‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 45 sur 162 · CÉTACÉS. — DE L’AMBRE GRIS · texte numérisé non relu

CÉTACÉS. — DE L’AMBRE GRIS

d’un cétacé nommé mokos , long de 3 à i brasses, que l’on prend aux environs du Japon. L’ambre est commun au Japon,, tant celui trouvé dans les entrailles des baleines que celui qu’elles ont rejeté à la mer, avec leurs excréments, pendant eur vie ; d’où les Japonais appellent l’ambre kusura no fuu, c’est-à-dire excrément de baleine.

Suivant Swédiaur, cependant (I), l’ambre gris est l’excrément du cachalot, physeter macrocep halus , L., endurci contre nature, et mêlé avec quelques parties de sa nourriture qui n’ont pu être digérées. Les raisons qu’il donne pour attribuer l’ambre à ce cétacé, et non aux autres, sont: l°quc les pêcheurs américains sont tellement convaincus de ce fait, que, lorsqu’on leur parle d’un parage où l’on trouve l’ambre gris, ils en concluent de suite qu’il doit être fréquenté par le cachalot, qui est également l’animal dont on retire le blanc de baleine ; 2° les gens qui sont employés à la pêche de la baleine ne prennent que le cachalot macrocéphale, et l’examinent d’abord pour s’assurer s’il contient de l’ambre gris, à moins que l’animal n’ait vomi et rendu ses excréments après avoir été harponné ; car alors il est inutile de rechercher l’ambre dans ses intestins ; 3° les sèches font la nourriture principale du cachalot, et les becs de sèches noirs et cornés, que l’on trouve dans l’ambre gris, sont encore une preuve qu’il provient de ce cétacé.

Cette opinion de Swédiaur est tellement accréditée depuis longtemps que j’ai peine à croire qu’elle ne soit pas fondée (-1) ; cependant deux des trois raisons sur lesquelles il l’appuie sont tout à fait inexactes ; car il est faux que les gens qui vont à la pêche de la baleine ne prennent que des cachalots, et il est faux également que ce cétacé se nourrisse principalement de mollusques, puisqu’il a des dents dures et aiguës, et qu’il poursuit avec acharnement les phoques, les baleinoplères, les dauphins et les requins (1).

La baleine franche, au contraire, comme l’a très-bien remarqué Servat-Marel (que Swédiaur a eu le tort de ne pas citer), n ayant pas de dents, est obligée de se nourrir principalement de mollusques, et cette observation, qui montre que l’homme qui l a faite n’était pas un simple marchand d’ambre gris, mérite que 1 on examine de nouveau si son opinion ne serait pas fondée,

(1) Swédiaur, Journal de physique, t. XXV, p. 278. 1784.

(2; Un cachalot trumpo mâle, échoué en 1741 près de Bayonne, fournit dix tonneaux d adipocire, et on trouva dans scs intestins une niasse d’ambre gris un

poids de 13 livres. Ce fait prouve au moins que le cachalot peut produire de. 1 ambre gris.

(3j Sonuini, Histoire des cétacés, p. 304.

LES MAMMIFÈRES

cl si la baleine franche, plutôt que le cachalot ou, tout au moins, tout aussi bien que lui, ne produirait pas l’ambre gris.

Différents chimistes ont concouru à nous faire connaître la nature de l’ambre gris, entre autres Geoffroy, Bucholz, et MM. Pelletier et Caventou.

Geoffroy nous apprend (1) que l’esprit-de-vin ne dissout pas enlici. menti ambre gris* qu il reste un peu d’une matière noire sur laquelle il n agit pas ; que sa dissolution forme, après quelque temps, un sédiment blanc très-abondant, qui, desséché, devient folie et brillant, et qui n’est pas différent du blanc de baleine.

Suivant Bucholz (2), l’ambre gris, àpart lapetite quantité dematière noire insoluble dans l’alcool, est une substance sui generis, qui tient le milieu entre la cire et la résine, et qu'il a nommée pi incipe ambré. B a reconnu son insolubilité presque complète dans les alcalis, et a donné cette propriété comme un caractère distinctif de l’ambre gris.

Pelletier et M. Caventou sont partis de l’opinion de Geoffroy, que le principe cristallisable de 1 ambre gris était du blanc de baleine , ils en ont démontré la fausseté, et ont prouvé que ce principe, qu’ils ont nommé ambréine, était différent des autres connus jusque-là, et que celui dont il se rapprochait le plus était la cholestérine, ou principe cristallisable des calculs biliaires humains.

Les auteurs du Mémoire, s’appuyant sur ce rapprochement, discutent ensuite la question del’origine de l’ambre gris. Bs admettent, avec Swédiaur (3), que cette matière se forme dans les intestins du cachalot ; mais ils combattent son opinion qu’elle est un excrément endurci, et la regardent plutôt comme une sorte de bézoard ou de calcul biliaire (4).

En résumant les opinions les plus probables émises sur l’origine de l’ambre gris, on voit que Scrvat-Marel l’attribuait à la baleine franche, et Swédiaur au cachalot ; que celui-ci le considère comme un excrément endurci, et MM. Pelletier et Caventou comme un calcul biliaire. Je puis éclaircir celte dernière question et montrer que l’ambre gris participe à la fois de la nature de l’un et de l’autre.

En 1832, j’ai vu chez M. Chardin-Hadancourt, parfumeur, de 1 ambie giis îécent, qui était formé d’excrément de cétacé recouvert de couches concentriques adipocireuses. L’excrément avait la forme du crottin de cheval, était mou et jaune, et avait

(1) Geoffroy, Matière médic., t. I, p. 287.

(2) Bucholz, Ann. de chim., t. LXXIII, p, 95.

(3) Swôdiaur, Journ. de pharm., t. VI, p. 49. (B Journ. de Pharm., t. VI, p. 49.

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