‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 120 sur 176 · COPAL · texte numérisé non relu

COPAL

YHymenœa verrucosa, clans la vaste forêt d’Ivoudho, à Madagascar, et dont M. Bonastre a fait don à l’École de pharmarcie. Ce copal, dit de Madagascar est lisse et poli à sa surface, transparent, d’un jaune foncé uniforme; il a une cassure tout à fait vitreuse, et est tellement dur, que la pointe d’un couteau l’entame avec peine ; il est insipide et inodore à froid ; il se ramollit au feu et y devient un peu élastique, mais sans pouvoir se tirer en fils. 11 ne se fond qu’à une chaleur très-élevée et exhale alors une odeur aromatique, analogue à celle du bois d’aloès ou mieux du copahu de Maracaïbo.

Le copal trouvé à terre ou enfoui dans le sable, indépendamment de la terre ou du sable qui peuvent y adhérer, présente ordinairement une croûte extérieure blanche, opaque et friable, due à une altération de la résine par l’air et l'humidité. On le monde de cette croûte à l’aide d’un instrument tranchant, lorsque les morceaux sont assez volumineux pour se prêter à cette opération : tel est le Copal dit de Bombay. Dans le cas contraire, on débarrasse le copal de sa croûte, en le faisant tremper dans un soluté de carbonate de potasse; on le lave ensuite et on le fait sécher. Le copal, ainsi purifié, nommé Copal de Calcutta, se présente ordinairement sous la forme de morceaux plats, d’un jaune très-pâle ou presque incolores, très-du», vitreux et transparents à l’intérieur, mais offrant une surface terne cl fortement chagrinée par l’impression du sable grossier qui s’y trouvait fixé.

L’animé dure, ou copal dur, ressemble beaucoup au succin, mais peut s’en distinguer aux caractères suivants :

1° L’animé dure s’enflamme à la flamme d’une bougie, s’y fond complètement et tombe goutte à goutte. Le succin, beaucoup moins fusible, brûle en se boursouflant et sans couler.

2° L’animé dure, éteinte et encore chaude, exhale une odeur que j’ai comparée anciennement à celle du bois d’aloès, mais, qui se rapporte encore mieux à celle du copahu de Cayenne ou de Colombie. Le succin chauffé exhale une odeur plus forte, désagréable même et de nature bitumineuse. Celte odeur devient même sensible par le frottement du succin, ou lorsqu’on le tient renfermé dans un bocal ; le copal dur non frotté est tout à fait inodore à froid.

3° L’animé dure, mouillée avec de l’alcool à 80 degrés centésimaux, devient poisseuse, et l’alcool évaporé laisse sur la résine une tache blanche qui lui ôte sa transparence. Le succin, soumis à la même épreuve, reste sec et transparent.

4° L’animé dure, soumise à la distillation, donne à peu près les mêmes quantités d’eau, d’huile et de charbon que le succin, et fournit aussi, sur la fin, une grande quantité de la matière jaune

4 oS

DICOTYLÉDONES CÀL1CIFL0RES.

obtenue du succin ; mais on ne trouve aucune quantité d’acide succinique dans ces produits, et cette différence est des plus remarquables entre deux corps qui ont presque la même constitution physique.

L’animé dure pulvérisée, traitée par de l’alcool à 92 degrés centésimaux, laisse un résidu considérable, à.' abord pulvérulent , mais formant au bout de quelque temps une masse peu cohérente facile à diviser par l’agitation.

L’alcool bouillant en dissout un peu plus; mais, quelle que soit la quantité de liquide employée, la résine insoluble desséchée forme toujours de 61 à C6 pour 100 de la résine primitive.

L’animé dure, traitée par l’éther, s’y gonfle et y devient un peu molle, comme dans l’alcool ; mais les parties gonflées se divisent toujours facilement par l’agitation. Après plusieurs traitements par l’éther, il reste environ 61 pour 400 de résine insoluble.

J L’animé dure, traitée par l’essence de térébenthine, s’y gonfle et y devient un peu cohérente, mais ne s’y dissout pas, même à l’aide de la chaleur. La résine, séchée par une longue exposition à l’air, pèse 423 parties au lieu de 400. Pulvérisée et exposée pendant plusieurs heures à une température de 100 degrés, elle se réduit seulement à 44 4 parties; de sorte qu’il s’est formé une véritable combinaison d’animé et d’essence, qui est insoluble dans l’essence.

