‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 11 sur 176 · RUBIACÉES. — RACINE DE GARANCE · texte numérisé non relu

RUBIACÉES. — RACINE DE GARANCE

Tribu XI, Gardéniées : fruit charnu, biloculaire (rarement uniloculaire) ; semences non ailées. Genres Catesbœa, Bertiera, Randia , Genipa, Oxyanthus, Mussœnda, Amaioua, etc.

Tribu XII, Hédyotidées : capsule à 2 loges, semences non ailées. Genres Hedyotis, Oldenlandia, Ophiorrhiza, Sipanea , Rondeletia, Portlandia , Macrocnetnum, Condaminea , etc.

Tribu XIII, Cinclionées : capsule biloculaire, semences ailées. Genres Pinckneya, Mnnettia, Panais, Exostemma, Hymenodyction, Luculia, Lasiostemma, Remijia, Cinchona, Cosmibuena, Coutarea, Nauclea, Uncaria, etc.

Racine de Garance.

Rubia tinctorium , L. — Car. gén. : tube calicinal ové-globuleux, limbe à peine sensible ; corolle rotacée, à 4 ou 5 divisions ; 4 ou 5 étamines courtes; ovaire infère, biloculaire, surmonté d’un style bilide ; fruit succulent, sous-globuleux, didyme, à 2 loges cartilagineuses (mélonide). — Herbe ou arbrisseau ; tiges diffuses, très-rameuses, tétragones ; feuilles opposées, accompagnées de stipules intermédiaires foliacées, constituant un verticille de 4 à 8 feuilles.

La garance est pourvue d’une racine vivace, très-longue et rampante ; elle produit des tiges longues, carrées, noueuses, garnies sur les angles de poils très-rudes; les feuilles sont verticillées par 4 ou 6, hérissées de poils rudes; les fleurs sont très-petites et d’un jaune verdâtre, les fruits sont noirs. La garance croît naturellement en Orient et dans le midi de l’Europe ; on la cultive dans les environs d’Avignon, en Alsace, en Zélande et dans d’autres contrées, à cause de sa racine qui est très-employée dans la teinture en rouge; mais celle qui vient d’Afrique, d’Orient, et surtout de Chypre, est la pl us estimée.

Cette racine est de la grosseur d’une plume à écrire ; elle est formée d’un épiderme rougeâtre, recouvrant une écorce d’un rouge brun foncé, et au centre se trouve un méditullium ligneux, d’un rouge plus pâle et jaunâtre; elle a une saveur amère et styptique; administrée en décoction, elle teint en rouge le lait, les urines et les os; elle entre dans le sirop d’armoise composé.

La garance a été le but des recherches d’un grand nombre de chimistes, mais surtout de MM. Kuhlmann, Robiquet et Colin. Le premier a montré que cette racine contenait un acide libre, analogue à l’acide malique, une quantité notable de sucre qui donne au macéré aqueux la propriété de pouvoir subir la fermentation alcoolique, de la gomme, une matière colorante rouge, une fauve, divers sels à base de potasse, etc. ; mais c’est Robiquet et M. Colin qui, les premiers, ont obtenu le principe colorant rouge à

8G DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

l’état de pureté; ils lui ont donné le nom d 'alizarine, du nom izan ou alizari , que la garance porte dans le Levant.

Pour obtenir l’alizarine, on traite la garance pulvérisée par les deux tiers de son poids, ou par partie égale d’acide sulfurique concentré, et bon empêche le vase de s’échauffer en le plongeant dans un mélange réfrigérant. En opérant ainsi, tous les principes solublesdela racine sont détruits ou charbonnés, hors l’alizarine. On lave à l’eau le charbon sulfurique ; on le fait sécher, et il suffit alorsde le chauffer très-modérément dans un vase sublimatoire, pour obtenir l’alizarine sous forme de longues aiguilles, d’un rouge orangé.

Ce corps est donc volatil ; il est presque insoluble dans l’eau froide, un peu soluble dans l’eau bouillante, et donne avec ce dernier une teinture jaune d’or. Il est soluble dans les alcalis qui lui font prendre une couleur pensée magnifique. Il est insoluble dans les acides. Il donne sur les étoffes, à l’aide des mordants, les couleurs les plus riches, et d’une grande fixité.

Robiquet et M. Colin ont également constaté, dans la garance, l’existence d’un autre principe colorant rouge, qu’ils ont nommé purpurine , plus foncé et plus riche en apparence que l’alizarine, maisfournissant.à la teinture des teintes moins abondantes, moins belles et surtout moins fixes.

Beaucoup d’autres espèces du genre Rubia contiennent dans leurs racines une matière colorante rouge applicable à la teinture : telles sont les Rubia angustifolia , longi folia, peregrina , lucida, Bocconi , Olivieri , qui appartiennent à l’Europe ; le Rubia munjista de l’Inde, les Rubia chilensis et relbum du Chili, les Rubia guadalupensis et hypocarpia des Antilles. Les racines de plantes appartenant à d’autres genres de la famille des Rubiacées possèdent la même propriété tinctoriale : telles sont, en Europe, les racines des Ga- , hum verum et mollugo, dans l’Inde celle de YOldenlandiaumbellata , connue sous le nom de Ciiaya-Vair ; dans l’Inde et dans la Malaisie les racines de la plupart des Morinda (M. citrifolia, tinctoria , bracteata , mudia, chachuca, umbellata , etc., dont une, la dernière sans doute, nous est parvenue sous le nom de Noona (1). Celle-ci est une racine ligneuse, tortueuse, grosse comme le doigt, couverte d’une écorce assez mince, offrant une teinte générale jaune orangé, une saveur amère, et teignant la salive en jaune safrané.

Chaya-Vair.

Saya-ver ou imburel, tam. ; Chay-root des Anglais. Quoique

(1) Ainslie, t. II, p. 253.

RUBIACEES.

CAILLELAIT JAUNE.

chaya-vair ou chciya-ver ne signifie rien autre chose que racine de chaya , il est bon de conserver à ce nom sa forme particulière, afin de ne pas confondre la substance qu’il représente avec la racine tie chaya dont il a ete fait mention (1) .

