‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 10 sur 176 · DICOTYLÉDONES CALIC1FL0RES · texte numérisé non relu

DICOTYLÉDONES CALIC1FL0RES

Les semences en question avaient été présentées à la douane sous le nom de Calagirah que Virey a cru synonyme de Calagéri, tandis que ces noms désignent des plantes très-différentes. L’une, nommée Calagéri par Rheede, ou Kalie zeerie par Ainslie (1), est bien le Vernonia anthelmintica; l’autre, nommée Kalajira (2), est le Nigella saliva, L., ou sa variété indienne, le Nigella indica , Roxb. Ce sont les semences de cette dernière plante que Virey a prises pour les fruits du Vernonia.

Les achaines du Vernonia anthelmintica sont longs de 5 millimètres, étroits, amincis et coniques par la partie inférieure, élargis parle haut en un petit disque qui présente tout autour les vestiges de l’aigrette simple qui les surmontait ; leur surface est creusée de sillons longitudinaux et couverte de poils rares et courts ; leur couleur est brune, sauf le petit plateau supérieur qui est blanchâtre; elle est amère et inodore.

La semence d e Nigella saliva est noire, cunéiforme, triangulaire ou quadrangulaire, de la grosseur d’une puce. Les faces comprises entre les angles sont planes et ridées ; la saveur en est aromatique, nullement amère et d’un goût de carotte ; l’odeur en est faible en masse, mais devient plus forte par la friction dans le. creux de la main, et est semblable à celle du Daucus. g

FAMILLE DES DTPSACÉES.

Cette famille présente par la réunion de ses fleurs en capitules une assez grande ressemblance avec les Composées; mais elle en diffère par un certain nombre de caractères essentiels. Les feuilles sont opposées, dépourvues de stipules ; les fleurs, réunies en capitules, sont accompagnées cà la base d’un involucre commun composé de plusieurs folioles; mais chaque fleur est entourée, en outre, d’un involucre propre, caliciforme, différent encore cependant du véritable calice, lequel est soudé avec l’ovaire et terminé supérieurement par un limbe entier ou divisé. La corolle est gamopétale, tubuleuse, à 4 ou 5 divisions inégales ; les étamines sont au nombre de 4, à anthères libres et biloculaires. L’ovaire est infère, à uneseule loge contenant un seul ovule pendant. Le style est simple, terminé par un stigmate simple ou légèrement bilobé. Le fruit est un achaine terminé par le limbe calicinal est enveloppé par le calice externe. La graine est pendante et son embryon est entouré d’un endosperme assez mince. Cette famille est très-peu nombreuse, et je n’en citerai que deux plantes utiles, la cardère cultivée et la scabieuse officinale.

Cardère cultivée, Communément nommée Chardon à foulon (Dipsacus fullonum, L.). Cette plante porte des capitules cylindri-

(1) Ainslie, t. II, p. 54.

(2) Ainslie, t. I, p. 12 8.

VALÉRIANÉES.

ques, pourvus de paillettes très-nombreuses, seuées, dures et terminées en crochet à leur extrémité, ce qui les rend propres à peigner les tissus de laine et de coton. Les racines étaient employées autrefois comme diurétiques et sudorifiques.

«câbleuse officinale, Scabiosa succisa, L. [fig. 572). Cette plante est commune en France, dans les bois et dans les pâturages un peu humides. Elle produit une tige droite, cylindrique, haute de 30 à 60 centimètres, garnie de feuilles dont les inférieures sont pétiolées, oblongues , acuminées de chaque côté, très-entières, et les supérieures sessiles, connées , oblongues-lancéolées , souvent dentées ; les capitules sont' pédonculés, pourvus d:un involucre général à 2 ou 3 séries de folioles ; les involucelles sont formés d’un tube tétraédrique, à couronne très-courte, ondulée et à soies courtes et conniventes; les corolles sont égales, quadrifides, d’une couleur bleue ou purpurine. La racine est blanche, cylindrique, courte et comme tronquée par le bas, entourée de radicules descendantes. On l’emploie en décoction contre les maladies de la peau. Les feuilles et les fleurs sont également usitées.

