CÉTACÉS. — DES IIUILES DE CÉTACÉS. U
d’alcool anhydre en prennent 123 parties à la température de 20 degrés.
Celte huile, exposée pendant longtemps à des températures décroissantes de 10 à 3 degrés, laisse déposer des cristaux de cétine. L’huile privée de cétine est plus foncée en couleur, d’une odeur plus forte, et elle est encore plus soluble dans l’alcool ; elle se convertit par la saponification en glycérine et en acides oléique , inorganique et phocénique. Ce dernier, dont la composition est C19H703H0, est un acide volatil analogue à l’acide butyrique. Il se produit en outre deux huiles non acides et plus fusibles que l’éthal, ce qui semble indiquer dans l’huile de marsouin la présence de corps gras différents de V oléine, de la margarine , de la phocénine et de la cétine, qui la composent principalement.
Huile <ie baleine. Aussitôt qu’une haleine est morte d’épuisement, par suite de la perle de sang causée par la profonde blessure que lui a faite le harpon dont elle a été frappée, les pêcheurs la fixent comme une ceinture autour de leur navire; puis, armés d énormes couteaux et d’un instrument qui ressemble à une grande bêche, ils descendent sur son corps, enlèvent par tranches le lard qui le recouvre, et le déposent dans des barils pour être fondu ù. leur plus prochaine relâche. L’huile qui en résulte est plus ou moins brune, d’une odeur de poisson rance, épaisse et congelable a la température de zéro. Elle contient une plus grande quantité de cétine que l’huile de marsouin, beaucoup moins de phocénine, de l’oléine, de la margarine et d’autres corps bien moins déterminés, o
f Huile île cachalot et blanc rtc baleine. Ainsi que nous l’avons mi, 1 huile de cachalot, peu abondante dans le tissu graisseux sous-cutané, est principalement contenue dans de vastes chambres qui occupent la partie supérieure et antérieure de leur énorme tête. Celte huile, qui est à l’état liquide, dans l’animal vivant, se fige en refroidissant et se présente sous la forme de lames cristallines, tenues en suspension dans une huile d’un jaune ambré. On lui donne en cet état le nom de blanc de baleine brut. En séparant par la filtration les deux parties dont elle se compose, on obtient une partie liquide qui est considérée comme huile de baleine, et une partie grenue, d’une couleur brune, d’une odeur iorle et de la consistance d’un miel épais, qui est connue sous le nom de blanc de baleine filtré, et qui contient encore bü pour 100 d’huile liquide. Cette matière, soumise à une forte pression, forme le blanc de baleine pressé, qui est de couleur beaucoup moins foncée, sec, sonore et de structure cristalline. Pour obtenir le blanc de baleine purifié, on traite celui qui a été exprimé par une faible solution de potasse, on le lave et on le fond dans
iy y n r
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1 eau bouillante. On le coule enfin sous la forme de pains carrés du poids de 15 à 16 kilogrammes, qui sont d’un blanc éclatant] translucides, presque inodores, formes de cristaux brillants, nacrés, onctueux au toucher, un peu flexibles entre les doigts, se divisant, par une pression plus forte, en lames minces, transparentes et nacrées. A cet état, le blanc de baleine fond à 44 degrés et n est pas encore un produit simple. L’alcool froid, à 0,82? de densité, en extrait une huile incolore, qui se saponifie en donnant les mêmes produits que la partie cristallisée, de sorte qu’on peut considérer ces deux parties comme deux états différents du môme corps. La matière cristalline, ou la cétine pure, fond alors à 49 degrés; la température de 860 degrés, elle entre en ébullition et peut être distillée sans altération ; à une température plus élevée, elle se décompose en partie en produisant de l’acide margariquè eide l’acide oléique. Elle brûle avec une belle flamme blanche, comme la cire ; -100 parties d’alcool anhydre bouillant en dissolvent 16,8; mais l’alcool à 0,834 n’en dissout que 3, dont la plus grande partie se précipite par le refroidissement. Elle se dissout dans les huiles fixes et volatiles.