L'animé dure, ou copal dur, a été le sujet des recherches d’un grand nombre de chimistes, parmi lesquels il faut citer Unverdorben et Berzelius ; mais les résultats obtenus par ces deux savants sont tels qu’il est permis de croire qu’ils n’ont pas toujours agi sur la véritable animé dure. J’accorde beaucoup plus de confiance aux résultats publiés par M. Filhol (1), dont j’extrairai seulement ce qui est relatiT à la composition élémentaire de la résine et à son oxygénation par l’air.

Le copal dur le plus pur est composé, sur 100 parties, de :

Carbone 80,42

Hydrogène 10,42

Oxygène 9,15

Ce copal, pulvérisé et soumis à un courant d’air chaud, ou bien porphyrisé à l’eau et conservé à l’air, en absorbe assez rapidement l’oxygène, et finit par arriver à la composition suivante :

Carbone 71,34

Hydrogène 9,22

Oxygène 19,41

Le copal ainsi oxygéné est devenu complètement soluble dans l’alcool

( 1 ) Filhol, Thèse sur le copal. Journ. de phann. et chim., t. I, p. 301 et 507.

LÉGUMINEUSES. — COPAL

et dans l’éther; et M. Dnroziez, pharmacien à Paris, qui, sans avoir cherché à en déterminer la cause, avait trouvé ce moyen de rendre le copal soluble, assure que ce nouvel état ne nuit en rien à la qualité des vernis. Je crois, en effet, que des vernis à l’alcool ou à l'essence, fabriqués avec ce copal, peuvent être supérieurs, pour la durée, à ceux faits avec le mastic ou la sandaraque ; mais il est permis de douter, jusqu’à preuve contraire, que les vernis gras fabriqués avec le copal rendu ■; soluble soient de la même qualité. On sait que ceux-ci se font en fondant le copal dur, sur un feu vif, dans une sorte de cucurbile ou de matras en cuivre; aussitôt que la résine est complètement fondue et bien liquéfiée, on y ajoute de l’huile de lin cuite, qui s’y mêle bien, et ensuite de l’essence de térébenthine, et on laisse refroidir.

Q Animé lomlre orientale.

On trouve constamment dans l'animé dure orientale une certaine quantité d’une résine qui présente tous les caractères de celle du courbaril, de même qu’on trouve dans la résine du courbaril d’Amérique une certaine quantité de résine semblable à l’animé dure orientale; il paraît raisonnable d’en conclure que ces deux résines peuvent, dans certaines circonstances, passer de l’une à l’autre.

L’animé tendre orientale se présente sous la forme de larmes globuleuses, quelquefois du volume du poing, qui, étant privées de la croûte opaque qui les recouvre, sont presque aussi incolores et aussi transparentes que du cristal. En vieillissant, elle prend une teinte jaune à sa surface ; elle jouit d’une odeur faible mais agréable; sa friabilité est assez grande, et elle se laisse facilement entamer par la pointe d’un couteau. Exposée à la chaleur, elle devient molle, élastique et se laisse tirer en fils aussi déliés que la soie; elle se dissout en partie dans l’alcool, et la partie insoluble y prend la consistance et l’aspect du gluten humide : elle se dissout en très-grande partie dans l’éther.

Cette résine forme des vernis gras moins colorés que l’animé dure, mais beaucoup moins durables, ce qui est cause qu’elle est moins estimée. Dans le commerce parisien, on lui a donné pendant longtemps, de même qu’à l’animé tendre d’Amérique, le nom de copal tendre; mais depuis que le dammar tendre (t. Il, p. 290) a été nommé par les commerçants copal tendre , la résine animé tendre a pris le nom de copal demi dur, qu’elle porte aujourd’hui.

Animé tendre d’Amérique.

Cette résine, suivant ce qui a été dit précédemment, est produite par Yhymenœa courbaril L., arbre très-élevé, qui croît dans toutes les contrées chaudes de l’Amérique (page 436). Elle se présente sous un trèsgrand nombre de formes, dont les principales demandent à être décrites.

t. Ambre blanc de Cayenne. — J’ai vu sous ce nom une quantité assez considérable d’une animé tendre en larmes ovoïdes, du poids de

460 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

10 à 25 grammes, ternes et. blanchâtres à leur surface, mais vitreuses, transparentes et presque incolores à l’intérieur. Celle sorte ne diffère de la suivante que par la pureté et la régularité de ses larmes.

