‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 142 sur 162 · LES INFUSOIRES · texte numérisé non relu

LES INFUSOIRES

Les zoophytes non radiaires comprennent deux classes d’êtres qui n’offrent guère d’autre rapport entre eux que celui d’être placés sur la dernière limite de l’animalité. La première classe, qui renferme les infusoires homogènes de Cuvier, nous offre des animaux tout à fait microscopiques, qui se développent en abondance dans l’eau chargée de matières organiques en décomposition. Leur corps est gélatineux, lanlôt arrondi, tantôt allongé ou aplati, souvent couvert de petits cils, et offrant à l’intérieur un nombre ordinairement considérable de petites cavités qui paraissent remplir les fonctions d’autant d’estomacs. La manière dont ces infusoires se propagent a donné lieu à beaucoup de controverses, et plusieurs naturalistes ont admis qu’ils pouvaient se former par l’organisation spontanée de matières provenant de substances organiques en décomposition.

Ce n’est pas ici le lieu d’exposer celte question de la génération spontanée, sur laquelle on a beaucoup discuté dans ces dernières années. Nous nous bornerons à renvoyer les lecteurs, curieux de se mettre au courant de cette question, aux nombreux mémoires de MM. Pasteur, Joly, Pouchet, etc., dont la plupart ont été communiqués à l’Académie des sciences.

Nous nous bornerons à dire quelques mots des animaux inférieurs qu’on a trouvés dans l’intérieur du corps humain, ou au milieu des liquides de l’économie ceux qu’on peut appeler entozoaires infusoires ; ce sont des paramécies , des cercomonades , des trichomonades, des virgulines et des vibrions.

Les paramécies sont des infusoires aplatis et oblongs dont le corps finement cilié est pourvu d’une bouche antéro-latérale, el, d’après M. Davaine, d’un anus situé à la partie inférieure et postérieure du corps. On a en a observé une espèce {la paramécie du colon) Poramecium coli, Malmslem, entre les villosités de la muqueuse du côlon.

Les cercomonades , caraclérisés par un cil vibratile à la partie

antérieure et par une queue en arrière, fournissent une espèce aux entozoaires. JV1. Davaine 1 a décrite sous le nom de Cercomonas hominis , et en a distingué deux variétés : l’une, qu’il a trouvée dans les selles des cholériques ; l’autre, dans les déjections d'un individu atteint de fièvre typhoïde (fi y. 1020).

Les trichomonades se distinguent des cercomonades , par l’absence de l’appendice caudal. On en connaît une espèce ( Trichomonas vaginalis ,

Duj.), observée par M. Donné (I) dans les mucosités vaginales de la femme (fig. 1021).

Les virgulines, petits infusoires, allongés, munis d'un petit appendice caudal, ayant en tout Ümm,05, se trouvent assez abondamment dans le tartre.

Enfin, les vibrions, animaux microscopiques de 0,nm,008 à 0""n,0 13 ; ayant le corps cylindrique, atténué aux deux extrémités, droit ou flexueux, ont été trouvés par myriades dans les selles des cholériques (Vibrio rugula , Müll). Les 1 ibno baccillus, Müll, et V. lineola, Müll, existent dans le mucus buccal; et les F. cyanogenus, Fuchs, et xanthogenus , Fuchs, colorent parfois le lait en bleu ou en jaune.

QUATRIÈME CLASSE

La quatrième classe est celle des spongiaires, c’est-à-dire des corps qui offrent la structure des éponges. Ces corps ressemblent beaucoup à la portion commune de certains polypes agrégés, tels que les alcyons ; mais jusqu’à présent on n’y a rien trouvé d’analogue à la partie individuelle de ces animaux. Ce sont des masses qui vivent dans la mer, fixées aux rochers, et qui n’offrent aucun signe de sensibilité ni de contractilité. On sait seulement

(1) Donné, Cours <te microscopie . Paris, 1844.