La scabieuse des champs ( ScciblOSCl (IVvensis, L. ; Knautia arvensis, DC.) est aussi usitée. Elle diffère de la précédente par sa tige velue, ses feuilles pinnatifides incisées et ses fleurs à corolles inégales et rayonnantes.

Fig. 572. — Scabieuse officinale.

v FAMILLE DES VALÉRIANÉES.

Plantes herbacées, à feuilles opposées, simples ou plus ou moins profondément incisées ; les fleurs sont privées d’involucre et de calicule, mais sont encore rapprochées en grappes denses ou en cymes terminales ; le calice est simple, formé d’un tube soudé avec l’ovaire et d’un limbe supère, tantôt dressé, à 3 ou 4 dents, tantôt roulé en dedans et divisé en lanières qui se déroulent en aigrette après la floraison. La corolle est gamopétale, épigyne, à limbe quinquélobé, tantôt régulier ou presque régulier (valériane), tantôt irrégulier, avec le tube éperonné (centranthe), ou non éperonné (fédia). Les étamines sont insérées au tube de la corolle, quelquefois au nombre de 3, réduites à 3 dans les valérianes, à 2 dans les fédia, à 1 dans les cenlranlhes. L’ovaire est in-

72 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

fère, à 3 loges, dont 2 stériles et souvent indistinctes ; l’ovule est unique, pendant au sommet de la loge fertile, anatrope ; le style est terminé par 2 ou 3 stigmates ; le fruit est sec, indéhiscent, couronné par le limbe du calice, tantôt à 3 loges dont 2 beaucoup plus petites et vides (fédia), tantôt à une seule loge (valériane). La graine est inverse, à embryon homotrope, droit, à radicule supère sans endosperme.

Cette famille, séparée des Dipsacées par de Candolle, présente encore des analogies frappantes avec le groupe des Composées ; les genres peu nombreux qui la composent ont été presque tous formés aux dépens des valérianes dont les racines, diversement aromatiques, ont fait partie de la matière médicale des anciens et sont encore très-usitées aujourd’hui dans toutes les parties du monde.

Valériane sauvage.

Valeriana officinalis,'L. (^.573). Tige droite, haute de \ mètre à 1 mètre i/2, fistuleuse, un peu pubescente, portant dans sa

partie supérieure des rameaux opposés sortant de l’aisselle des feuilles. Cellesci sont opposées, toutes pinnatiséquées, à segments lancéolés-dentés , un peu velus en dessous. Les fleurs sont petites, nombreuses, disposées en cyme au haut des tiges, d’une couleur blanche purpurine, d’une odeur agréable. La racine est trèspetite, comparée à la grandeur de la plante, formée d’un collet écailleux trèscourt, entouré de tous côtés de radicules blanches, cylindriques, de 2 à 5 millimètres de diamètre. Elle possède une saveur légèrement amère, comme un peu sucrée d’abord, et une odeur désagréable qui se développe par la dessiccation, au point de devenir très-forte et fétide. Cette odeur plaît singulièrement aux chats, qui déchiientles sacs de cette racine, se vautrent dessus et en mangent meme avec délices.

On trouve dans le commerce deux variétés déraciné de valériane qui me paraissent dues à la différence des lieux où on les a récoltées. L’une est formée de radicules blanches, cylindriques,

VALERIANÉES. — VALÉRIANE. 73

qui ont conservé leur plénitude parla dessiccation, en ayant pris souvent une apparence cornée. La terre qui s’y trouve attachée est sablonneuse, légère, jaunâtre, et tombe en poussière par la percussion. Il me paraît évident que cette valériane a crû dans des bois assez secs et sablonneux. L’autre variété a dû croître au contraire dans un lieu humide et marécageux ; car la terre qui s’y trouve comprise est noirâtre, compacte et dure à casser, comme le serait une terre argileuse qui a été détrempée dans l’eau et ensuite desséchée. De môme que dans la première variété, le collet est court et écailleux; mais les radicules sont d’un gris foncé, plus déliées, plus fibreuses et ridées à leur surface, ce qui tient à la plus grande quantité d’eau qu’elles ont perdue par la dessiccation. Cette racine a une odeur très-analogue à la première, néanmoins non désagréable ; elle paraît un peu plus amère. J’ai supposé anciennement que cette racine pouvait être produite par le Valeriana dioica, L., qui croît en effet dans les lieux aquatiques; mais la seule différence des lieux suffit pour expliquer celle des deux racines (1).