Le chaya-vair est donc la racine de YOldenlandia umbellata, appartenant à la tribu des Hédyotidées, de la famille des Rubiacées. Cette plante croît naturellement dans plusieurs parties de l’Inde ; mais elle est cultivée surtout sur la côte de Coromandel, où elle forme une branche de commerce assez importante.

Suivant Roxburgh, la racine de YOldenlandia umbellata est longue de 1 à 2 pieds, mince, produisant peu de fibres latérales, pourvue d’une écorce orangée et d’une partie ligneuse blanche. Cette description semble indiquer une racine d’un certain diamètre ; mais, tel que j’ai pu me le procurer, le chaya-vair est sous la forme d’un faisceau composé de racines longues de 20 à 22 centimètres, minces comme de gros fil, tortueuses, généralement d’un gris rougeâtre, d’une odeur nulle et d’une saveur peu marquée. La couleur cependant varie beaucoup, suivant celle de l’intérieur de l’écorce qui, tantôt est d’un jaune verdâtre, et tantôt d’un rouge de garance. Beaucoup de racines même présentent les deux couleurs réunies, savoir la couleur jaune-verdâtre dans la partie inférieure, et la couleur rouge dans celle qui avoisine la tige et dans l’écorce même de la tige. Le bois de la racine est gris, et celui de ia tige blanc. Le tout réuni donne une poudre grise qui communique à l’eau froide une couleur jaune foncé devenant d’un beau rouge par les alcalis. La poudre épuisée par l’eau froide donne ensuite à ce liquide bouillant une teinte rougeâtre passant au rouge foncé par les alcalis. On obtient de ces liqueurs, par les procédés de teinture, des rouges aussi beaux et aussi solides que ceux de la garance, et Robiquet a montré que le chaya-vair devait ses qualités à celui des deux principes colorants de la garance qui fournit en effet les teints les plus solides (l’alizarine) ; mais il en contient environ trois fois moins que la garance, ce qui rendra toujours son introduction en Europe peu profitable.

On peut consulter, sur les procédés de teinture applicables au chaya-vair, au munjit et au noona, le Rapport fait à la Société industrielle de Mulhouse, le 30 mai 1832.

Caillelait jaune.

Galium luteum, L. Cette plante est commune en Europe, dans

(I) T. Il, p. 44 3.

88 DICOTYLÉDONES CALICIFLOHES.

les prés secs et sur le bord des bois ; ses tiges sont faibles, à moitié couchées, tétragones, hautes de 27 à -40 centimètres, garnies dans toute leur longueur de feuilles linéaires, glabres, verticillées par 0 ou 8 ; les fleurs sont très-petites, légèrement odorantes, disposées par petits bouquets le long de la partie supérieure des tiges. Elles sont formées d’un calice à 4 dents ; d’une corolle en roue à 4 divisions ; de 4 étamines courtes, de 2 styles courts ; le fruit est formé de 2 coques indéhiscentes, monospermes, accolées.

Le nom de cette plante lui vient de la propriété qu’on lui a attribuée, mais qu’elle ne possède pas, de faire cailler le lait. Cependant dans quelques pays, par exemple à Chester en Angleterre, on l’ajoute au lait pour donner une teinte jaune au fromage. En médecine, les sommités sèches sont prescrites en infusion comme antispasmodiques, et son suc, à l’état récent, comme antiépileptique. On emploie au même usage le caiiidait blanc [Galium mollugo, L.), le ^ratterou ( Galium ciparine, L.) et le Galium palustre .

Racines d’ipécacuauhas.

L’ipécacuanha a été apporté en Europe vers l’année 1672. Il était alors connu sous les noms de Béconquille et de Mine d’or ; mais on en fit peu d’usage jusqu’en 1686, époque à laquelle un marchand étranger en apporta de nouveau en France. Il fut alors préconisé et employé avec succès comme vomitif et antidyssentérique par Adrien Helvétius, médecin de Reims. Cependant, la source en restant inconnue, Louis XIV en acheta le secret en 1690, et le publia.

L’ipécacuanha a eu le sort de tous les médicaments véritablement utiles et dont la découverte a fait époque dans l’histoire de la médecine : le besoin de s’en procurer en a fait trouver partout, et chaque pays a voulu avoir le sien. Alors le nom en a été étendu non-seulement aux racines de quelques plantes voisines -de la première découverte, et qui pouvaient, jusqu’à un certain point, se confondre avec elle ; mais encore à celle de végétaux entièrement différents, et qui n’offraient d’autre ressemblance avec 1 ipécacuanha que celle d’être plus ou moins vomitives. On s’imagine facilement quelle confusion cette manière de procéder a dû jeter pendant longtemps sur l’histoire de cette précieuse substance. Aujourd’hui que l’origine des différentes racines qui en ont usurpé le nom est bien connue, il n’est plus permis de compter au nombre des ipécacuanhas que la première espèce employée et deux ou trois autres, d’une forme analogue, produites par des plantes de la même famille ; celles qui appartiennent à des familles différentes ne seront considérées que comme des succédanés

RUBIACÉES. — IPÉCACUANHA OFFICINAL. 89

propres aux seuls pays qui les produisent, et n’ayant plus pour nous qu’une importance très-secondaire.

Ipécacuanha officinal OU Ipécacuanha annelé mineur.

Cephœlis Ipecacuanha , Rich. ; Callicocca Ipccacuanha, G ornez et Brotero; Ipecacuanha fusca, Pison ; Poya do mato des Brésiliens. Cette plante ( fig . 582) croît dans les forêts épaisses et ombragées du Brésil. Sa tige, qui est simple et ligneuse, s’élève à la hauteur

Fig. 582. — Cephœlis Ipecacuanha . Rich. Fig. 583. — Ipécacuanha annelé gris.

de 30 centimètres environ ; elle porte à la partie supérieure 3 ou 4 paires de feuilles opposées, courtement pétiolées, ovales-entiôres, presque glabres, longues de 55 à 80 millimètres ; chaque paire de feuilles est accompagnée de 2 stipules réunies à leur base, divisées par le haut en plusieurs lanières étroites. Les fleurs sont petites, blanches, infundibuliformes, et disposées en un petit capitule terminal, environné ù. sa base de 4 folioles pubescentes. Le fruit est ovoïde, peu charnu, et renferme 2 nucules qui se sépa-

