‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 9 sur 176 · DICOTYLÉDONES CAL1C1FLORES · texte numérisé non relu

DICOTYLÉDONES CAL1C1FLORES

TRIBU DES ASTÉROIDÉES.

Aimée officinale.

lnula Helenium. Car. gén. : capitule mulliflore hétérogame; (leurs du rayon unisériées, femelles, ligulées, rarement tubuleuses, trifides; fleurs du disque hermaphrodites, tubuleuses, à 5 dents; involucre imbriqué, plurisérié; réceptacle plane, nu; anthères pourvues de 2 soies àla base ; achainecylindroïde pourvu d’une aigrette à une seule série de soies capillaires, rudes. L’aunée officinale ( fig . 570) croît dans les lieux ombragés et se

l*ig. 570. — Auoée officinale.

cult|ve dans les jardins.. Sa tige est droite, velue, haute de 43 a.., c ecune i es , ses feuilles radicales sont très-grandes, ovales, at énuées en pétiole d’un côté et terminées en pointe de l’autre ; ce les de la tige sont demi-amplexicaules ; toutes sont dentées, d un vert pâle rugueuses en dessus, cotonneuses en dessous; les cap.tu'es sont soldâmes au sommet des tiges et des rameaux, larges de 8 cent, métrés, pourvus de fleurons ligulés, jaunes et radies, qui les font ressembler à ceux des helianthm ; l’involucre

ASTÉROÏDÉES. — AUNÉE OFFICINALE. 63

est formé de squames imbriquées, dont les extérieures sont larges et surmontées d’un appendice foliacé, et les intérieures I linéaires et obtuses; le réceptacle est large, plane, dépourvu de paillettes; les achaines sont très-glabres, tétragones, pourvus d’une aigrette simple.

La racine d’aunée est la seule partie de la plante usitée. Elle est vivace, longue, grosse, charnue, roussâtre au dehors, blanchâtre en dedans, d’une odeur forte, d’une saveur aromatique, âcre et amère ; elle conserve ces propriétés par une bonne dessiccation.

D’après l’analyse de John, rapportée par M. Berzélius, la racine d’aunée contient :

Huile volatile liquide traces.

llélénine 0,4

Cire 0,6

Résine molle et âcre 1»7

Extrait amer soluble dans l’eau et dans l’alcool 36,7

Gomme 4,5

Inuline 36,7

Albumine végétale 13,9

Fibre ligneuse 3,5

Sels potassiques, calciques et magnésiques »

Ce que Berzélius appelle hélénine n’est autre chose que l’huile volatile concrète et cristallisable qui, depuis longtemps, a été signalée dans la racine d’aunée. Elle doit avoir une grande part à ses propriétés, ainsi que la résine molle et âcre. L 'inuline est, comme on le sait, un principe analogue à l’amidon qui a été découvert par Rose dans la racine d’aunée, et qu’on a retrouvé depuis dans les racines de pyrèthre, de dahlia, de topinambour, de chicorée, d’angélique et d’autres plantes synanthérées ou ombellifères. Ce principe tient dans ces racines la place de l’amidon, dont il diffère parce que l’iode le colore en jaune et non en bleu, et parce que sa dissolution, obtenue à l’aide de l’eau bouillante, estmucilagineuse et non gélatineuse, et qu’elle laisse déposer l’inuline sous forme pulvérulente, quelque temps après son refroidissement. Au reste cette substance demande à être mieux définie.

On retire de la racine d’aunée, ou on en prépare une huile volatile, une eau distillée, un extrait, une conserve et un vin médicinal. Elle entre en outre dans un grand nombre de médicaments plus composés. Ses propriétés générales sont d’être tonique et diaphorétique.

La racine d’aunée jouit d’une autre propriété peu connue, qu’elle partage avec celle de bardane. Sa décoction, employée

Guibourt, Drogues, 6' édition.

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en lotions, apaise presque instantanément les démangeaisons dartreuses, et est un des meilleurs topiques dont on puisse se servir pour en atteindre la guérison.

Quelques autres espèces d’aunée, anciennement usitées, sont aujourd’hui tombées dans l’oubli : telles sont, entre autres, V inula conyza , dont les feuilles, semblables à celles de la digitale, ont été figurées (J) ; les Inula suaveolens, bifrons , britannica , graveolens, etc. Les Inula dysenterica et pulicama appartiennent aujourd’hui au genre Pulicaria.

La tribu des Astéroïdées renferme un très-grand nombre de plantes d’ornement, généralement connues, auxquelles je crois inutile de m’arrêter: telles sont les dahlia (Dahlia variabilis), la verge d’or ( Solidago virga aurea), les érigérons, les aster , la reine Marguerite ( Callistephus chinensis) ; sans oublier la charmante pâquerette, ornement de nos prairies ( Bellis perennis ). -f-

(') TRIBU DES EUPATORIACÉES.

