CASTOR
en un uiot, l’infériorité de ces animaux se montre dans la plupart des détails de leur organisation. Cependant les genres qui ont de plus fortes clavicules jouissent d’une certaine adresse et se servent de leurs pieds de devant pour porter les aliments à leur bouche. On s’est servi de ce caractère pour diviser les rongeurs en deux sections, celle des rongeurs clavicclés et celle des rongeurs a clavicules imparfaites. La première renferme les tribus, genres ou sous-genres suivants :
Sciuiuens : Écureuils , polalouches, aye-aye.
Muséides : Marmottes, loirs , hydromys , rats, hamsters , (jerbilles.
Gerboisiens : Menons , gerboises,
Hélamiens : Hélamys du Cap.
Arvicoliens : Campagnols, lemmings , ondatras.
Castoriens : Castors, coccias.
Rats-taupes : Zemni ou rat taupe aveugle, oryctères.
Chinchilliens : Chinchillas, lagostomes, lagotis.
Les rongeurs à clavicules imparfaites comprennent les genres porcépic, pacca, lièvre, cabiai, cobaye, agouti.
Les rongeurs de petite taille, tels que les souris, les rats, les hamsters, les loirs et les campagnols, ne présentent aucune utilité sous le rapport de leur fourrure, et ne peuvent guère être cités que par les dommages que nous cause leur voracité ; ceux de taille moyenne, comme les écureuils et les chinchillas, fournissent au commerce des pelleteries estimées; quant aux plus gros, tels que les castors, les lièvres et les lapins, on se sert de leurs dépouilles moins pour en faire des pelleteries proprement dites, que pour en séparer le poil avec lequel sont fabriqués les chapeaux de feutre. Les castors, dont nous traiterons seuls en particidier, nous offrent un intérêt plus direct par la substance odorante qu’ils fournissent à l’art médical, où elle est connue sous le nom de castoréum. o
Castor et castoréum.
Le castoréum est une sécrétion particulière au castor, Castor filer, L. {fg. 71)1), mammifère rongeur qui habite, rassemblé en société, les contrées incultes du Canada et de la Sibérie. Il paraît avoir été commun autrefois en Europe, et l’on en trouve encore quelques-uns en France, où on les nomme bièvres (1),
(1) Le castor se nommait de même en grec (xâarwp) ; mais toutes les nations occidentales de l’Europe l’appellent de noms qui ont une origine commune, toute différente de la première. Ainsi les Latins le nommaient fiber, les Allemands l’appellent encore biber, les Italiens et les Espagnols bivaro, bevaro ou biverio, les Français bièvre, les Anglais beaver, les Suédois baeffwer, les Polonais bobr. Ou pense que la petite rivière de Bièvre, qui se jette dans la Seine, à Paris, doit son nom à ce qu'elle a été autrefois habitée par des castors ; mais ils ont été
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en Allemagne, dans la Prusse et dans la Pologne ; mais ils y deviennent de plus en plus rares. Ils y sont fugitifs et solitaires, et n’y montrent pas celte industrie si vantée, qu’une vie plus tranquille leur permettrait sans doute de développer, comme dans le nord de l’Amérique ou de l’Asie.
Les plus gros castors ont de 10 à 13 décimètres de longueur, du museau à l’extrémité de la queue, et de 34 à 40 centimètres de largeur vers la poitrine. La tète ressemble assez à celle d’une
Fig. 791. — Castor.
marmotte, et est presque aussi large que longue, ayant 13,5 centimètres dans le premier sens et 15 dans le second. Chacune des mâchoires est garnie de dix dents, dont deux incisives sur le devant et quatre molaires de chaque côté. Les incisives inférieures sont longues de 27 millimètres et plus, mais celles d’en haut n’ont guère que 23 millimètres ; elles sont toutes d’un jaune safrané au dehors, blanches en dedans, et fort tranchantes â l’extrémité qui est taillée en biseau, de dedans au dehors. Les molaires sont directement opposées les unes aux autres, â couronne plate, ayant l’air d’être faites d’un ruban osseux replié sur lui-même, en sorte qu’elles présentent une échancrure au bord interne et trois â l’externe dans les supérieures, et l’inverse dans les inférieures. Toutes ces dents croissent pendant toute la vie de 1 animal, et ne sont limitées dans leur longueur cjue par 1 usine résultant de leur action sur les bois et les écorces, que les castors coupent ou dont ils se nourrissent. Les mamelles
plus abondants dans les îles du Rhône et dans ses affluents. Je crois que le dernier exemple d’un castor trouvé en France est celui pris sur les bords du Gardon, dans le Dauphiné, qui a vécu au Muséum d’histoire naturelle. 11 paraît qu’il en existe toujours sur le parcours du Danube, et M. Théodore Martius compte le eastoréum de Bavière au nombre de ceux qui servent à l’usage médical, en Allemagne.
RONGEURS. — CASTOR
sont au nombre de quatre, dont deux placées près du cou, entre les pattes antérieures, et deux sur la poitrine.