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

rent à la maturité. La racine est fibreuse et marquée d’impressions circulaires très-rapprochées. Cette racine, telle que le commerce la fournit, présente deux variétés dont voici la description :

Première variété : Ipécacuanha annelé gris-noirâtre (fi (J. 583) ; ipécacuanha brun de Lemery ; ipécacuanha gris OU annelé de

Mérat (1). Racine longue de 8 à 12 centimètres ; tortue ou recourbée en différents sens, ordinairement de la grosseur d’une petite plume à écrire, et s’amincissant d’une manière remarquable vers son extrémité supérieure. Elle est formée d’un cœur ligneux, blanc-jaunâtre, qui va d’un bout à l’autre de la racine, et d’une écorce épaisse, bouillonnée ou comme disposée par anneaux contre le cœur ligneux, et facile à en séparer. Cette écorce, dont l’épiderme est d’un gris noirâtre, est grise à l’intérieur, dure, cornée et demi-transparente. Elle a une saveur âcre manifestement aromatique. L’odeur de la racine respirée en masse est forte, irritante et nauséeuse.

Pelletier ayant analysé comparativement'et séparément la partie corticale et la partie ligneuse de celte racine (2), en a retiré les produits suivants :

Matière grasse odorante.. .

Cire

Ecorce.

Méditullium

traces.

Extrait vomitif propre et nommé émétine

à l’ipécacuanha,

Extrait non vomitif.

Gomme

Amidon

Ligneux

Perte

lia ainsi expliqué et confirmé la croyance où l’on a toujours été, que la partie corticale de l’ipécacuanha est beaucoup plus active que le méditullium ligneux.

Seconde variété Ipécacuanha annelé gris-rougeâtre ; Ipécacuanha gris-rouge de Lemery et de M. Mérat. 11 a absolument la même forme que le précédent, mais il en diffère par la couleur de son écorce moins foncée et rougeâtre, par son odeur moins forte lorsqu’il est respiré en masse, par sa saveur non aromatique. M. Mérat le dit plus amer; mais il faut que ce caractère soit variable, car je n’y trouve pas cette différence, et

(1) Mérat, Dictionnaire des sciences médicales , t. XXVI, p. 10.

(2) C est par erreur que dans le Mémoire de Pelletier, la racine qui a servi aux deux analyses suivantes, se trouve désignée sous le nom de Psychotria emetica. ( Journ . de pharm., t. III, p. 148-151.)

RUBIACÉES. — IPÉGACUANHA OFFICINAL.

même l’amertume est si peu prononcée dans les deux, que je ne crois pas que l’on puisse en faire un caractère principal, et comme exclusif, pour séparer les ipécacuanhas vrais ou faux en deux séries (1).

De même que dans l’ipécacuanha gris-noirâtre, l’écorce de la variété gris-rougeâtre est ordinairement cornée et demi-transparente, et même ce caractère y est plus apparent, en raison de la couleur moins foncée de l’épiderme; mais quelquefois la section de cette écorce est opaque, mate et farineuse, et alors la racine, offrant en général des propriétés moins actives, en est moins estimée. Cette manière d’être ne forme pas une nouvelle variété distincte, car on remarque des racines dont une partie de la section transversale est opaque et l’autre cornée, et j’en ai vu beaucoup d’autres dont l’extrémité supérieure était cornée, et l’inférieure amylacée.

[Le principe actif ou émétine est .une poudre blanche lorsqu’elle est pure, grisâtre ou jaune-rougeâtre quand elle n’a pas été complètement purifiée. Son odeur est nulle, sa saveur amère. Elle se colore légèrement à l’air, mais sans tomber en déliquescence. Peu soluble dans l’eau froide, l’éther et les huiles grasses, elle est soluble en toutes proportions dans l’alcool elle chloroforme. Les acides sulfurique, chlorhydrique, phosphorique, acétique, se combinent avec elle, et produisent des combinaisons salines incristallisables ; l’acide nitrique forme avec elle un nitrate presque complètement insoluble dans l’eau : le tannate la précipite abondamment de ses dissolutions. Les alcalis caustiques la dissolvent facilement. M. Lefort lui attribue la formule chimique C60H48Az2016 (2).]

Pelletier (3), ayant analysé l’ipécacuanha gris-rougeâtre privé de son méditullium ligneux, l’a trouvé composé de :

Matière gra3se 2

Émétine 14

Gomme 16

Amidon 18

Ligneux 48

Perte 2

Cette analyse rend raison de la propriété vomitive un peu moins forte de l’ipécacuanha gris-rougeâtre comparé à la pre-

(1) Mérat, /oc. cit ., p. 14.

(2) Nous devons A l’obligeance de M. Lefort communication d’un intéressant travail, encore inédit, sur les ipécas et V émétine, dont nous sommes heureux d’extraire les principaux résultats.

(3J Pelletier, Journ. de pharm., t. III, p. 57.

92 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

mière variété; mais il n’explique pas l’odeur plus marquée de celle-ci. Enfin je ne vois rien dans ces racines qui justifie les proportions presque inverses de l’amidon et de la matière ligneuse. Cette anomalie serait-elle due à une simple transposition de nombres (!) ?

Ipécacuanlia annelé majeur.

ipécacuaulia gris-blanc de Mérat {fig. 584). Cet ipecacuanha a été regardé jusqu’ici comme une simple variété de forme du précédent; mais la quantité considérable qui en est arrivée il y a plusieurs années, sans aucun mélange d’ipécacuanha gris ordinaire, me fait penser que c’est une sorte distincte provenant d’une partie différente de l’Amérique méridionale et produite sans doute par un autre Cephœlis que le C. ipecacuanha. [M. Triana, qui, lors de l’Exposition universelle de 1867, en a exposé des échantillons authentiques, provenant de la Nouvelle-Grenade, la rapporte en effet à un Cephœlis encore indéterminé (2). — Cette sorte arrive de plus en plus dans le commerce sous le nom de Ipecacuanha de Carthagène .] La racine se trouve mêlée d’une grande quantité de souches supérieures ou de fortes tiges ligneuses qui en diminuent beaucoup la qualité (3); mais quand elle en est privée par le triage, je la crois aussi bonne que l’ipécacuanha annelé ordinaire.

