II. Acacia arabica, Roxb
Acacia arabica , Willd. ; Mimosa arabica, Lam.
Acacia vera altéra seu Spina mazcatensis vel arabica foliis angustioribus, flore albo ( vel luteo), siliqua longa , villosa, pluribus islhmis et cortice candicantibus donata , Pluk (3). Excluez tous les autres synonymes, et notamment la figure 1 delà planche 251 de Plukenet, qui n’est autre que l’acacia de Vesling.
Cette espèce est très-répandue dans l’Inde et en Arabie. Elle présente presque tous les caractères de l’Acacia nilolica ; cependant ses deux épines stipulâmes sont plus courtes, ses feuilles sont velues, et ses fruits (fig. 685), qui sont longs de 10 à 20 centimètres et larges de H à 15 millimètres, sont tout couverts d’un duvet court et blanchâtre, et sont
(1) Lobel, Advers., p. 409.
(2) Roxburgb, Plants of Coromandel, t. Il, p. 2G, tab. CXLIX.
(3) Plukenet, Alrn., p. 3.
LÉGUMINEUSES. — ACACIAS. 393
partagés, dans leur longueur, en 12 ou 15 lobes arrondis, par des étranglements généralement beaucoup moins étroits que dans l 'Acacia nilotica(l). Ils sont terminés par une pointe grêle et recourbée de 15 centimètres environ. Dans le fruit sec du commerce, qui porte le nom de bablah (2), l’épiderme de la gousse est noir dans les endroits où le duvet blanc a disparu ; l’espace fort mince compris entre l’épicarpe et l’endocarpe est rempli par un suc noir desséché qui lui donne plus de consistance que dans Y Acacia nilotica ; la gousse est souvent entr’ouverte par une des sutures, et se sépare facilement en deux valves d’un bout
Fig. 686. — Acacia arabica.
à l’autre, à l’aide d’une lame de couteau. Ces deux valves sont encadrées d’un bout A l’autre par les deux sutures ligneuses et étroites, qui leur donnent, très en petit, une cerlaine ressemblance avec celles de YEntada gigalobium ; mais elles ne sont pas articulées transversalement. Les semences sont enveloppées d’une pulpe desséchée, réduite à l’état d’une membrane blanchâtre; l’épisperme est dur et corné, d’un gris brunâtre, marqué d’un sillon elliptique comme dans Y Acacia nilotica.
Les gousses de l’Acacia arabica sont usitées dans l’Inde pour le tannage et la teinture. Depuis 1825, il en arrive d’assez grandes quantités
(1) La figure donnée par Roxburgh [Plants of Coromandel) représente le fruit plus étranglé qu’il ne l’est ordinairement et trop semblable à celui de l'Acacia nilotica. La figure 085 représente beaucoup mieux le fruit pris dans son ensemble; seulement elle est un peu plus grande que la généralité des fruits du commerce.
(2) Ce nom est une altération de l’indien babul ou babula.
394 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
dans le commerce sous le nom de bablah. Le bois de l’arbre a été décrit précédemment sous le nom de diababul (p. 350).
I1L Acacia Adansonii (1).
Gommier roucje Gonaké d’Adanson (2). Arbre du Sénégal, haut de 8 à 10 mètres, dont les jeunes branches sont couvertes d’un duvet trèsserré; les épines stipulâmes sont droites, écartées, pubescentes et blanchâtres. Les feuilles n’ont que 4 paires de pinnules (Adanson), composées chacune de 12 à 16 paires de folioles, oblongues-linéaires, très-petites, rapprochées. Le pétiole porte 2 glandes, l’une entre la dernière paire de pinnules, et l’autre entre la troisième paire en des-
Fig. 687. — Acacia seyal.
Cendant. Les capitules sortent au nombre de 4 de l’aisselle de chaque feuille. Les fleurs sont jaunes, odorantes, semblables à celles des Acacia nilotica et arabica , de sorte que, ici encore, c’est le fruit surtout qui distingue l’espèce. Ce fruit, que j’ai fait représenter (fig. 687), est long de 16 à 19 centimètres, large de 18 à 20 millimètres, couvert de duvet, comme les jeunes branches, souvent un peu recourbé, ni
(!) Adanson, Flor. Seneg., p. 249.
(2) Adanson, Suppl, à l'Encycl. bot., t. I, p. 83.
LÉGUMINEUSES. — ACACIAS
articulé ou étranglé, mais seulement un peu rétréci entre les semences, et ayant les bords ondulés. Ce fruit ressemble beaucoup à celui de Y Acacia arabica ; mais il est généralement plus grand, plus large, profondément ridé au-dessus des semences, qui n’occupent pas toute la largeur de la gousse, de sorte que celle-ci paraît comme un peu ailée tout autour. Enfin, le duvet qui recouvre le fruit est moins dense que dans Yarabica, et laisse entrevoir la couleur rougeâtre assez claire du péricarpe. Les semences sont semblables.
