ORDRE DES CIIONDROPTÉRYG1 ENS
Les poissons chondroptérygiens ou cartilagineux, forment une série (1) peu nombreuse, mais très-remarquable par ses formes variées et son organisation. Ils ont le squelette essentiellement cartilagineux, c’est-à-dire qu’il ne s’y forme pas de fibres osseuses, mais que la matière calcaire s’v dépose par petits grains discontinus ; ils n’ont pas de sutures à leur crâne, qui est toujours formé d’une seule pièce. Ils manquent d’os maxillaires et intermaxillaires, dont les fonctions sontrem plies par les os analogues aux palatins, ou par le vomer. La substance gélatineuse qui, dans les poissons ordinaires, remplit les intervalles des vertèbres et communique de l'une à l’autre seulement par un petit trou, forme, dans plusieurs chondroptérygiens, une corde qui enfile toutes les vertèbres, sans presque varier de diamètre.
Les chondroptérygiens se divisent en deux ordres : ceux dont les branchies sont libres , comme dans les poissons ordinaires, et ceux dont les branchies sont fixes, ou attachées à la peau par leur bord extérieur, en sorte que l’eau n’en sort que par des trous de la surface. Le premier ordre ne forme qu’une famille dite des sturioniens; le second ordre forme deux familles : les sélaciens et les cyclostomes.
Les sturioniens tiennent encore d’assez près aux poissons or-
(1) Voir le tableau de la classification des poissons, page 157.
CIIONDROPTÉRYGIENS. i 93
dinaires, parleurs ouïes, qui n’ont qu’un seul orifice très-ouvert et garni d un opercule, niais sans rayons à la membrane. Ils ne forment que trois genres dont le principal est celui des esturgeons.
Les esturgeons ont aussi la forme générale des poissons osseux, et établissent, par la conformation de leur squelette, le passage entre ceux-ci et les vrais chondroptérygiens ; car plusieurs os de leur tête et tous ceux de l’épaule sont complètement durcis; leur mâchoire supérieure se compose des palatins soudés aux maxillaires, et 1 on trouve dans l’épaisseur des lèvres des vestiges des intermaxillaires. Leur corps est plus ou moins garni d écussons implantés sur la peau en rangés longitudinales; leur bouche est petite et dépourvue de dents; leur nageoire dorsale est située en arrière des ventrales et au-dessus de l’anale ; enfin la caudale entoure l’extrémité de la queue et présente en dessous un lobe saillant. Ces poissons sont en général de grande taille et sont doués d’une force musculaire considérable ; mais ils ont des habitudes paisibles et ne sont guère redoutables que pour les petits poissons. Au printemps, les esturgeons remontent par troupes nombreuses de la mer dans les fleuves, pour y déposer leurs œufs, et les jeunes paraissent gagner promptement la mer et y rester jusqu’à l’âge adulte. Leur fécondité est trèsgrande, car on assure avoir trouvé près de 1,500,000 œufs dans une femelle du poids de 139 kilogrammes, et dans une autre, pesant 1,400 kilogrammes, les œufs seuls en pesaient 400. Nous avons dans toute l’Europe occidentale l’esturgeon commun (Acipenser Sturio, L.), long de plus de 2 mètres, à museau pointu, et pourvu de 5 rangées d’écussons forts et épineux. On le rencontre également dans les fleuves qui se jettent dans la mer Noire et dans la Caspienne, mais il y est accompagné d’autres espèces,
Fig. 869. — Grand esturgeon.
et pt incipalement du grand esturgeon ( Acipenser Huso , L.) (Iig. 869), dont les boucliers sont plus émoussés, les barbillons plus courts et la peau plus lisse que dans l’esturgeon ordinaire. Il atteint souvent 4 à 5 mètres de longueur et plus de 600 kilogrammes de poids. C’est avec ses œufs pressés et salés que l’on prépare le caviar, mets très-recherché dans les pays du Nord, Güiboubt, Drogues, 6e édition. 1' jy 13
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et avec sa vessie natatoire que l’on fà\iYichthyocolle ou colle de poisson .