LES ANIMAUX RAYONNÉS OU ZOOP1IYTES.

que, suivant les observations de M. Grant, elles vivent, parce qu’elles absorbent continuellement une quantité considérable d'eau par les pores répandus sur toute leur surface, et que ce liquide est ensuite expulsé par d’autres ouvertures plus grandes, sous forme de courant. Une espèce de charpente, composée tantôt d’aiguilles calcaires ou siliceuses, tantôt de filaments cornés, soutient ces masses et forme un tissu dont l’intérieur présenle une multitude de lacunes communiquant entre elles. A certaines époques, de petits corps arrondis se développent dans ce parenchyme, tombent dans les canaux dont il est percé et sont expulsas au dehors avec l’eau qui les traverse. Ces corpuscules sont les germes reproducteurs de l’éponge; ils sont doués d’abord de la faculté de se mouvoir, et, après avoir nagé pendant quelque

temps, ils se lixent et se transforment en une petite éponge semblable à celle dont ils proviennent (Grant).

Dans toute la classe des zoophytes, je ne traiterai en particulier que de deux substances qu’elle fournit h la pharmacie, le corail rouge et Y éponge.

Corail rouge ( fig . 377).

Le corail {fig. 1022). de même que la plupart des autres polypiers solides, a longtemps été considéré comme une plante dont l’axe était de nature calcaire, mais dont l’écorce vivante pouvait produire des fleurs régulières. C’est Peyssonel qui a montré le premier, en 1727, que les prétendues fleurs de corail, observées par Marsigli en 1703, sont de véritables animaux rayonnés qui sécrètent la substance calcaire sur laquelle ils sont portés. Pallas décrivit ensuite le corail, et lui donna le nom à’Isis nobilis ; Gmelin et Solander en firent une gorgone ; enfin Larnarck en forma un genre particulier sous le nom de Corallium , et Cappella Corallium rubrum (1).

Le corail affecte la forme d’un petit arbrisseau, d’environ 50

(1) Voir Lacazc-Dutliiers, Histoire naturelle du Corail. Paris, l8Gi.

centimètres de hauteur, fixé aux corps sous-marins par une sorte d’empâtement analogue à la griffe des fucus. De cet empâtement sort la tige qui est ordinairement ronde, mais quelquefois comprimée, épaisse de 25 millimètres environ, dans sa partie la plus grosse, mais se divisant bientôt en un certain nombre de rameaux irréguliers. Dans le corail vivant, ces rameaux sont recouverts d’une sorte d’écorce blanchâtre, charnue, lisse et polie, mais dont la surface est parsemée d’un grand nombre de cellules proéminentes contenant autant de polypes. Ceux-ci sont très-mous, tout à fait blancs et pourvus d’une bouche entourée de huit tentacules qui ressemblent assez â des pétales étalés régulièrement, allongés, pointus, incisés sur les bords. La substance charnue qui leur est commune est sillonnée par une multitude de vaisseaux communiquant avec la cavité digestive des polypes, et sa partie interne sécrète du carbonate de chaux mêlé à une matière colorante rouge, et qui constitue l’axe pierreux du corail .

Cet axe pierreux ne se trouve dans le commerce que débarrassé de son écorce vivante. Il conserve la forme générale d’un arbrisseau ramifié et non articulé, formé par une substance compacte, d’un rouge vif et un peu rosé, qui en fait une des plus élégantes productions de la nature. Sa surface est toute couverte de stries longitudinales, serrées, parallèles, mais souvent sinueuses, et s’étendant, en suivant toutes les ramifications, d’une extrémité â l’autre de l’axe. La substance interne est tellement compacte, que la cassure brute ou polie n'y fait découvrir aucune trace d’organisation; mais lorsqu’on fait agir dessus un acide affaibli, l’énergie différente avec laquelle la substance du corail est attaquée y fait découvrir une organisation rayonnée, dont les stries correspondent à celles de la surface.

La dureté du corail surpasse celle du spath d’Islande, mais est inférieure à celle de l’aragonite. Il est susceptible d’un beau poli, et l’on en fabrique des bijoux qui sont d’un prix d’autant plus élevé que sa couleur est plus vive et plus brillante.

Le corail abonde dans la Méditerranée et dans la mer Rouge, fixé aux rochers, à une profondeur très-variable; on ne le trouve pas à moins de 3”, 30, et on le pêche jusqu’à 200 mètres. On le pêche principalement près de la côte d’Afrique, dans le détroit de Messine et dans l’Archipel grec, en promenant, au fond de la mer, des morceaux de bois garnis de filasse, que l’on tire fortement, lorsqu’on sent la filasse embarrassée dans le corail. Il y a aussi des plongeurs qui ne font pas d’autre métier que d’aller le chercher.

Différents auteurs ont émis sur la nature du principe colorant

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