LES ANIMAUX RAYONNÉS OU ZOOPHYTES
tiques, douces au toucher, anastomosées les unes avec les autres et formant un tissu, tantôt d’une grande finesse, tantôt grossier et traversé en tous sens par des canaux tortueux, d’un diamètre plus ou moins considérable. Dans l’état de vie, toutes les parties de ce tissu sont entourées d’une enveloppe muqueuse, .qui manque le plus souvent dans les individus secs. Jusqu’à présent, on n’a pu observer, dans les vraies éponges, ni corps reproducteurs ni courants. Plusieurs observateurs cependant ont cru trouver de la sensibilité dans l’espèce de bave muqueuse qui les recouvre à l’état vivant, et on dit avoir vu un mouvement alternatif de contraction et de dilatation à l’ouverture de leurs tubes ; mais ces faits sont révoqués en doute par M. Grant.
La forme des éponges varie à l’infini : tantôt elles sont sessiles on non pédiculées, arrondies, simples ou lobées ; d’autres fois, elles sont rétrécies à la base, élargies par le haut en forme de toupie ou de sabot, et souvent creusées au centre en forme d’entonnoir ou de creuset ; d’autres fois encore elles sont manifestement pédiculées, aplaties et ilabelliformes, ou bien foliacées, ou bien encore ramifiées et ayant la forme d’un arbrisseau, etc. Lamarck en a décrit 141 espèces, et beaucoup d’autres ont été distinguées par divers naturalistes ; mais il n’y en a qu’un petit nombre qui soient fournies par le commerce et usitées dans la vie domestique. Celles dont nous nous servons nous viennent principalement des côtes de la Syrie, de l’Anatolie, des îles grecques et des côtes d’Afrique. Il en vient aussi de la Havane et des îles de Bahama, mais qui sont d’une qualité très-inférieure.
1. L’éponge la plus estimée est 1 éponge Une douce de Syrie (i éponge usuelle , Lamk.), qui est exclusivement réservée pour la toilette. Telle que le commerce la présente, elle est d’un jaune tirant sur le fauve, légère, généralement turbinée, quelquefois arrondie par le haut, mais le plus souvent creusée en forme de coupe ou d’entonnoir. La partie extérieure est fine, veloutée, douce au toucher, percée d’une infinité de petits trous ronds de dimension presque semblable. Les grands trous y sont très-rares. La partie pleine de l’éponge, vue à la loupe, paraît formée d’une infinité de fibres anastomosées, dont quelques-unes, plus longues que les autres et plus libres, se roulent au dehors sous forme d’une petite mèche torlillée, qui se dresse au bord de chaque trou. Ce sont toutes ces petites mèches qui donnent à l’éponge son aspect et son toucher velouté. L’intérieur de la coupe ou de l'entonnoir est, au contraire, percé de grands trous, très-nombreux, disposés d’une manière plus ou moins apparente, en lignes rayonnantes. Les trous du fond pénètrent généralement jusqu’à la base et laissent voir le jour au travers.
Cette éponge est souvent moins grosse que le poing ; mais elle acquiert quelquefois un volume considérable ; elle se gonfle beaucoup dans l’eau et en retient une grande quantité. Son prix varie de 100 à 140 francs le kilogramme ; les plus grosses et les plus belles, en forme d’entonnoir, que l’on réserve pour servir de montre aux marchands, ou pour les cabinets, se vendent séparément à la pièce, 25 francs, 50 francs et au delà (1).
L’éponge line douce de Syrie, examinée au microscope, ne présente rien autre chose que des fibres cylindriques, ramifiées à l’infini et anastomosées les unes avec les autres, sans aucune régularité; car les espaces circonscrits sont quelquefois trèspetits et triangulaires ; d’autres fois, ils sont plus grands et en forme de losange ; mais le plus souvent ils sont très-grands et tout à fait irréguliers, les rameaux qui les forment faisant de grands circuits avant de s’anastomoser avec d’autres. Ces rameaux sont de grosseur à peu près égale, et conservent celle grosseur d’une extrémité à l’autre de l’éponge. Ils sont pleins et non tubuleux comme on le dit. Ils sont formés de fibrilles trèsserrées et agglutinées, flexueuscs, et qui se continuent sans interruption d’un rameau à l’autre. Ces fibrilles sont très-faciles à voir aux endroits où les rameaux sont rompus. Quant aux extrémités naturelles des rameaux par lesquelles ceux-ci doivent croître et s’allonger, elles ont une terminaison nette et arrondie. On observe aussi, mais bien moins fréquemment pour l’éponge fine douce que pour les autres, que les rameaux principaux peuvent donner naissance, dans l’intervalle de deux ramifications, à un rameau latéral, d’un diamètre plus petit; de sorte que, suivant ce que je pense, les éponges doivent croître à la manière des plantes, par l’allongement terminal des axes et par le développement de bourgeons latéraux. Il y a toujours entre ces deux classes d’êtres celte grande différence, que Taxe de la plante, tirant sa principale nourriture de la racine, diminue en diamètre de sa base à l’extrémité; tandis que l’axe des éponges, tirant la sienne probablement de tous les points de la surface, conserve partout la même force et le même diamètre. Les éponges du commerce, que ’ai observées, ne m’ont présenté ni acicules, ni rien que l’on puisse prendre pour des organes reproducteurs. L’éponge fine douce, simplement lavée à l’eau et séchée, conserve une odeur très-marquée et non désagréable d’iode affaibli.
