dippel, l’écorce de racine de grenadier, l’huile de fougère mâle, le eousso d’Abyssinie, le mousséna, le kamala, aidés de l’action purgative subséquente de l’huile de ricin.

On a trouvé accidentellement chez l’homme le ténia dans son état de cysticerque ; mais le cas est rare, et ce n'est qu’autant qu’il y aurait un nombre considérable de ces hydatides et qu’ils comprimeraient des organes importants, qu’ils pourraient amener des accidents sérieux.

Une autre espèce de ténia dont on ne connaît chez l’homme que l’état vésiculaire ou le Scolex est Véchinocogue {fig. 996). On le trouve dans divers organes : poumons, rate, pancréas et foie, plus rarement dans le cerveau. L’embryon des échynocoques, une fois fixé dans les tissus, ne produit pas un seul scolex comme celui des Tœnici solium , mais une génération de simples vésicules, qu’on a appelées des acéphalocystes (fig. 994). Ces vésicule en produisent d’autres, tantôt semblables à elles-mêmes, tantôt munies d’une tête couronnée de ses crochets et portant latérale ment des ventouses circulaires (fig. 993). Ces Scolex, d’abord

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adhérents à la membrane génératrice, s’en détachent pour nager dans le liquide qu’elle renferme. Ils restent à cet état, et se résorbent même peu à peu en ne laissant que leurs crochets, si les conditions de leur existence ne viennent pas à changer. Mais si le chien avale un des organes dans lesquels ils se trouvent, ils se transforment dans son canal digestif en un petit ténia, qui n’a pas plus de trois millimètres de longueur, et dont nous donnons ici la ligure {fng. 996). Ce strobile présente cette particularité que le dernier segment est déjà adulte lorsqu’il n’y a encore que deux

Kig. 993. Scolex de l’échinocoque. Fig. 99fl. Ténia échinocoque

du chien.

ou trois anneaux de formés. La matrice est sinueuse et le remplit presque complètement; les œufs en sont sphériques.

Ce vet habite dans son état d hydalide, à part les organes de 1 homme, ceux de la plupart des animaux domestiques. C’est

dans le chien, qu’il prend la forme adulte, on le nomme Tœnia echinococcus.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire le ténia cœnure ( Tœma qui- 4 l’état de scolex, se loge dans le cerveau

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