‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 40 sur 162 · RUMINANTS. — DES ÆGAGR0P1LES · texte numérisé non relu

RUMINANTS. — DES ÆGAGR0P1LES

j en ai un arrondi et un peu ovoïde, qui a 8,5 centimètres de diamètre, et un autre cylindrique, long de 11,5 centimètres et épais de 5.

Les ægagropiles de bœuf sont feutrés d’une manière toute différente, les poils qui les forment étant entremêlés sans aucun ordre et dans toutes sortes de directions. Ils sont de plus parfaitement sphériques, du volume d’une grosse coloquinte, et couverts, seulement à leur surface, d’une couche de mucus brun, poli et brillant. C’est un fait très-remarquable que ce mucus, qui n a pas concouru à la formation de la concrétion, soit sécrété

un moment donné par l’estomac, pour envelopper cette masse qui le gêne et l’empêche de s’accroître davantage. L’ægagropile de bœuf que je possède à 7 centimètres I /2 de diamètre.

Les ægagropiles de mouton présentent une forte odeur de bouc, ils sont plus ou moins sphériques, couverts, comme ceux du bœuf, d’un enduit noirâtre, poli et brillant. Le plus gros que j ai a 3,5 centimètres de diamètre et ressemble à un gros biscaïen. A 1 intérieur, ceux que j’ai ouverts sont formés de poils feutrés sans ordre, comme ceux de bœuf; mais ils offrent au centre une sorte de noyau dont les poils sont plus courts et plus serrés que ceux de la couche extérieure, avec une ligne de séparation très-nette entre les deux feutrages.

On trouve sur les rivages de l’Océan et de la Méditerranée, 'eis Marseille surtout, dans les anses ou criques, des pelotes composées de fibres végétales feutrées par le ballottage des flots, et qui ont une forme exactement sphérique, avec le volume d’une orange ou plus. On donne à ces pelotes le nom de pelotes de mer, ou d ægagropiles marins. Elles peuvent être formées par les débris de plusieurs plantes marines ; mais celle dont elles sont le plus habituellement composées est la zostère marine , de la famille des navadées, dont les feuilles desséchées servent à faire des emballages et des matelas doués d’une odeur iodée, qui ont été recommandés pour les enfants rachitiques et scrofuleux. Ces pelotes de mer, par leur volume, leur forme et le feutrage de leurs fibres, ressemblent tellement à des égagropiles de bœuf qui seraient privés de leur enveloppe de mucus, qu’on aurait peine à les distinguer à la vue. On reconnaît facilement leur origine à leur odeur iodée et à ce que leurs fibres chauffées sur une capsule de platine se charbonnent sans se ramollir, en dégageant une odeur végétale toujours mêlée de l’odeur d’iode, tandis que les ibres des cgagropiles animaux se ramollissent en se charbon-

nant au feu et exhalent une fumée blanche qui a l’odeur de la corne brûlée.

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Des llézoai'ils animaux.

On employait autrefois en médecine, sous le nom de bézoards, des caleuls retirés des intestins de plusieurs mammifères ruminants, auxquels on attribuait la propriété toute merveilleuse et si banale de résister ù. la malignité des humeurs, à la peste, aux venins, etc. On les distinguait en orientaux et en occidentaux. Les premiers, qui étaient les plus estimés, étaient attribués généralement à l’ægagre de Perse ou pasèn, que l’on croit être, ainsi que nous l’avons vu, la souche de nos chèvres domestiques. Les seconds, que l’on supposait venir d’Amérique, étaient attribués aux lamas et aux vigognes; mais je n’ai jamais pu m’assurer qu'aucun hézoard du commerce vînt véritablement d’Amérique, et tout porte à croire au contraire qu’ils étaient tous apportés d’Asie.