Iciithyocoile, ou colle de poisson. Celte substance sc prépaie surtout en Russie, avec la vessie aérienne du grand esturgeon. On nettoie ces vessies, on les roule sur elles-mêmes, on les fait sécher, et, sur la fin de leur dessiccation, onleur donne la forme d’une lyre ou d’un cœur, comme on le voit dans le commerce . d’autres fois aussi on sc contente, après qu’elles ont été nettoyées et séchées en partie, mais non roulées, de les plier en caiié, a peu près comme nous faisons d’une serviette, et 1 on en achète la dessiccation après les avoir rapprochées à la manière des feuillets d’un livre, et fixées à l’aide d’un bâton qui les traverse. Ces trois modes de préparation, qui constituent les trois sortes de colle de poisson du commerce, en lyre , en cœur et en livre , donnent toujours des produits plus ou moins colorés ; on les blanchit en les exposant à la vapeur du soufre. On doit les choisir blanches, demi-transparentes, sans odeur, se dissolvant dans 1 eau bouillante presque sans résidu, et lui donnant, par le refroidissement, une forte consistance gélatineuse. Lorsqu’on les interpose en feuille mince entre l’œil et la lumière, elles présentent un chatoiement irisé semblable à celui de la nacre de peilc.
Des trois sortes de colle de poison que je viens de nommer, la plus chère et la plus estimée dans le commerce est celle en lyre , dite aussi petit cordon , à cause de sa petitesse, comparativement a celle en cœur que l’on nomme communément gros cordon; après vient le gros cordon et enfin la colle de poisson en livre, qui est la moins estimée. Je ne crois pas que cette gradation soit bien raisonnée, car j’ai éprouvé, par expérience, que le gros cordon se dissolvait bien plus facilement dans l’eau que le petit, qu’il fournissait au moins autant de gélatine, et laissait plutôt moins de résidu qu’autant. Quant à la colle en livre, elle m’a paru moins facilement soluble que le petit cordon; mais, en défini fixe, elle ne laisse pas plus de résidu, et sa qualité est presque égale.
La colle de poisson est très-usitée pour faire des gelées, et pour clarifier différentes liqueurs, comme la bière et le vin blanc. Elle possède à cet égard une propriété beaucoup plus marquée qu’aucune des colles ou gélatines obtenues par décoction de diverses substances animales. Cela tient à ce que, au lieu d ètie un produit désorganisé, soluble dans l’eau, l’ichthyocolle est formée d’un tissu organique qui se gonfle et se divise seulement dans l’eau, en formant un réseau qui sc resserre par suite de sa combinaison avec quelque principe astringent des liqueurs, entraînant toutes les impuretés dans sa précipitation.
Autres colles de poisson :
CHONDROPTÉRYGIENS. J9.j
Colle de i»oisso*« ««glaise. Celte colle est en lanières filiformes, longues de 55 millim. environ, qui paraissent avoir été coupées dans de l’ichthyocolle en feuilles, d’une qualité supérieure. Elle est presque transparente, très-chatoyante à la lumière, très-facilement et complètement soluble dans l’eau, donnant une gelée transparente et incolore. C’est la plus belle et la meilleure des ichtbyocolles naturelles.
[Pereira décrit une colle de poisson de l’Inde, qui parait fournie par un Polynemus, très-probablement le Pol.pebleim (I).]
t oile »ie poisson vitreuse. Cette substance, fabriquée avec les écailles de carpe, est la plus belle des colles artificielles que j aie vues. Elle est en lames très-minces, incolores et transparentes comme du verre, à surface resplendissante , rayée de lignes parallèles rapprochées. Elle a la consistance et presque la ténacité de la corne, est quelque temps à se dissoudre dans la bouche, mais se dissout complètement dans l’eau bouillante, et forme une gelée aussi belle et aussi consistante que l’ichthyocolle. Il ne faut pas la conlondrc avec les gélatines de quadrupèdes, que l’on prépare aujourd’hui très-minces et. fort belles, mais qui ne pioduisent jamais avec l’eau une gelée aussi abondante ni aussi tremblante.
