‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 74 sur 162 · ORDRE DES MALACOPTÉRYGIENS SCRRACUILN · texte numérisé non relu

ORDRE DES MALACOPTÉRYGIENS SCRRACUILN

Les malacoptérygiens subrachiens sont caractérises pai leuis ventrales attachées sous les pectorales et parleur bassin immédiatement suspendu aux os de l’épaule. Ils présentent daboid la famille des gadoïdes, composée presque entièrement par le genre Gadus de Linné, qui a les ventrales attachées sous la gorge et aiguisées en pointe, le corps médiocrement allongé, peu comprimé, couvert d’écailles molles peu volumineuses ; la tête bien proportionnée, sans écailles; toutes les nageoires molles; les mâchoires et le devant du vomer armés de petites dents pointues, faisant la carde ou la râpe; les ouïes grandes, a sept rayons. Presque tous portent deux ou trois nageoiies sur le dos, une ou deux derrière l’anus, et une caudale distincte. Ils ont une vessie aérienne grande, â paroft robustes, souvent dentelée sur les côtés. La plupart vivent dans les mers fioides ou tempérées, et forment d’importants articles de pêche, ils ont la chair blanche, aisément divisible par couches et généralement saine, légère et agréable. On les divise aujourd’hui en plusieurs sous-genres qui sont les morues , les merlans , les merluches , les lottes , les motelles , les brosmes , etc. Les malacoptérygiens subrachiens comprennent encore les poissons plats ou pleuronectes de Linné, caractérisés par le défaut, de symétrie de leur tête, où les deux yeux sont d’un seul côté, lequel reste supérieur quand l'animal nage, et est toujours fortement coloré, tandis que le côte ou les yeux manquent est toujours blanchâtre. La bouche est aussi irrégulière, le corps est très-comprimé, muni d une dorsale qui règne tout le long du dos; 1 anale occupe pareillement tout le dessous du corps et s’unit presque, en avant, avec les ventrales; il y a des rayons aux ouïes et pas de vessie natatoire. Les pleuronectes fournissent le long des côtes de presque tous les pays une nourriture agréable et saine; on les divise en plies, jetants, turbots , soles, etc. Les principales espèces sont ;

La plie franche ou carrelet

Le flet, ou pi eau il

La pôle, ou limandelle. . . .

La limande

Le turbot

La barbue

La sole

Platesia Ptatesso , Cuv.

— F les us.

— Pola.

— Limanda.

Rhombus maximus.

— barba tus.

Solea vulgaris, etc.

(1) Fonssagrives, Traité d'hygiène navale. Paris, ISôG.p. G IL’.

MALACOPTERYGIENS S U B R A C 1 1 1 E N S .

De tous les poissons de cet ordre, je ne traiterai en particulier que de la morue, dont le foie fournit une huile aujourd’hui universellement usitée contre toutes les formes de la dégénérescence scrofuleuse, et principalement contre la phthisie tuberculeuse.

La morue franche OU cabelliau (Morr/iua VUlgàt'IS, Cloq.; Güdu.S Morrhua, L.) est un poisson de la famille des gadoïdes qui habite toutes les parties de l’Océan septentrional comprises entre le 40e et le 70e degré de latitude, et qui se rassemble tous les ans, vers le mois de mars, en nombre véritablement incalculable, sur une montagne sous-marine nommée le grand banc de Terre-Neuve , lequel occupe en avant de l’ile du même nom un espace de 150 lieues. Ce poisson, lorsqu’il a pris tout son accroissement, est long de 100 à 130 centimètres, large de 30 centimètres environ, et pèse de 7 à 9 ou 10 kilogrammes. On en a vu cependant de beaucoup plus grands. 11 a la tête forte et comprimée, la bouche grande et la mâchoire inférieure munie d’un barbillon, (fig. 868) ; les yeux grands et voilés par une membrane transpa-

Fi^. 863 . — Morue franche.

rente; le corps lisse et fusiforme, d’un gris jaunâtre, tacheté de brun sur le dos; une large ligne blanche de chaque côté, allant de l’angle supérieur des ouïes à la queue; le ventre blanchâtre. Les anciens, à cause de celte couleur comparée à celle de l’âne ou du cloporte, donnaient à la morue le nom d ’Ase/lus. Elle a trois nageoires dorsales, deux nageoires anales et la caudale non fourchue. Le premier rayon de la première anale est court et épineux.