La peau du castor est revêtue de deux sortes de poils : l’un
gris, court, très-fin et bien fourni ; l’autre brun, plus long, plus ferme et grossier. Les doigts des pieds de devant sont au nombre de cinq, courts, bien séparés, cl garnis d’ongles très-forts ; les doigts des pieds de derrière sont en nombre égal, mais beaucoup plus longs, réunis par une membrane pareille à celle des oiseaux palmipèdes, et destinés de même à la natation. La queue est aplatie, ovale, épaisse, et couvcric d’écail les comme le serait celle d’un poisson; on a même prétendu qu’elle en avait le goût :
mais il paraît qu’on s’est exagéré la différence que son séjour habituel dans l’eau pouvait apporter à sa constitution intime.
Cette queue sert de gouvernail à l’animal.
Les pariies de la génération et l’anus {fi g. 792) s’ouvrent dans une poche commune qui aboutit à la naissance de la queue; la verge, qui ne parait pas au dehors, se dirige en arrière, et les testicules sont cachés dans les aines : de chaque côté du conduit
toréum du castor mâle (*).
commun se trouvent deux paires de glandes, dont la paire infe-
0 partie de la queue ; c, ouverture de l’anus; dd, ouverture des glandes anales e, e, qui sécrètent une matière huileuse jaune, differente du castoréum. Chacune decesglandis est ordinairement accompagnée de une ou plusieurs glandes plus petites renfermées avec elles dans un même tissu cellulaire et dans une enveloppe musculaire commune, de sorte que, avant que cette enveloppe soit ouverte, les glandes anales paraissent être au nombre de deux seulement ;/■,/■, ouvertures des petites glandes anales; g, ouverture du canal préputial dans lequel viennent s’ouvrir les deux glandes au castoréum, dont l’une h est entière, et dont l’autre /»' est représentée coupée longitudinalement, afin de montrer les rep is membraneux de sa surface interne, d’où sécrète la substance du castorénm ; i, prépuce cylindrique : il est couvert de petites papilles noirâtres, pointues, dirigées en arrière; à l’extrémité du gland se trouve l’orifice de l’urètre; l, verge; elle contient dans toute sa longueur un os cartilagineux triangulaire; m, prostate; n, n, g'andes de Cowper ; p, p, vésicules séminales ; q, q, vaisseaux déférents; r, r, testicules ; v, vessie.
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rieure, située près de l’anus et souvent accompagnée de quelques autres glandes plus petites, renferme une matière huileuse jaune, et d’odeur désagréable, qui n’est pas la sécrétion nommée castor, éum. Celle-ci est contenue dans les deux glandes supérieures, que leur figure pyrifôrme et leur communication par leur partie la plus étroite font assez bien ressembler à une besace dont les deux poches seraient dirigées en haut. Dans l’animal adulte, ces poches n’ont pas moins de 8 centimètres de long, et elles peuvent en avoir jusqu’à 13. Elles sont bien différentes des testicules, qui sont placés dans les aines, comme je viens de le dire: d’ailleurs la femelle porte également ces glandes au castoréum, quoique moins développées que chez le mâle. Ces détails montrent l’absurdité de l’opinion anciennement répandue, que le castor, poursuivi par les chasseurs, s’arrache les testicules, et les leur abandonne comme sa rançon, puisque les glandes au castoréum ne sont pas les testicules, et que les uns et les autres sont situés à l’intérieur du corps, et hors de toute atteinte de la part de l’animal.
Au Canada, et probablement aussi en Sibérie, les castors vivent solitaires pendant l’été, dans des terriers qu’ils'- se creusent dans le voisinage des rivières; mais, aux approches de l’hiver, ils se rassemblent en grand nombre et choisissent un lieu propice pour y établir leurs communes demeures ; c’est toujours sur le bord d’un lac ou d’une rivière assez profonde pour ne pas geler jusqu’au fond. Si l’eau est tranquille et dormante, ils élèvent immédiatement leurs cabanes sur le rivage ; si au contraire c’est une eau courante et sujette à des crues, ils commencent, avant tout, par bâtir au travers une forte digue composée d’arbres renversés, de branches, de pierres et de limon, le tout crépi et recouvert d’un enduit solide. Celte digue est toujours perpendiculaire du côté du courant, et taillée en talus ou en dos d’âne du côté opposé, de manière qu’elle a au plus 60 centimètres d’épaisseur à la partie supérieure, mais qu’elle en a 3 à 4 mètres à la base, ce qui lui donne un grande solidité. Dès qu’elle est élevée, les castors y adossent leurs cabanes, composées des mêmes matériaux, à plusieurs étages, et assez grandes pour loger chacune huit ou dix individus. Tous ces travaux ne se font que la nuit, et avancent avec une rapidité surprenante; les castors n’ont cependant pour outils que leurs dents, leurs ongles et leur queue. Lorsqu’ils ont terminé, ils s’approvisionnent d’écorces pour l’hiver, et se renferment chez eux.
La chasse des castors se fait ordinairement en hiver, époque à laquelle leur fourrure est le mieux fournie et la plus belle. Lorsqu’ils entendent l’arrivée des chasseurs, ils fuient sous l’eau ;