Fsmsse ichthyocolie en lyre. Cette substance provenant de vessies de machoiran de Cayenne et de Para a tout à fait la forme de 1 ichthyocolle en lyre, et est fabriquée comme elle avec une membrane de poisson roulée, contournée et desséchée. Elle est pins grosse que le petit cordon, d’une couleur terne, grise ou jaune sale, d’un aspect corné, à peine chatoyante, très-difficile à diviser, et ne se dissolvant tout au plus qu’à moitié dans l’eau. Il com ient de la rejeter.
i- misse colle île poisson en feuilles. Cette substance provient des vessies natatoires de morue qui nous arrivent par Dunkerque. Elle est en feuilles très-minces, longues de 22 à 27 centimètres, larges de 6 à 8; elle est bosselée, opaque, d’un blanc terne et non chatoyante; elle se déchire facilement en tous sens, tandis que la véritable colle de poisson ne se déchire que dans le sens de ses fibres. Elle offre une saveur salée.
Elle se ramollit dans l’eau, se tuméfie et s’y divise en grumeaux. Elle laisse un résidu considérable lorsqu’on la traite par l’eau bouillante, et la liqueur ne se prend pas en gelée en refroidissant. On trouve souvent de cette fausse colle de poisson chez les épiciers de campagne.
Colle tic machoiran de Cayenne. J ai reçu anciennement, d’une
(1) Voi v Pharm. Journ., t. X, p. G00.
LES POISSONS
personne qui occupait un poste supérieur à Cayenne, tion> vessies de machoirans (l), qui sont très-épaisses, comme musculeuses et formées d’une cavité supérieure cordiformc, p us large que haute, séparée par un étranglement dune secon c cavité obi on gu e ou fusiforme. La plus petite de ces vessies, a l’état de dessiccation, est longue de 22 centimètres, large de 10 à sa partie supérieure, et pèse 102 grammes. La seconde vessie présente une cavité supérieure large de 13 centimètres, haute de 11, une cavité inférieure longue de 15, large de 7, et est d un poids total de 278 grammes. La troisième, dont je n ai que la cavité cordilorme, volumineuse et très-déformée, pèse 460 grammes. Cette ichthyocolle m’a paru peu soluble dans l’eau et ressembler beaucoup, pour la qualité, à la fausse colle en lyre, décrite ci-dessus. Mais on trouve dans le commerce une très-belle colle fabriquée à Cayenne, que l’on suppose appartenir à la vessie natatoire d’un machoiran, et qui, si elle est tirée de ce poisson, ne peut provenir que de sa peau même, préparée et blanchie. Cette colle, telle qu’elle se trouve dans la collection de 1 Ecole, est en une feuille très-mince, incolore, presque transparente, luisante à sa surface, faiblement nacrée, non irisée, longue de .)0 centimètres, large de 14, offrant la forme générale d’un poisson. Dans la substance même de la feuille se trouvent imprimes, en lettres transparentes, les mots : P. Pouget, à Cayenne.
Cette ichthyocolle, de même que la fausse colle en feuille cidessus, se déchire facilement en tous sens; mise à tremper dans l’eau, elle s’y gonfle considérablement et se dissout en grande partie par l’ébullition, en laissant cependant un résidu floconneux et opaque assez abondant, -t"
ç, ORDRE DES SÉLACIENS.
Les sélaciens forment plusieurs genres principaux qui sont les squales, les marteaux, les anges, les scies et les raies. Les squales ont un corps allongé, des pectorales médiocres, des ventrales situées en arrière de l’abdomen et des deux côtés de l’anus ; une queue grosse et charnue; leurs yeux sont placés aux côtés de la tête, et leurs branchies aux côtés du cou; au total, leur forme générale est celle des poissons ordinaires. Leurs os de l’épaule sont suspendus dans les chairs en arrière des branchies, sans s’articuler ni au crâne ni à l’épine; leurs petites côtes branchiales sont apparentes, et ils en ont aussi de petites le long de l’épine qui est
(1) Ces poissons appartiennent à la famille des siluroïdes, de l'ordre des malacoptérygiens abdominaux.
