PACHYDERMES. — RHINOCEROS
un très-beau poli. Elles ne sont pleines qu’à partir de l’extrémité jusqu’à la moitié de leur longueur; le reste est creux, ce qui en allège beaucoup le poids, mais rend les pièces d’ivoire d’un certain volume difficiles à trouver.
L'ivoire est très-employé dans la tabletterie. Calciné dans un creuset fermé, il laisse un charbon d’un noir velouté très-beau, usité dans la peinture, nommé noir d'ivoire ; calciné fortement avec le contact de l’air, il donne le spocle, qui n’est composé, pour la plus grande partie, que de phosphate de chaux.
On trouve par toute la terre, dans le terrain de transport eu diluvien contemporain de la dernière grande catastrophe qui a donné aux continents leur forme actuelle, une quantité considédérable d’ossements que leur grandeur avait fait supposer appartenir à une race d’hommes-géants aujourd’hui détruite; mais ces ossements sont dus à un éléphant nommé mammouth. Cet éléphant a laissé des milliers de scs cadavres, par toute l’Europe et l’Asie, depuis l’Espagne jusqu’aux limites les plus éloignées de la Sibérie; on le trouve aussi dans l’Amérique septentrionale. Ses défenses sont encore si bien conservées, dans les pays froids, qu’on les emploie aux mêmes usages que l’ivoire récent.
On peut employer également les dents des mastodontes, animal fossile voisin des éléphants, qui en diffère surtout par ses mâchelièrqs dont la couronne est hérissée de grosses pointes coniques. Ce sont ces dents fossiles qui, colorées en bleu verdâtre par le phosphate, forment la turquoise de la nouvelle roche dont nous avons déjà parlé (I).
Les pachydermes ordinaires ou sans trcmpe nous présentent sept genres à espèces peu nombreuses encore vivantes, les rhinocéros, les damans , les tapirs , les hip/ opotames, les cochons , les phacochœres, et les pécaris ; et huit genres complètement éteints, les genres anoplotherium , palœot herium , chœropotame, adopis,anthraco~ therium, elasmotherium, lophiodon et dinothérium .
Les rhinocéros sont de grands animaux à formes lourdes et trapues dont les os du nez, très-épais et réunis en une sorte de voûte portent sur la ligne médiane une corne solide, adhérente à ta peau et de nature cornée ou comme formée de poils fortement agglutinés. Dans quelques espèces, il existe une seconde corne de môme nature, placée également sur la ligne médiane. Leurs pieds sont tous divisés en trois doigts garnis de sabots ; leur queue est très-courte, et leur peau sèche, rugueuse et dépourvue de poils, est si épaisse et si dure qu’elle constitue une sorte de cuirasse, souvent pourv ue de plis profonds, sur le cou, les épaules et b s
(I) Voy. t. I, 330.
LES MAMMIFERES.
cuisses. Ils ont tous 28 dents mâchelières, mais ils ont tantôt deux fortes incisives à chaque mâchoire, accompagnées ou non de deux autres trcs-pelites, et quelquefois ces dents manquent complètement. Ils aiment les lieux humides et fangeux, vivent d’herbes et de jeunes branches d’arbres, ont l’estomac simple et les intestins fort longs. Ils sont d’un naturel stupide et féroce. Le plus anciennement connu est le rhinocéros unicorne de l'Inde, qui est presque de la taille et de la force d’un éléphant. Le rhinocéros d’Afriq ne est un peu plus petit, porte deux cornes sui le nez et manque d’incisives. On connaît également un petit rhinocéros de Java à une corne, et un de Sumatra à deux cornes, dont la taille égale celle d’un petit bœuf.
Les tapirs se rapprochent des cochons par la forme générale de leur corps ; mais leur nez est prolongé en une petite trompe mobile qui a quelque rapport avec celle de l’éléphant, quoiqu’elle manque de l’espèce de doigt qui fait de la trompe de l’éléphant un organe de préhension. Les pieds de devant ont quatre doigts armés de petits sabots courts et arrondis, et ceux de derrière n’en ont que trois. Ils ont à chaque mâchoire six incisives et deux canines séparées des mâchelières par un espace vide. Ün en connaît deux espèces, celle d' Amérique qui est de la taille d’un petit âne et qui a sept mâchelières de chaque côté des mâchoires, et le tapir de dinde qui a sept mâchelièrej de chaque côté à la mâchoire supérieure, et six seulement à l'inférieure. On trouve dans la terre les ossements d’un grand nombre d’animaux fossiles très-voisins des tapirs, qui sont les lophiodons ci les dinothériums .
J'ai parlé précédemment du daman d’Afrique (page 39).
Le monde actuel n’offre plus qu’une espèce d’hippopotame qui s’avançait autrefois jusqu’en Égypte, mais qui est aujourd’hui reléguée dans les rivières du milieu et du sud de l’Afrique. C’est un animal stupide, redoutable par sa force et sa férocité, dont le corps est massif et couvert d’un cuir très-épais, dur et presque dépourvu de poils. Ses jambes sont très-courtes, son ventre traîne presque à terre, et son énorme tète est terminée par un large museau renflé. Son estomac est divisé en plusieurs poches comme celui des ruminants ; il porte à tous les pieds quatre doigts presque égaux, terminés par de petits sabots ; il a six dents mâchelières partout, dont les trois antérieures coniques et les trois postérieures hérissées de deux paires de pointes qui prennent en s’usant la forme d’un trèfle; quatre incisives à chaque mâchoire, dont les supérieures courtes, coniques, recourbées en bas, et les inférieures longues, cylindriques, dirigées en avant ; les deux du milieu sont beaucoup plus fortes que les autres. De