2. Éponge Une dure, dite éponge grecque. Cette éponge se trouve principalement dans les parages de bile de Rhodes et des îles de l’Archipel, mais elle vient aussi de la côte de Syrie.
(1) Voyez Leroy de Méricourt, Considérations sur l'hygiène des pécheurs d'éponges ( Annales d'hygiène , 1 8Gü, série, t.XXXI, p. 274) .
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Elle présente généralement une base très-étroite qui s’élargit en forme de sabot, de plateau mamelonné, de coupe ou d’entonnoir; mais elle est très-souvent oblique sur son pied et déjelée d’un côté. Elle est d’un jaune fauve plus ou moins foncé et rude au toucher, ce qui la rend peu agréable pour l’usage de la toilette. Elle ne paraît pas différer de l’éponge line douce, quanta son organisation.
3. Kponge blomtc de Syrie, dite de Venise ( éponge commune Lam.) ( fi g . 1023). Cette éponge a la forme arrondie d’un champignon, et peut acquérir jusqu’à 30 ou 40 centimètres de diamètre. Elle est d’un blond pâle dans sa masse et d’une couleur d’ocre
Fig. 1 023. — Éponge blonde de Syrie.
jaune au pied. Elle est très-poreuse, légère, lorsqu’elle a été lavée, et d’une structure grossière. Elle est caractérisée par sa surface qui présente, d’espace en espace : 1° des trous ronds, assez grands pour y mettre le doigt; 2° des amas un peu proéminents de trous beaucoup plus petits ; 3° des espaces déprimés, presque privés de trous et qui présentent à la loupe un lacis inextricable de fibres blondes. Le bord des trous grands et petits, et les surfaces déprimées, présentent de petites élevures pointues, dures au toucher, formées de fibres dressées et entrelacées. Les grands trous sont dirigés vers la base de l’éponge; mais, comme ils deviennent très- sinueux, à leur partie inférieure, on ne voit pas le jour au travers. Tue au microscope, la seule différence que cette éponge présente avec l’éponge douce de Syrie consiste dans l’extrémité des rameaux qui, au lieu d’être arrondie, se termine par une pointe plus ou moins marquée.
L’éponge blonde de Syrie sert à tous les usages domestiques.
LES SPONGIAIRES. — ÉPONGES. 38o
C’est la plus estimée, pour cet emploi, à cause de sa légèreté, de la régulante de sa forme et de la solidité de sa texture. Son volume considérable oblige souvent à la couper en plusieurs parts, pour en diminuer le prix et pour la facilité de son emploi, c 4 Kponge blonde de 1 Archipel, dite aussi épouse de Venise, nette épongé est évidemment de la même espèce que la précédente ; la disposition des trous et des espaces pleins, sur la face supérieure, est exactement la même. Mais elle est moins épaisse, aplatie, quoique bombée à la partie supérieure et de forme oblongue. Elle atteint quelquefois GO centimètres de diamètre. En raison de sa moindre épaisseur, les grands trous de la surface pénétrent plus facilement jusqu’à la racine, et quelques-uns la reversent de part en part. A l’état brut, elle est très-chargée de sable, et elle cause un grand déchet par le lavage. Elle sert aux memes usages que la précédente (1).
5. Éponge de Uerby ou Zerby. Cette espèce est une éponge commune qui vient de l’île Zerby, près de la côte d’Afrique, dans a regence de Tripoli. Elle est volumineuse, souvent de forme irrégulière, mais généralement arrondie. On la reconnaît facilement à sa surface hérissée de fibrilles, et à la couleur rouge de sa racine qui tranche avec la couleur blonde de la partie supérieure.
J ai deux échantillons de cette éponge sous les yeux. L’un est à peu piès carré, percé sur tous les côtés de trous moyens, trèsii réguliers, en partie cachés par des expansions membraneuses et par des pointes fibreuses très-développées. La face supérieure est en outre percée de plusieurs grands trous surmontés de lames déchiquetées, inclinées vers le centre de l’ouverture. Un des trous traverse directement la masse, qui est d’ailleurs toute caverneuse dans son intérieur.
Le second échantillon a la forme arrondie et un peu lurbinée par le bas de la grosse éponge de Syrie ; il est un peu plus serré que le premier, mais encore très-caverneux à l’intérieur, et il a la face supérieure toute percée de trous irréguliers, déchiquetés sm les bords ; les plus grands trous seulement ont une forme îonde et sont entourés d’un bord irangé, proéminent, rapproché du centre de l’ouverture et ressemblant jusqu’à un certain point à des co ronules. Celle sorte d’éponge est très-répandue aujourd hui dans le commerce, parce que, étant très-volumineuse pour
(1) D apres M. Blanc, négociant en éponges à Paris, cette variété d’éponge et a précédente croissent dans les mômes parages ; seulement celle dite (le Su rie , habitant des endroits où la nier est tranquille, s'étend librement dans tous les sens et prend la forme arrondie d’un champignon; tandis que celle dite de VAr-
c upe , se trouvant au milieu de courants, s’élève moins et s’étend davantage dans le sens horizontal.
Guroikt, Drogues, 6« édition.
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