Tussilage ou Pas-d’Ane.

Le tussilage est une plante qui girne les lieux humides et dont les racines se propagent sous terre à une grande distance.

Il en pousse plusieurs peLites hampes supportant chacune un capitule qui s’épanouit avant que les feuilles paraissent, ce qui a fait donner à la plante le nom bizarre deFilius ante patrem. Les feuilles qui paraissent ensuite sont pétiolées, très-larges, sous-cordiformes, anguleuses et denticulées. On en a comparé la forme à l’empreinte du pied de l’âne, d’où est venu le nom de Pas-d’âne ; elles sont vertes en dessus, blanchâtres et cotonneuses en dessous. La hampe est également cotonneuse et toute couverte de bractées rougeâtres, qui, parvenues au capitule, en forment l’involucre. Le capitule présente, à la cir-

Tussilago far far a, L. (fi g. 571).

Fig. 571. — Tussilage.

EUPATORIACEES.

EÜPATOIRES.

conférence, une grande quantité de demi-fleurons jaunes trèsétroitement ligulés, femelles, et, au centre, un petit nombre de fleurons hermaphrodites, tubuleux, à 5 dents. Le réceptacle est nu ; les styles du disque sont inclus et abortifs; ceux du rayon sont bifides, à rameaux sous-cylindriques; les achaines sont oblongscylindriques, glabres, pourvus d’une aigrette plurisériée, à soies très-fines ; les aigrettes du disque sont unisériées. Tout le capitule est doué d’une odeur forte, agréable, et d’une saveur douce et aromatique. On l’emploie en infusion contre la toux : d’où est dérivé le nom de Tussilage. ^

O Eupatoires.

Sous le nom d’Eupatoires, on connaît plusieurs plantes appartenant à des genres différents : Yeupatoire des Grecs était YAgrimonia eupatorium de la famille des Rosacées; Yeupatoire de Mesué , YAchillea Agératum ; enfin l’eupaloire d’Avicenne appartient aux Eupatorium.

Ce dernier genre, qui est extrêmement nombreux en espèces, présente les caractères suivants : Feuilles opposées ; capitules homogames, dont l’involucre est cylindrique, formé de squames imbriquées, appliquées, ovales-oblongues, foliacées ;le réceptacle est nu, plane, étroit; les fleurons sont généralement peu nombreux, tous tubuleux et hermaphrodites ; le style est long, profondément bifurqué, barbu à la base ; l’ovaire est pentagone et parsemé de glandes ; les achaines sont pourvus d’aigrettes pileuses, unisériées. Presque toutes les espèces sont américaines ; la suivante seule est commune en France, dans les fossés pleins d’eau et dans les lieux submergés.

Eupatoire d’Avicenne ou Eupatoire clianvrin , Eupatorium can-

nabinum , L. Cette belle plante croît à la hauteur de 13 à 15 décimètres; sa tige est un peu quadrangulaire, velue et rameuse ; les feuilles sont opposées, sessiles, à 3 ou 5 folioles lancéolées-allongées et dentées, imitant assez les feuilles de chanvre ; les capitules sont terminaux, disposés en corymbes un peu serrés, formés d’un involucre cylindrique, glabre, à 10 squames dontles 5 extérieures obtuses et très-courtes ; les fleurs sont d’un pourpre pâle, au nombre de 5 ou 6, remarquables par leurs styles saillants.

La racine d’eupatoire est fibreuse et blanchâtre ; elle paraît être assez fortement purgative ; les feuilles sont amères et un peu aromatiques lorsqu’on les écrase; elles passent pour détersives et apéritives.

Aya-pana, Eupatorium , aya-pana Vent. Cette plante, origi-

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naire du Brésil, a été transportée à l’Ile-de-France. Vantée d abord à l’excès contre un grand nombre de maladies, elle est aujourd’hui presque totalement oubliée : il semble cependant qu’elle devrait conserver une place dans la matière médicale; au moins peut-on supposer que ses propriétés générales se rapprochent beaucoup de celles du thé.

Les feuilles d’aya-pana sont longues de S, 5 à 8 centimètres, étroites, lancéolées-aiguës, entières, marquées de trois nervures principales qui se réunissent à l’extrémité du limbe, et d’un vert jaunâtre. Elles ont une saveur astringente, amère, parfumée, et une odeur agréable qui a quelque rapport avec celle de la fève tonka.