La racine de valériane fournit par la distillation avec de l’eau une huile volaLile verte, d’une odeur forte, analogue à la sienne propre, qui a longtemps été usitée comme antispasmodique. Cette essence, de même que la plupart des autres huiles volatiles, est formée de plusieurs principes, dont un, principalement, mérite de fixer l’attention par son caractère acide bien décidé.

Ce principe, nommé acide valérianique ou valérique , a été entrevu d’abord par M. Penlz, puis déterminé par M. Grolz, et étudié ensuite par MM. J. -B. Trommsdorf, Ettling, Dumas et Stas, Cahours et Gerhardt. Pour l’obtenir, on distille la racine de valériane bien privée de terre et additionnée d’ailleurs d’une petite quantité d’acide sulfurique, avec de l’eau, et l’on obtient ainsi, comme à l’ordinaire, un mélange d’eau distillée et d’huile volatile, auquel on ajoute de la magnésie calcinée. On distille dans une cornue, et l’on obtient une huile volatile légère, non acide, d’une odeur moins fétide qu'auparavant. Lorsqu’il ne passe plus d’huile, on ajoute dans la cornue de l’acide sulfurique en léger excès et l’on reprend la distillation. On obtient alors un liquide huileux (acide valérianique) qui surnage l’eau saturée du même acide; car il est soluble dans 30 parties d’eau. L’acide pur est incolore et pèse 0,944; il a une odeur d’essence de valériane trèsforte et très-désagréable et une saveur repoussante. Il perd presque toute son odeur par sa combinaison'avec les bases, et forme

(1) Voir dans Pierlot, Note sur la valériane, sur l'analyse de sa racine , etc., la figure des deux variétés, sylvestre et palustre, de la valériane officinale.

74 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

des sels, tels que ceux de zinc et de quinine, qui sont aujourd’hui très-employés dans la thérapeutique.

L’acide valérianique a été analysé par M. Ettling à l’état oléagineux et combiné à la baryte ou à l’oxyde d’argent ; sous ce dernier état il est anhydre et formé de C10tt9O3 ; à l’état oléagineux,

il est hydraté et contient C10H9O3 -f HO = C10Hl0O4.

Cet acide peut se former dans un grand nombre de circonstances différentes, et notamment par l’action de la potasse caustique hydratée sur l’essence de pomme de terre ou alcool amylique (C19H1202).

En ajoutant en effet les éléments de 2 molécules d’eau à l’alcool amylique, on en forme de l’acide valérianique hydraté et de l’hydrogène qui se dégage, provenant pour une moitié de l’eau ajoutée et pour l’autre de l’essence de pomme de terre :

Cl0H12O2 + 2 IIO = Cl0Hl0O4 -+- 4H.

MM. Grotz, Trommsdorf et Ettling s’étaient bornés à montrer que l’essence de valériane était composée de deux huiles dont l’une est acide et l’autre pas. D’après M. Gerhard t, l’essence de valériane récente ne contiendrait pas d’acide valérianique et serait formée de deux huiles non acides, l’une oxygénéeà laquelle il donne le nom de valérol ; l’autre non oxygénée, composée de C20II16, et nommée bornéène , parce qu’elle est identique en effet avec l’essence naturelle du Dryobalanops camphora (I). Quant au valérol , il est liquide à la température ordinaire; mais il se solidifie à quelques degrés au-dessous de zéro et conserve alors la forme de cristaux jusqu’à 20 degrés et au-dessus. Il est composé de C12.H10O2 et peut se convertir en acide valérianique, soit par

faction de l’air sur l’essence de valériane, soit par l’action de l’hydrate de potasse fondu. Il se dégage de l’hydrogène, et le sel de potasse produit est un mélange de valérianate et de carbonate de potasse, ainsi que l’explique l’équation suivante :

C,2H>002 + g HO = C»°H,0O* + C204 + GH.