Elle est en morceaux rompus, souvent longs de 15 centimè-

(1 ) Cette conclusion est d’autant plus probable, que Barruel père et Richard ont extrait de l’écorce de l’ipécacuanha gris annelé, sans distinction de variété, les substances suivantes :

Cire et matières grasses 1,2

Résine 1,2

Émétine 16

Gomme et substances salines 2,4

Albumine 2,4

Amidon 1,2

Ligneux 12,5

Acide gallique traces.

Perte 1,3

Je pense que cette analyse donne une idée plus exacte de la composition de la partie corticale de l’ipécacuanha que celles qui ont précédé.

(2) Voir Çatalogue de l'Exposition universelle de 1867. République de la Nouvelle-Grenade, p. 8.

(3) L ipécacuanha gris ordinaire en sorte, ou tel qu’il arrive dans les balles, contient de môme beaucoup de parties ligneuses dont on le prive par le triage ; mais ces parties sont beaucoup plus grêles que dans l’ipécacuanha annelé majeur.

RUBIACÉES. — IPÉCACUANHA. 93

1res et épais de 5 à 6 millimètres ; elle est généralement moins tortueuse que l’ipécacuanha annelé mineur ; elle est cylindrique et marquée d’anneaux plus réguliers, moins saillants, quelquefois presque nuis; dans ce dernier cas, la racine peut présenter extérieurement l’apparence d’une petite branche ligneuse. Lors-

Fig. 584. — Ipécacuanha annelé majeur.

qu’on brise cet ipécacuanha, on le trouve formé d’une écorce très-épaisse, dure, cornée, translucide, d’un gris jaunâtre ou rougeâtre, et d’un méditullium ligneux, jaune, très-petit, cylindrique. La couleur générale de la racine est le gris rougeâtre ; l’odeur en est moins forte que dans l’ipécacuanha du Brésil ; la saveur est âcre.

[M. Lefort (1) a étudié les proportions d’émétine que contient la partie corticale de cette sorte d’Ipécacuanha, et il arrive à cette conclusion qu’elle est presque aussi riche en principe que la sorte du Brésil. Les nombres suivants donneront idée de ces quantités : 10 grammes d’ipécacuanha du Brésil donnent, sous l’action du tannin de lgr,441 à lgr,45 de tannate d’émétine; la même quantité d’ipécacuanha de Carthagène a donné de 1,302 à 1,380. Dans ces appréciations, on a opéré sur la partie corticale seule : or, comme l’ipécacuanha de Carthagène

(1) Lefort, Travail inédit, déjà cité.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

contient un peu plus de partie corticale que celui du Brésil dans les proportions de 20,01 à 18,75 il en résulte qu’on peut regarder la nouvelle sorte comme presque aussi avantageuse que l’ancienne, et pouvant, dans un cas donné, lui être substituée.]

Ipécacuanlia strié.

Ipécacuanlia gris cendré glycyrrliizé de Lemery ; ipécacuanha noir de quelques auteurs, ipécacuanlia strié de

M. Mérat. Cette racine forme une espèce bien distincte des variétés précédentes, tant par ses caractères physiques différents que parce que la plante qui la fournit appartient à un autre genre de Rubiacées. Elle est produite par le Psychotria emetica, L., lequel croît au Pérou et sur les bords de la Madeleine, dans laNouvelle-

5S5. Psychotria emetica. Fig. 586. — Ipécacuanha gris cendré.

Gienade. Cette plante a longtemps passé, sur l’autorité de Mutis, poui la soui ce du véritable ipécacuanha ; mais il est bien reconnu maintenant qu elle ne produit que l’espèce qui nous occupe.

RUBIACÉES. — IPÉCACUANHA ONDULÉ. 95

Le Psychotria emetica (fig. 585) est un très-petit arbrisseau ligneux, dont la tige, haute de 30 à 45 centimètres, porte des feuilles opposées, lancéolées- aiguës, accompagnées par chaque paire de deux petites stipules entières, pointues et dressées. Les tleurs sont petites, portées en petit nombre et presque sessiles sur des pédoncules axillaires simples ou sous-ramifiés. Le fruit est une petite mélonide à 2 loges osseuses monospermes. Les semences sont cartilagineuses, assez semblables à celles du café, mais beaucoup plus petites.

L’ipécacuanha strié, tel que le commerce le présente quelquefois (fiy. 586), varie pour la grosseur entre 2 et 7 ou 9 millimètres, et pour la longueur entre 3 et 11 centimètres. Il est formé, comme les autres, d'un meditullium ligneux et d’une écorce plus ou moins épaisse ; mais cette écorce n’offre que quelques étranglements circulaires fort espacés, et, ce que ne présentent pas les autres espèces, elle est ridée longitudinalement. D’ailleurs, elle est d’un gris rougeâtre sale à l’extérieur, d’un gris rougeâtre à l’intérieur, adhérente au corps ligneux. Elle a une odeur mixte d’ipécacuanha gris et de bardane, et une saveur peu marquée. Le méditullium est jaunâtre et perforé de beaucoup de trous visibles à la loupe. En vieillissant, l’écorce devient molle et facile à tailler au couteau ou à se laisser pénétrer par l’ongle ; elle prend également une teinte noirâtre, ou môme devient tout à fait noire à l’intérieur, ce qui a valu à la racine le nom d’ipécacuanha noir, de la part de ceux qui ne l’ont vue qu’ainsi altérée. Cet ipécacuanha a toujours passé pour moins actif que l’officinal, car Lemery en fixe la dose, en poudre, à t gros 1/2, et en infusion à 3 gros. Cela s’accorde avec l’analyse de M. Pelletier (1), qui a retiré de cette racine, seulement :

Matière vomitive 9

— grasse 1 2

Ligneux, gomme et amidon 79

Ipécacuanlia ondulé.

Ipécacuanlia lilanc de Bergius (2); non 1 ipécacuanlia blanc de Lemery, qui est la racine d’une apocynée ; ipécacuanlia am>lacé ou blanc de M. Mérat.

On a cru pendant longtemps que celle racine était produite par le Viola ipécacuanlia, L.,dont nous parlerons ci-après ; mais,

(1) Pelletier, Journal de p/iarm., t. VI, p. 2G5.