J’ai donné (I) un extrait de Ivæmpfer (2), sur les différentes espèces de bézoards, parmi lesquels il compte 1 emasang de caca , la pierre de porc , celle de serpent, un calcul résineux bézoardique, le vrai bézoard oriental produit par la chèvre pasèn, celui provenant de l’antilope ahu, la pierre bugie ou pierre de singe , et enfin le béozard artificiel ou pierre de Goa. De tous ces produits je n’ai que le masang de caca, décrit plus haut sous le nom de jaune indien , le vrai bézoard du Pasèn, le faux bézoard ou pierre de Goa, et, suivant ce que je crois, la pierre de porc et le bézoard de TAhu. Je vais les décrire successivement.

Vézoai-A de l’ægagre. Cette concrétion porte aussi les noms de vrai bézoard oriental , bézoard résineux vert, et j’y ai ajouté celui de bézoard hthofellique , qui le caractérise par le nom de l’acide que MM. Gœbel et Woehler en ont retiré. Celui que je possède m’a été donné par M. Périnet, ancien pharmacien major à l’hôtel des Invalides : il a une forme ovoïde-triangulaire, et il pèse encore aujourd’hui 33 grammes, malgré la perte d’une partie de substance qui en a été retirée autrefois pour l’usage médical. Celui qui a servi aux expériences de M. Wœhler pesait 40 grammes; enfin celui conservé dans le Musée de Rennes devait peser dans son entier près de 200 grammes, si j’en juge par le morceau assez considérable que m’en a montré M. Malaguti.

Ce bézoard est d’un vert sale à l’extérieur et a l’apparence d’un morceau de cire polie. A l’intérieur, il est formé d’un trèsgrand nombre de couches concentriques très-minces, alternati-

(1) Guibourt, Mémoire sur les concrétions intestinales d'animaux , connues sous le nom de bézoards (Revue scientifique, t. XIV, 1843).

(2) Kæuipfcr, Arnœnitatum exoticarum fasciculi V. Lemgoviæ, 1*12.

vement d'un vert clair et d’un vert foncé, tons aucune texture cristalline. II n’a pas même la cassure grenue de la cire : il présente plutôt la cassure nette et luisante de la résine. Il est très-fragile et éclate en parcelles sous la scie. 11 est pourvu d’une saveur amère et d’une odeur aromatique végétale toute particulière II pèse spécifiquement 1,132; il laisse sur un papier blanchi avec de la céruse une trace verte. Il fond très-facilement à la chaleur, et se laisse pénétrer par une aiguille chauffée à la flamme de l’alcool et refroidie au point de n’être plus lumineuse; il brûle avec l’éclat d’une résine; enfin il est facilement soluble, même à froid, dans l’alcool â 93 centièmes, et se dissout encore plus facilement dans l’alcool chaud, et' presque sans résidu. La liqueur filtrée est d un vert brunâtre et laisse déposer, en refroidissant, quelques flocons noirâtres ; mais elle ne cristallise pas, à moins qu elle ne soit très-concentrée ou qu’on ne l’ait évaporée au tiers ou au quart de son volume. Alors il se forme au fond une couche cristallisée, blanche et brillante d’acide lithofellique. Cet acide cristallisé, qui avait été obtenu anciennement par Fourcroy et \ auquel in, se fond à 203 degrés; mais si on le chauffe un peu audessus de son point de fusion, il se prend, en refroidissant en une masse claire et vitreuse, fusible â 103 ou 1 10 degrés. Il se dissout en grande quantité dans l’acide acétique concentré et y cristallise par 1 évaporation spontanée. Il se dissout aussi facilement dans ammoniaque, et la liqueur évaporée spontanément laisse l’acide exempt d alcali, ce qui dénote une bien faible acidité II forme avec la potasse un composé soluble dans l’eau, mais précipitable Par un excès d’alcali, comme cela a lieu avec le savon et la bile ordinaire; l’acide lithofellique est un acide ternaire dont la formule paraît être : Cion:i6U8 ou C40Ha3O7 -f- 110.