Nonobstant l’opinion de M. Gerhardt, je pense que l’essence de valériane, même récente, contient de l’acide valérianique. J’admets cependant que la racine fraîche n’en contient pas, et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles elle possède une odeur beaucoup plus faible que la racine sèche. Mais après la dessiccation, lorsque les principes huileux ont imprégné tout le

(1) Tome II, p. 4H.

VALÉRIANÉES. — NARD CELTIQUE. . 7o

tissu delà racine et se trouvent en contact avec l’air, il est difficile de croire qu’ils n’éprouvent pas le genre d’altération propre à la production de l’acide valérianique. Il est d’ailleurs certain que l’essence de valériane sèche, nouvellement préparée, contient toujours de l’acide valérianique.

[D’après M. Pierlot(l), l’acide valérianique existe, avec l’huile essentielle, dans la racine fraîche de valériane, et même en plus grande quantité que dans la racine desséchée. Si la racine devient de plus en plus odorante à mesure qu’elle se sèche, ce n’est pas que les deux principes s’y forment peu à peu, mais bien parce qu’ils sont eux-mêmes beaucoup plus odorants à mesure qu’ils se déshydratent. L’automne est l’époque de l’année où la valériane contient le plus de principes actifs.]

Racine de Grande Valériane.

Valeriana Phu , L. Cette plante est cultivée dans les jardins ; toutes ses parties sont plus grandes que dans la précédente, si ce n’est sa tige qui n’a que I mètre de haut; ses feuilles radicales sont entières; sa racine est formée d’une souche longue et grosse comme le doigt, d’une couleur grise et marquée d’anneaux circulaires qui sont des vestiges d’insertion d’écailles foliacées noirâtres. Cette souche s’étant trouvée placée transversalement dans la terre, est nue du côté qui regardait la surface du sol et garnie de l’autre d’un grand nombre de radicules dirigées en bas, grises et ridées à l’extérieur, et d’une couleur foncée en dedans. L’odeur de la racine est analogue à celle de la première espèce, plus faible et cependant plus désagréable, ce qui peut tenir à ce que, étant ordinairement très-ancienne dans le commerce, l’essence s’y trouve en plus grande partie convertie en acide valérianique; sa saveur est manifestement trèsamère. Elle jouit dans un moindre degré des mêmes propriétés que la valériane officinale.

La racine de grande valériane est le phu ou nard de Crète, dont il est fait mention dans le douzième livre de Pline. 4

Racine de Valériane celtique ou Vard celtique.

Valeriana celtica. Cette espèce (fig. 574) croît sur les montagnes de la Suisse et du Tyrol, pays des anciens Celtes ; de là lui est venu le nom de Vard celtique, qu’elle a toujours porté. Elle se compose d’une petite souche ligneuse, toute couverte' d’écailles

(1) Pierlot, loco cit.

7G , DICOTYLÉDONES CAL1CIFLORES.

imbriquées, placée obliquement près de la surface du sol et s°us la mousse qui le recouvre, pourvue d un côté ; e que ques îa 1 cules et terminée supérieurement par une tou e e eui es t s. entières, obovées, et par une tige haute de 8 a i cen îme res > les fleurs sont d’un rouge pâle, réunies au nom re e cinq ou six en petites ombelles portées sur des pédoncules axillaires ; celles de l’extrémité sont presque sessiles et comme verticillees.

I’iS

. 574. — Valériane celtique.

Le nard celtique se trouve dans le commerce sous la forme de paquets ronds et plats qui le contiennent mélangé de mousse et de beaucoup de terre sablonneuse. La souche elle-même est trèsmenue, longue de 3 à 5 centimètres, entièrement couverte d’écailles blanchâtres, et munie de quelques radicules brunes. Toute la souche est pourvue d’une saveur très-amère et d’une odeur forte qui tient beaucoup de celle de la valériane. Cette substance, quoiqu’elle doive être très-active, n’est plus guère employée aujourd’hui que pour la thériaque. Il faut la débarrasser de la mousse, de la terre et des feuilles qu’elle contient.

VALERIANEES.

SPICANARD.

Marti indien ou Spicanard.

