HYMÉNOPTÈRES. — ABEILLE DOMESTIQUE. 22<J
très-allongé, et terminé par unepointe percée d’une ouverture qui donne issue à un aiguillon rétractile; et permet l’introduction des parties génitales du mâle; ses jambes sont aplaties et concaves, non garnies de brosses à leur partie interne.
Les mâles {fig . 888 C) sont plus gros et plus velus que les ouvrières; leur tête est arrondie ; garnie d’yeux très-gros, qui se touchent supérieurement, et de mandibules fort courtes bidentées, entièrement cachées par le poil de la face. Leur corselet est trèslarge et très-velu inférieurement ; leur abdomen est tronqué â la base, non percé â la pointe et dépourvu d’aiguillon.
Les ouvrières (fig. 888 A) sont les plus petits individus de la peuplade, leur corps n’a que 14 millimètres de longueur au plus ; elles ont des mandibules en cuiller, beaucoup plus longues que celles des mâles et de la femelle; leur front est beaucoup moins velu ; leur tête triangulaire ; leur abdomen court, conique, percé à l’extrémité d’une très-petite ouverture pour la sortie de l’aiguillon. Leurs jambes de derrière sont triangulaires, élargies, lisses, présentant du côté extérieur un enfoncement qui a reçu le nom de corbeille ; le premier article des tarses de ces jambes est aussi très-élargi, de forme carrée et creusé en gouttière ; enfin, des espèces de brosses couvrent toute la partie interne des jambes et du premier article.
C’est au printemps, et en été surtout, qu’on voit les abeilles sur les fleurs, où elles rassemblent les matériaux des deux produits précieux qu’elles savent fabriquer et dont nous les dépouillons pour notre utilité. Avant que nous eussions appris à les réunir dans des demeures artificielles, auxquelles on donne le nom de ruches, les abeilles vivaient en société dans les bois, et se cachaient dans de grandes cavités pour se mettre à l’abri des intempéries de l’air. C’est ce qu’on observe encore dans les vastes forêts de la Russie, de la Pologne, en Italie et dans quelques-unes de nos provinces méridionales.
A leur arrivée dans une ruche, les abeilles neutres, qui sont les seules qui travaillent, commencent par en boucher tous les trous par où la lumière pourrait pénétrer et les insectes entrer, avec une matière particulière, nommée propolis. Cette matière, qui est de nature résineuse, gluante et aromatique, paraît provenir de l’enduit balsamique, qui défend contre l’humidité les bourgeons des arbres et arbrisseaux, et principalement ceux des peupliers, des bouleaux et des saules.
Cet ouvrage est à peine achevé, que les abeilles se mettent à construire leurs rayons (fig. 888 D), composés d’un grand nombre de lames verticales, distantes d’environ 35 millimètres, et formées, sur chaque face, d’une infinité de cellules hexagones, des-
LES INSECTES
linées à recevoir les œufs de la femelle et à contenir le miel qui excède les besoins de la ruche. La matière de ces rayons est la cire , substance sécrétée par des organes propres aux abeilles ouvrières, et qui aboutissent à huit poches situées sous les segments inférieurs de leur abdomen : les mâles et la femelle en sont privés.
Le miel est d’une origine toute différente : il provient des liqueurs sucrées contenues dans les nectaires des fleurs, qui ont été pompées par les abeilles ouvrières, et qui sont restituées à la communauté, après avoir été élaborées dans leur estomac. Il est réservé pour la mauvaise saison : mais l’homme est là qui se l’approprie, et qui souvent couronne sa spoliation par la ruine entière de la république.
La fécondation de l’abeille femelle s’opère dans l’air; elle paraît n’avoir lieu qu’une fois, ou du moins on a cru s’être assuré que la femelle, après cette seule approche d’un des mâles, pouvait produire des œufs fécondés pendant deux années.
[La femelle peut produire des œufs sans être fécondée. Mais alors ce sont* toujours des mâles. Quand la fécondation a eu lieu, elle peut ou laisser passer dans son oviducte des œufs qui ne reçoivent point l’impression du liquide fécondateur renfermé dans la vésicule copulalive, ou les soumettre à cette influence, et pondre ainsi, suivant les cas, des œufs mâles ou femelles. Ces faits très- curieux ont été mis hors de doute par les observations de MM. Dzierzon, curé à Carlsmark, de Sieboldet Leuckart.]
Dès que les œufs déposés dans les cellules sont éclos, les ouvrières nourrissent les larves d’une sorte de bouillie toujours élaborée dans leur estomac, mais différente du miel. On remarque aussi qu’elles prennent un soin particulier de celles qui doivent fournir des femelles, et qu’elles leur donnent une nourriture plus abondante, d’une nature différente, et sans doute propre à développer chez elles les organes de la génération ; car les ouvrières ne sont que des femelles en qui ce développement n’a pas eu lieu. Peu de jours après que les larves sont nées, elles se filent une coque dans laquelle elles restent huit à dix jours à l’état de nymphes ; après ce temps, elles en sortent abeilles parfaites.
Au moyen de cette génération, et ordinairement du 25 au 30 juillet, la ruche se trouve trop pleine, de sorte que les abeilles se divisent en deux partis, ayant chacun une femelle à leur tête. La plus ancienne quitte ordinairement la ruche, et va chercher une nouvelle demeure. Elle rassemble ses ouvrières autour d’une branche d’arbre, en un peloton plus ou moins pesant, que l’on a l’adresse d’attirer peu à peu dans une ruche préparée d’avance. C’est ainsi qu’on les multiplie.