‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 75 sur 162 · BLANCHE · texte numérisé non relu

BLANCHE

Plusieurs autres chimistes ont cherché à déterminer la composition de l’huile de foie de morue. En France, MM. Girardin et Preisser se sont plutôt occupes de la comparer à l’huile de foie de raie, et d appuyer sur la supériorité de cetle dernière pour 1 usage médical; mais cette supériorité était en partie fondée sur ce que l’huile de foie de raie, transparenle et d’un jaune doré, préparée avec soin par des pharmaciens, répugnait beaucoup moins aux malades que celles de foie de morue du commerce, qui était trouble et noirâtre. On doit peu compter d ailleurs sur les caractères qui ont été donnés pour distinguer ces deux huiles.

D’après MM. Girardin et Preisser, l’huile de foie de morue se colore rapidement en brun foncé par un courant de chlore, tandis que celle de foie de raie conserve sa couleur jaune, même après une demi-heure d’action.

l/huile de foie de morue prend rapidement une teinte noire par

MALAC0PTERYG1ENS SUBRACIllENS.

l’action d’un peu d’acide sulfurique froid. Le même acide colore l'huile de raie en rouge clair, cl le mélange agité après un quart d heure de contact acquiert une couleur violette foncée.

Les deux huiles contiennent l’iode à l’état d’iodure de potassium ;

1 litre d’huile de foie de raie en a fourni 18 centigrammes et celle de foie de morue 15 (I).

D’après M. Gobley, l’huile de foie de raie, préparée par l’action directe de la chaleur sur le foie, est d’un jaune doré et présente une propriété caractéristique qui consiste à développer immédiatement une belle couleur violette, lorsqu’on mêle 1 gramme d’huile avec une goutte d’acide sulfurique concentré. Cette couleur passe au rouge après quelques instants. L’huile préparée par ébullition dans l’eau ne présente pas celte propriété.

Un litre d’huile de foie de raie, préparée par l’action directe du feu, a fourni à M. Gobley 25 centigrammes d’iodure de potassium. Ce chimiste n’a pu y découvrir la présence du phosphore (2).

D’après M. Personne, préparateur de chimie à l’École de pharmacie (3), les huiles de foie de morue et de raie contiennent l’iode à l’état de combinaison quaternaire avec les éléments ordinaires de l’huile, et non à l’état d’iodure de potassium ; l’huile de foie de morue en contient plus que celle de raie; l’huile de foie de morue brune en contient plus que la blanche. Le foie de raie, résidu de l’extraction de l’huile, contient beaucoup plus d’iode que l'huile qui en a été retirée.

M. Personne pense que l’iode se trouve dans le foie à l’état d’iodure de potassium, et que c’est par l’action réunie de l’air et des acides gras résultant de l’altération d’une partie de l’huile, que l’iode est mis en liberté et réagit sur le corps gras, à la manière du chlore et du brome, en s’y combinant par substitution à l'hydrogène. M. Personne a été conduit par cette théorie à -proposer de remplacer les huiles de morue et de raie, dans l’usage médical, par de l’huile d’amandes douces combinée artificiellement avec une dose déterminée d’iode, plus considérable et plus efficace que celle qui existe dans les huiles naturelles.

Suivant M. Personne, les huiles de foie de morue et de foie de raie pures ne renferment aucune trace de phosphore. Les huiles dans lesquelles ce corps a été trouvé, le contenaient à l’état de phosphate de chaux, inhérent au parenchyme hépatique tenu en suspension dans le. liquide.

[M. Delattre a envoyé en 1859, à l’Académie de médecine, un mémoire dans lequel il a étudié comparativement la composition chimique îles huiles de foie de morue, de foie de raie et de squale. Il prépare ces huiles à l’abri du contact de l’air, en plaçant les foies de poissons frais, bien lavés, dans de grands ballons en verre à moitié enterrés dans du sable, et communiquant tous avec un réservoir d’où s’échappe un cou-

(1) Girardin et Preisser, Journ. de pharm. et chim. , t. 1, p. 501.

(2) Gobley, Journ. de pharm. et chim., t. V, p. 305.