2. Ambre blanc du Brésil, ou animé tendre du Brésil en sorte. — Cette sorie, qui est celle que Guillemin a rapportée de Hio-Janeiro, comme résine de courbaril, se compose, pour la moitié environ, de larmes semblables à la précédente, mais beaucoup plus petites, moins pures et moins régulières. On y trouve ensuite d’autres larmes semblables, mais couvertes d’une couche plus ou moins épaisse d’une résine opaque, presque entièrement soluble dans l’alcool, el enfin un sixième environ de larmes jaunes d’animé dure.

3. Animé tendre de Hollande. — Lorsque, il y a trente-six ans environ, Henry père fit venir de Hollande, pour le droguier de la pharmacie centrale des hôpitaux, de la résine atümé, la substance qui fut envoyée sous ce nom se composait de trois quarts environ de résine animé de Monard (tacamaque jaune huileuse) et d’un quart d’animé tendre, de laquelle nous séparâmes encore une certaine quantité de petites larmes d’animé dure. L’animé tendre offrait cela de particulier, qu’elle se composait de deux résines qui, isolées dans certaines larmes, paraissaient n’avoir rien de commun, tandis qu’elles se trouvaient réunies dans d’autres. Ainsi, on voyait des morceaux (A) qui étaient blanchâtres au dehors, d’un jaune orangé en dedans, tout fendillés, opaques, friables, presque entièrement solubles dans l’alcool. On en rencontrait d’autres (B) semblables en apparence aux précédents, mais contenant au centre un noyau dur, jaune ou incolore, et transparent. Enfin, on y trouvait des larmes (C) entièrement vitreuses et transparentes, à l’exception d’une légère couche opaque superficielle. Cette résine vitreuse el transparente jouissait de toutes les propriétés indiquées plus haut pour l’animé tendre orientale, à l’exception qu'elle se tirait difficilement en fils à l’aide de la chaleur, ce qui tenait sans doute à sa grande ancienneté, jointe à la petitesse des larmes, qui avait permis à la résine de se dessécher complètement. Quant à la résine jaune, friable et soluble dans l’alcool, des morceaux A et B, il faut la considérer comme produite par l’oxygénation de la précédente.

4. Copal tendre du Brésil. — Celterésine vient sous la forme de larmes irrégulières et allongées, et quelquefois en morceaux qui paraissent avoir fait partie de larmes ou de masses d’un volume considérable. Elle est complètement mondée au dehors, vitreuse, transparente et d’un jaune pâle ; elle ressemble donc beaucoup à l 'animé tendre orientale, décrite précédemment; cependant elle présente dans sa masse des variations de couleur et une sorte de nébulosité vague qui n’existent pas dans la résine orientale. Ses propriétés sont du reste exactement semblables. Q

«jL. o. Bésine animéde Cnrthago. — En \ 81 6, Chaussier remit à Henry père un morceau de lésine, du poids de 300 grammes, qui lui avait été donné quelques années auparavant par M. Palois, médecin à Nantes. Ayant eu besoin, en 1823, d’étudier de nouveau celte résine, je m’adressai à M. Palois, qui eut l’extrême obligeance de m’en faire remettre un morceau de 300 grammes, avec les renseignements suivants :

LEGUMINEUSES. — COPAL.

Cette résiné, dent la masse entière pouvait peser 3,0 à 4 kilogrammes, avait été donnée à M. Palois par un contre-maître revenant de Carlhago au Mexique, et qui l’avait détachée lui-méme du tronc d’un arbre ayant à peu près 3 mètres d’élévation de tronc, des branches très-élevées et des feuilles petites, d’un vert foncé et en forme de lance aiguë.

Cette masse résineuse est généralement d’un blanc laiteux et à moitié opaque; mais elle offre çà et là des ondes transparentes qui augmentent avec le temps, et qui sont entremêlées de stries rouges comme du sang. Elle a la cassure vitreuse et comme glacée du copal, ce qui fait que la pointe du couteau glisse dessus, à moins qu’on n’appuie un peu fortement; alors elle paraît douée d’une certaine mollesse, et cède au couteau, caractère que n’a pas le copal dur. Sa pesanteur spécifique est de 1 ,0 47, la même trouvée par Brisson au copal transparent.