L’estomac de la morue est vaste et robuste, et il est suivi, vers le pylore, de six cæcums branchus; le canal intestinal est assez court, le foie très-gros et divisé en trois lobes allongés; la vésicule du (ici est d’un volume médiocre, les ovaires renferment une ■énorme quantité d’œufs, qui peut s’élever, d’après Leuwenhoëch, à 9,344,000 par individu. La vessie natatoire, qui est grande, a des parois robustes et fortifiées encore par un plan musculaire à libres prononcées; elle est profondément lobée sur les bords;

LES POISSONS

elle peut, fournir une bonne ichthyocolle et est d’ailleurs considérée comme un manger délicat.

La morue est très-vorace et se nourrit de poissons, de harengs surtout, de mollusques et de crustacés. Elle digère très-vite et paraît avoir une croissance très-rapide. On la pêche quelquefois sur les côtes de la Manche, davantage sur celles de la mer du Nord, et principalement sur le banc de Terre-Neuve, qui est tous les ans, au printemps, le rendez-vous des pêcheurs de toutes les nations maritimes; ceux-ci, année commune, ne versent pas moins de 36,000,000 de morues, salées ou séchées, dans le commerce de l’Europe.

Le foie de morue est très-volumineux et fournit une grande quantité d’huile qui est employée depuis longtemps, pour l’éclairage, dans les pays maritimes; et qui est très-usitée surtout sous le nom à’ huile de poisson , et préférablement à Yhuilede haleine , pour la préparation des peaux chamoisées. Mais on conçoit que, tant que cette huile n’a pas été recommandée pour l’usage médical, on se soit peu inquiété de l’avoir pure; de sortç que, en réalité, ce qu’on nommait huile de poisson , il y a une dizaine d’années encore, quoique formé principalement peut-être d’huile de foie de morue., contenait aussi l’huile des foies d ’anarrhique, de lotte, de thon , d o congre, de raie, de pastenague, de requin, etc. Aujourd’hui que Y huile de foie de morue est d’un si grand usage en médecine, je pense qu’on la livre à 1 état de pureté au commerce, quoique j’avoue ne pouvoir dire à quels caractères certains on peut reconnaître qu’elle se trouve à cet état. J’admets d’ailleurs que l’on puisse employer indifféremment l’huile des autres espèces de gades, telles que l’ égrefin (Gadus Æglefinus, L.), le dorseh (' Gadus Callarias, L.), le merlan noir Gadus carbonarius, L.), la merluche, GttduS merluClUS, L.), la lingue OU moi* uelo ligue ( GadtlS Molus, L.), la lotte ( Gadus Lata, L.), etc. O

Huile de foie de morue. A Paris, on sc procure cette huile en la tirant de nos ports de mer et principalement de Dunkerque, d’Ostende, d’Angleterre et de Hollande. M. le docteur de Jongh, qui a fait en 1842 et 1843 l’analyse des diverses huiles de morue du commerce, et qui depuis s’en est fait marchand, tire la sienne de Berghen en Norwége, et la donne pour de l’huile pure de foie de dorseh , ou petite morue des mers du Nord, vendue quelquefois à Paris sous le nom de faux merlan.

