‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 101 sur 176 · LÉGUMINEUSES. — NOIX DE BEN · texte numérisé non relu

LÉGUMINEUSES. — NOIX DE BEN

Semence de ben aptère, Moringa aptem, Dccaisne (I). Cette espèce n’a pas été complètement inconnue à Linné, qui remarque que, si les semences venues d’Asie sont ailées sur les angles, celles d’Afrique sont dépourvues d’ailes. L’arbre a vécu dans le jardin Ide Farnèse à Rome, et Aldini en a donné une description et une figure qui se font remarquer par l’avortement ou la cadicité des folioles, fait observé également par M. Decaisne sur les échantillons rapportés d’Égypte parSieber et par Bové. Cependant je suis

Fig. 682. — Noix de ben. Fig. 683. — Semence de ben aptère.

)orté à croire qu’il y a deux espèces de ben aptère, la description lu fruit donnée par M. Decaisne ne s’accordant pas entièrement ) ivec le fruit qui a été trouvé, à différentes époques, dans les se- I nences du commerce.

D’après M. Decaisne, le fruit est léguminiforme, terminé par in rostre, obscurément trigone, bosselé, sillonné longitudinalef nent et à G côtes, dont 3 répondent aux placentas et 3 aux sutu- ; es; il est uniloculaire, à 3 valves septifères, les cloisons s’accrois- J ant en forme de séparation transversale blanche et fongueuse, î ^es semences sont ovées ou trigones-turbinécs, pendantes, mariées d’un bile blanc, subéreux; le testa est sous-crustacé, d’un

(1) Decaisne, Annales des sciences natur., 1835, t. IV, p. 203.

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gris noirâtre au dehors , revêtu intérieurement d’une membran blanche et épaisse. Enfin, la figure donnée par M. Decaisneindi que un fruit assez long, trigone, à 3 valves, semblable à celui d Moringa pterigosperma, et contenant une série linéaire de 7 à semences.

Or on trouve quelquefois, dans les semences de ben du com merce, un fruit assez différent du précédent, que l’on voi représenté dans Porriet, dans le Matthiole de G. Bauhin, dan J. Bauhin (I) et dans Chabræus (2). Je possède un de ces fruits et j’en donne ici la figure, faite d’après nature ( fig . 683). Ce frui est long de 45 millimètres, pointu par l’extrémité supérieure atténué et se confondant insensiblement avec le pédoncule, pa le côté opposé. 11 est formé seulement de 2 renflements ovoïdes dont la coupe horizontale est circulaire et non triangulaire, et: ne renferme que deux semences d’un blanc un peu verdâtre , ovoi i des, triangulaires, avec 3 angles saillants, mais non ailés. C( semences, dont le test est assez dur et cassant, sont exactemei i les noix de ben blanches du commerce, qui sont les plus estimées I mais qui sont en effet mélangées de noix de ben grises , plus pi tites et aptères, qui me paraissent être celles décrites par M. D( caisne. Le péricarpe est d’un gris rougeâtre à l’extérieur, sol id( i fibreux, strié, avec quelques nervures longitudinales un peu pro( , minentes, mais qui ne répondent pas aux 3 sutures. Celles-ci e i sont marquées sur le fruit que par 3 légers sillons blancs, provt nant de l’interruption du derme brunâtre, et indiquant un com mencement de déhiscence; cependant je n’oserais dire quel fruit est déhiscent : lorsque j’ai voulu l’ouvrir par l'extrême supérieure, pour en connaître les semences, il s’est déchiré irré | gulièrement en 7 ou 8 parties, sans suivre les sutures, qui soi restées intactes. Enfin, le péricarpe est mince et entièrement t breux dans toute la partie renflée, occupée par les graines, et r ! s’épaissit en une cloison transversale que dans leur intervalb ; Cette cloison est percée de 3 trous qui répondent aux 3 trophe i spermes pariétaux, correspondant eux-mêmes exactement avec les tre \ sutures extérieures : l’un de ces trous est plus ouvert que les dei autres, et permet de voir que la semence contenue dans la lo£ 1 2 inférieure est suspendue par un funicule membraneux au trophi sperme qui lui répond. Ces semences de ben blanches répondei au Moringa aptera de Gærtner.

La semence de ben est amère et purgative ; mais on ne l’en ploie plus en médecine. Elle fournit, par expression, une hui

(1) J. Bauhin, Historia plantarum.

(2) Clmbræus, Icônes.

LEGUMINEUSES. — ACACIAS.

iouce, inodore et difficile à rancir, qui est très-propre à se ehar- ;er, à l’aide de la macération, de l’odeur fugace du jasmin et des leurs liliacées. Cette huile, au bout de quelque temps, se sépare n deux portions, dont l’une est épaisse et facilement congelable, t dont l’autre reste toujours fluide. C’est de cette dernière huile [ue les horlogers se servaient pour adoucir le frottement des nouvements de montres, avant qu’on eût trouvé, dans la saponiftation incomplète de l’huile d’olive, le moyen de se procurer une laïne beaucoup plus pure, non oxygénable et sans action sur les nétaux, notamment sur le cuivre.