Cette résine a une faible odeur lorsqu’elle est en masse. Elle se pulvérise facilement dans un mortier de porcelaine, et alors l’odeur devient plus marquée. Elle se réduit en poudre sous la dent, et est insipide, quoique légèrement aromatique.

Cette résine, mise sur un fer chaud, s’y ramollit, devient élastique, tenace, et peut être tirée en fils très-déliés, qui redeviennent cassants par son refroidissement. Tandis qu’elle est chaude, elle exhale une odeur aromatique assez agréable. (Les stries rouges exhalent, au contraire, par la chaleur, une odeur fécale (I).)

La résine, chauffée dans une fiole, se fond, devient transparente, d’un jaune d’or, et forme des bulles dues à la volatilisation d’une huile qui vient se condenser contre la paroi supérieure de la fiole. Cette huile est jaune, transparente et grasse au toucher. La fiole brisée a offert une odeur fortement aromatique ; pesée avant sa fracture, elle n’avait rien perdu de son poids, c’est-à-dire que le poids de l’huile, plus celui de la résine restée au fond de la fiole, reformaient exactement celui de la résine employée.

Cette résine, mise dans l'alcool à 92 degrés, s’y ramollit, s’y gonfle, et se réunit en une seule masse remarquable par son volume, sa ténacité et sa grande élasticité. Celte masse devient brillante et nacrée par le frottement réitéré de. ses parties.

Celte résine paraît être dans l’alcool ce que le gluten est dans l’eau. Elle doit, à l’interposition de ce liquide, sa ténacité et son élasticité : desséchée, elle redevient cassante et friable, ce qui ne permet pas de la confondre avec le caoutchouc.

L’alcocl que l’on a fait bouillir sur cette résine se trouble en refroidissant, et, après cela, précipite encore fortement par l’eau. Une nouvelle ébullition dans d'autre alcool procure une dissolution beaucoup moins chargée ; une troisième l’est encore moins, se trouble à peine

(1) Ce caractère me donnerait à penser que la résine de M. Palois pourrait être produite par le Vouapa èr/o/rad’Aublct, arbre très- rapproché de Vlhjmenœu courbant , dont le bois rougeâtre et tout imprégné d’un suc résineux exhale une odeur fécale lorsqu’il est récent, on même ancien, quand on le râpe. Ce bois se trouve dans le commerce, où il est connu sous le nom de bois caca.

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

p;ir Je refroidissement, et ne se trouble plus par l’eau. Cependant il reste encore beaucoup de matière insoluble, ce qui montre que cette résine est au moins formée de deux principes immédiats, dont l’un est soluble dans l’alcool, et l’autre y est insoluble, mais peut s’y dissoudre à la faveur du premier.

La résine de M. Palois, traitée par l’éther, s’en pénètre de suite, s’y gonfle, y devient molle et gluante. Elle s’y dissout visiblement en plus grande quantité que dans l’alcool, mais elle ne s’y dissout pas entièrement.

La même résine, traitée par l’essence de térébenthine, s’y gonfle et s’y divise en petites glèbes peu cohérentes. Chauffée à 100 degrés, puis refroidie et exprimée, elle a laissé une résine molle et transparente qui, desséchée à l’air, pesait 1 13,6 au lieu de 1 00, mais qui s’est réduite à 75,76 par une exposition de plusieurs heures dans une étuve chauffée à 100 degrés.

En comparant cette résine, et les autres sortes d’animé tendre qui jouissent des mêmes propriétés, à l’animé dure ou copal dur, on trouve que 1 00 parties de chacune fournissent de parties insolubles :

Dans l’alcool. Dans l’éther. Dans l'essence.

Animé dure orientale 63,71 60,83 lit

Animé tendre occidentale. 43,53 27,50 75,76

Malgré ces différences, il me paraît certain que toutes ces résines sont de nature semblable, et qu’elles ne diffèrent que par la proportion de leurs résines soluble et insoluble. D’ailleurs, il me reste à montrer que les deux résines animé, dure et tendre, peuvent être produites par le même arbre, soit immédiatement, soit par suite d’une modification que l’animé tendre éprouverait à l’aide du temps. Ainsi :

1° On trouve toujours dans l’animé tendre d’Amérique une certaine quantité d’animé dure, de même que nous avons vu qu'il existait une petite quantité d’animé tendre dans l’animé dure de Madagascar.