Plusieurs autres espèces d’eupatoire sont douées d’une odeur très-agréable : telles sont principalement V Eupatorium Lollavei , désigné au Mexique sous le nom de Posa Panai , ou Posa Maria, qui fournit une résine de couleur jaunâtre, à moitié transparente, à odeur d’encens, de saveur amère et aromatique, employée comme céphalique et excitante (1); 1 ' Eupatorium Dalea, L. {Critonium Dalea , DG.) de la Jamaïque, dont les feuilles sèches exhalent une odeur de vanille très-suave et persistante ; et l’ Eupatorium aromatisons , DG., de l’île de Cuba, qui sert à aromatiser les cigares de la Havane. Virey (2) a fait mention d’une feuille de tréi»ei servant au môme usage, queM. Kunth a reconnue pour apparlenir au Piqueria trinervia de Gavanilles.il est probable que cette feuille de trébel est la même que celle que j’ai décrite dans ma précédente édition, et que j’ai cru appartenir àl 'Eupatorium triplinerve de Vahl. Quelle que soit l’origine de cette feuille, voici quels en sont exactement les caractères :

Cette feuille est longue de 18 centimètres et doit être considérée comme sessile ; mais le limbe est très-étroit dans une longueur de 54 millimètres, puis il s’étend peu à peu jusqu’à une largeur de 36 millimètres, et se termine à l’extrémité par une pointe arrondie; la nervure médiane est forte et très-marquée; les nervures latérales sont disposées par paires : les trois premières paires suivent la direction allongée du limbe rétréci en pétiole, et viennent se confondre avec le bord de la feuille; la quatrième paire parvient seule au sommet, et donne à la feuille, avec la nervure médiane, l’apparence d’une feuille triplinerve; les nervures latérales supérieures sont beaucoup plus petites et comprises entre la nervure médiane et les nervures de la quatrième paire. La feuille est très-entière, assez épaisse, glabre, d’une cou-

0) Léon Sonbeiran, Journal de pharmacie et de chimie, 3e série, t XXXVIII, p. 19S.

(V) Virey, Journal de pharmacie, t. XIV, p. 300.

EUPATORIACEES.

GALAGER1.

leur verte un peu jaunâtre ; elle a une odeur de fève tonka ou de mélilot beaucoup plus franche, plus forte et plus agréable que l’aya-pana ; sa saveur est piquante, âcre et un peu amère; elle teint l’eau en jaune foncé, o

Ciuaco.

Mikania guaco, Humb., Bonpl. Cette plante est voisine des eupatoires, dont elle se distingue cependant par plusieurs caractères : Sa tige est grimpante, très-longue et rameuse ; ses feuilles sont pétiolées, opposées, ovales-aiguës, hérissées en dessous, à dentelures distancées, longues de 16 à 24 centimètres; l’involucre est formé de 4 folioles seulement, épaisses, aiguës, hérissées en dehors; les fleurons sont au nombre de 4, hermaphrodites, dont le style et les 2 stigmates sont très-longs ; les achaines sont pentagones, glabres, surmontés d’une aigrette simple ; le réceptacle est nu .

Le guaco croît dans la Colombie, sur les bords du fleuve delà Madeleine ; il est célèbre dans ces contrées par la propriété qu’on lui attribue de guérir de la morsure des serpents venimeux. On a également annoncé qu’il était propre à guérir le choléra. On a trouvé dans le commerce la plante entière, tiges, fleurs et feuilles mêlées. Elle est inodore, mais amère. Elle a été analysée par M. Fauré, de Bordeaux (1). [M. Guibourt (2), dans son travail sur le Guaco , arrive à cette conclusion que les guaco vraiment actifs appartenaient à des plantes différentes du Mikania guaco , particulièrement à des aristoloches. Le Mikania guaco serait d’après lui sans action aucune.] j-

0 Semences de Cialagéri.

Yernonia anthelmintica , Willd. Plante de l’Inde de la trihu des Yernoniacées, dont les semences sont usitées comme anthelmintiques. Virey (3), disant avoir reçu ces semences directement de 1 Inde, sous le nom d eCalagérî ou de Calagirah , a proposé de les substituer au semen-contra, dans les préparations pharmaceutiques. Le conseil aurait pu être bon, si les graines présentées eussent été véritablement celles du Yernonia anthelmintica ; mais c’étaient des semences de nigelle. Comme cette confusion pourrait se représenter, je dois dire ici ce qui l’avait causée et comment on peut s’en garantir.

(1) Fauré, Journ. pharm., t. XXII, p. 291 .

(2) Guibourt, Journal de pharmacie et de chimie, I8G9.

(3) Virey, Journal de pharmacie , t. XXII, p. G12.

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