Cette substance a été célèbre dans l’antiquité et comptée au nombre des aromates les plus précieux ; son odeur passait pour exciter les désirs amoureux ; partant elle était en grand honneur auprès des dames romaines (1), comme elle l’est encore aujourd’hui chez celles du Népaul.

Cet usage peut s’expliquer jusqu’à un certain point, maintenant qu’il est reconnu que le véritable nard indien appartient à une plante très-voisine des valérianes. Et d’ailleurs une odeur qui nous paraît peu agréable aujourd’hui a pu sembler suave autrefois ; de même que le citron dont toutes les femmes se parfument, de notre temps, passait anciennement pour désagréable, et ainsi de plusieurs autres.

Pendant longtemps le nard indien a été attribué à 1 ' Andropogon nardus, L., de la famille des Graminées, et l’on s’étonne que cette opinion ait pu durer; car la racine de Y Andropogon nardus (Ginger-grass , angl.) ressemble pour la forme et la couleur à celles du schœnanthe et du vétiver : elle offre une odeur mixte de gingembre et d’acore, tout à fait distincte de celle du nard indien.

Le docteur Jones a le premier fait connaître que la plante qui produit le spicanard est une valériane, qu’il a nommée, de son nom sanscrit, Valeriana jatamansi ; mais il l’a confondue avec la Valeriana Hardwickii de Don ou de Wallich, qui ne donne pas de spicanard. 11 faut dire, cependant, qu’il nous vient de l’Inde plusieurs espèces de nard, mais dont aucun n’est produit par la Valeriana Hardwickii.

L’existence de plusieurs espèces de nard indien a été constatée dans tous les temps. Ainsi Dioscoride, à part même les deux nards qu’il nomme syriaque et sampharitique, décrit deux nards de l’Inde : l’un, croissant sur les montagnes, est court, aminci à l’extrémité, d’une couleur rousse, amer, et d’une odeur agréable qui se conserve longtemps ; l’autre, venu dans des endroits très-humides et nommé Gangitis, du fleuve Gange, qui coule au pied des lieux où il croît, est plus grand, portant plusieurs épis chevelus sortant d'une même racine, et ces épis sont hérissés de fibres entremêlées, et de mauvaise odeur ; il est moins estimé.

(I) Un poëte, heureux imitateur des anciens, nous a dit :

Et de cette conque azurée

Tirons le nard délicieux

Dont l’odeur seule fait qu’on aime,

Qui prête un charme à Vénus même.

Et l’annonce au banquet des dieux.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

On trouve des traces de cette distinction des deux nards de l’Inde dans Pomet et dans Geoffroy; mais nul ne les a mieux décrits que Charas (1). Suivant lui, «le véritable nard des Indes a ses épis moindres que l’autre; il est sans partie ligneuse, d’un jaune tirant sur le purpurin, d’un goût fort aromatique, mêlé d’amertume et d’acrimonie ; il est porté sur une petite racine sujette à tomber en poussière, et qu’il convient d’en séparer en secouant les épis sans les briser. Le faux nard est plus gros que le précédent, d’une couleur plus brune, portant une chevelure plus éparpillée et plus hérissée ; il est presque privé d’odeur et de goût ; il offre dans son centre une partie ligneuse qui sert de loin en loin de base à la chevelure. »

A la vérité, Charas dit avoir cueilli ce faux nard sur le mont Genèvre, en Dauphiné, ce qui tendrait à le faire regarder comme indigène ; mais, comme il parle d 'autrefois, et que les caractères donnés par d’autres auteurs, à ce faux nard du Dauphiné, ne se rapportent pas à la description précédente,' il me paraît certain que Charas a confondu deux choses différentes, savoir : le faux nard de l'Inde , dont la description se trouve ci-dessus, et le faux nard du Dauphiné , dont la forme se rapproche beaucoup de celle du vrai nard de l’Inde, et qui est, au dire de Pomet, d'un gris de souris , tourné comme s'il avait été tourné au tour , et composé de filaments fort menus ; ces derniers caractères indiquent suffisamment que ce faux nard du Dauphiné n’est autre que le bulbe allongé et chevelu de laVictoriale ( Allium victorialis, L.). En résumé Charas a parfaitement distingué les deux nards de l’Inde ; il a eu tort seulement de croire que le second venait du Dauphiné. Voici la description plus précise de ces deux substances.