2° Il est ariivé une fois du Brésil six caisses de cepal dur, dont je possède un échantillon ayant la forme d’un large gâteau épais de 3 centimètres, mondé au couteau de la croûte opaque qui a dû le recouvrir. Ce copal est d’une Iransparence nébuleuse, avec des taches ou des stries rougeâtres, et il dégage une odeur désagréable quand on le fond.

On peut dire que c’est de la résine de M. Palois, durcie par une longue exposition à l’air.

3° On trouve dans les terrains d’alluvion, en plusieurs lieux de l’Amérique, ainsi que l’a dit Lemery, une résine qui paraît avoir découlé des courbarils, mais qu’un long séjour dans cette soi te de terrain et sous un climat brûlant a convertie en animé dure. II existe au Muséum d’histoire naturelle des quantités assez considérables d’animé dure d’Amérique qui me paraissent avoir cette origine, et, en 1843, un pharmacien du Havre m’a présenté un échantillon d’animé dure, trouvé par un capitaine de navire dans les alluvions d’un fleuve de la province de Choco. Au dire de ce capitaine, ces alluvions couvrent une forêt d’arbres renversés, parmi lesquels se trouve une très-grande quantité de résine semblable.

LEGUMINEUSES. — COPAL.

Enfin, soit que différents aibros des pays chauds puissent produire une résine semblable d celle des courharils, soit que ces arbres aient été transportés dans beaucoup de contrées chaudes du globe, je possède : 1° une masse d’animé tendre, en partie opaque et en partie transparente, venant de la côte des Graines, à l’entrée du golfe de Guinée; 2° un échantillon de copal tendre transparent, d'un jaune de miel, mélangé d’impuretés, venant de la Cafrerie; 3° un échantillon de copal tendre de Nubie en larmes rondes, parfaitement vitreuses et transparentes à l’intérieur, mais entièrement couvertes d’une croûte trèsmince, et comme pelliculaire, d’une substance noirâtre et opaque. J’en ai encore beaucoup d’autres, mais de localités inconnues (1). -f

Q Copal» «1e la côte occidentale d’Afrique.

[A part les Copals dont nous venons de parler, en apporte dans le commerce un grand nombre de produits analogues provenant des côtes occidentales de l’Afrique, depuis la Sénégamhie, sous le 13° latitude nord jusque dans le Benguela par le lo° latitude sud. Ces produits peuvent se subdi\ iser en deux groupes, ceux de la partie septentrionale de la région, ceux de la partie méridionale : chacun de ces groupes comprend un nombre considérable de formes, dont nous ne décrirons que quelques-unes, renvoyant pour les autres aux mémoires spéciaux et aux collections (2).

Copal «le Si«“rra-l.eone. — Ce copal provient des pays voisins de Sierra-Leone, de la colonie portugaise de Bissao, des rivières de la Casamarice et de Gambie. Il se présente en larmes arrondies, ou en masses irrégulièrement coniques, mamelonnées, recouvertes d’une poussière blanche, qui augmente avec l'âge. La substance intérieure

(1 ) Il est fait mention dans la Pharmacopée Wurtembergensis, dans VApparatus de Murray, etc., de quelques résines que je rapporte à l’animé tendre ou dure. Ainsi, Murray décrit sous le nom de gomma look une résine apportée du Japon, qui, à la première vue, ressemble au succin ; assez dure pour ne pouvoir être entamée par l’ongle, transparente, jaunâtre, à cassure vitreuse, offrant souvent une forme hémisphérique : tous ces caractères conviennent à V animé tendre orientale. Pareillement, la Pharmacopée Wurtembergensis parle d’une résine K ikekunemalo, apportée d’Amérique, qui passe pour une espèce de copal et qui l’emporte sur le copal ordinaire pour la pureté, l’élégance et la transparence ; qui se dissout plus facilement et qui est plus propre que toute autre pour faire des vernis trèsblancs: cette description semble désigner Vanimé tendre du Brésil; tandis que Murray, en disant (t. V1 2, p. 208) qu'il trouve dans la résine kikekunemalo des glèbes petites, ti ansparentes, enveloppées d’une autre masse opaque, parle, à n’en pas douter, de Vanimé du Brésil en sorte, n0s 2 et 3.

