‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 99 sur 162 · COCHENILLE · texte numérisé non relu

COCHENILLE

Usée, semblable à celle que l’eau extraira tout à l’heure de la cochenille : la portion de matière rouge dissoute par l’alcool n’était pas encore delà carminé pure ; car, la liqueur ayant clé mêlée de partie égale d’éther sulfurique qui en a précipité la carminé pure, on en a ensuite retiré un peu de matière grasse semblable à celle déjà obtenue par l’éther.

La cochenille épuisée par l’éther et l’alcool était toujours trèscolorée, la carminé qu’elle contient encore étant défendue de l’action du dernier de ces menstrues par la matière animale qui y est insoluble. Cette cochenille, bouillie dans l’eau, l’a colorée en rouge- cramoisi ; et, lorsqu'elle ne lui a plus lien cédé, il n’est plus resté qu’une matière translucide, gélatineuse, brunâtre, dont quelques parties seulement étaient incolores. Les dernières décoctions, qui étaient incolores également, ne contenaient que de la matière animale semblable à celle qui n’avait pas été dissoute, et qui composait le squelette de l’insecte, à cela près cependant de l’altération qu’a dû lui causer sa dissolution même. Les premières liqueurs contenaient en outre de la carminé et de la matière grasse.

La matière animale de la cochenille a paru à MM. Pelletier et Caventou différente de la gélatine, de la fibrine et des autres matières animales connues; ils pensent qu’elle peut être commune dans la classe des insectes, comme les premières le sont dans celles des mammifères et des autres animaux vertébrés. Quant à la carminé, voici ses propriétés :

Elle est d’un rouge pourpre éclatant, inaltérable à l’air, fusible à 50 degrés centigrades, décomposable à une chaleur plus élevée, et ne fournissant pas d’ammoniaque parmi les produits de sa décomposition.

Elle est très-soluble dans l'eau et incristallisable, beaucoup moins soluble dans l’alcool, insoluble dans l’éther.

Sa dissolution n’est pas précipitée par les acides, qui ne font que changer sa couleur du rouge-cramoisi au rouge vif et au rouge jaunâtre (elle est précipitée par les acides lorsqu’elle contient de la matière animale que les- acides précipitent). Les alcalis lui restituent sa couleur, et la font ensuite tourner au violet. L’alumine se conduit avec elle d’une manière singulière, et qui semble encore difficile à expliquer. Mise en gelée dans la dissolution de carminé, elle l’en précipite, s’y combine, et forme une laque d’un beau rouge à froid, qui, par l’action continue de la chaleur, devient cramoisie et violette; si, avant d’ajouter l’alumine à la dissolution de carminé, on a rougi celle-ci par un acide, la laque sera d’abord d’un rouge éclatant, mais la moindre chaleur la fera passer au violet; si, au contraire, c’est un alcali

LES INSECTES

qu’on a d’abord ajouté à la dissolution, la liqueur, qui était devenue violette par son action, redeviendra tout de suite rouge par celle de l’alumine, et la laque rouge qui se formera sera à peine altérée par une ébullition prolongée; de sorte qu’il semblerait que l’alumine mise en contact avec la carminé et un alcali agit comme un acide, et qu’elle présente au contraire l’énergie alcaline, lorsque c’est avec un acide et la carminé qu’elle se trouve mêlée.

La cochenille est très-employée dans la teinture, et pour fabriquer le carmin et la laque carminée (I). La cochenille n’est usitée en pharmacie que pour colorer différentes teintures, des opiats et des poudres dentifrices, -f-

Ucriuès animal, OU Ciraine il’Kcarlate.

Chermes Vermilio , G. Planch.; Coccus Ilicis, L. (pro parte). Insecte du genre de la cochenille, qui vit sur les feuilles d’une espèce de chêne vert nommé Quercus coccifera , et que l’on récolte dans le midi de la France, en Espagne, en Italie et dans le Levant. La femelle se fixe sur les feuilles de l’arbre pour y vivre immobile, y croître, y être fécondée et y déposer ses œufs qu’elle recouvre de son corps; après quoi elle meurt. Alors il ne reste plus de l’insecte qu’une coque rougeâtre, qui se remplit d’un suc rouge participant de la nature du végétal et de l’animal, et qui contient ses œufs. Cette coque croît encore, et, lorsqu’elle a acquis son volume, et avant que les œufs soient éclos, on en fait la récolte. On tire par expression du kermès récent un suc rouge chargé d’une matière féculente, dont on fait un sirop en y ajoutant un peu de sucre : ce sirop, qui nous est apporté de Montpellier, doit être dépuré avant d’être mis en usage. Ou bien on fait sécher le kermès, après l’avoir exposé à la vapeur du vinaigre pour faire périr les œufs, et on le répand dans le commerce : il est alors sous la forme de coques rondes, lisses et d’un brun rougeâtre, de la grosseur d’un petit pois, contenant une poudre de la même couleur, composée des débris de l’insecte et de ses œufs.

[Le véritable kermès est facile à distinguer, par sa teinte rougeâtre et par la couleur rouge des petits qu’abrite la coque, de deux autres espèces vivant dans les mêmes régions et que beaucoup d’auteurs ont confondues avec lui. Nous les avons distinguées sous les noms de Chermes Emerici et de Chermes Bauhini. La première de ces espèces est blanc jaunâtre, couverte de dépressions ponctiformes ; la seconde est noire, lisse et glabre (2).

(1) Voyez Journ. do. pharm , t. IV, p. 193.

(2) G. Planchon, le Kermès du chêne aux points de vue zoologique, comme r-

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