Nard Jatamansi.

Vrai nard indien , Charas ; nard des montagnes de l'Inde , Diosc. (2) ; Valeriana jatamansi, Lambert (3) ; Nardostachys Jatamansi, DC. (4). Cette plante (fg. 575) croît dans les montagnes du Népaul, dans les provinces de Mandou et de Chitor, au royaume de Delhi, au Bengale et au Décan. L’excellente figure qu’en a donnée Lambert, et l’échantillon que j’en ai vu dans l’herbier de M. Delessert, ne permettent pas de douter que ce ne soit elle qui produise le vrai nard indien. Cette substance est devenue très-rare dans le com-

(1) Charas, Pharmacopée, article Thériaque réformée.

(2) Dioscoride, I, cap. vi.

(3) Lambert, An lllust. of the genus Cinch ., p. 177.

(4) De Candolle, Coll, mém., VII, pl. i; Prodromus, IV, p. G24.

VALÉRIANÉES. — NARD RADICANT. '■»

merce ; telle que nous l’avons (fi g. 576), elle se compose d’un tronçon de racine très-court, épais comme le petit doigt, d un gris noirâtre, surmonte d’un paquet de fibres rougeâtres, fines et dressées, qui imitent un épi de la grosseur et de la longueur

Fig. 57o. — Nard Jatamansi. Fig. 576. — Nard Jatamansi.

du petit doigt. Cet épi est ordinairement un peu ovoïde ou renflé au milieu et aminci aux extrémités; les fibres dont il se compose sont souvent encore disposées en réseau de feuilles, et ne sont effectivement que le squelette desséché des feuilles qui entourent le collet de la plante, et qui se détruisent chaque année ; l’odeur en est forte et agréable, très-persistante, analogue à celle du nard celtique ; la saveur en est amère et aromatique.

En coupant l’épi longitudinalement, on trouve au centre un corps ligneux, formé d’une écorce grise et d’une partie intérieure blanche, spongieuse et friable. Ce corps ligneux est souvent réduit à l’état pulvérulent par les insectes, ou manque entièrement. Ayant une fois ouvert un épi dont la racine était bien conservée, je lui ai trouvé une odeur très-marquée de valériane.

Nard radicant de l'Inde.

Nai'd du Gange , Diosc. ( fig . 577 et 578). Celte substance est abondante dans le commerce; elle se compose d’un corps de

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Fig. 578. — Nard radicant de l’Inde.

racine brun, dur, ligneux, gros comme une plume à écrire, tout hérissé de radicules brunes, rudes et chevelues. Cette racine se divise supérieurement en trois ou quatre liges ou rhizomes, long quelquefois de 19 à 22 centimètres, entièrement couverts de Fibres brunes, dressées, qui sont, comme dans le vrai spicanard, le débris des feuilles radicales; mais ces trois ou quatre tiges ayant été renfermées sous terre, jusqu’à un paquet de feuilles verdâtres qui les termine supérieurement, les fibres dont je parle sont entremêlées d’autres fibrilles ou radicules semblables à celles de la partie inférieure. Quand on dépouille les rhizomes de leurs fibrilles, on trouve dessous un corps ligneux (fig. 578, a), trèsdur, mince comme une petite plume, mais renllé et articulé de distance en distance, à la ma-

VALERIANEES.

NARD FOLIACE.

nière dessouchets; au total, ces rhizomes ramifiés, longs de 16 à 19 centimètres, tout hérissés d’une chevelure brune, dure, | irrégulière, sont très-faciles à distinguer du vrai spicanard. Ils ont une odeur analogue à celle du nard celtique, mais beaucoup plus faible et désagréable ; leur saveur est terreuse et presque nulle.

La plante qui fournit le nard radicant de l’Inde est encore inconnue. Aucune des valérianes de l’Inde que j’ai vues dans les herbiers de M. B. Delessert ne peut le produire. Le seul Nardostachys grandiflora, DC. ( Fedia grandiflora , Wall.), tel qu’il est représenté par de Candolle (1), offre un rhizome long, cylindrique, hérissé de fibres, qui se rapporte assez bien au nard radicant ; mais l'inspection de la plante en nature pourra seule décider la question, par la conformation toute particulière que l’on doit trouver à son rhizome ligneux.

