‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 52 sur 162 · ÉCHASSIERS · texte numérisé non relu

ÉCHASSIERS

qu’ils aient un vol élevé, qu’ils nichent sur les arbres, que leurs doigts soient entièrement divisés, et que leur queue n’ait presque toujours que 12 pennes, tous caractères qui les rapprochent des passereaux.

« Les principaux genres admis dans la famille des gallinacés sont les alectors, les paons , les dindons , les pintades , les faisans (coq et poule ordinaires, faisans propres, tragopans, etc.), les tétras (coqs de bruyère, perdrix, cailles (fi g. 831), tridacty les, etc.). La famille des pigeons ne comprend qu’un genre divisé en trois sous-genres : les colombi gallines, que leur manière de vivre, leur taille, et d’autres caractères, rapprochent des vrais gallinacés ; les pigeons propres comprenant les tourterelles, et les colombars d’Afrique, à bec plus gros, solide et comprimé sur les côtés.

ORDRE DES ÉCUASSIERS.

« V. Les ECHASSIERS, qui forment le cinquième ordre des oiseaux, tirent leur nom de la nudiié du bas de leurs jambes, et le plus souvent de la longueur de leurs tarses, deux circonstances qui leur permettent d entrer dans l’eau jmqu’à une certaine profondeur, sans se mouiller les plumes, d’y marcher à gué et d’y pécher, au moyen de leur cou et de leur bec, dont la longueur est généralement proportionnée à celle des jambes. Ceux qui ont le bec fort vivent de poissons ou de reptiles ; ceux qui l’ont faible, de vers et d’insectes. Très-peu se contentent de graines ou d’herbages, et ceux-là seulement vivent éloignés des eaux. Le plus souvent le doigt extérieur est uni par sa base à celui du milieu, au moyen d’une courte membrane ; quelquefois il y a deux membranes semblables ; d’autres fois elles manquent entièrement, et les doigts sont tout à fait séparés ; il arrive aussi, mais rarement, qu’ils sont palmés jusqu’au bout; le pouce enfin manque à plusieurs genres, toutes circonstances qui influent sur leur genre de vie. Piesque tous ces oiseaux, si l’on excepte les autruches et les casoars, ont les ailes longues et volent bien. Ils étendent leurs jambes en arrière, lorsqu’ils volent, au contraire des autres oiseaux, qui les reploient sous le ventre. On établit dans cet ordre cinq principales familles et quelques genres isolés. »

Les brévipennes, qui forment la première famille, quoique semblables, en général, aux autres échassiers, en diffèrent beaucoup par la brièveté de leurs ailes qui leur ôte la faculté de voici , mais leurs extrémités postérieures ont acquis en force ce que les ailes ont perdu; aucun d’eux n’a de pouce; leur bec et leur régime leur donnent d ailleurs de nombreux rapports avec les gallinacés. On en a lait deux genres, les autruches et les casoars.

Les autruche» ont les ailes revêtues de plumes lâches et flexi-

OISEAUX

blés encore assez longues pour accélérer leur course. On connaît l’élégance des panaches formés de ces plumes à lige mince, dont les barbes, quoique garnies de barbules, ne s’accrochent point ensemble, comme celles de la plupart des oiseaux. Leur bec est déprimé horizontalement, de longueur médiocre, mousse au bout; leur œil est grand, et l'es paupières sont garnies de cils. Leurs jambes et leurs tarses sont très-élevés, munis de muscles d’une grande force, qui leur permettent de dépasser tous les autres animaux h la course, et, lorsqu’on les poursuit, elles savent lancer des pierres en arrière, avec beaucoup de vigueur. Elles vivent d’herbages et de graines, mais ont un goût si obtus qu’elles avalent à peu près indifféremment des cailloux, des morceaux de fer, etc. Elles ont un énorme jabot, un ventricule considérable entre le jabot et le gésier, des intestins volumineux, de longs cæcums, et un vaste réceptacle où burine s’accumule comme dans une vessie : aussi sont-elles les seuls oiseaux qui urinent. Leur verge est très-grande et se montre souvent au dehors. On en connaît deux espèces, dont une ( Struthio Caniches, L.) habite les déserts sablonneux de l’Afrique et de l’Arabie, et atteint 2à 3 mètres de hauteur; ellen’aquedeux doigts à chaque pied, et le doigt externe, plus court de moitié que l’autre, manque d’ongle. Elle vit en grandes troupes, pond des œufs qui pèsent jusqu’à 1500 grammes, qu’elle se borne à exposer dans le sable, à la chaleur du soleil, dans les pays les plus chauds, mais qu’elle couve sortis la latitude des tropiques, et qu’elle soigne et défend partout avec courage. L’autruche d’Amérique ( Struthio Rhea , L.) est de moitié plus petite, a les plumes moins fournies, d’un gris uniforme, et trois doigts à chaque pied, tous munis d’ongle. On n’emploie ses plumes que pour faire des plumeaux.