IV. Acacia seyal , Delile (I). Arbre de grandeur médiocre, armé d’épines faibles et courtes à la base des branches, devenant plus fortes et plus longues en montant vers l’extrémité, où elles acquiérent plus de 3 centimètres de longueur. Les feuilles sont rarement solitaires, et le plus souvent géminées ou ternées dans l’aisselle des épines. Elles 'sont deux fois ailées, à deux paires de pinnules, quelquefois à une ou à trois paires, portant 8 à 12 paires de petites folioles linéaires-obtuses. Les fleurs sont jaunes, ramassées en capitules sphériques courtement pédonculés, qui sortent, sous forme d’ombelle sessile ou de panicule, de l’aisselle des feuilles. Les fruits (ficj. 687), bien distincts des précédents, sont jaunâtres, longs de 7 centimètres, falciformes, terminés en pointe, un peu comprimés et un peu renflés par places, renfermant 8 à 10 semences dont l’auréole linéaire forme un fer à cheval ouvert vers le sommet de la graine.
L’acacia seyal se trouve dans le désert, entre le Nil et la mer Itouge, et au Sénégal.
V. Acacia farnesiana,\Ni\\d. ; Mimosa farnesiana , L. ; Vachellia farnesiana , Wigth et Arnott ; Acacia indica, Aldini (2), Blackw. (3) (fig. 688). Arbre élevé à peine de 5 mètres, qui ne diffère encore presque des précédents que par son fruit (fig. 688), qui est une gousse longue de5à 7 centimètres, un peu arquée, cylindrique ou à peine comprimée, avec des renflements nombreux et peu marqués, qui indiquent la place des semences. Sa surface est d’un brun rougeâtre, lisse très-probablement lorsqu’elle est récente, mais marquée de stries fines et assez régulières par suite de la dessiccation. Elle porte 2 sutures presque semblables, formées d’un sillon blanc dû à un commencement de déhiscence du péricarpe, et de 2 nervures parallèles, un peu proéminentes et de couleur rouge. A l’intérieur, cette gousse présente un mésocarpe très-mince rempli par un suc desséché, vitreux et très-astringent ; l’endocarpe est blanc, spongieux, très-mucilagineux et un peu sucré; il forme, au moyen de replis intérieurs, des loges obliques dont chacune contient une semence elliptique arrondie, un peu comprimée, marquée sur chaque face d’une sorte d’auréole ou de ligne elliptique qui se prolonge en pointe et s’ouvre du côté du bile. Quand on brise le fruit transversalement, il arrive souvent que les semonces et les loges qui les contiennent paraissent placées sur deux rangs parallèles et former deux séries, et c’est probablement ce caractère qui a porté MM. Wight
(1) Delile, Flore d'Égypte , p. 286, fig. 52.
(2) Aldini, Hort. farn ., tab. II.
(3) Blackw., tab. GCGXLV.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
et Arnolt à former de V Acacia farnesiana un genre particulier; mais ce caractère différentiel n’est qu’apparent, et il serait véritablement singulier qu’un arbre aussi semblable aux autres acacias à fleurs capitulées en différât par un caractère aussi essentiel. En réalité, de même que dans toutes les Légumineuses, les semences de l’acacia de Farnèse ne forment qu’une seule série suturale, mais dont chaque graine est attachée alternativement de chaque côté de la suture ; et comme, dans cette espèce, les semences sont très-nombreuses sur une longueur peu
Fig. 6S8. — Acacia farnesiana. Fig. 689. — Acacia farnesiana.
considérable et très-rapprochées, elles sont obligées, pour prendre leur développement, de se diriger alternativement à droite et à gauche de la suture qui les supporte. C’est là ce qui les fait paraître opposées ou en série double ; mais elles sont alternes, placées l’une au-dessus de l’autre et en série simple.
L’acacia de Farnèse et très-commun à l’île Maurice, où il porte le nom de cassier ou de cassie. Ses gousses y sont usitées pour le tannage et la teinture en noir. Elles ont été apportées en France vers l’année 1823, en même temps que le bablah de l’Inde, sous les noms de balibabulah et de graine de cassier, ce qui est cause que Virev les avait attribuées au Cassia sophera (I). L’acacia de Farnèse est aussi très-cultivé en Italie et en Provence, à cause de ses fleurs, qui ont une odeur trèsagréable et un peu musquée, et qui sont aujourd’hui usitées dans la parfumerie, sous le nom de fleurs de cassie (Jig. 688).
(1) Virey, Journ. Pharm., t. XI, p. 313.