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SELACIENS.
entièrement divisée en vertèbres. Chez un grand nombre de ces poissons, il existe à la partie supérieure de la tête deux ouvertures nommées évents, qui servent à porter aux branchies l’eau nécessaire à. la respiration, lorsque la gueule est remplie par une proie trop volumineuse. Plusieurs sont vivipares, les autres font des œufs revêtus d’une coque dure et cornée; aussi la fécondation a-t-elle toujours lieu avant la ponte.
On divise les squales en plusieurs sous-genres, tels que les roussettes , les requins , les milandres, les qrisets , les pèlerins , les humantins, les aiguillât s , les leiches, etc.
Les roussettes ont le museau court et obtus, les narines percées près de la bouche, continuées en un sillon qui règne jusqu'au bord de la lèvre, et plus ou moins fermées par un ou deux lobules cutanés; leurs dents sont formées d’une pointe au milieu et de deux plus petites sur les côtés. Elles ont des évents et une nageoire anale répondant à l’intervalle des deux dorsales, qui sont elles-mêmes placées fort en arrière. La grande roussette ou chien de mer ( Scyllium Canicula) atteint près de lm,ôO de longueur, est très-vorace, et suit les vaisseaux pour saisir tout ce qui en tombe. Sa peau desséchée est connue dans le commerce sous les noms de peau de roussette , de chien de mer, ou de chagrin, elle est toute couverte de petits tubercules cornés, qui lui donnent la dureté d une râpe, et qui la rendent propre à polir le bois, 1 ivoire et même les métaux. Le foie de roussette cause de graves accidents à ceux qui en mangent. Il fournit, à l’aide du feu, une grande quantité d’huile.
Les requins ont en dessous de leur museau proéminent des narines non prolongées en sillon, et une large gueule demicirculaire, munie de dents tranchantes et pointues, dentelées sur leurs bords. Ils manquent d’évents, ont la première dorsale bien avant les ventrales, et la deuxième à peu près vis-à-vis de l’anale. Le requin vrai {Carcharias verus) a 8 ou 10 mètres de long, une gueule fortement fendue au-dessous du museau, et d’un contour égal environ au tiers de la longueur de l’animal. II est d’une force et d’une voracité extrêmes, et est l’effroi des navigateurs dans presque toutes les mers. Il avale les hommes tout entiers et fait sa nourriture habituelle des thons, des phoques et des morues.
La peau du requin sert aux mêmes usages que celle de la i ousselte. On en couvre aussi des malles, et l’on en fait des liens, des courroies, des outres à contenir de l’huile, etc.
Les scirs ont la forme allongée des squales ; mais leur corps est aplati en avant, leurs branchies sont ouvertes en dessous, comme dans les raies, et leur museau se prolonge en un long bec osseux,
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déprimé en forme de lame d’épée, et armé, de chaque côté, d’une série de grandes pointes tranchantes, implantées comme les dents d’une scie. Ce bec, qui leur a valu leur nom, est une arme puissante avec laquelle ces poissons ne craignent pas d attaquer les plus gros cétacés. Les vraies dents de leurs mâchoires ont la forme de petits pavés.
Les raies forment un genre non moins nombreux que celui des squales. Elles se reconnaissent à leur corps aplati horizontalement et semblable à un disque, à cause de son union avec des pectorales très-amples et charnues, qui se joignent en avant avec le museau, et qui s’étendent en arrière jusque vers la base des ventrales. Les yeux et les évents sont à la face dorsale; la bouche, les narines et les orifices des branchies à la face ventrale. Les nageoires dorsales sont presque toujours sur la queue. On les divise en rhinobates , torpilles , raies proprement dites, pas tenu gués, etc.
