‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 38 sur 162 · RUMINANTS. — DE LA BILE DE BŒUF · texte numérisé non relu

RUMINANTS. — DE LA BILE DE BŒUF

Partage en deux branches pénètre, dans le foie, et s’v divise à l’infini. Là, dans ses dernières ramifications, le sang se sépare en deux parties, dont 1 une, qui est la bile, est portée par des conduits particuliers dans une poche nommée vésicule du fiel , lorsqu elle existe {ex. dans le bœuf), ou est versée directement dans l’intestin duodénum , lorsque la vésicule manque {ex. dans le cheval) : 1 autre partie du sang, qui n’a pas servi à la confection de labile, est rendue à la circulation par les veines hépatiques.

La bile de bœuf est donc contenue dans une vésicule ; elle est d un jaune verdâtre, plus ou moins épaisse et visqueuse, d’une odeur nauséabonde qui lui est propre, d’une saveur amère repoussante. Elle présente une faible réaction alcaline; elle se mélange avec l’eau en toutes proportions et donne un liquide qui mousse comme de l’eau de savon et en possède la propriété décrassante.

La bile a été examinée par un grand nombre de chimistes, parmi lesquels on doit citer Thénard, Berzélius, Gmelin, M. Dcmarçay, Liebig, Rcdtenbachcr, etc. Mais ce sont les résultats obtenus par M. Demarçay, Liebig, Strecker, qui ont fixé l’opinion sur la nature de cette sécrétion, et qui la font regarder comme une soi te de savon à base de soude {cholate et choléate de soude ), coloré pat une matière qui n est pas essentielle à sa composition; quoiqu’il faille reconnaître, cependant, que cette matière colorante, jaune, vert jaunâtre ou fauve, accompagne la bile et la caractérise dans toutes les classes d animaux où cette sécrétion peut se montrer.

La bile de bœuf, desséchée au bain-marie, se dissout aisément dans l’alcool rectifié, avec une couleur vert jaunâtre foncé, et en laissant une substance insoluble azotée, de la nature du mucus. On peut obtenir la bile parfaitement incolore en mettant la solution alcoolique en digestion sur du charbon animal, ou en y ajoutant avec précaution de l’eau de baryte qui furme une combinaison insoluble avec'la matière colorante. Cette matière peut offrir différentes couleurs, qui paraissent dépendre de plusieurs degrés d’oxygénation. Indépendamment de celle qui est dissoute dans la bile de bœuf et qui lui communique sa couleur vert-jaune, ce liquide en contient quelquefois une certaine quantité à l’état de suspension, qui est d’unjaune foncé, et la vésicule du fiel présente aussi quelquefois des concrétions de même couleur, qui sont presque entièrement formées de la môme matière et qui sont usitées dans la peinture.

La bile de bœuf renferme de la cholestérine dont on peut la priver en mélangeant sa dissolution alcoolique, décolorée avec le charbon et concentrée avec deux fois son volume d’éther. L’é-

LES MAMMIFERES.

ther dissout la cholestérine et précipite la bile sous forme sirupeuse. La bile ainsi purifiée, étant desséchée, forme une masse solide, transparente et friable, semblable à la gomme arabique, entièrement soluble dans l’eau et dans l’alcool. [C’est sous cet état que la bile est considérée comme formée par la combinaison de la soude avec deux acides organiques azotés. L'un de ces acides a été nommé par M. Demarçay acide choélique , par M. Liebig acide bilique (1) : on l’appelle aussi acide taurocholique. Sa formule est C52H45IIAzOuS1 2 3. Chauffé avec les alcalis, il fixe les éléments de l’eau et se transforme en un acide non azoté, l 'acide cholalique, eL en une substance neutre, soluble dans l’eau, insoluble dans l'acool, cristallisant en gros prismes incolores, d’une saveur fraîche, inaltérables à l’air. Cette substance très-remarquable a été découverte par Gmelin, qui la croyait partie constituante de la bile et lui a donné le nom de taurine.Bes analyses faites par plusieurs chimistes la faisaientconsidérer comme formée de carbone, azote et oxygène, lorsque M. Hedtenbacher a constaté qu'elle contenait une proportion considérable de soufre, ce qui force à conclure que ce corps est aussi un des éléments de l’acide choléique.

Le second acide, acide cholique ou glycochol< que C52Jfl43Az012, a été découvert par M. Strecker. C’est lui qui prédomine dans la bile du bœuf. 11 n’est pas sulfuré comme l’acide taurocholique; sous l’influence des alcalis, il donne comme lui de Y acide cholalique , mais, au lieu de taurine, du sucre de gélatine ou glycocolle C4H5Az04 (2).]

ïvii «Saune indien.

Je pense que cette magnifique couleur n’est autre chose que la substance décrite par Kæmpfer sous le nom de masong de vaca (3). Seulement Kæmpfer suppose que celte substance vient d’Afrique, tandis que l’odeur très-forte de cuir de Russie ou de castoréum de Sibérie, qu’elle possède, jointe au nom de naypaul kupur sous lequel je l’ai trouvée à la douane du Havre, m’a fait supposer qu’elle devait provenir du nord de l’Asie, ou au moins des contrées septentrionales de l’Inde. Ainslie mentionne également un bézoard de bœuf trouvé dans la vésicule du fiel d’une vache com-

(1) Liebig, Traité de chimie, t. Ilf, p. 294.

(2) Voir Strecker, Ann. der Chimie und Pharmacie, LXV, 9, LV1I, 1 . LXX, ICI.

(3) Masung de vaca. Ou nomme ainsi une concrétion biliaire qui se forme dans la vésicule des vaches. Elle a quelquefois la grosseur d’un œuf de poule,

est de forme ronde, d’une couleur jaune, d’une substance légère, friable et sèche, non formée de couches, mais d’une seule masse compacte et d’une saveur amère.

On la trouve principalement sur la terre d’Afrique, aux environs de Plie Mozambique, d’où les Portugais l’apportent dans l’Inde. (Kæmpfer, Amœn. exot., p. 392.)

Page 1