(3) G. Personne, Recherches sur les huiles de foie de morue et de raie, et préparations d'une huile iodée pour les remplacer dans l'usage médical [Bulletin de l’Académie de médecine. Paris, 1859-50, t. XV, p. 1008,'.

LES POISSONS

rant d’acide carbonique. En chauffant le bain de sableà oO" seulement, il obtient Y huile vierge ou parfaitement pure : à f>0° l’huile est ambrée ; à une température de 70° elle est blonde. Les huiles brune et noire sont obtenues de foies morts depuis plusieurs jours.

Les chiffres suivants donnent une idée de la composition chimique des diverses sortes d’huile de foie de morue :

Vierge. Ambrée.

Blonde.

Brune.

lioire.

Oléine

Margarine . .

Chlore

Iode

Brème

Soufre

Phosphore.. .

Acides

Pertes*

Pour la

comparaison des huiles de

foie de morue, de

raie et de

squale, M.

Delattre donne les chiffres suivants :

Huile de foie

Huile de foie

Huile de fuie

de morue.

de raie.

de squale.

Oléine

Margarine.. .

Chlore

Iode

Brème

Soufre

Phosphore.

Perte

D’après ces chiffres, l’huile de foie de raie contiendrait une proportion d’iode deux fois moindre que l’huile de foie de morue ; mais par contre un tiers en plus de phosphore. Quant à l’huile de squale, elle serait plus riche en iode et en phosphore que celle de morue, contiendrait un peu moins de brome et de soufre. Aussi M. Delattre attribue à ce dernier produit une efficacité au moins égale et dans certains cas supérieure à l’huile de foie de morue (1).]

Quant aux caractères de coloration développés par des agents chimiques, les expériences suivantes, comparées à celles de MM. Girardin et Gobley, montrent que ces caractères sont trop variables pour pouvoir servir à la distinction des huiles. J'ai opéré sur huit sortes d’huiles :

iV t. Huile de foie de morue du docteur Jongh.

iN° 2. — — — brune, Ménier.

N° 3. — — — blonde, Ménier.

(1) Devergier, Composition chimique et emploi médical des huiles de foie de morue , de raie et de squale ( Bulletin de i’ Acad, de médecine. Paris, 1858-59, t. XXIV, p. 820). — Voy. aussi Devergie, Rapport sur un mémoire de MM. Despinoy et Garreau (de Lille) ayant pour sujet la composition et tes propriétés des eaux et extraits de foies de morues ( Bulletin de l’Acad. de méd. Paris, 1802-63, tome XXVIII, p. 35).

ISO

MALACOPTÉRYGIENS SUBRACI1IENS.

N° 4. Huile de foie de morue blanche, anglaise, Ménier.

N° — — — purifiée, de MM. Cabaret et Rivet, à

Bruxelles.

N° G. — — — de raie, de M. Goldey.

N° 7. — — — de M. Faucher, à Batignol les.

N° 8. — de poisson ordinaire du commerce.

Première expérience. J’ai versé sur un verre de montre 1 gramme de chacune des huiles ci-dessus, 3 gouttes d’acide sulfurique concentré, et , j’ai agité immédiatement avec un tube de verre.

N° I. Couleur pensée un peu claire, passant au rouge et s’éclaircissant de plus en plus. Après dix minutes, couleur jaune brunâtre.

N° 2. Couleur pensée magnifique, s’éclaircissant peu à peu et passant au rouge-cerise. Après dix minuies, couleur jaune noirâtre.

N° 3. Couleur pensée claire et rougeâtre, s’a fiai blissant et passant au rouge par l’agitation. Elle devient ensuite hyacinthe brunâtre.

N° 4. Couleur vineuse devenant promptement terne et finissant par devenir noirâtre.

N° 3. Couleur vineuse violacée, s’éclaircissant après quelques instants , passant ensuite au rouge brunâtre et au noirâtre.

JN° 6. Couleur vineuse violacée foncée, passant promptement au brunâtre et finissant par devenir presque noire.

N° 7. Couleur pensée claire, passant au rouge vineux, puis au rouge jaunâtre.