Les torpilles (fig. 870 et 871) ont la queue courte et encore assez
Fig. 870. — Torpille commune. Fig. 871. — Torpille commune.
charnue; le disque de leur corps est à peu près circulaire, le bord antérieur étant formé par deux productions du museau qui se rendent de côté pour atteindre les pectorales. Nous citerons la torpille commune, TorpedoNarke, Llesso ; Raja Rorpedo , L. L'espace entre ces pectorales, la tète et les branchies, est rempli de chaque côté par un appareil extraordinaire ( fig . 871), formé de petits tubes membraneux serrés les uns contre les autres, comme des rayons d’abeilles, subdivisés par des diaphragmes horizontaux cn
SELACIENS.
petites cellules pleines de mucosités, et animés par des nerfs abondants venant de la huitième paire. C’est dans cet appareil que réside la puissance électrique qui a rendu ces poissons si célèbres et qui leur a valu leur nom. Ils ne sont pas cependant aussi redoutables que le gymnote électrique dont j’ai parlé précédemment (page 192). On connaît un troisième genre de poisson électrique appartenant aux malacoptérygiens abdominaux et à la famille des siluroïdes : c'est le silure ou malaptérure électrique , le raasch ou tonnerre des Arabes, qui habite le Nil et le Sénégal (I).
Les raies proprement dites ont le disque rhomboïdal, la queue mince, garnie en dessus, vers la pointe, de deux petites dorsales, et quelquefois d’un vestige de caudale. Nos mers en fournissent beaucoup d’espèces encore mal déterminées; l’une des plus estimées pour la table est la raie bouclée {Raja clauata, L.), qui se distingue par son âpreté et par les gros tubercules osseux, ovales et garnis chacun d’un aiguillon recourbé, qui hérissent irrégulièrement et en nombre très -variable ses deux surfaces.
L’huile de foie de raie, telle qu’on la prépare dans les pharmacies, est d’un jaune doré, transparente et de propriétés analogues à celles de l’huile de foie de morue; elle paraît contenir moins d’iode (voyez page 188).
Les pastenagucs diffèrent des raies par leur queue armée d’un long aiguillon dentelé des deux côtés, ce qui en fait une arme très-dangereuse. C’est à ce genre qu’appartient le sephen de la mer Rouge et de la merdes Indes, qui fournit à l’insdustrie cette peau dure et tuberculeuse appel éegaluchat, du nom d’un ouvrier de Paris qui paraît l’avoir mis en usage. La plupart des sélaciens, tels que les roussettes, les requins , les humant ins, les aiguillais, les leiches, etc., sont d’ailleurs pourvus d’une peau rude et tuberculeuse, dont on se sert pour faire des courroies, couvrir des malles, des étuis, des boîtes à bijoux, -des garnitures d’armes, ou pour polir le bois, 1 ivoire et les métaux. La plus grande confusion régnant dans le commerce entre ces peaux, chaque commerçant leur appliquant à sa fantaisie les noms de peau de requin , de chien de mer , de chagrin et même de galuchat , je me sois procuré celles que j’ai pu, alin de les décrire et d’en déterminer l’espèce autant que possible.
1. lVau de requin. Je n’ai pas trouvé celte peau dans le commerce ; celle d un jeune requin desséché, qui fait partie de la collection de l’École, est mince, couverte partout de très-pe-
(I) Voyez C. Matteucci, Traité des phénomènes électro-physiologiques des animaux, suivi d'études anatomiques sur te système nerveux et sur l’organe électrique de la torpille. Paris, 1844. - Jobert (de Lambaile), des Appareils électriques des poissons électriques. Paris, 1858, in-8 avec allas de 1 1 p!. in-fol.
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t i tes écailles imbriquées, d’une couleur grise uniforme, a demi translucides, rayées dans le sens longitudinal, et à bord entier et circulaire. Ce bord çst libre sur le corps de l’animal, ce qui donne à la peau de la rudesse au toucher, mais il est soudé sur les nageoires, qui offrent un toucher très-doux. Cette peau punirait servir à couvrir des malles, des meubles ou des étuis ; mais foi t peu à polir les ouvrages de bois ou d’ivoire ; c’est pour cela sans doute qu’on ne la trouve pas dans le commerce.