Nard foliacé de l’Inde.

J’ai vu cette substance ( fïg . 579 et 580) pour la première fois dans le commerce vers l’année 1825, je ne sais si elle s’y trouvait

Fig. 579. — Nard foliacé de l’Inde.

auparavant; elle y était assez abondante. Au premier aspect, elle paraît assez différente de la précédente ; mais, après un examen minutieux, je la regarde comme la môme plante recueillie jeune. Au lieu d’être formée d’un long rhizome ramifié, terminé par une faible loutfe de feuilles, cette substance est au contraire presque entièrement formée d’un épi foliacé jaunâtre, terminé inférieurement par une courte racine ligneuse, munie de radicules chevelues et jaunâtres. L’odeur est plus développée que dans le précédent spicanard, et offre quelque chose d’aromatique

(1) De Candolle, Coll, de mém ., VIIe mémoire, pi. 2.

Guiboubt, 'Drogues, 6e édition. T. III. 6

82 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

et d’agréable. Du reste, on observe dans les épis foliacés la tendance à se ramifier qui se serait développée plus taid , on voit percer des radicules ligneuses même à travers les leuilles non altérées ; la consistance et la forme du rhizome sont les mêmes.

Fig. 580. — Nard foliacé de l’Itide.

Fig. 581. — Faux Nard du Dauphiné.

Bref, le nard foliacé et le nard radicant de l’Inde ne me paraissent différer que par l’âge auquel ils ont été récoltés.

Faux nard du Dauphiué.

Bulbe ( fi g . 581) de la vicloriale longue de Clusius (1), Allium anguinum de Matthiole, de Bauhin (2). Cette substance n’a été qu’imparfaitement décrite par Pomet. Elle a tout à fait la forme du nard jatamansi, c’est-à-dire qu’elle est grosse et longue comme le petit doigt, un peu renflée au milieu et amincie aux extrémités ; mais elle est d’un gris de souris, inodore et d’une saveur terreuse. La surface de l’épi est généralement unie, et les fibres très-fines dont il se compose forment un réseau régulier, disposé en loti) Clusius, Rur. , I, ISO.

(2) Bauhin, p. 4 22.

RUBIACEES.

sange. Lorsqu'on coupe l’épi longitudinalement, on voit au centre un corps blanc, cellulaire, arrondi, séparé en deux par une ligne rousse horizontale, qui forme la ligne de démarcation de deux bulbes d’années consécutives. Au-dessus du bulbe supérieur se trouve le bourgeon de celui qui grossira l’année d’après, et audessous sont les débris des bulbes des années précédentes. Cette disposition diffère de celle du colchique en ce que, dans celui-ci, les bulbes se forment latéralement, tandis que dans la victoriale ils se succèdent dans le sens perpendiculaire, et causent ainsi l’allongement progressif de l’épi. La victoriale croît dans les montagnes du Dauphiné, de la Suisse, de l’Italie, de l’Autriche et de la Silésie. J’ai dû à l’obligeance de M. Chatenav, alors pharmacien à Saint-Ymier, dans l’état de Berne, l’échantillon qui a servi à la description précédente.

D’autres substances que les précédentes ont porté le nom de nard ; telles sont la lavande spic, qui se trouve décrite par d’anciens auteurs sous le nom de Nardus itcilica , et la racine d’aaarum, qui a été nommée Nard sauvage.

Mâche ou doucette, Valerianella olitoria, Moench. Petite plante commune dans les champs à la fin de l’hiver, mais cultivée dans les jardins potagers pour l’usage de la table. Ses feuilles sont entières, vertes, succulentes, d’un goût doux; ses fleurs sont d’un bleu très-pâle, pourvues d’un calice à dents droites et de 3 étamines; le fruit est une capsule à 3 loges dont une seule fertile.