C’est aux deux mêmes résines qu’il faut rapporter la gomme olampi de nuelques auteurs. En effet, Lemery, qui définit la gomme olampi une résine d’Amérique, dure, jaune tirant sur le blanc, transparente, ressemblant au copal, paraît désigner le copal du Brésil ; tandis qu’on reconnaît la seconde et la troisième sorte d’animé tendre dans la résine jaunâtre, grumeleuse, dure, friable, quelquefois transparente, quelquefois blanchâtre et un peu opaque, que Vahnont de Bomare décrit comme de l’olampi.

(2) Voir en particulier : Some Observations on the Copals of Western Africa.

( Pharmac . Journ ., t. XVI, p. 367 et 423.)

46 i DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

est transparente; sa couleur varie du vert pâle au jaune plus ou moins foncé.

Le copal de Sierra-Leone exsude naturellement d’une espèce de Légumineuse, voisine des Hymenæa , et qui forme le type d’un nouveau genre, établi par M. Bennett et dédié par lui à M. Guibourt : c'est le Guibourtia copallifera. Cet arbre, qui peut atteindre de grandes dimensions, est remarquable par l’apparence de ses feuilles, composées de deux folioles fortement inéquilatérales, à 3-5 nervures longitudinales, et par ses panicules terminales couvertes de nombreuses fleurs. Le calice des fleurs porte 2 bractées au-dessous de 4 sépales caducs; la corolle est nulle, les étamines sont au nombre de 10, libres et égales. Le fruit paraît être un légume de 3 à 4 pouces de long, contenant 2 ou 3 graines.

La résine exsude dé l’arbre sous forme de larmes blanches, qui se réunissent en masses irrégulières, et qui passent rapidement aux teintes verdâtre, citron et jaune foncé. Il se produit en même temps à la surface une elflorescence blanchâtre, qui augmente graduellement.

Copal «l’Akkrali . — C’est probablement à une espèce de Guibourtia, qu’il faut aussi rapporter la production du copal d’Akkrah. Ce copal, très-abondant dansle commerce, est en fragments moyens ou en agglomérations mamelonnées. Les morceaux sont un peu nébuleux à l’intérieur, ils varient du jaune sombre au brun clair. Ils sont recouverts extérieurement d’une couche terreuse et salis de diverses impuretés. Ils ont une odeur agréable rappelant la térébenthine et deviennent très-glutineux lorsqu’ils sont mouillés par l’alcool.

Les deux copals précédents, de même que ceux de la côte des Esclaves, du Soudan, du Kowara, etc., se rapportent au groupe des produits de la partie septentrionale de la région. Ceux de la partie méridionale présentent des caractères différents. Ils sont en général en masses moins mamelonnées, moins compactes, plus fragiles. Leur cassure est vitreuse et d’une grande transparence. Leurs couleurs, plus variées, paraissent dépendre surtout de la croûte extérieure qui les recouvre.

Parmi ces variétés nous citerons :

Le Copal «lu Congo, qui vient des localités de Loango, Ambriz, Ambrizelte , etc., et arrive en abondance dans le commerce. Les morceaux sont arrondis, à surface légèrement recouverte d’une couche granuleuse, blanche. La résine est très-claire et translucide. Les Américains lui donnent le nom de Copal blanc.

Le Copal «l’Angola, que les Portugais apportent en grande quantité depuis une cinquantaine d’années. La variété principale esllecopal rouge, en fragments irréguliers ou sphéroïdaux, atteignant la grosseur d’un œuf de pigeon, recouverts d’une croûte marquée de granulations et comme verruqueuse. La couleur varie de l’orange foncé au rouge, mais elle diminue beaucoup quand on a enlevé la croûte extérieure.

Enfin le Copal «le Benguela, qui se rencontre en morceaux irréguliers, plats ou sphéroïdaux, recouverts d’une couche blanche, d’apparence crayeuse. La couleur de la substance varie du jaune pâle

LEGUMINEUSES. — COPAHU.

itio

nu jaune verdâtre. Ce copal vient surtout en Europe par Lisbonne, et porte à cause de cela en Angleterre le nom de Copal de Lisbonne.

