COLÉOPTÈRES. — CANTHARIDE OFFICINALE
-j~ Cantharide officinale.
Le nom de cantharide est d'origine grecque (xavOap fç) ; mais il est fort douteux que les anciens le donnassent à l’insecte qui le porte aujourd’hui. Ainsi Dioscoride, en conseillant de récolter les cantharides qui se trouvent dans les froments, et en disant que les meilleures de toutes sont celles qui ont des raies jaunes en travers de leurs ailes, désigne assez clairement le myïabre de la chicorée; et, lorsqu’il ajoute que celles qui sont d’une seule couleur sont inertes, il est évident qu’il veut parler d’un insecte différent de notre cantharide officinale. Il est probable que ce sont ces considérations qui ont déterminé Linné à donner le nom de cantharide à un autre genre de coléoptères, qui a formé depuis les deux genres malachie et téléphore, et à comprendre la cantharide officinale dans son genre Meloe , sous le nom de Meloe vesicatorius. Fabricius, divisant ensuite le genre Meloe, donna à la cantharide le nom de Lytta vesicatoria ; enfin Geoffroy lui a rendu
son nom officinal, Cantkaris vesicatoria, aujourd’hui généralement adopté.
La cantharide (fi y. 877) est un insecte coléoptère, hétéromère trachélidc; autrement, insecte à quatre ailes, dont les deux supérieures, nommées clytres, en forme d’étuis; h cinq articles aux quatre premiers tarses et seulement quatre aux deux derniers; à tête en cœur séparée du corselet par un rétrécissement brusque en forme de cou. Chacun des deux crochets des tarses est profondément divisé ou double ; les antennes sont filiformes, atteignant au moins la longueur de la moitié du corps, et sont composées de onze articles dont le premier est ovoïde et renflé , le second annulaire et très-petit, et les autres allongés; les élvtres sont longues et flexibles. Le genre cantharide comprend plusieurs espèces qui diffèrent par leur grandeur, leur couleur et d’autres caractères peu importants : toutes sont vésicanles, mais à des degrés différents. Celle que nous employons, qui est la plus commune et la plus active, est d’un vert doré, sauf les neuf derniers articles des antennes et les tarses, qui sont d’un violet noirâtre. Elle a de 14 à 23 millimètres de longueur et 5 â 7 de largeur ; son odeur est forte, vireuse et très-désagréable : cette odeur annonce le voisinage des essaims, et aide à les découvrir lorsqu on \eut en faire la récolte. On ne connaît pas encore les conditions dans lesquelles les cantharides subissent leurs méta-
LES INSECTES
morphoses ; on suppose seulement qu’elles sont analogues à celles que nous indiquerons pour les méloés. Les infectes parfaits paraissent sous le climat de Paris vers le solstice d été : elles se rassemblent ordinairement en troupes sur les peupliers, les troènes, les rosiers et par préférence sur les frênes dont elles dévorent les feuilles ; il est dangereux de reposer sous les arbres qu’elles habitent. La récolte des cantharides se fait le matin avant le lever du soleil, et lorsqu’elles sont encore engourdies par la fraîcheur et l’humidité de la nuit. Une personne masquée et gantée secoue les arbres, au-dessous desquels on a étendu des draps où tombent les cantharides ; on les fait mourir à la vapeur du vinaigre, contenues dans des nouets de linge ou étendues sur des tamis; enfin on les fait sécher dans une étuve. Elles perdent beaucoup de leur poids dans cette opération, au point que, apiès, il en faut environ 13 pour peser 1 gramme.
Les cantharides sont éminemment âcres et corrosives, et sont à présent presque le seul épispastique usité ; elles sont un poison prises intérieurement, même à une très-petite dose, ce qui fait qu’on ne doit administrer ainsi quelques-unes de leurs préparations qu’avec une extrême prudence. Leur action se porte surtout sur les voies urinaires, et est si intense qu’il suffit, pour la produire, de la simple application des cantharides sur le bras. Malgré ces propriétés si énergiques, les cantharides deviennent avec le temps la proie de plusieurs espèces d’insectes et d’acariens qui en détruisent les parties les plus actives, et ne laissent guère que les élv très et les autres parties vertes. Le moyen de les préserver de cette altération consiste à les renfermer, après les avoir entièrement désséchées, dans des vases hermétiquement fermés (I).
Robiquet s’est occupe de 1 analyse des cantharides, et nous a éclairés sur le siège de leur propriété vésicantc. Yoici quelquesuns de ses résultats (2).
-1° Le principe vésicant des cantharides se dissout dans l’eau à l’aide de l’ébullition.
2° Les cantharides, épuisées par l’eau et desséchées, donnent dans l’alcool une teinture qui produit par son évaporation une huile verte nullement vésicante.
3° La décoction aqueuse évaporée donne un extrait que l’alcools épare en deux parties : l’une, noire et insoluble; l’autre, jaune, visqueuse, très-soluble: toutes deux vésicantes.
d) Journ. de chim. méd., t. III, p. 49 et 435. Voir aussi sur ce sujet A. Furnouze, de la Cantharide officinale. Thèses de l’Ecole supérieure de pharmacie
de Paris, 18G7 .
(2) Robiquet, Ann. de chim., t. LXXV1, p. 302.