La cétine se saponifie beaucoup plus difficilement que les autres corps gras, et laisse presque la moitié de son poids d’un corps neutre auquel M. Chevreul a donné le nom d ’éthal (!), et qui paraît jouer, par rapport à la cétine, le rôle de la glycérine pour les corps gras ordinaires. Seulement M. Chevreul avait pensé que l’autre produit de la saponification de la cétine était un mélange d’acides oléique et margariquè, tandis que M. Laurence Smith a montré que ce produit est un acide particulier que M. Dumas avait déjà obtenu en faisant réagir la potasse caustique solide sur 1 ’éthal, et qu’il avait nommé acide élhaligue. Cet acide est également le même que l 'acide palmitique résultant de la saponification de 1 huile de palme ; le nom d’acide cétique est celui qui lui conviendrait le mieux.
D’après M. Laurence Smith, la composition de la cétine = C64ii6i04, et, de même que pour les corps gras ordinaires, celte
(1) M. Chevreul, qui a parfaitement déterminé la composition de l’étlnl
hydraté lui a donné ce nom, à cause des rapports de composition
et de propriétés qui unissent ce corps à l’éther et à l'alcool. L’éthal traité dv
1 tic.de phosphoriqne anhydre, se réduit en effet à l'état d’un carbure d’hvdro-
gene liquide, nommé cétène, isomère du gaz déifiant (G4 H4), mais dont la comno-
smon, pour 4 volumes de vapeur, = C'3Mi32. Alors l'éthal hydraté (C32 H32 in m
est un bihydrate de cétène, de même que l’alcool (C'lü’*,H2 O2) est un~bih7drafe
de carbure hydrique. Pareillement l’éthal anhydre 0 ou c32h32 hqi tel
qu’on le suppose exister dans la cétine, est le représentant de l’étiieriivdratVmio (C*H*0 ou Ojp,HO). nyaiatiquc
Léthal est solide, cristallisable, insipide, inodore, fusible à 48 degrés soluble dans l’alcool et l’éther, volatil et pouvant être distillé sans altération. ’
cétacés. — ce l’ambre gris.
composition correspond à celle de l’acide cétique et de l’éthal anhydres, de sorie qu’il faut y ajouter 2 équivalents d’eau, pour en retirer ces deux corps cristallisés et hydratés.
) C64jl64 O = C32 H3103 + C32JI33 0
j cétine = acide cétique anh. + étliul anhydre.
I C64ji6l04 + HJ02 = c32Ji32 Ov -(- C3îJt3l02
| cétine + 2 eau = ac. cétique hydr. + éthal hydraté.
On doit choisir le blanc de baleine le plus récent possible, car il se rancit très-facilement, ce qu’il doit sans doute à la graisse liquide qu’il retient toujours. On l’emploie en pommade cosmétique, uni à l’huile d’amandes douces, mais son plus grand usage est pour la fabrication des bougies.
Fourcroy avait cru que le blanc de baleine, le gras des cadavres et la matière grasse des calculs biliaires, étaient un seul et même corps gras, et avait proposé de leur donner également le nom tYapocire. M. Chevreul a prouvé que ces trois substances étaient essentiellement différentes, et a proposé, pour le blanc de baleine pur, le nom plus convenable de cétine , tiré de xrîxo; ou de cetus.
De l’Ambre gris.
L’ambre gris est une matière solide, plus légère que l’eau, se ramollissant et se fondant comme de la cire à l’aide de la chaleur; d’une couleur grise jaunâtre ou noirâtre, qui disparaît souvent sous une efflorescence blanche formée à sa surface; il a une odeur assez douce, suave, susceptible d’une grande expansion; il est presque insipide.
