‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 98 sur 162 · COCHENILLE · texte numérisé non relu

COCHENILLE

l’eau bouillante, et on la dessèche au soleil, dans des fours ou sur des plaques de fer chaudes.

On dit aussi qu’on la fait quelquefois sécher immédiatement dans les fours, sans l’avoir passée à l’eau bouillante, et c’est à cette différence de préparation qu’on attribue celle que l’on observe entre les cochenilles noire et grise du commerce ; on suppose que la cochenille noire, qui est privée en grande partie de l’enduit blanchâtre et écailleux qui recouvre la grise, a été passée à l’eau bouillante, et l’autre pas ; mais, comme la cochenille noire contient généralement plus de matière colorante que l’autre, et que ce résultat est directement le contraire de ce qui devrait arriver si elle était la seule qui eût été plongée dans l’eau, il est plus raisonnable d’attribuer la différence des deux cochenilles, et la qualité supérieure de la noire, à une variété de culture, el à ce qu’elle est encore plus éloignée de l’état sauvage que l’autre (1).

La cochenille noire du commerce ne ressemble guère à un insecte. C’est un petit corps orbiculaire, anguleux, de 2 millimètres de diamètre environ, privé de membres, noirâtre ou d’un rouge brun, avec quelques restes d’un enduit blanchâtre situé dans l’intérieur des rides. Lorsqu’on la fait tremper dans l’eau, elle se gonfle et prend une forme ovoïde, aplatie en dessous; on distingue alors facilement les onze anneaux qui la composent; elle donne une poudre d’un rouge cramoisi, devenant d’un rouge brun très-foncé par l’eau ou la salive.

La cochenille grise ou jaspée diffère de la précédente par l’enduit blanchâtre qui la recouvre presque entièrement, par la couleur moins foncée de sa poudre, et par la teinte moins intense qu’elle communique à l’eau. Elle est sujette à contenir du talc ou de la céruse, ainsi que l’a fait connaître M. Boutron (2), mais ce n’est pas à cette fraude seule qu’il faut attribuer la différence des deux cochenilles : car il est certain que la grise constitue une sorte distincte, indépendamment des substances étrangères que la cupidité peut y introduire.

Cochenille sylvestre. On nomme ainsi la cochenille qui croît naturellement dans les bois, au Mexique, et qu’on y récolte quelquefois, pour la verser directement dans le commerce. Cette sorte est d’une couleur rougeâtre, terne et non argentée. Examinée à la simple vue, elle parait formée de deux sortes de parties : 1° d’insectes isolés, beaucoup plus petits que ceux qui constituent les cochenilles noire et grise ; 2° de parties agglomérées, globuleuses ou ovées, qui paraissent composées d’une matière

(1) Voyez à ce sujet le Journ. de chim. méd., t. VII, p. 205, et Razire, Note pow la culture de la cochenille (Journ. de pharm., t. XX, p. 515).

(2) Boutron, Journal de pharmacie , t. X, p. 40.

LES INSECTES

ui macée, blanche et rouge, entremêlée de poils . Cette subsance, gonflée par l’eau, laisse alors distinguer facilement, à a* er ( e *0llPe> un> deux, ou trois insectes semblables aux précédents, munis de leurs pattes et quelquefois de leur bec, i en ei més dans une matière blanche et pulpeuse ; souvent aussi on •\ couvie un certain nombre de petites cochenilles impercepl> > es qui paraissent nouvellement nées. Ces parties agglomérées *onl donc des espèces de nids ou de cocons, que l’insecte se loi me pour se mettre à l’abri des intempéries de l’air. Elles ne donnent à l’eau qu’une couleur vineuse foncée, qui produit peu à a teinture ; les insectes isolés fournissent une teinte rouge beaucoup plus belle et très-foncée, mais qui produit encore beaucoup moins que la teinture d’une pareille quantité de cochenille noire ou giise , ainsi la cochenille sylvestre est-elle peu estimée et peu répandue dans le commerce.

[La cochenille est originaire du Mexique, et les Espagnols de cette légion ont fait longtemps tous leurs efforts pour empêcher 1 insecte vivant d’être transporté hors de leur pays. Cependant déjà en 1700, on avait réussi à l’introduire dans la colonie française de Saint-Domingue. Plus récemment on en a introduit dans les Canaries, où elles sont l’objet d’un commerce considérable ; en Algérie, où elles peuvent bien prospérer, mais où leur culture est en ce moment presque abandonnée (J); dans les possessions hollandaises de l’Océanie, à Java, où elles donnent de 150,000 à 200,000 livres par an (2).]

Nous devons à Pelletier et à M. Caventou une belle analyse de la cochenille, et la découverte de son principe colorant, auquel ils ont donné le nom de carminé. Voici un exposé de leur travail : La cochenille, traitée par l’éther sulfurique bouillant, cède à ce véhicule une matière grasse odorante, d’un jaune orangé, qui, par un examen subséquent, se trouve composée d’un peu de carmine, de stéarine et d élaïne semblables à celles qui composent la graisse des mammifères ; enfin, d’une matière odorante et acide qui paraît être à la matière grasse de la cochenille ce que l’acide butyrique est au beurre.

La cochenille, épuisée par l’éther, ayant été traitée par de l’alcool très-rectifié, l’a coloré en rouge jaunâtre ; le liqtiide, refroidi et évapore spontanément, a laissé précipiter une matière d’une très-belle couleur rouge, grenue, comme cristalline, soluble dans 1 eau, mais ne se dissolvant pas entièrement dans l’alcool trèsrectitié et froid, qui en séparait une matière brunâtre très-anima-

(1) Voir le Catalogue de i Exposition universelle de I8G7. Algérie , p. 80. (V) L. Soubeiran, Journal de pharmacie et de chimie , 4e série, t. IX p. 53.

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