Il y a une autre semence qui est connue sous les noms d g, Ben \ nagnum et de Noisette purgative: c’est le fruit du Jatropha multiida, L. (Voyez t. II, p. 356.)

Fruits d’acacias ou bablalis.

Les arbres de la famille des Légumineuses qui composent la I ribu des Mimosées avaient été séparés, par Tournefort, en deux [genres, savoir : les Mimosa et les Acacia ; le premier, caractérisé >ar ses gousses articulées, et le second par ses fruits continus, jinné les a tous réunis en un seul genre, sous le nom de Mimosa ; nais plus tard Willdenow en forma les genres Inga, Mimosa, 'ichrankia, Desmanlhus et Acacia, auxquels il faut joindre aujourl’hui les Prosopis, Alyarobia , Eniada, Yachelia et plusieurs autres. Jarmi tous ces genres, nous nous arrêterons au seul genre Acacia , i ’t nous nous bornerons encore h décrire les' espèces qui nous ournissent la gomme arabique, le cachou et plusieurs fruits asringents usités pour la teinture et le tannage.

Les acacias gummifères, quoique quelques-uns, originaires de Orient, aient été connus des anciens, et que les autres, naturels • iu Sénégal, aient été décrits par Adanson, sont encore mal défiiis et plus ou moins confondus par la plupart des botanistes. Je ne bornerai à décrire les espèces d’acacias telles qu’elles me paraissent devoir être établies, en rejetant toutes les synonymies tutres que celles que j’indiquerai.

I. Acacia nilotica, Delile; A. vera, Willd., Guib. [Drog. simples, 4e éd.) (1 ). lette espèce comprend deux variétés qui diffèrent par le nombre de eurs pinnules, ruais qui ne sont peut-être que deux Ages différents du i Même végétal.

[(1) Le nom d 'Acacia vera employé par Guibourt dans la précédente édition, lyant été appliqué à diverses espèces mal définies, nous lui substituerons le nom IM. nilotica, qui se rapporte à. la forme bien déterminée, décrite dans cet aride.]

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lre VARIÉTÉ, A 4-6 PIN N U LES.

Acacia (Vesling. in Pr. Alpin., cap.iv ; Plukenet, Phytogr., tab. CCLI, fig. t ; Blackw., tab. CCCLXXVII).

Mimosa nilotica (Hasselq., Itin., 475).

Gommier rouge ou nebneb d’Adanson {Supplément à l'Encyclopédie botan., t. I, p. MO).

Acacia d’Égypte (Lamarck., Suppl., t. I, p. 19).

Acacia vera, Valmont de Bomare {Dict., t. I, p-, 81).

Acacia nilotica (Deüle, Fl. œgypt., p. 79 ; Th. Fr. Nees, Plant, med., tab. CCCXXXII).

Abrisseau {fig. 684) de 3 à 4 mètres de hauteur, dont l’écorce est brune, l’aubier jaunâtre, le bois très-dur et d’un rouge brun. Ses feuilles sont deux fois ailées et portent 4 à 6 pinnules (quelquefois da-

vantage), dont chacune est pourvue de 15 à 20 paires de folioles, longues de 4 ou 5 millimètres, obtuses et imparfaitement glabres. Le pétiole commun porte une petite glande concave entre la première paire de pinnules et une autre entre la dernière. 11 est accompagné à la base, au lieu de stipules, de deux épines droites, écartées horizontalement, et dont l’une est d’un tiers plus courte que l’autre. D’ailleurs ces épines ne sont pas d’égale grandeur sur toutes les branches; celles qui poussent au moment où la sève est près de s’arrêter, sont brunes,

LÉGUMINEUSES. — ACACIAS

coniques, longues de H à 13 millimètres; les brandies, au contraire, qui poussent pendant la force de la sève porient des épines longues de 55 à 65 millimètres sur 2 millimètres de diamètre, et d'un jaune de bois (Adanson).