L’ambre gris est en masses irrégulières, tantôt formé de petits grains blancs jaunâtres arrondis, dispersés dans une pâle grise uniforme; le plus souvent composé de couches concentriques superposées, comme un calcul ou un bézoard animal. Ses morceaux pèsent ordinairement moins de 500 grammes; mais on en cite des masses de 5 et de 10 kilogrammes, et quelques-unes même de 50 â 100 kilogrammes. On le trouve flottant sur la mer, aux environs du Japon, des îlesMoluques, de l’Inde, de Madagascar, du Brésil, des Antilles et des îles Lucayes, ou bien on le retire des intestins de plusieurs grands cétacés.
On a formé bien des hypothèses sur l’origine de l’ambre gris; onia successi\emcnt regardé comme un bitume, comme des excrements d oiseaux, des rayons de cire, des résines végétales provenant des terres voisines, et ensuite bituminisées par l’action simultanée de 1 eau salée, de 1 air et du soleil. Plus récemment,
A irey a émis 1 opinion que 1 ambre gris était une espèce d 'adipocire
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ou de (j ras des cadavres, résultant de la décomposition spontanée des poulpes odorantes qui abondent dans la Méditerranée et entre les tropiques; il est inutile que je reproduise ici les raisons que J ai opposées à cette hypothèse, que rien ne justifie.
On fait généralement honneur à Schwé.diawer ou Swédiaur, < e l’°Pinion admise aujourd’hui que l’ambre gris est produit par un cétacé. Pour être juste, il faut que je rapporte ce qu’a écrit L bel use ou Clusius sur l’origine de celte substance, bien avant Schwédiawer, et avant bien des opinions erronées émises sur le même sujet. Voici ce que dit L’Écluse (1) :
« Quant à ce que peut être l’ambre gris, je dirai ce que m’a rapporté, en 1593, un homme d’une bonne foi éprouvée, Sénat Marel, bourguignon, qui avait parcouru un grand nombre de pays pour faire le commerce de l’ambre, du musc et des pierres précieuses. Lui ayant ( it que je ne connaissais de l’ambre que ce qu’en avaient décrit Gareias ab Horto et Nicolas Monard,il me répondit : Je les ai lus l’un et autre, mais que rapportent-ils autre chose que des témoignages douteux d’auteurs qui s’égarent? Croyez-moi, l’ambre n’est autre chose qn un résidu d’aliment amassé pendant longtemps dans l’estomac (uu 1 intestin) de la vraie baleine. Je dis vraie, parce que la plupart donnent a d autres cétacés, tels que l’orque, physeler et autres pourvus de cents, e nom de baleine, tandis que la baleine légitime n’a pas de dents, dévore les poissons entiers, et aime surtout à se nourrir demollusques, tels que poulpes, seiches et autres. Celte nourriture étant mal digérée, il en résulte beaucoup de matière épaisse, qui se coagule et se trouve rejetée chaque année, ou à des intervalles plus courts lorsque l’estomac en est trop surchargé. Celte matière, ainsi gardée pendant long'emps dans l’estomac, rejetée ensuite et nageant sur la mer, est l’ambre gris, dans lequel on trouve quelquefois les becs des poulpes dévorés (Swiédiaur et Homé de l’isle se sont disputé, deux cents ans après, la découverte de ce fait). Lorsque la baleine est prise, e ant récemment débarrassée de cette matière, on n’y trouve pas o ambre gris; quand on la prend quelque temps après, on y trouve un peu d ambre, mais d’une qualité inférieure; mais la matière croît peu a peu, acquiert de la qualité en vieillissant, et si l’on prend la baleine avant qu’elle l’ait rendue, c’est alors qu’on y trouve la plus grande quantité et la meilleure qualité d’ambre. On en chercherait en vain dans les autres cétacés que j’ai nommés. Il n’y a donc rien d’étonnant si ceux qui les ont ouverts, les prenant pour des baleines, n’y ont pas trouvé d ambre gris.» 3 p
Ixæmpfer (2), après avoir vengé , suivant son expression, l’ambre gris des ridicules hypothèses du Journaldes Savants, nous apprend qu on trouve très-souvent de l’ambre gris dans les intestins
(t) L’Éclusc, Exotiques , p. 148, 149.
('<?) Kæmpfer, Amœnitalum exoticarum , p. G35.