2. Peau tle roussette mouchetée. Cette peau est OU\CltC pai le ventre ; elle a le museau court et arrondi; les évents placés tout près des yeux, un peu au-dessous et en arrière. Les branchies ont cinq ouvertures dont les deux dernières sont placées au-dessus des pectorales; celles-ci sont coupées carrément et les ventrales le sont obliquement. Les deux dorsales sont placées bien en arrière des ventrales, et l’anale répond à l’intervalle des deux dorsales. La caudale se compose de deux parties presque distinctes : une inférieure, grande et triangulaire, obscurément lobée en arrière ; une terminale, courte, élargie, coupée carrément à l’extrémité, arrondie aux angles, faiblement échancrée au milieu, et formant deux lobes arrondis, peu marqués.
Tous ces caractères appartiennent à la première section des roussettes ( Scy Ilium de Cuvier), mais j’en ignore l’espèce. Ces peaux sont longues de 70 à 73 centimètres, larges de 44 à 46 centimètres un peu en avant des pectorales, ce qui est le point de leur plus grande largeur. Toute la peau du dos, comprise entre les nageoires, et depuis l’extrémité du museau jusqu’à celle de la queue, est couverte d’une infinité de taches rondes et brunâtres, sur un fond blanchâtre. Le ventre, en étant dépourvu, est blanc. Les taches sont assez grandes et distinctes sur les côtés du corps, principalement à la face supérieure des pectorales, qui présente la disposition des taches 'du guépard ou du serval. Ces taches diminuent de grandeur, se rapprochent et finissent presque par se confondre sur la ligne médiane du dos, qui est, à cause de cela, d’un gri-s noirâtre plus foncé que le reste du corps (I). Toute cette peau est couverte d 'écailles tuberculeuses imbriquées, trèsfines et très-serrées; cornées, très-dures, transparentes. Chacune de ces écailles est triangulaire et comme formée de trois pointes épineuses soudées, dont les deux latérales sont courtes et élargies, et celle du milieu proéminente, plus longue et terminéepar une pointe aiguë. Toutes ces écailles, dont la pointe est dirigée en arrière,
(1) Une peau de roussette, un pou différente des précédentes, est longue de 55 centimètres, large de 11, d’une teinte grise à peu près uniforme, offrant des taches très-nombreuses peu distinctes, à peu près également réparties partout, cependant toujours plus rapprochées sur le dos que sur les flancs.
SELACIENS.
donnent à la peau un reflet velouté et lui communiquent la rudesse d’une râpe. Cette peau est d’un très-grand usage pour polir; on en forme aussi, à ce qu’on m’a assuré, ce que je nomme du faux galuchat , en usant par le frottement les écailles, qui laissent sur le derme l’impression d’un réseau carré, lequel devient très-apparent en collant la peau ainsi préparée sur un papier vert, recouvrant lui-même les objets de gaînerie auxquels on veut donner cette couverture. Mais je suis persuadé que ce faux galuchat est obtenu plutôt avec la peau d’aiguillat, dont il sera question ci-après.
3. i*ea ii «u* îeiche. Celte peau est celle que l’on vend le plus communément, sous le nom de peau de chien de mer , aux ébénistes, pour polir le bois. Elle est ouverte par le dos, longue de lm,45, large de 0m,4G en arrière des pectorales, et présente, dans son état de dessiccation, une forme â peu près rhomboïdale. La l ô te a dû être fort obtuse et le museau court ; les narines sont placées à l’extrémité du museau et éloignées de la bouche : l’ouverture des yeux est placée en arrière de chaque narine : elle est assez grande et ovale-oblongue. Lesévents en sont assez éloignés; les ouvertures branchiales sont au nombre de cinq ; les deux dernières sont très-rapprochées, et la dernière touche aux nageoires pectorales. Toutes les nageoires, à l’exception de la caudale, qui est plus grande, sont sensiblement égales et ont 13 à 14 centimètres de longueur. Les nageoires pectorales commencent à 24 centimètres à l’extrémité du museau; la première dorsale â 48, les deux ventrales â 8G, la deuxième dorsale à 90, et la caudale â 1 m, 1 0 ; il n’y a pas d’anale. La caudale est entière, plus large au commencement, en dessous qu’en dessus, en forme de fer de lance et longue de 33 centimètres.