Lapiès K æ m p fer, la production du bézoard par la chèvre ægagre ou pasèn est subordonnée à la présence de quelques plantes très-résineuses. et aromatiques que les chèvres broutent a\ec excès, et qui croissent principalement sur le mont Baarsi ' dans l’Aar et dans le Korasan, en Perse. Ce rapport entre les végétaux dominants d’une contrée et certaines sécrétions animales m a egalement frappé, et il y a longtemps que je suis persuadé qim les castoréums du Canada et de Sibérie, tout aussi bien que les muscs de Chine, Tonquin et Kabardin, doivent leurs différences d odeur et de composition à la nature diverse des végétaux dont se nourrissent les castors et les porte-muscs.

Bézoard fauve, ou bézoard diadique. Je pense nue ce bézoard est celui dont Kæmpfer et beaucoup d'autres auteurs ont parlé sous le nom de pierre de porc , ou de porc-épic, ou de pierre de a ii.a. ■ n 1808, le schahde Perso en envoya trois en présent à

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Napoléon, ce qui montre que ces concrétions, quoique très-différentes de celles de l’ægagre, sent d’un très-grand prix en Perse. Bertliollet, qui fut chargé de les examiner, les confondit cependant avec les précédents, dont Fourcroy et Vauquelin les avaient bien distingués.

Le bézoard fauve n’est pas aussi rare que je l’avais cru d’abord : l’École en possède plusieurs, dont un ovoïde-allongé, d’un fauve clair et de la grosseur d’une petite noix, enfermé dans deux cercles d’argent, surmontés d’un anneau destiné à suspendre le bézoard en forme d’amulette, ou à le plonger dans l'eau pour en composer une boisson douée des propriétés les plus merveilleuses, ainsi que l’indique Kæmpfer (I). Un autre est cylindrique, arrondi aux deux bouts, inégal et mamelonné à sa surface, long de 38 millimètres, épais de 10, à surface polie et d’un vert noir très-foncé. Quatre autres sont de la grosseur d’une aveline, de couleur noirâtre ou fauve verdâtre, arrondis, mais de forme trèsirrégulière, et mamelonnés à leur surface. Ayant brisé un de ces calculs, je l’ai trouvé formé d’un globule excrémenlitiel (2) occupant la plus grande partie du bézoard, et recouvert d’un certain nombre de couches mamelonnées, très-compactes, d’un vert brunâtre et jaunâtre foncé. Plusieurs de ces couches réunies se séparent souvent facilement des autres, et simulent, quant à la forme, celles de la malachite ou de l’arsenic natif testacé. Indépendamment de leur forme testacée, ces couches présentent presque toujours à la loupe une structure finement rayonnée. Enfin l’École de Pharmacie possède aujourd’hui un fort beau bézoard, évidemment semblable aux précédents, qui a appartenu à Baumé et dont M. Ménier lui a fait présent en 1846. Ce bézoard est ovoïde, un peu réniforme, du poids de 29,9 grammes, à surface polie et brillante, d’un brun foncé, fauve et un peu verdâtre à l’extérieur, mais fauve rougeâtre à l’intérieur.

J’ai dans mon droguier trois bézoards fauves ou ellagiques : l’un d’eux a la forme d’un cône arrondi aux deux bouts; il est long de 57 millimètres, épais de 15 millimètres â la base, et pèse 15 grammes. 11 a une surface très-unie, brillante et d’un fauve verdâtre et brunâtre foncé. Le second, qui m’a été donné par M. Pelletier, a été décrit séparément, sous le nom de bézoard noirâtre rayonné (3) ; mais il est de même nature que les précédents.

(t) Kæmpfer, p. 394.

(2) Ce globule excrémentitiel, dont la forme irrégulière détermine colle du calcul, est fauve rougeâtre et formé d’un détritus végétal finement broyé. Il ne ressemble nullement à celui des ruminants ni des pachydermes; il a plus de rapport avec celui des rougeurs dont le porc-épic fait partie.