(2) Bergius, t. II, p. 7â0.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

ainsi que j’en avais fait l’observation dans la première édition de cet ouvrage, il était beaucoup plus raisonnable de l’attribuer à une plante rubiacée, congénère ou très-voisine des Cephœlis. Et en effet, dès 1801, le docteur Gomez, de retour d’un voyage au Brésil, avait publié à Lisbonne un Mémoire sur les ipécacuanhas, dans lequel il démontrait que la racine qui fait l’objet de cet article était produite par une plante du genre Richardsonia ( Richar dia , L.), qu’il a nommée Richardsonia brasiliensis. Cette plante [fig. 587), de la famille des Rubiacées, croît dans les prés aux en-

Fig. 587. — Richardsonia brasiliensis.

Fig. 588. — Ipécacuanha ondulé.

virons de Rio- Janeiro. Elle est couchée sur terre, velue, pourvue de feuilles ovées-oblongues, rudes sur les bords, accompagnées de stipules en forme de gaine divisée par le haut. Les fleurs sont disposées en capitules et entourées d’un involucre tétraphylle ; le fruit est une capsule d’abord couronnée par le calice, puis dénudée et se séparant en 3 ou -4 coques monospermes indéhiscentes.

La grosseur de l’ipécacuanha ondulé [fig. 588) varie dans les mêmes limites que celle de l’ipécacuanha officinal. Il est d’un gris blanchâtre à l’extérieur, et d’un blanc mat et farineux à l’in-

RUBIACÉES. — FAUX IPÉCACUANflAS.

térieur. Il est de même pourvu d’un mcditullium ligneux, et son écorce paraît quelquefois annelée au premier coup d’œil ; mais, en y regardant avec plus d’attention, on s’aperçoit qu’elle est plutôt ondulée , c’est-à-dire qu’une partie creusée ou sillonnée transversalement d’un côté répond de l’autre à une partie convexe, de :i manière que le sillon n’est que demi-circulaire, au lieu de faire [I tou t le tour de la racine comme dans Tipécuanha officinal. Lorsqu’on casse l’ipécacuanba ondulé, et qu’on regarde un instant après la cassure au soleil, on aperçoit, à la simple vue et surtout vers la circonférence, des points éclatants et perlés, et la loupe fait voir qu’il s’est élevé au-dessus de la cassure un tas de matière blanche et micacée, qu’on ne peut méconnaître pour de l’amidon. Aussi cette racine en contient-elle une énorme quantité, ainsi qu’il résulte de l’analyse qui en a été faite par Pelletier. Elle contient de plus, sur 100 parties de matière vomitive, 2 parties de matière grasse et très-peu de ligneux.

L’ipécacuanha ondulé est encore reconnaissable par son odeur; il en a une moisi (que je ne crois pas accidentelle), non irritante et tout à fait distincte de celle de l’ipécacuanha officinal. Il jouit de propriétés vomitives bien moins marquées, ce qui est d’accord avec l’analyse ci-dessus. Ar

Faux ipécacnanhas.

Je m’étendrai peu sur ces racines, dont l’importance est limitée aux pays qui les emploient comme succédanés de l’ipécacuanha. La plupart ne viennent pas en France, et il est évident, d’ailleurs, que, si l’on voulait remplacer chez nous la racine d’ipécacuanha par quelque autre production végétale analogue, il vaudrait mieux employer à cet effet l’une des racines indigènes qui étaient usitées comme vomitives avant l’importation de la première (arnica, asarum, etc.), plutôt que d’autres, d’un effet variable, nul ou dangereux, et dont la seule recommandation serait de venir de pays fort éloignés. Ces faux ipécacuanhas appartiennent presque tous à l’une des trois familles suivantes : Violariées, Euphorbiacées , Apocynées.

Faux ipécacuanha «lu lirésil : lonidium Ipécacuanha, Vent.; Viola Ipécacuanha , L. ; Pombalia Ipécacuanha , Vandelli, de la famille des Violariées.

Racine, ou tige radicante ( fi g . 589), longue de 16 à 20 centimètres, de la grosseur d’une plume à écrire, un peu tortueuse ou flexueuse, et offrant quelquefois, dans les anses alternatives qu’elle forme, des fentes demi-circulaires qui lui donnent alors une sorte de ressemblance avec' l’ipécacuanha ondulé. Cette ra-

Guiboubt, Drogues, 6« édition. T. III. — 7

DICOTYLÉDONES CAL1CIFLORES.

cine est souvent bifurquée inférieurement et supérieurement, et elle se termine à la partie qui atteint la surface du sol par un grand nombre de petites tiges ligneuses.

L’écorce est mince, ridée longitudinalement et d’un gris jaunâtre clair. Le corps ligneux est très-épais, jaunâtre, composé de paquets de fibres bien distincts à la circonférence, et qui sont tordus comme les fils d’une corde. La cassure récente, examinée

â la loupe, paraît criblée d’une infinité de pores comme la lige d’un jonc. Cette racine est presque insipide et inodore, et il est douteux qu’elle jouisse de propriétés bien marquées. Elle ne contient pas d’amidon. Pelletier en a retiré, sur 100 parties : matière vomitive 5, gomme 35, matière azotée I, ligneux 57 (1).

Autre faux ipécacuanha «lu

Brésil. Cette racine est produite par Y Ionidium porviflorum , Vent.

( Viola parviflora, L.). M. Mérat l’a décrite sur un échantillon tiré de l’herbier de M. de Jussieu (2). J’ai cru l’avoir retrouvée dans une racine provenant du droguier de M, Lherminier (3); mais cette racine ressemble tellement à celle de l’/onidium Ipécacuanha , qu’il m’est impossible de dire maintenant à quelle espèce elle appartient. 11 est probable que ces deux racines sont confondues dans le peu de faux ipécacuanha qui nous vient du Brésil.

On cite également, comme faux . ipécacuanha du Brésil, la racine

de Vlomdium hrevicaule , Mart. D’après la description que l’on

Fig. 589. — Ipécacuanha du Brésil.

(1) Pelletier, Journ. de pharm., t. III, p. 158.

(2) 1” édition, n° 297.

