LES ANIMAUX RAYONNÉS OU ZOOPUYTES
un poids peu considérable, elle paraît avantageuse au consommateur. Mais elle est en réalité bien inférieure pour la qualité aux éponges du Levant.
6. l.ponge brune «le llarbarie. D après M. Blanc, déjà cité, celte éponge vient de Sfax, sur la côte d’Afrique; elle doit une partie de ses caractères particuliers à ce qu’elle a été séchée dans son état naturel, ou sans avoir été lavée, de sorte qu’elle est imprégnée de la bave muqueuse qui la recouvre à l’état de vie. Elle est de forme arrondie ou aplatie, dure, pesante, d’un tissu grossier, d’une couleur de polypore amadouvier dans les parties où le tissu est à découvert, mais chargée par places d’une sorte de boue noirâtre, due à sa matière gélatineuse desséchée. Elle exhale une odeur de pourri, mélangée de celle d’iode.
Cette éponge, mise à tremper dans l’eau, lui donne un aspect trouble et roussâtre, et lui communique son odeur repoussante, dont elle garde toujours une partie cependant. Elle prend la forme turbinée des éponges de Zerby, ou la iorme un peu aplatie des grosses éponges de l’Archipel; elle conserve sa couleur d agaric, et présente un tissu grossier percé de grands trous perpendiculaires et de trous moyens, dont 1 ouverture est toute déchiquetée, à la manière des éponges de Zerby. Les extrémités de ces déchiquetures, étant toujours imprégnées de bave muqueuse, reprennent, en se desséchant, une couleur noire et une consistance cornée. Cette éponge est celle de toutes qui résiste le mieux dans les lessivages, même à l’eau alcaline ; aussi estelle principalement employée par les peintres en bâtiments et pour le service des écuries.
Il m’a paru intéressant de rechercher si la bave muqueuse desséchée qui recouvre cette éponge ne présenterait pas quelques indices des polypes que Lamarck persistait à y supposer, malgré les expériences réitérées qui ont semblé démontrer qu elle n en devait renfermer aucun (1). J’en ai donc détaché quelques fragments que j’ai fait tremper dans l’eau, et dès la première fois que je les ai soumis au microscope, j’y ai découvert au milieu d’une pulpe gélatineuse, comme granulée, quelquefois d’apparence fibreuse, compacte et peu transparente, un nombre assez considérable de corps arrondis, dont deux se trouvaient placés de manière à figurer une rosace à huit lobes arrondis, telle que je l’ai fait représenter dans la figure 1024, a. M. J. -B. Baillière, éditeur de cet ouvrage, qui se trouvait à ce moment chez moi,
(1) Lamarck, raisonnant uniquement par analogie, soutient que toutes les espèces d’éponges possèdent des polypes distincts qui sortent de dessus la surface, et qui ressemblent beaucoup à ceux des alcyons. (Grant, Annules des sciences naturelles, 1827, t. XI, p. 181 .)
fl je doif inv0(ïuer S0IÎ témoignage, parce que, les ayant cheichés le soir du même jour, dans le même fragment gélatineux, ces corps, devenus opaques, ne présentaient plus de forme distincte, à 1 exception d’un des deux qui, présentant le flanc, a\ait pris la figure d un champignon arrondi, porté sur un trèscourt pédicule. Le même corps, retrouvé le lendemain et dessiné
Fig. 1024. — Éponge brune de Barbarie.
par un artiste, se trouve représenté même figure, lettre b. Il m’a été impossible ce jour-là d’apercevoir aucune rosace; mais le lendemain, j en ai encore rencontré une ; aucun des autres corps opaques et arrondis ne présentait plus de forme distincte.
Sans doute que cette observation devra être confirmée par d autres; mais 1 analogie évidente que ces rosaces à huit rayons, portées sur un court pédicule, présentent avec Vhalliroéà côtes, de Lamouroux, m’autorise à penser qu’elles constituent un animal rayonné qui doit être propre à l'éponge brune de Sfax.
La pulpe gélatineuse présentait, en outre, un très-grand nombre de corps solides ayant la forme d’une étoile à trois rayons articulés et coniques (même figure, c). Tantôt ces rayons étaient d’egale grandeur et terminés par une pointe aiguë ; d’autres fois, ils étaient inégaux, et quelquefois aussi un ou deux d’entre eux avaient la forme d’un bouton ou d’un petit cylindre arrondi à l’extrémité (lettre (/).
Ces corps rayonnés, quoique formés principalement de carbo»
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nate de chaux, et se dissolvant avec effervescence par l’acide nitrique, sont évidemment organisés et différent desacicules calcaires observés par M. Grant, par leurs articulations et par leurs stries superficielles transversales, semblables à celles observées sur les fibres mêmes qui composent le tissu des éponges. Outre ces étoiles à trois pointes, le champ du microscope offrait des corps filiformes ( e ) de longueur variable, non articulés, cylindriques, tronqués aux extrémités, présentant une apparence d’axe ou de canal central (tandis que les fibres mêmes de 1 éponge n’en offrent aucun), résistant en partie à l’action de 1 acide nitrique.