(3) Pelletier, Revue scientifique, t. XIV, p. 29.

11 est cylindrique, arrondi aux deux bouts, et du poids de 4 grammes. Le dernier m’a été donné par M. O. Henry; il est elliptique, un peu aplati d’un côté, très-brillant à sa surface et d’un fauve un peu verdâtre. On trouve au centre une cavité en forme de croissant, propre et nette comme l’intérieur d’un noyau de fruit. C’est probablement cet état de vacuité apparente, dont Boèce de Boot a même fait une marque de qualité supérieure, qui a fait dire â Fourcroy et Vauquelin que ces sortes de calculs avaient presque toujours pour noyau une coque de fruit. Mais en réalité cette cavité est remplie par une matière peu cohérente, qui disparaît par le mouvement de va-et-vient de la scie, ou est emportée par le lavage.

11 résulte de ce qui précède que le bézoard fauve peut atlecler toutes sortes de formes, mais qu’il ne paraît guère pouvoir dépasser le volume d’une noix. Il se distingue d’ailleurs du bézoard liihofellique par les caractères suivants :

Il pèse de 1,593 à 1,661. II est dur, non fusible et ne se laisse pas pénétrer par la pointe d’une aiguille rougie au feu; il est insipide, mais il exhale, quand on le scie ou quand on le pulvérise, une odeur nauséeuse et débilitante qui m'a paru semblable à celle dégagée du sang de porc par l’acide sulfurique. Il est trèspeu soluble dans l’alcool, même bouillant. J’ai montré du reste que l’alcool sépare le bézoard fauve en trois parties : 1° une matière résineuse brune, qui se dissout presque complètement par le premier traitement alcoolique; 2° une matière peu soluble dans l’alcool bouillant, mais lacile à obtenir par plusieurs traitements successifs, qui la laissent cristalliser par refroidissement. Toute cette matière, étant redissoute dans l’alcool bouillant et cristallisée de nouveau, constitue l 'acide bézoardique de MM. Merklein et Woehler, mais plus pur probablement que ces chimistes n’ont pu l’obtenir en faisant agir la potasse caustique sur la totalité du calcul ; 3° le bézoard lauve épuisé par l’alcool laisse un résidu assez considérable formé de matière jaune unie à l’acide bézoardique qu'elle soustrait à l’action du liquide. On peut les séparer par l’ammoniaque qui forme avec la matière jaune un composé jaune-brun très-soluble dans l’alcali, et avec l’acide bézoardique un sel insoluble dans l’ammoniaque, dans l’eau et dans l’alcool.

L’acide bézoardique cristallisé se présente sous forme de pyramides quadrangulaires très-aiguës, ou de prismes à quatre pans, plus étroits â une extrémité qu’à l’autre et terminés par un ou deux biseaux très-allongés. Il est infusible au feu et se décompose dans un tube fermé, en donnant naissance à des cristaux jaunes d une substance volatile anciennement obtenue par Four-

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croy el Vauquelin et présentée par eux comme le caractère distinctif du bézoard fauve. Enfin MM. Merklcin et Wœhler, en comparant toutes les propriétés de l'acide bézoardigue avec celles de l’acide ellagique de la noix de galle, regardent ces deux acides comme identiques. Ce résultat me paraît d’autant plus probable que, de même que l’acide bézoardique, dans le bézoard fauve, est accompagné d’un acide jaune très-altérable à l’air dans ses dissolutions alcalines, de même l’acide ellagique est accompagné, dans la noix de galle, d’un acide jaune que j’ai fait connaître sous le nom d’ acide luléogallique , et qui jouit de la même altérabilité (1). Cette coïncidence ne fait d’ailleurs que confirmer la proposition de Kæmpfcr, que j’ai étendue à toutes les productions analogues, à savoir que les bézoards, le castoréum, le musc, la civette, etc., tirent principalement leurs principes huileux, résineux, salins et odorants, des végétaux qui servent à la nourriture des animaux qui les fournissent (2).