(3) On trouve dans les Annales de chimie et de physique , t. XXXVIII, p. 155, une autre analyse de la racine d 'Ionidium Ipécacuanha, par Vauquelin, dont on ne peut tirer aucun parti, à cause des erreurs commises dans les chiffres. Vauquelin, à l’exemple de Pelletier, donne à la matière vomitive de cette racine le nom d 'émétine, bien qu’il soit très-probable qu’elle est différente de celle contenue dans l’ipécacuanha officinal.

RUBIACÉES. — FAUX IPECACUANHAS. 99

en donne, cette racine doit pouvoir se confondre avec la suivante.

Faux ipécacuanlia «le Cayenne, Ionidium itoubott , Vent.; \ lolo. ccilceolaria, L.; Viola itouboa, Aublet. La racine de cette plante ressemble encore beaucoup à celle de Ylonidium Ipecacuanha ; mais, telle que je l’ai, elle est moins longue, beaucoup plus tortueuse, d’un gris plus foncé à l’extérieur, plus blanche à l’intérieur, mêlée de débris de feuilles et de tiges entièrement velues, ce qui est un caractère distinctif de l’espèce. Les propriétés sont semblables.

Suivant Aublet, on emploie également à Cayenne, sous le nom d’ipécacnanha, la racine vomitive et purgative du Boerhavia diandra , L.

Racine «le cniciiunchiiii. Cette racine est produite par un Ionidium très-abondant à Guayaquil, dans l’Amérique du Sud ; elle a été décrite et vantée contrôla lèpre par le docteur Marcutius, ce qui lui a fait donner le nom d 'Ionidium Marcutii. M. Gaudichaud en a rapporté de Guayaquil une certaine quantité, qui ne diffère guère de la racine de V Ionidium Ipecacuanha que parce qu’elle est généralement plus petite. Je ne mets pas en doute que ces deux racines ne jouissent des mêmes propriétés, ni plus ni moins (1).

Faux ipécacuanlia de l’Amérique septentrionale, GllleniCt trifoliata, Mœnch; Spirœa trifoliata , L., de la famille des Rosacées. La racine de cette plante est formée d’une souche couchée sous terre, du volume d’une grosse plume, portant à la face supérieure un certain nombre de tubercules d’où naissent les tiges, et garnie d’autre part de longues radicules. Cette racine est formée d’un épiderme gris rougeâtre recouvrant une écorce blanche, un peu spongieuse, très-amère, et d’un meditullium blanc et ligneux. La racine en masse a une odeur faible qu’il est difficile de préciser.

Antre faux ipécacuanlia de l’Amérique septentrionale, Eu-

phorbia Ipecacuanha , L. Racine fibreuse, cylindracée, blanchâtre, inodore, peu sapide, cependant très-émétique. Les racines de plusieurs de nos euphorbes indigènes jouissent des mêmes propriétés.

Faux ipécacuanlia des Antilles, Asclepias CurassaviCU, L. Cette racine est fortement émétique et n’est employée que par les nègres, en place d’ipécacuanha.

Faux ipecacuanha de l’île de France, ipécacuanlia blanc de

(1) Une dame, ayant apporté la racine de cuichunchilli à la Guadeloupe, en a vendu une once au gouverneur de la colonie pour la somme de 1 ,000 francs. Je présume que c’est là l’effet le plus merveilleux que cette racine ait jamais produit.

Lemery; Tylophora asthmatica , Wightet Arn.; Asclepiasasthmatica, L. ; Cynanchum vomitorium , Lam. Je n’ai pas cette racine; mais, suivant Lemery, elle est blanche, ni tortue ni raboteuse, et elle ressemble beaucoup à la racine de Vincetoxicum , dont elle a aussi les feuilles.

J’ai dit (1) que cette racine était probablement celle qui avait été analysée par Pelletier, sous le nom d 'ipecacuanha blanc ou de Viola Ipecacuanha ; mais j’avais eu soin d’ajouter que je ne l’avais pas vue. Depuis, je me suis procuré la racine analysée par Pelletier, à la même source que lui, et je puis assurer que c’était bien celle du Viola Ipecacuanha. Je me crois obligé de le répéter, parce que d’autres avaient propagé l’erreur que j’avais commise. Je ne sache pas que la racine de Tylophora asthmatica ait été analysée.

Faux ipécacuunha «le l’île Bourbon, Periploca mauritiana , Poiret ; Camptocarpus mauritianus , Dne. J’ai dû un échantillon de cette plante à Lemaire Lizancourt. Les tiges ressemblent à celles de la douce-amère; elles sont blanches à la partie inférieure, brunâtres aux extrémités. Les feuilles sont glabres, longues de 54 à 80 millimètres, échancrées en cœur par le bas, ovaleslancéolées. La racine est blanche, ligneuse, presque grosse comme le petit doigt, accompagnée de radicules filiformes droites et cylindriques. Elle n’a pas de saveur sensible d’abord, mais après quelque temps on ressent une assez forte irritation sur la langue et aux glandes salivaires. Toute la plante, feuilles, tige et racine, est imprégnée d’une odeur forte, semblable à celle de l’arguel ou du séné de la Palte.

Racine de caïnca.

Chiococca anguifuga , Martius. Arbrisseau croissant au Brésil, dans les forêts vierges des provinces de Minas-Geraes et de Bahia. Il s’élève à la hauteur de 2 ou 3 mètres ; ses feuilles sont opposées, ovales-acuminées, accompagnées de stipules; ses fleurs sont disposées en grappes paniculées, sortant de l’aisselle des feuilles; le fruit est une petite mélonide sèche, presque didyme, couronnée par les dents du calice, et contenant deux semences à albumen cartilagineux, comme celui du café. La blancheur remarquable de ce fruit a valu au genre Chiococca son nom, dérivé de neige, xoxxoç, graine. Le nom anglais snoivberry n’a pas une autre signification.

La racine du Chiococca anguifuga est connue au Brésil sous le nom de raiz prêta (racine noire) ; sous celui de cainana , qui est

(1) Première édition de cet ouvrage.

RUBIACÉES. — RACINE DE CAINCA.

aussi le nom d’un serpent venimeux contre la morsure duquel la racine a été employée ; et enfin sous celui de caïnca , qui a prévalu en France, mais que l’on a écrit de toutes les manières possibles ( kahinca , kaïnca , cahinca , cahinça ). L’orthographe véritable et la plus simple est caïnca.