Quelles que soient les différences observées entre ces corps coniques ou cylindriques, articulés ou non, simples ou rayonnés, et les fibres qui forment le squelette persistant des éponges, je suis porté à considérer les premiers comme le premier âge des fibres qui constituent l’éponge, lesquels doivent se former, en effet, dans le même parenchyme qui renferme les polypes.
Le tissu fibreux de l’éponge brune de Sfax, même bien lavé à l’eau, examiné au microscope, présente un mélange de tissu parenchymateux fixé aux fibres spongiaires. Ces fibres sont entrelacées et anastomosées de la même manière que celles de l’éponge commune de Syrie, représentées /. Mais elles sont plus fortes, plus colorées, et terminées, dans les endroits où elles ne sont pas rompues, par des pointes aiguës. Ce qu’il y a de singulier, c’est qu’une addition d’acide nitrique fait disparaître toutes les extrémités pointues, et laisse les fibres terminées carrément. Les fibres deviennent aussi plus transparentes, en perdant sans doute quelques particules calcaires. Ces faits me confirment dans l’opinion que les étoiles calcaires à trois rayons et les fibres isolées qui se montrent dans l’enveloppe gélatineuse de l’éponge ne sont que le premier âge des fibres du squelette.
Les mers de l’Amérique fournissent au commerce une quantité assez considérable d’éponges, de formes et de nature trèsvariées, mais qui sont généralement de très-mauvaise qualité. Yoici quelques-unes de celles que je me suis procurées .
7. Éponge dure de la Havane (i). Cette éponge a été confondue avec l’éponge fine de Syrie, sous le nom d’ éponge usuelle. Elle présente, en effet, tout à fait la configuration hypocratériforme ou infundibuliforme de l’éponge fine de Syrie; mais elle a la couleur fauve et la rudesse de l’éponge grecque. Elle est rare et peu
usitée.
(I) Je ne puis dire exactement d’où viennent les éponges d’Amérique ; dans le commerce, on ajoute indifféremment à leur nom, comme indication d’origine, le nom de la Havane ou de Bahama.
8. Éponge dure de Baimma. Cet te éponge est attachée au rocher par une assez large base; mais elle s’élargit tout de suite encore plus, et présente une forme conique, avec des côtes longitudinales et un sommet tronque. Elle représente à peu près un biscuit de Savoie. La partie proéminente des côtes longitudinales et le sommet tronqué laissent voir des trous espacés, qui ont 3 à 4 millimètres de diamètre ; tout le reste de la surface, et surtout les parties creuses, sont régulièrement percées de trous fort petits et réguliers. La surface de l’éponge est unie et comme rasée; la substance en est dure, élastique, mais résistante, et elle se gonfle peu par l’eau; elle a une couleur fauve assez foncée; vue au microscope, elle paraît formée de rameaux cylindriques semblables à ceux de l’éponge douce, mais beaucoup plus courts et renfermant entre eux des espaces beaucoup plus petits. Cette éponge, malgré sa finesse, et à cause de sa dureté, est tout à fait impropre à la toilette.
9. Eponge laineuse à clochetons. Cette éponge, à l’état brut, présente une masse aplatie, blanchâtre, compacte, que l’on prendrait pour un morceau de poisson desséché. Mise dans l’eau, elle s’y gonfle immédiatement, énormément, et prend la forme d’une masse composée de tubes à parois laineuses, épais, dressés, séparés parle haut, figurant les clochetons d’une cathédrale. Elle est singulièrement douce et molle au toucher, comme la toison d’un mouton. Elle est facile à déchirer, et serait probablement d’un usage peu profitable.
0. Éponge tuberculeuse d’Amérique. Cette espèce forme une masse ariondie, toute hérissée à sa surface de tubercules coniques, réunis entre eux par une partie plate, comme palmée, creusée en forme de croissant. Ces tubercules cachent presque complètement les ou\ertures, qui sont inégalement réparties, rarement rondes, le plus souvent irrégulières, avec quelques trous ronds, assez grands pour qu’on puisse y introduire le doigt. Le pied de l’éponge est rouge, ainsi qu’une partie de l’intérieur, mais toute la partie superficielle est d’une couleur blanchâtre, mate et comme opaque, ce qui, joint à une consistance trèsferme, semble indiquer une proportion assez considérable de principes inorganiques.
I I. Eponge commune (le la Havane OU de Baliama. Cette éponge est assez abondante dans le commerce. Elle est arrondie ou cylindrique, souvent déchirée ou comme cariée au centre de la partie supérieure, et quelquefois creusée de manière à figurer un ci euset cylindr ique a paroi épaisse. La surface extérieure présente de larges tubercules terminés par une portion de surface plane. Cette éponge, par sa teinte blonde ou fauve, sa demi-