Valériane rouge, Centranthus ruber, ou plutôt le Centranthus angustifolius, DG. Cette plante, remarquable par ses fleurs nombreuses et d’un beau rouge, croît en France dans les lieux pierreux et sur les vieux murs, et est cultivée pour l’ornement des jardins. Le tube de la corolle est éperonné à la base et i\e porte qu’une étamine. Le fruit est uniloculaire et monosperme. La racine sent la valériane. /Q

FAMILLE DES EUBIACÉES.

! Plantes herbacées, arbustes ou arbres à feuilles opposées accompagnées, de chaque côté, de stipules, tantôt soudées et formant une sorte de gaîne ; tantôt distinctes et se développant en feuilles semblables aux véritables, et simulant un verticille de feuilles. Les fleurs sont axillaires ou terminales, quelquefois réunies en tête. Le calice est formé d’un tube adhérent i l’ovaire et d’un limbe supère, entier ou partagé en 4 ou 5 lobes, le plus souvent persistant. La corolle est épigyne, gamopétale, régulière, à 4 ou 5 lobes ; les étamines sont en nombre égal et alternes avec les lobes de la corolle ; l’ovaire est infère , surmonté d’un style simple et d’un stigmate qui offre autant de lobes qu’il y a de loges

84 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

à l’ovaire. Le fruit est tantôt une mélonide (fruit complexe, charnu, infère, indéhiscent) à deux ou ù plusieurs loges monospermes, ou polyspermes ; tantôt un carcérule infère ne différant du fruit précédent que par la siccité du péricarpe ; tantôt une capsule à deux ou à un plus grand nombre de loges polyspermes et s’ouvrant en autant de valves qu’il y a de loges ; les graines, souvent comprimées et bordées d’une aile membraneuse, contiennent un embyron homotrope dans un endosperme corné ou cartilagineux.

Malgré les différences observées dans les fruits, la famille des Rubiacées est une des plus naturelles du règne végétal; c’est aussi une des plus nombreuses et des plus essentielles à connaître, à cause du grand nombre de substances actives qu’elle fournit à l’art de guérir. Elle a été divisée de la manière suivante :

trc sous-famille, Cofféacées : fruits à loges monospermes (très-rarement

dispermes).

Tribu I, Operculariées : fruits uniloculaires, monospermes, rapprochés latéralement en capitules, entin déhiscents et bivalves par le sommet. Genres Pomax, Opercularia.

Tribu II, Stellatées : fruit presque sec, bipartible, rarement charnu et biloculaire; stigmate en tête. Genres Vaillantia, Galium, Rubia, Crucicinella , Asperula, etc.

Tribu III, Antliospermées : fruit presque sec, bipartible, rarement charnu et biloculaire ; stigmate allongé, velu. Genre Anthospermum, etc.

Tribu IV, Spermacocées : fruit presque sec à 2 ou à 4 noyaux ; stigmate bilamellé. Genres Serissa, Borreria, Spennacoce , Richardsonici, Peratna, etc.

Tribu V, Psychotriées : fruit charnu, biloculaire; semences convexes par le dos, planes et marquées d’un sillon du côté interne; endosperme corné. Genres Cephœlis, Palabea, Palicourea, Psychotria, Ronabea, Mapouria, Coffea , Faramea, Pavetia , lxora, Chiococca, Siderode?idron, etc.

Tribu VI, Ptedériées : fruit biloculaire, indéhiscent, à peine charnu; tube du calice se séparant facilement des carpelles qui sont très-comprimés et suspendus à un axe filiforme ; endosperme charnu. Genre Tœderia.

Tribu VII, Guettardacées : fruit charnu, à 2-10 noyaux, semences cylindriques. Genres Morinda , Vangueria, Guettarda, Malanea, Antirrhœa, Stenostomum, Erithalis , etc.

Tribu VIII, Cordiérées : fruit charnu, multiloculaire. Genres Cor-

diera, Tricalysia.

2e sons-famille, Cinchonées : fruits à loges polyspermes.

Tribu IX, üaméliées: fruit charnu, multiloculaire. Genres Sabicea, Hamelia, etc.

Tribu X, Isertiées: fruit charnu à 2-6 noyaux. Genres Isertia, Anthocephalus, etc.

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