IN° 8. Couleur jaune brunâtre passant promptement au noir.

Deuxième expérience. Huile 6 gouttes, acide sulfurique concentré 2 gouttes; agitation immédiate.

N0 t. Couleur pensée rougeâtre, passant au rouge et à l’hyacinthe.

N° 2. Belle couleur pensée foncée, passant au rouge, puis à l’hyacinthe.

Nu 3. Couleur vineuse un peu violacée ; passant presque immédiatement à l’hyacinthe.

A0 4. Couleur rouge-hyacinthe.

N° 3. Rouge violacé, passant immédiatement à l’hyacinthe.

N0 6. Couleur brune foncée, devenant immédiatement brune-hyacinthe, puis noire jaunâtre.

N° 7. Couleur jaune-hyacinthe, avec une nuance violacée sur les bords, devenant ensuite brunâtre, puis noire jaunâtre.

IN° 8. Couleur hyacinthe jaunâtre devenant noirâtre.

Après vingt-quatre heures, tous les essais précédents présentent une couleur noirâtre avec un mélange de rouge ou de jaune verdâtre.

La même huile peut présenter tantôt une nuance, tantôt l’autre.

Troisième expérience. — Traitement par le chlore.

A’0 2. Huile de fuie de morue brune. Prend promptement une couleur noirâtre et se trouble.

A0 4. Huile de foie de morue blanche. Se trouble aussitôt et paraît se décolot er. En continuant le courant de gaz, le liquide redevient transparent et d’un jaune obscur ou noirâtre.

I\° G. Huile de foie de raie, Gobley . Brunit beaucoup, mais reste trans-

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parente. Abandonnée à elle-même pendant plusieurs jours, on ne la distingue plus du nu 2.

N° 8. Huile de poisson commune. Brunit moins que la précédente, conserve une teinte jaune et reste transparente. Après plusieurs jours de repos, elle est devenue d’un brun noir.

Si l’on considère la coloration on violet par l’acide sulfurique comme le caractère distinctif de la meilleure huile de (oie de morue, on mettra au premier rang Yhuile brune du commerce ; au deuxième rang, l’huile vendue par le docteur Jongli ; au troisième rang, l’huile blonde du commerce, qui est peut-être la même que celle de MM. (.abat et et Hiv et.

L’huile blanche anglaise paraît être de mauvaise qualité; peut-être n’est-ce pas de l’huile de foie do morue.

L’huile de foie de raie paraît être très-inférieure à l'huile de foie de morue brune.

On a voulu expliquer l’action restaurante de l’huile de foie de morue, dans le cas de consomption rachitique et de phthisie tuberculeuse, par la présence de l’iode et du phosphore ; mais nous venons de voir que ce dernier corps n’existe pas dans l’huile brune purifiée, qui est certainement la plus active. Quant à 1 iode, on ne peut douter qu’il ne contribue pour quelque chose à l’action médicatrice de l’huile. Mais le principe huileux par luimême, en fournissant à la respiration l’élément combustible propre à entretenir la chaleur animale, sans qu’il en coûte rien ù un corps amaigri, peut contribuer beaucoup à la restauration presque immédiate mais malheureusement souvent passagère de l’individu. Le principe aromatique et âcre de l’huile de poisson ne doit pas être étranger non plus à son action sur l’économie ; aussi suis-je persuadé que l’huile simplement additionnée d’iode, proposée par M. Personne comme succédanée de l’huile de foie de morue, pourra rendre de grands services ù la médecine, sans cependant remplacer complètement l’huile de foie de morue, p

( y ORDRE DES MALACOPTËRYG1ENS APODES.

Les malacoptérygiens apodes, ou qui manquent de nageoires ventrales, ont tous une forme allongée, une peau épaisse et molle qui laisse peu paraître leurs écailles; on les divise en plusieurs genres principaux, sous les noms de anguilles, gymnotes , donzelles, è quilles, etc.