Les cusoars ont les ailes plus courtes que les autruches, et totalement inutiles pour la course ; leurs pieds ont trois doigts, tous munis d’ongle ; leurs plumes ont des barbes si peu garnies de barbules qu’elles ressemblent, de loin, à des poils ou à des crins tombants. On en connaît deux espèces, le casoar à casque ou emeu , qui habite le grand archipel indien, cl le casoar à tète nue, qui est propre à l’Australie.

La famille des tressiuostres comprend des genres à hautes jambes, sans pouce, ou dont le pouce est trop court pour toucher le sol ; le bec est médiocre, assez fort pour percer la terre et y chercher des vers. Les espèces qui l’ont le plus faible parcourent les prairies et les terres fraîchement labourées pour y recueillir cette nourriture ; celles qui l’ont plus fort mangent en même temps des grains et des herbes. Les genres de cette famille sont

PALMIPEDES.

les outardes , les pluviers , les vanneaux , les huitriers, les coure-vite , cl les cariama.

La troisième famille, ou celle des cultrirostres, se reconnaît à son bec gros, long et fort, le plus souvenl même tranchant et pointu ; dans un grand nombre d’espèces le mâle a la trachée diversement repliée; les cæcums sont courls, et même les hérons proprement dits n’en ont qu’un. Linné avait réuni tous ces oiseaux dans son genre Ardea, mais on en forme aujourd’hui trois tribus et dix genres qui sont les grues (agamis, numidiques, grues propres, courlans et eau raies), les savacous, les lierons (crabiers, onorés, aigrettes, butors et bihoreaux), les cigognes , les jabirus, les ombrettes, les becs-ouverts, les drames, les tantales et les spatules.

La famille des longi rostres, qui vient ensuite, est caractérisée par un bec grêle, long et faible, qui ne leur permet guère que de fouiller dans la vase pour y chercher des vers et de petits insectes. Tous ont â peu près les mêmes formes, les mêmes habitudes, et souvent même presque les mêmes distributions de couleurs, ce qui les rend très-difficiles à distinguer entre eux. A l’exception des avocettes, dont le bec effilé est fortement courbé en haut, dont le pouce est beaucoup trop court pour toucher â terre, et dont les autres doigts sont palmés presque jusqu’au bout, tous les autres peuvent être rangés dans le seul genre bécasse { Scalopux ), qui renferme les oiseaux nommés ibis, courlis , bécasses propres, barges , maubèches, alouettes de mer , cocorlis , combattants, tour ne-pierres , chevaliers, échasses, etc.

La dernière famille des échassiers, celle des macrodactyles, a les doigts des pieds fort longs et propres à marcher sur les herbes des marais et même à nager ; cependant il n’y a pas de membranes entre leurs doigts. Le bec, plus ou moins comprimé sur les côtés, s’allonge ou se raccourcit selon les genres, sans arriver jamais à la minceur ni â la faiblesse de celui de la famille précédente. Le corps de ces oiseaux est aussi singulièrement comprimé, conformation déterminée par l’étroitesse du sternum; leurs ailes sont médiocres ou courtes, et leur vol faible. Ils ont tous un pouce assez long. Les principaux genres de celte famille sont les jacanas, les râles et les foulques comprenant les poules d eau, les poules sultanes, les foulques propres, etc. On place a la suite les vaginales, les gluréoles et les flamants.

ordre des palmipèdes.