Toute celte peau est d’un gris brunâtre uniforme et présente l'aspect et le toucher d'une râpe. Elle est toute couverte d 'écailles tuberculeuses, disposées en quinconce, très-rapprochées, mais laissant cependant un espace distinct entre elles. Les écailles sont toutes égales, comme rhomboïdales, tixées au derme par l’angle antérieur, libres et terminées en pointe aiguë à l’angle postérieur. Elles sont demi-transparentes, de nature cornée, et présentent à leur surface 3 ou 4 sillons qui convergent vers la pointe.
4. l’eau «l'aigu iilat. Elle est ouverte par le ventre, longue de 90 centimètres, mais l’extrémité de la tète et la queue manquent. Les évents sont situés de chaque côté, vers le sommet de la tête ; les branchiesont 4 ou 3 ouvertures transversales, placées en avant des pectorales. La première nageoire dorsale est placée peu en arrière des pectorales, et la seconde dorsale est très-éloignée de
LES POISSONS
la première, en arrière des ventrales. 11 n’y a pas d’anale. Chaque nageoire dorsale est précédée par un aiguillon aplati, corné et aigu, long de 4 centimètres. La surface de la peau est comme polie et luisante, marquée d’un grain très-fin et uniforme; elle est d’un gris brunâtre sur le dos et d’un gris blanchâtre sur le ventre. Cette peau appartient évidemment au Spinax Acunthias (Cuv.), qui est assez, commun sur nos marchés, mais dont la chair est dure, filandreuse et peu agréable au goût(l). La peau, vue à la loupe, paraît toute couverte de petites écailles épaisses, carrées, disposées en quinconce, d’une transparence opaline et nacrée, incisées ou dentées comme une petite coquille du côté antérieur; terminées à l’angle postérieur par une pointe très- obtuse, non redressée, ce qui prive cette peau de la rudesse qui distingue les précédentes, et fait dire aux ouvriers qu'elle ne mord pas. Mais la régularité de son grain et son éclat nacré la font rechercher des gaîniers et des armuriers, pour faire des étuis et des fourreaux d’épées. Je pense que c’est avec elle également que l’on fabrique le faux galuchat, dont j’ai parlé plus haut.
5. Peau «le sagre (Spinax niger, Cuv.). Je n’ai qu’un très-petit carré de cette peau avec un de ses aiguillons ; la peau entière n’a pu être retrouvée. Elle ne diffère de la précédente que par scs tubercules plus gros, par une rudesse plus marquée et par une couleur grise plus foncée; l’aiguillon est arrondi à la base, aplati seulement à l’extrémité, long de 6,5 centimètres. Ce qui méfait attribuer cette peau au sagre, c’est que ce poisson a les tubercules du ventre plus gros et plus colorés que ceux du dos, et que l’aiguillon que j’en ai, ayant été détaché du bord de la peau, celle-ci était par conséquent ouverte par le dos, qui en est, en effet, la partie la moins estimée. Cette peau sert aux mêmes usages que la précédente, mais elle est beaucoup plus belle et plus rare.
6. Galuchat ou peau «le sephen. Cette peau, tirée du dos du Trygon Sephen , Cloq., se trouve dans le commerce en morceaux roulés, longs de 40 à 60 et quelquefois 65 centimètres. Elle présente, sur un fond gris foncé, un nombre infini de tubercules très-serrés, proéminents, arrondis, blanchis par le frottement, et qui sont à l’intérieur blancs, opaques et nacrés. Ces tubercules grossissent en allant vers le milieu de la peau, dont le centre est toujours occupé par un amas de quelques tubercules beaucoup plus volumineux que les autres. On couvre, avec la peau de sephen, des poires à poudre ; on en fait des fourreaux ou des poignées de sabres et de poignards, etc. Quelques fabricants la blanchissent complètement ou la teignent de différentes couleurs;
(I) D’après M. Auguste Diunéril, cette peau appartient au Centrophorus grunulosus ( note manuscrite de M. Guibourt),