LÉGUMINEUSES. — ACACIAS
VI. Acacia Verek, Flor. Seneg. ; Acacia Sénégal, Willd. (excluez les figures citées) ; Mimosa Sénégal , L. ; gommier blanc ou uerek d’Adanson (fig. 690). Arbre peu élevé, couvert de branches tortueuses et de
Fig. 690. — Acacia Verek.
feuilles petites, deux fois ailées, composées de 3 à 5 paires de pinnules à 12 ou lo paires de folioles glabres, longues de 2 millimètres, étroites, avec une très-petite pointe au sommet. A la base de chaque feuille se trouvent 2 ou 3 épines coniques, courtes, crochues, noirâtres et luisantes. Les fleurs sont blanches, polyandres, disposées en épis axillaires pédonculés, cylindriques, longs de 8 centimètres. Les fruits sont jaunâtres, très-aplafis, linéaires, pointus aux deux bouts, longs de 9o millimètres, larges de 18 à 20, veinés à l’extérieur et chargés de poils courts peu sensibles. Les semences sont au nombre de 6 environ, très-aplaties, orbiculaires ou un peu cordiformes. Cet arbre fournit la plus grande partie de la gomme du Sénégal.
A la suite des fruits d’acacias, utiles pour le tannage et la teinture, je décrirai deux autres fruits importés d’Amérique et qui servent aux mômes usages. •
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
On donne ces différents noms aux fruits du Cœsalpinia coriciria, Willd., arbre très-répandu dans les lieux maritimes de la Colombie, des Antilles et du Mexique. Ses fruits (fig. 691) fortement comprimés, longs de 7 ou 8 centimètres et larges de lo à 20 millimètres, sont reconnaissables à leur forme recourbée en Cou en S, qui leur donne une certaine ressemblance avec la racine de bistorte. Ils sont indéhiscents et renferment, sons une enveloppe mince, lisse et d’un rouge brun, une pulpe desséchée jaunâtre, d’une saveur très-astringente et amère. Au centre de cette pulpe se trouve un endocarpe blanc ligneux, qui divise le fruit d’une suture à l’autre et d’un bout â l’autre, sous la forme d’une lame formée de fibres plates, transversales et d’une grande ténacité.
Cette lame se dédouble sur sa ligne médiane de manière à former une série de très-petites loges distinctes, contenant chacune une petite semence allongée dans le sens transversal, un peu aplatie, très-unie, lisse et d’un brun clair.
II. Algarobo ou alçarovilla. J’ai trouvé dans le commerce, sous l’un ou l’autre de ces noms, un fruit qui me paraît difficilement pouvoir se rapporter aux arbres qui portent ces noms en Amérique, et qui sont :
L ’Inga Marthœ Spreng., dit algarovilla ;
Le Prosopis horrida, Kunth., dit algarobo;
Le Prosopis siliquaslrum, DC., dit algarobo de Chili.
Le fruit dont il est ici question (fig. 692) est presque droit, long de 2o à 3o millimètres, épais de 10 à 12, arrondi ou terminé en pointe aux extrémités ; il est tantôt presque cylindrique, d’autres fois inégalement renflé, quelquefois encore plus ou moins comprimé. Il est formé d’un épicarpe très-mince et ridé, dont la couleur varie du rouge orangé au jaune orangé et au rouge-brun. A l’intérieur se trouve un endocarpe membraneux dont les replis forment de 2 à 4 loges imparfaites, contenant chacune une grosse semence lenticulaire, rouge, unie, assez semblable pour la forme et la grosseur à celle des lupins. Entre les deux enveloppes ci-dessus, se trouve un tissu fort remarquable, consistant en fibres ligneuses assez fortes, qui vont, en s’anastomosant, se réunir à l’une et à l’autre suture, de manière à former une tunique
Fig. C91. — Gçtusses de lidibidi.
LÉGUMINEUSES. — SUC D’ACACIA
générale, à tissu de dentelle, plongée au milieu du suc amer et trèsastringent, jaune et d’apparence de succin, qui remplit tout l’intervalle compris entre l’épicarpe et l’endocarpe. Ce suc astringent et vitreux est si fragile qu’il se brise souvent et se réduit en poussière, avec l’épicarpe qui le recouvre ; alors la tunique fibreuse dont j’ai parlé subsiste, en
Fig. 692. — Algarobo.
formant comme un squelette ligneux que des insectes auraient mis à nu. [Ces fruits appartiennent au Balsamocarpon brevifolium. C’est ainsi qu’ils étaient désignés à l’Exposition universelle de 1867, dans la section du Chili.]
On trouve souvent mélangées, avec les fruits que je viens de décrire, des masses formées des mômes légumes entiers ou brisés, incorporés avec le suc astringent qui en est sorti. Je pense que ce fruit est celui dont Virey (I) a parlé sous le nom à’Algarovilla, et sur l’origine duquel il s’est trompé en l’attribuant à Ylnga Marthœ.