Al. Les PALMIPEDES, qui forment le sixième et dernier ordre des oiseaux, ont les pieds complètement faits pour la natation, c’est-à-dire

OISEAUX

implantés à l’arriére du corps, portés sur des tarses courts et comprimés, et palmés entre les doigts. Ils sont pourvus d’un plumage serré, lustré, imbibé d'un suc huileux qui les garantit de l’eau sur laquelle ils vivent. Ce sont aussi les seuls oiseaux où le cou dépasse, et quelquefois de beaucoup, la longueur des pieds, ce qui leur permet de chercher leur nourriture au fond de l’eau, tout en nageant à sa surface. Leur sternum est très-long, propre à garantir la plus grande partie de leurs viscères, et n’ayant de chaque côté qu’une échancrure ou un trou ovale garni de membranes. Ils ont généralement le gésier musculeux, les cæcums longs, et le larynx inférieur simple. Cet ordre se laisse assez nettement diviser en quatre familles, qui sont celles des plongeurs, des lonyipcnues, des toti[. aimes et des lamelliroslres.

Les plongeurs ont les jambes implantées plus en arrière que tous les autres oiseaux, ce qui leur rend la marche pénible et les oblige ù se tenir sur terre dans une position verticale. La plupart d’ailleurs sont mauvais voiliers, et plusieurs môme ne peuvent pas voler du tout, ce qui les force à vivre presque dans l’eau : aussi leur plumage est-il des plus serrés et à surface lisse et lustrée. Ils nagent sous l’eau en s’aidant de leurs ailes presque comme des nageoires. Leur gésier est assez musculeux et leurs cæcums médiocres. On en forme trois genres : les plongeons, les pingouins et les manchots.

Les longipennes ou grands voiliers sont au contraire des oiseaux de haute mer, qui au moyen de leur vol étendu se sont répandus partout. Ils ont le pouce libre ou nul, les ailes très-longues, le becsansdentelures, crochu dans les premiers genres, simplement pointu dans les autres. De même que dans les précédents, le larynx inférieur n’a qu’un muscle propre de chaque côté ; leur gésier est musculeux et leurs cæcums courts. Cette famille comprend les pétrels , les albatros , les goélands, les hirondelles de mer et les becs-en- ciseaux.

Les toti palmes ont cela de remarquable que leur pouce est réuni avec les autres doigts dans une seule membrane, et que, malgré cette organisation qui fait de leurs pieds des rames plus parfaites, presque seuls parmi les palmipèdes, ils se perchent sur les arbres. Tous sont bons voiliers et ont les pieds courts. On y compte les pélicans (pélicans propres, cormorans, frégates, fous), les anhingas et les paille- en- queue.

Enfin, les lamellirostres ont le bec épais, revêtu d’une peau molle plutôt que d’une véritable corne; les bords du bec sont garnis de lames ou de petites dents ; la langue est large, charnue, dentelée sur les bords; les ailes sont de longueur médiocre. Us vivent plus sur les eaux douces que sur la mer. Dans le plus grand nombre, la trachée-artère du mâle est renflée près de sa

PALMIPEDES.

bifurcation en capsules de diverses formes. Leur gésier est grand, très-musculeux, leurs cæcums longs. Ces oiseaux ne forment pour ainsi dire qu’un seul genre, celui des canards , dans lequel se trouvent compris les cygnes, les oies, les bernaches et les canards propres, comprenant eux-mêmes les macreuses, les eiders, les souchets et les tadornes. Les hurles forment un genre peu nombreux qui a le port des canards, mais dont le bec est plutôt cylindrique qu’aplati, et armé tout le long de scs bords de petites dents pointues comme celles d’une scie.

Je n’ai donné presque aucune description particulière des oiseaux, malgré la place importante qu’ils occupent dans la création, la variété et la vie qu’ils répandent dans l’immensité de l’air, les agréments qu’ils procurent à l’homme par leurs mélodies ou les vives couleurs dont ils sont souvent parés. Je dois en effet me restreindre, surtout, aux êtres qui apportent quelque secours à la thérapeutique, et si un certain nombre d’oiseaux ou de leurs produits ont autrefois fait partie de la matière médicale, depuis longtemps ils en ont été bannis par les progrès de la science et de la raison.

Faut il rappeler d’ailleurs que dans nos temps d’égalité et de recherche du bien-être général, où les êtres ne sont plus estimés que par l’utilité réelle dont ils sont pour nous, un certain nombre d’oiseaux chasseurs dont l’usage et la possession étaient devenus l’apanage et la marque distinctive d’une caste privilégiée, ont perdu toute leur importance et ne sont plus guère cités que pour le soin que nous apportons à nous garantir de leurs déprédations. Alors aussi, l’aigle, le roi des airs, était rangé parmi les oiseaux ignobles , faute par lui d’avoir pu se plier au service des grands ; tandis que les faucons, les hobereaux, l’émerillon et le gerfault, plus laiblcs, mais plus dociles, étaient qualifiés d’ofseaux nobles. Qui pourrait rendre aux faucons le rang qu’ils ont perdu ?