Bézoard factice, OU pierre de <«oa. Cette pierre, destinée à être substituée aux vrais bézoards, est ainsi nommée du nom de la ville où elle est fabriquée. On la compose avec des espèces cordiales au nombre desquelles est la vraie pierre bézoard (Kæmpfer). Elle est de forme ovale ou ronde, grise intérieurement, noirâtre à l’extérieur, luisante, souvent recouverte d’une feuille d’or. Aujourd’hui, ajoute Kæmpfer, le révérend père Nicolas Monilius en fabrique qui se distinguent par les N M gravées à la surface, le côté opposé portant le signe d’une chèvre ou d’un autre animal.

L’École de pharmacie possède une pierre de Goa qui porte ces deux indications. J’ajoute que ces pierres sont formées, pour la plus grande partie, d’une argile plastique qui leur donne la douceur de toucher qu’on y recherche; qu’elles ont généralement une cassure terreuse, sans apparence de couches concentriques. Quelquefois cependant les fabricants sont parvenus à leur donner cette structure; mais la pierre artificielle se reconnaît toujours à la loupe, qui fait apercevoir un mélange de différentes substances pulvérisées et de petites vacuoles d'air interposé.

Bézoards orientaux, de phosphate calcaire. Ail nombre des bézoards qui existent dans la collection de l’École de pharmacie, il s’en trouve une espèce bien caractérisée, malgré scs différences de forme et de volume. Ces bézoards varient, en effet, depuis le volume d’un pois jusqu’à celui d’une petite noix ; ils offrent le

(1) Merklein et Wœhler, Revue scientifique, t. XIII, p. GI.

(2) Consultez, sur les espèces et la nature des bézoards, les Annales du Muséum d’histoire naturelle , t. IV, p. 320; la Revue scientifique et industrielle , t. XIV, p. 5; le Journal de pharmacie , t. XXVII, p. G78, et le Journ. de pharm. et chim., t. IX, p. 51), et t. X, p. 87.

plus souvent pour noyau quelques débris grossiers d’aliment végétal, comme de la paille ou des fragments de tige; quelquefois aussi de petites pierres ou de petits excréments semblables à ceux de chèvre; quelquefois enfin le noyau ne paraît pas différer du reste du calcul . Quant à la forme, elle est très-variable. Beaucoup sont arrondis et formés de couches concentriques autour d’un noyau central; un certain nombre ont la forme conique d’une noix d’arec ; d’autres sontdidymcs ou sontformés de deux calculs accolés, autour desquels se sont ensuite déposées des couches communes enveloppantes. Un de ces calculs a la forme d’un agaric comestible pourvu de son pédicule, d’autres sont lenticulaires. Un fin un dernier a la forme d’un tétraèdre sphérique dans lequel on entend sonner un noyau mobile. Ces bézoards sont généralement d’un blanc jaunâtre à l’extérieur; mais ils sont sou- \eut recouverts, par places, d’un enduit noirâtre. La substance môme du calcul est blanche, assez peu dense, tantôt nette, tantôt brillante et nacrée. Dans ce d.erryer cas, la matière offre une structure cristalline et divergente, parlant de différents centres, ce qui la fait ressembler à de la mésotype.

Dans la collection de l'École, ces bézoards portaient le nom de bézoards occidentaux de l'antilope rupicapra ou. du chamois ; mais je les avais dans ma collection particulière sous le nom de bézoards orientaux, et je crois cette désignation plus exacte, parce que ces bézoards me paraissent être ceux que Kæmpfer attribue a l antilope ahu, bézoards qu’il dit être jaunes, roux ou de plubieurs couleurs, inégaux, difformes ou formés de un ou deux tubercules arrondis.