On trouve dans le commerce trois variétés d’huile de foie de morue, et ces trois variétés peuvent se retirer également du foie de tous les poissons. L’huile blanche est celle qui se sépare la première, par le simple tassement des foies rassemblés dans une cuve, et qui forme environ la moitié de leur poids. L’huile brune

MALACOPTÉRYGIENS SÜBRACIIIENS. 183-

se sépare plus tard, lorsque le parenchyme hépatique commence à s’altérer; 17 'mile noire est obtenue en faisant bouillir dans l’eau la matière plus ou moins putride qui a fourni les deux huiles précédentes. Il y a peu d'années encore, ces trois huiles ne se trouvaient dans le commerce que telles qu’elles étaient sorties des opérations précédentes, c’est-à-dire troubles, épaisses et dégoûtantes à boire; mais aujourd’hui on les trouve tout à fait transparentes, souvent même décolorées par quelque procédé chimique, et plus ou moins privées de leur odeur caractéristique, ce qui peut diminuer beaucoup leurs propriétés dans l’application médicale.

[En Norwége et en Russie, on opère actuellement sur Les foies de morue, au moyen d’appareils à double fonds, entre les parois desquels circule un jet de vapeur. Les foies placés dans ces vases donnent d’abord, à une douce chaleur, une huile blanche , qu’on prend la précaution de filtrer. On remue ensuite les foies, et on obtient ainsi Y huile blonde. On pousse enfin le chauffage, on fait bouillir pendant dix heures environ et on obtient l 'huile brune. Les résidus sont en général utilisés comme engrais (I).]

J ai trouvé chez M. Ménier, à Paris, quatre qualités différentes d’huiles purifiées. La première est celle qui est vendue par M. Jongh, comme véritable huile de loic de morue, préparée aux il es Lofoden en Norwége (I). Elle est transparente, de couleur de vin de Malaga, de consistance onctueuse, d’une odeur très-forte d’huile de poisson, d’un goût supportable et privé de îancidite. La seconde, vendue sous le nom d huile de foie de morue brune, est de couleur semblable à la première, mais plus fluide, d’une odeur moins forte et d’un goût moins désagréable ; c’est celle qui est le plus employée. La troisième, nommée huile blonde , est a peu pies de la couleur du vin de Madère, d’une odeur encore plus faible que la précédente, et peut être employée au début, pour accoutumer les malades au goût de poisson. Quant à la dernière, vendue sous le nom d 'huile de foie de morue blanche , et qui vient d’Angleterre, elle est presque incolore, d’un goût trèsfaible, et doit avoir été décolorée, au moins à l’aide du charbon. Je la crois peu active, dans la persuasion où je suis que le principe aromatique particulier aux huiles de poisson doit entrer pour beaucoup dans leur propriété tonique et restaurante.

(1) Voir L. Soubeir.an, Sur l' Exposition internationale des produits et enqins de poche a Berghen. Paris, iSGü (Extrait du Bulletin de la Société Impériale zoologique d acclimatation).

(2) Ces îles sont situées près de la cô:e de Norwége, au delà du cercle polaire.

■- es sont en hiver le rendez-vous de près do 400 bateaux montés par 20,000 pécheurs. On en exporte par an ic millions pesant de morue sèche.

LES POISSONS

M. de Jongh a public les analyses des trois huiles de loie de morue, blanche , brune et noire. Je suppose qu’il s’agissait alors des huiles brutes du commerce, et que ce qu’il nomme huile blanche est Y huile blonde d’à présent. M. de Jongh commençait par traiter l’huile par l’eau, pour en extraire les parties solubles qui se composent principalement des éléments de la bile ; ensuite il saponifiait l’huile et examinait tous les produits de cette opération; le soufre et le phosphore ont été déterminés en détruisant l’huile au moyen de l’acide nitrique.

Acide oléique, gaduine et deux autres

matières indéterminées

Acide margarique

Glycérine

Acide butyrique

— acétique ...

Acides fellinique et clioli nique

Iîilifulvine et acide bilifellinique

Matière soluble dans l’alcool à 30°

— insoluble dans l’eau, l’alcool et

l’éther

Iode

Chlore avec un peu de brome

Acide pliosphorique

— sulfurique

Phosphore

Chaux

Magnésie

Soude

Perte

Page 1