Les anguilles ont les opercules petits, entourés concentriquement par les rayons, et recouverts, aussi bien qu’eux, par la peau qui ne s’ouvre que fort en arrière par un trou, ce qui, abritant mieux les branchies, permet à ces poissons de rester plus ou moins longtemps hors de l’eau, sans périr. Leur corps est long et

M A LACOPTE U YGI E NS APODES.

UU

grêle; leurs écailles, comme encroûtées dans une peau grasse et épaisse, ne se voient bien qu’après la dessiccation de celle-ci ; ils manquent tous de nageoires ventrales et de cæcums, et ont l’anus placé assez loin en arrière. On les divise encore en anguilles proprement dites, ophisures, murènes, synbranches , etc.

Les anguilles proprement dites ont des nageoires pectorales et ont la dorsale et la caudale sensiblement prolongées autour du bout de la queue, de manière à y former, par leur réunion, une caudale pointue. On y trouve d’abord nos anguilles communes, dont la mâchoire supérieure est plus courte que l’inférieure et dont la nageoire dorsale commence à une assez grande distance en arrière des pectorales. Ces poissons, longs d’environ 55 centimètres, mais que l’on dit pouvoir acquérir une taille beaucoup plus grande, habitent pendant la plus grande partie de leur vie les eaux douces de presque tous les pays, les mares et les étangs, aussi bien que les rivières; cependant ils viennent de la mer, et tous les ans, au printemps, on observe à l’embouchure des rivières des myriades de petites anguilles auxquelles on donne le nom d q montée, qui viennent remplacer celles que la pêche ou la voracité des autres poissons ont détruites, et qui ne paraissent retourner à la mer que pour y déposer leur frai. Les anguilles nagent également bien en arrière et en avant, et leur peau est si glissante qu’on les saisit très-difficilement. Elles peuvent quitter l'eau et traverser les prairies, soit pour y chercher des limaces ou des vers, soit pour gagner d’autres cours d’eau ou pour se glisser dans les fontaines, les puits, les citernes, etc. Elles ont la vie fort dure, et on les voit remuer et palpiter pendant un certain temps, après avoir été écorchées et coupées par tronçons ; leur chair est blanche, grasse, d’un goût très-agréable, mais elle est difficile à digérer.

Les congres diffèrent des anguilles communes par leur mâchoire supérieure plus longue que l’inférieure et par leur dorsale qui commence assez près des pectorales. Le congre commun, que l’on vend à Paris sous le nom d’ anguille cle mer , atteint 2 mètres de longueur et la grosseur de la cuisse.

Les murènes manquent tout à fait de pectorales, mais ont encore la dorsale et l’anale bien visibles ; leurs branchies s’ouvrent par un petit trou de chaque côté ; leurs opercules sont très-minces et leurs rayons branchiostéges complètement cachés sous la peau ; l’espèce la plus célèbre est la murène commune, .poisson très-répandu dans la Méditerranée et dont les anciens faisaient grand cas. Ils en élevaient dans des viviers, et l’on a souvent cité la cruauté de Védius Poilion, qui faisait jeter aux siennes ses esclaves fautifs.

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Les gymnotes ont, comme les anguilles, les ouïes en partie fermées par une membrane ; mais cette membrane s’ouvre audevant des nageoires pectorales. L’anus est placé fort en avant; la nageoire anale règne sous la plus grande partie du corps et le plus souvent jusqu’au bout de la queue; mais il n’y a pas du tout de nageoire dorsale. Il y en a une espece fort célèbre qui habite les rivières de l’Amérique méridionale : c’est le gymnote électrique, à qui sa forme allongée et tout d’une venue, et sa tête et sa queue obtuses, ont fait donner aussi le nom d 'anguille électrique. Il atteint 2m,5 à 3 mètres de longueur, et donne des commotions électriques si violentes qu’il abat les hommes et les chevaux. L’organe qui produit ces effets règne tout le long du dessous de la queue, dont il occupe la moitié de l’épaisseur. Il est formé de quatre faisceaux longitudinaux, composés d’un grand nombre de lames parallèles, très-rapprochées, aboutissant d’une part à la peau, de l’autre au plan vertical moyen du poisson, et recevant un très-grand nombre de nerfs.

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