Ces calculs, traités par l’acide azotique concentré, se colorent en rouge, et 1 acide prend lui-même la même couleur. Par la soude caustique, les calculs pulvérisés ne dégagent pas d’ammoniaque, et ne iorment ni coloration ni dissolution apparentes. Apiù> .noir été calcinés, ils se dissolvent sans effervescence dans 1 acide azotique étendu ; la liqueur précipite par l’oxalate de potasse, et on obtient ensuite, par l’addition de l’ammoniaque, une cristallisation peu abondante de pfiosphate ammoniacomagnésien. Enfin ces calculs, pulvérisés et soumis à l’ébullition dans 1 eau, forment un soluté de surphosphate de chaux mélangé de surphosphate de magnésie. Us sont donc formés des phostes neutres de ces deux bases, décomposables par l’eau bouilphalante, ainsi que je l’ai reconnu, en surphosphales solubles et en sousphosphates insolubles.

J ai lait connaître (l) la composition de plusieurs autres con

(L Guiboiirt, Mémoire sur les bézoards (Revue scientifique, t. XIV, 1843).

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crétions animales, dont j’indiquerai seulement les résultats. Le n° IV, que j’avais dans ma collection, sous le nom de bézoard occidental , consiste en un fragment de calcul qui devait être ovoïde et d’un volume considérable. Il était composé de phosphate de chaux mélangé de phosphate ammoniaco-magnésien. C’est en analysant ec calcul, que j’ai reconnu la propriété que possèdent les deux phosphates neutres de chaux et de magnésie et le phosphate ammoniaco-magnésien, de se transformer à l’aide de l’ébullition dans l’eau en surphosphates de chaux et de magnésie solubles et en sousphosphates insolubles; propriété qui avait échappé à Vauquelin et à Berzélius, et qui avait conduit le premier à admettre l’existence peu probable de calculs de phosphate acide de chaux.

J’ai fait connaître également la composition d’un magnifique calcul intestinal donné parM. Dubail à l’École de pharmacie, qui m’a présenté le résultat le plus inattendu : il était composé d’oxalate de chaux presque pur. Ce bézoard est d’un blanc grisâtre et d’une forme ovoïde un peu aplatie; son plus grand diamètre est de 15 centimètres, et il pesait 1088 grammes. Il était formé d’un très-grand nombre de couches superposées, et offrait au centre un espace de 4 centimètres sur 2,5, occupé par une masse de fibres végétales. Ce calcul entier offrait une faible odeur d’ambre gris, commune à beaucoup de calculs intestinaux de ruminants; mais par la pulvérisation l’odeur devenait semblable à celle du crottin de cheval. On suppose que ce calcul a pu provenir d’un chameau. Voici quelle en était la composition :

Oxnlate Je chaux 9G,5G

Huile résineuse 1

Chlorure alcalin 1 0,47

Sel calcaire soluble )

Phosphate de chaux 0,20

Sulfate de chaux (quantité indéterminée)

Mucus animal

Un autre calcul de même nature, de la grosseur d’un œuf de cygne et du poids de 125 grammes, se trouvait dans ma collection. Il est d’un gris jaunâtre assez foncé, d’une odeur d’ambre gris et offre un noyau composé de fibres végétales entremêlées. La sciure du calcul mélangée de celle de la substance ligneuse interne, a donné 90, 33 pour 100 d’oxalate de chaux. Le calcul seul en contient par conséquent davantage.

Un dernier calcul (celui n° III), que j’ai présenté comme étant un calcul intestinal de cheval, avait probablement une origine

CÉTACÉS. j I j

diirérenle, les calculs intestinaux de chevaux étant presque exclusivement formes de phosphate ammoniaco-magnésien (Lassaigne). Ce calcul est composé de :

Carbonate de chaux

Oxalate de chaux 43,55

Sulfate de chaux 34,30

Carbonate de magnésie.

Lxtrait alcoolique lormé de graisse, résine et chlorure ''i‘

de sodium

Matière extractive obtenue par l’eau. *’’]**

— ligneuse, matière colorante et mucus animal. *

Eau. ... ‘ io,uc

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