La racine de caïnca est rameuse, composée de radicules cylindriques longues de 35 centimètres et plus, et dont la grosseur varie depuis celle d’une plume jusqu’à celle du doigt. Elle est formée d’une écorce brunâtre, peu épaisse, entourant un corps ligneux blanchâtre qui forme à lui seul presque toute la masse de la racine, et dont la cassure paraît criblée de trous, lorsqu’on l’examine à la loupe. L’écorce offre souvent, de distance en distance, des fissures transversales, et se sépare assez facilement du bois. A cet égard, le caïnca se rapproche de l’ipécacuanha gris, et même quelques-unes de ses plus petites racines ont pu souvent se trouver mêlées à l’ipécacuanha, auquel elles ressemblent beaucoup (1); mais le caractère le plus frappant de la racine de caïnca consiste dans des nervures très-apparentes qui parcourent longitudinalement ses gros rameaux, et qui sont formées à l’intérieur d’un mcditullium ligneux entouré de son écorce, confondue avec celle du rameau : de sorte que l’on dirait des radicules décurrentes qui se sont soudées par approche avec le tronc principal.

En masse, la racine de caïnca offre une odeur assez marquée, analogue à celle du jalap. Quant à la saveur, l’écorce en a une très-amère et âcre, fort désagréable, auprès de laquelle k; bois parait insipide ; c’est donc dans l’écorce surtout que résident les propriétés de la racine.

MM. Pelletier et Caventou ont analysé la racine de caïnca, et en ont retiré :

1° Une matière grasse, verte et odorante, dans laquelle réside toute l’odeur de la racine ;

2° Une matière colorante jaune ;

3° Une autre substance colorée visqueuse ;

4° Un principe cristallisable, auquel la racine doit toute son amertume. Ce principe est blanc, inodore, très-amer et âcre, non azoté, peu soluble dans l’eau, facilement soluble dans l’alcool, fort peu soluble dans l’éther. Ses dissolutés rougissent le tournesol et neutralisent les alcalis. C’est donc un acide ; les auteurs de l’analyse l’ont nommé acide caïncique.

La racine de caïnca jouit d’une propriété drastique très-marquée. Elle est aussi quelquefois vomitive ; mais le plus ordinaire-

(I) Principalement à l’ipécacuanha annelé majeur.

102 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

ment son action sc porte à la fois sur les intestins et sur l’appareil urinaire, dont elle augmente considérablement la sécrétion. Elle a été employée avec succès contre l’hydropisie.

Autres espèces «le caïnca. D après M. Martius, le C hiococca densifolia, plante brésilienne également, fournit des racines semblables au caïnca, et qui peuvent lui être substituées.

On connaît aussi à la Guadeloupe, sous le nom de petit branda , une espèce de chiococca répandue dans toutes les Antilles ( Chiococca racemosa, L.), dont la racine y est depuis longtemps usitée contre la syphilis et les rhumatismes. Celte racine diffère de celle du Chiococca anguifuga par la prédominance de son principe colorant jaune : ainsi, l’épiderme est d’un gris jauuâtre au lieu d’être d’un gris foncé et noirâtre ; l’écorce est intérieurement d’une couleur orangée rouge, et le bois est teint de jaune ; du reste, la saveur et l’odeur sont semblables. Enfin, j’ai reçu de Guatémala une racine de caïnca très- longue, plus noire au dehors que celle du Brésil, formée d’une écorce plus mince et d’un bois blanc en- .core plus épais par conséquent. La saveur est semblable à celle de la racine brésilienne ; mais l’odeur est presque nulle. J’ignore quelle espèce a produit cette racine.

-L Café.

Le café estla semence d’un petit arbre d’Ethiopie et d’Arabie qui

a été transporté àl’île Bourbon et à la Martinique. Cet arbre, nommé Coffea arabica {fîg. 590), est toujours vert ; ses feuilles sont opposées, oblongues, acuminées, glabres, assez semblables à celles du laurier ; les fleurs sont blanches, odorantes, courtement pédonculées, rassemblées en certain nombre dans l’aisselle des feuilles ; les fruits sont rouges, bacciformes, oblongs, gros comme une cerise, formés d’une pulpe douceâtre peu épaisse, entourant deux loges accolées, dont la substance a l’aspect d’un parchemin. Chaque loge contient une semence convexe du côté externe, plane et marquée d’un sillon longitudinal du côté interne, composée d’un albumen corné et d’un embryon droit, pourvu de cotylédons foliacés. Le fruit entier nous arrive quelquefois desséché, comme objet de curiosité; pour le commerce ordi-

RUBIACÉES. — CAFÉ.

naire, on l’écrase toujours sur une pierre, lorsqu’il est récent, pour en séparer la pulpe eL l’endocarpe; on lave les semences à l’eau et on les fait sécher au soleil. Telles que le commerce les présente alors, elles sont nues, ovales, obtuses, convexes d’un côté, planes et sillonnées de l’autre ; elles ont la consistance de la corne, l’odeur du foin et la saveur du seigle; leur couleur varie du blanc jaunâtre au jaune verdâtre. Les principales sortes sont :

Le café moka, qui est le plus estimé. Il vient de l’Arabie; il est petit, jaunâtre et souvent presque rond, ce qui est dû à la fréquence de l’avortement d’une des deux semences ; alors celle qui reste prend la forme du fruit. Son odeur et sa saveur sont plus agréables que dans les sortes suivantes, surtout après la torréfaction.

Le café boiirkou, produit par le Coffeci arabica cultivé à Bourbon, est plus gros et moins arrondi que celui de Moka ; il ne doit pas être confondu avec une espèce particulière de café qui croît naturellement dans cette île, où on le nomm e café marron. Celui-ci est le Coffea mauritiana , Lamk., dont la baie est oblongue et pointue par la base. La semence est également allongée en pointe et un peu recourbée en corne par une extrémité ; elle a une saveur amère et passe pour être un peu vomitive.

Le café martinique est en grains volumineux, allongés, d’une couleur verdâtre, recouverts d’une pellicule argentée (épispermq,) qui s’en sépare par la torréfaction ; le sillon longitudinal est très-marqué et ouvert. |Odeur franche, saveur qui rappelle celle du froment.