D’autres oiseaux encore, considérés au point de vue de l’homme, peuvent être regardés comme des animaux nuisibles par le dommage qu’ils causent aux poissons, dont ils dépeuplent les rivières, les lacs et les étangs : tels sont l’orfraie et le balbuzard (Falco ossifraga et Falco huliœtus, L.), le pélican et le cormoran (Pelicanus onocrotalus et Pci. curbo, L.), le héron (Ardea major, L.), le cygne lui-même, qui fait l’ornement des eaux tranquilles par la grâce et la majesté de son allure; tandis que les oiseaux qui se nourrissent d’animaux nuisibles méritent notre reconnaissance. G est â ce titre que les anciens Égyptiens rendaient une espèce de culte à l’ibis du Mil (Ibis religiosa , Cav.) et à la cigogne (Ciconia alba, Briss.), qui les délivraient des petits reptiles

OISEAUX

\ iO

qui abondaient sur les bords du Nil. C’est à ce Litre que plusieurs rapaces nocturnes, tels que legrnn<i-<iuc(5lr/x bubo, L.), le hibou {Stnx OlllS, L ), la chouette (Strix aluco, L.) et l’effraie ( Stnx flcwimula, L.), au lieu d’être un sujet d’effroi pour les crédules habitants de nos campagnes, et d’être cloués morts à la porte des fermes, devraient être ménagés et honorés pour la destruction des rats, souris, mulots, taupes et musaraignes qui nuisent tant à l’agriculture. Les gobe-mouches, tous les becs-fins, les hirondelles, les engoulevents, les mésanges, les étourneaux, les rolliers, les pies, les coucous et beaucoup d’autres, qui vivent exclusivement d’insectes, en détruisent une immense quantité et nous en délivrent d’autant.

La mollesse et le luxe se sont emparés des plumes des oiseaux pour en faire des fourrures, de moelleux coussins ou des ornements. Le duvet de l’eitier (. Anas mollissima, L.) et celui du cygne, servent à faire des fourrures, des manchons et des couvrepieds aussi chauds que légers. Les petites.rplumcs qui revêtent le corps de l’oie nous procurent, par leur élasticité, des lits et des coussins où nous trouvons réunies la chaleur et la souplesse. Le peuple, pour qui les plumes de l’oie sont trop chères, les remplace par celles du canard, de la poule ou d’autres, et en retire des avantages proportionnés à ses forces moins énervées. L)e tous temps aussi, chez les nations sauvages, tout aussi bien que chez les plus policées, les plumes ont servi à la parure des femmes, des chefs et des guerriers; celles qui sont le plus usitées sont fournies par les autruches, les hérons-aigrettes ( Ardea garzetta alba ), les paons, les faisans, les coqs, les toucans, les colibris, sans oublier les oiseaux de paradis [Paradisœa apoda , ru b va et maynifïcu), originaires de la Nouvelle-Guinée et des îles voisines, que les naturels fort barbares de ces contrées préparent pour en faire des panaches, en leur arrachant les pieds cl les ailes ; en sorte qu’on a cru pendant quelque temps, en Europe, que ces oiseaux manquaient réellement de membres, et vivaient toujours dans l’air, soutenus parles longues plumes de leurs lianes. Ces oiseaux vivent de fruits et principalement de ceux des muscadiers, ils appartiennent aux p a ss e r e a u x co n i r o s t r e s .

La chair des oiseaux est en général un aliment sain et agréable. Celle des oiseaux de proie est maigre et peu agréable, mais n’a rien de malsain. En général, les oiseaux qui se nourrissent de graines, d’htu'bes et de fruits, sont plus faciles à digérer que ceux qui vivent d’insectes, de chair ou de poisson. Les oiseaux le plus en usage sur les tables, en Europe, sont l’oie, le canard, la macreuse, la sarcelle, la pintade, le faisan, la poule et le coq, le coq de bruyère, la gelinotte, la perdrix, la caille, le pigeon, l’ourdcat.

Page 1