Les fleurs sont jaunes, disposées en capitules sphériques de 16 millimètres de diamètre, qui naissent au nombre de deux (ou plus) dans l’aisselle des feuilles supérieures. Ces capitules sont portés sur des pédoncules longs de 25 millimètres environ, articulés vers leur milieu, où ils porient une petite gaine couronnée par 4 denticules. Chaque capitule est composé d’une soixantaine de fleurs très-rapprochées, séparées les unes des autres par une écaille plus courte que le calice, figurée en palette orbiculaire, velue, et dont la moitié inférieure forme un pédicule très-délié. Chaque fleur est hermaphrodite (Adanson), composée d’un calice d’une seule pièce, d’un tiers plus long que large, couvert de poils denses, et partagé par le haut en 5 dents triangulaires égales. La corolle est deux fois plus longue que le calice, tubuleuse, terminée par 5 dents oblongues. Les étamines, au nombre de 70 à 80, sont disposées sur 5 rangs circulaires, et naissent d’un disque qui s’élève du fond du calice en touchant à la corolle; elles sont égales entre elles, deux fois longues comme la corolle, et en sortent sous la forme d’un faisceau un peu divergent. Les anthères sont arrondies, à deux loges s’ouvrant, du côté interne, par une fissure longitudinale, et surmontées d’un petit appendice blanc, globuleux, denticulé, pédicule. Le pollen est jaune, pulvérulent et d’une grande ténuité.

Du milieu du vide que laisse le disque des étamines, au fond du calice, s’élève l’ovaire, qui est pédiculé, allongé, terminé par un long style filiforme, tronqué horizontalement et creusé d’une petite cavité hérissée de pointes visibles seulement à la loupe. Le fruit (fig. 684) est un légume aplati, long de 6 à H ou 14 centimètres, vert brunâtre, lisse , luisant, composé de 6 à 10 articles discoïdes, si étranglés qu’ils paraissent comme attachés bout à bout, en forme de chapelet, par un collet qui n’a pas souvent 2 millimètres de largeur. Ces articulations ne se séparent pas naturellement, mais elles se rompent très-facilement par l’emballage ou le transport, de sorte que le fruit reçu par la voie du commerce est presque toujours brisé et séparé en autant de parties qu’il y a de loges et de semences. Le péricarpe renferme un suc desséché rougeâtre, d’une saveur gommeuse et astringente. Les semences sont elliptiques, aplaties, d’un gris brunâtre, marquées, sur chacune de leurs faces, d’un sillon qui enferme un grand espace pareillement elliptique. Elles sont attachées au bord supérieur de la loge par un court funicule; elles portent, en Égypte, le nom de quarat, le même qui est donné dans l’Inde à celles de Y Adenanthera pavonina, et probablement pour la même cause. L’arbre est connu sous le nom de sant. La description du fruit a été donnée, presque dans les mêmes termes, par Geoffroi, Adanson, Lamarck et Valmont de Bomare. Ce fruit était connu des anciens, qui l’employaient, au lieu de galle, pour le tannage des peaux, et en retiraient, par le moyen de l’eau, un extrait astringent, très-connu sous le nom de suc d'acacia. Mais ce fruit a été complètement oublié pendant très-longtemps, et n’a reparu dans le

commerce que postérieurement à l’année 1825, époque à laquelle on reçut de l’Inde, sous le nom de bablah , les gousses de Y Acacia arabica, pour servir au tannage et à la teinture. Alors on fit venir d'Égypte et du Sénégal, pour remplacer ce bablah, ou pour les employer concurremment avec lui, les gousses de Y Acacia nilolica, et on les vendit aussi sous le nom de bablah : elles sont bien moins riches en principe astringent, et sont peu estimées. On les distingue du bablah de l’Inde par leur surface lisse, leur couleur rougeâtre, et par le grand étranglement de leurs articles, qui est cause qu’ils sont presque tous entièrement séparés et réduits à l’état d’une loge lenticulaire et monosperme.

2e VARIÉTÉ, A PINNUI.ES BIJUGUKES.

Acacia vera (DC. et Willd).

Acacia vcra seu Spvia œgypliaca , subrotundis foliis, flore luleo, siliquâ brevi, paucioribus isthmis glabris et cortice nigricantibus donata (Pluk., Almag., p. 3 ; Phytogr., tab. CXXIII, fig. f).

Acacia œgypliaca (Fab. Col. Lync. in Hernandez, Mèx. , p. 865, fig.).

Acacia œgyptiaca (Dalech., t. I, p. 160, fig.; Dodon., Pempt., p. 752).

Spina acaciæ (Lobel, Observ., p. 536, fig.).

Celte variété est née, une première fois, dans le jardin de Padoue, de fruits envoyés de Syrie (1), et, une seconde fois, à Naples, de gousses qui avaient été remises à Fab. Col. Lynceus par l’empereur Ferdinand. Les fruits étaient bien ceux de V Acacia nilolica, et cependant, dans les deux cas, la plante a paru avec deux paires de pinnules seulement à chaque feuille. Cette circonstance a conduii Willdenow et De Candolle à regarder ce nombre de pinnules comme un caractère essentiel de l’espèce, tandis que, suivant ce que je pense, il était accidentel et dû seulement au jeune âge des deux individus et au peu de développement qu’ils ont dû prendre dans une serre de jardin. C’est dans la description donnée par Adanson de son gommier rouge, et surtout dans celle du fruit, qu’il faut chercher les vrais caractères de celte espèce.

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