Le café haïti est très-irrégulier, rarement pelliculé, d’un vert clair ou blanchâtre, pourvu d’une odeur et d’une saveur moins agréables que le précédent.

[Ces caractères sont loin d’avoir une valeur absolue, et des cafés d’une même origine peuvent avoir des formes diverses ; quant aux différences de couleur, elles paraîtraient tenir trèssouvent à l’état plus ou moins avancé de maturité delà graine. Il en résulte qu’il est très-difficile, à l’aspect extérieur seulement, de reconnaître la provenance des diverses sortes de café (1).]

Analyse du café. Beaucoup de chimistes se sont occupés de l’analyse du café, et, malgré les derniers travaux de M. Payen, peut-être la composition n’en est-elle pas encore parfaitement connue. Cadet y a trouvé une petite quantité A huile volatile concrète et de la gomme (2) ; Armand Séguin, de l 'albumine, une huile

(1) Voir Lr'“on Marchand, Recherches organographiques et organogéniques sur le Coffea arabica , L. Paris, 1804.

(2) Cadet, Ann. chim., t. LV1II, p. 2GG.

104 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

grasse fusible à 25 degrés, blanche, douce et inodore, et un principe amer, soluble dans l’alcool et très-azoté, qui renfermait évidemment la caféine que Robiquet et Pelletier y ont découverte plus tard (1). La caféine cristallise en belles aiguilles soyeuses ; elles font à l’aide d’une légère chaleur et se volatilise sans décomposition ; elle est soluble dans 50 parties d’eau froide, beaucoup plus soluble dans l’eau bouillante, assez soluble dans l’alcool à 70 ou 80 centièmes, très-peu soluble dans l’alcool absolu et peu soluble dans l’éther. Ses caractères basiques sont très-peu marqués; cristallisée dans l’eau ou dans l’alcool ordinaire, elle est formée de C16H10Az4O4, elle perd 8 pour 100 d’eau à la température de 120 degrés et devient opaque et friable. Elle existe également dans le thé et dans les fruits de guarana (. Paullinia sorbilis ).

M. Rochleder, par ses travaux, dont je ne connais que très imparfaitement les résultats, a constaté dans le café la présence de la légumine et d’un acide particulier, analogue à l’acide cachutique, auquel il a donné le nom d'acide cafétannique. Ce même acide avait été découvert précédemment par M. Pfaff, qui lui avait donné le nom d'acide caféique. C’est encore le même acide que M. Payen a nommé depuis acide chlorigénique.

D’après M. Payen, la caféine existe sous deux états dans le café ; une petite partie s’y trouve à l’état de liberté et peut en être extraite par l’éther, mélangée avec l’huile grasse dont le café contient 10 à 13 pour 100 ; le reste existe à l’état de -combinaison avec l’acide chlorigénique et la potasse, formant un sel double nommé chlorigénate de potasse et de caféine ( caféate-ca féi-potassique, Berz.).

On obtient ce sel en traitant par de l’alcool à 60 centièmes le café pulvérisé et préalablement épuisé par l’éther ; mais il est mélangé à d’autres matières dont on le sépare par plusieurs cristallisations et purifications. Ce sel est très-électrique par la chaleur ; il est à peine soluble dans l’alcool anhydre ; mais il se dissout bien, à l’aide de l’ébullition, dans l’alcool à 85 centièmes et cristallise facilement. Ce sel exposé à la chaleur n’éprouve aucune altération jusqu’à 150 degrés; mais, vers 185 degrés, il se fond, prend une belle couleur jaune, quintuple de volume, et forme une masse spongieuse, jaunâtre, friable. A 230 degrés, la couleur brunit ; le sel éprouve une décomposition partielle d’où résultent des vapeurs de caféine et des produits empyreumatiques. C’est au boursouflement de ce sel par la chaleur qu’il faut attribuer l’augmentation de moitié de son volume que le café éprouve pendant sa torréfaction.

(I) Robiquet et Pelletier, Dicl. tcchnol ., t. IV, et Journ. pharm., t. XI, p. 229.

RUBIACÉES. — QUINQUINAS. 105

D’après M. Payen, l’acide chlorigénique combiné

est égal à C14H807.

D’après M. Rochleder, l’acide cafétannique cristallisé est égal à Cl6I l908.

A l’état anhydre, il est composé de. . . C16H807.

[Par la torréfaction du café, il se produit un corps brun, amer, soluble dans l’eau, et une huile brune, plus lourde que l’eau, légèrement soluble dans ce liquide bouillant, à laquelle on a donné le nom de caféone : une quantité presque impondérable de cette substance aromatise plus d’un litre d’eau.]

Le café paraît avoir été connu d’Avicenne et de Rhasis ; mais ce n’est guère que vers la fin duxme siècle que l’usage de le prendre en boisson, après l’avoir torréfié, se répandit dans l’Orient. On commença d’en boire en Ralie vers l’année 1645, et les premiers cafés furent établis à Paris en 1669. On prend le café en infusion sucrée ou non sucrée, surtout après les repas, pour faciliter la digestion. Il stimule les sens et cause des insomnies. Les personnes nerveuses doivent éviter d’en faire usage.

Succédanés du café. Lorsque la guerre continentale privait l’Europe presque tout entière de communication avec les colonies, on a cherché si quelques substances indigènes ne pourraient pas remplacer le café ou en diminuer la consommation ; les substances qui ont été le plus vantées à cet égard sont la graine torréfiée de Y Iris pseudo-acorus, celle de pistache de terre ( Avachis hypogœa ), les pois chiches, l’avoine, le seigle, le maïs, le/gland de chêne, les semences de gombo ( Hibiscus esculentus ), celles de l’astragale d’Andalousie ( Astragalus bæticus), etc. ; mais aucune substance n’a obtenu une aussi grande vogue que la racine de chicorée torréfiée, dont il se fait, même encore à présent, une consommation considérable en France et en Allemagne. Cette racine n’a aucune ressemblance de goût avec le café, mais elle altère peu l’arome de celui avec lequel on la mélange en quantité plus ou moins considérable, et c’est sans doute ce qui l’a fait survivre au rétablissement de nos relations d’outre-mer, malgré la propriété laxative dont elle est pourvue. 4-

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