La plupart de ces formes de Copal se trouvent dans le sable et sont regardés comme des résines fossiles (I).]

4— Oiôo-Résine de Copahu.

Celle substance résineuse, connue vulgairement sous le nom de Baume de copahu , est retirée de plusieurs arbres de la tribu des Cæsalpiniées et du genre Copaifera , qui croissent en Amérique, depuis le Brésil jusqu’au Mexique et aux Antilles; mais c’est le Copaifera officinalis ( fig . 699) qui paraît être l’espèce la plus répandue et qui en fournit le plus. Quand cet arbre est dans sa force, il

i donne facile ment G kilogrammes de suc oléo-résineux par une seule incision, et l’on en fait deqx ou trois par an. Les autres espèces ou variétés sont les Copaifera guyanensis, La ngsdor/îi, coriacea , cordifolia, Sellowii , Mardi et oblongifolia. Le suc qui découle de ces arbres varie par sa couleur plus ou moins foncée, par sa consistance et par la proportion d’huile volatile qu’il renferme, par son odeur plus ou moins forte, par sa saveur ou plus âcre, ou plus amère, et sans doute enfin par ses propriétés chimiques ; ce qui

(1) Voir Welwitsch, Phnrmac. Journ 2e série, t. Vil!, p. 27.

Güiboubt, Drogues, 6c édition. T* 3 0

466 DICOTYLÉDONES CALIC1FLOKES.

permet d’expliquer les différences observées entre les différents copahus du commerce.

1 . 4'opaim ordinaire <in Brésil. — Ce baume résineux est a peu près aussi liquide que de l’huile; il est transparent, d’une couleur jaune peu foncée, d’une odeur forte et désagréable, d’un goût âcre, amer et repoussant. Il fournit à la distillation avec l’eau 40 à 45 pour 100 d'une huile volatile incolore; il se dissout entièrement dans l’alcool bien rectifié. Cependant la dissolution reste ordinairement un peu laiteuse, et laisse précipiter par le repos tantôt un peu d’une résine molle analogue à celle de la résine animé, tantôt une très-petite quantité d’une huile fixe.

Ce copahu, mélangé avec un seizième de magnésie calcinée, se durcit quelquefois dans l’espace de plusieurs jours, de manière à prendre une bonne consistance pilulairc; mais d’autres fois il reste coulant comme une térébenthine. J’ai remarqué que c’était le copahu qui contenait de l’huile fixe qui durcissait le moins par la magnésie; mais la quantité de cette huile est si minime, que je ne la crois ni ajoutée au baume par fraude, ni capable de s’opposer par elle-même à sa solidification. Je la donne seulement comme une marque distinctive du baume qui ne se solidifie pas.

[M. Z. Roussin(l) a montré que la condition nécessaire à la solidification du copahu par la chaux ou la magnésie était l’existence de l’eau dans le baume ou dans labase. Si les deux corps sont anhydres, le copahu reste à l’état liquide : si l’un d'eux ou tous deux sont hydratés, la solidification se produit.]

2. Copaliu «le Cayenne. — J ’ai reçu deux échantillons de ce baume : l’un, qui m’a été donné par M. Fougeron, d’Orléans, était renfermé dans une calebasse et portait la daLe de 1721 ; l’autre a été remis à M. Baget par une personne qui revenait de la Guyane. L’échantillon de M. Fougeron était d’une transparence parfaite, d’un jaune foncé, d’une consistance un peu plus épaisse que le copahu ordinaire du commerce; mais ce qui l’en distingue surtout, c’est une odeur assez agréable, analogue à celle du bois t d’aloès, et une saveur plus amère, non repoussante et bien moins j persistante. Ce copahu, qui est sans doute la première sorte de Geoffroy, offre un grand avantage sur l’autre pour l’administration intérieure, et l’on devrait s’efforcer de le faire venir en Europe. Celui de M. Baget est de la même qualité et joint au goût et à l’odeur du premier la liquidité et la faible coloration du copahu récent.

3. Copaim «le la Colombie. . — Depuis plusieurs années déjà, ii arrive de Colombie, par Maracaïbo, une quantité considérable de copahu pourvu de la même odeur que les deux précédents, et qui se distingue, en outre, du copahu du Brésil par un dépôt

(1) Z. Rotissin, Journal de pharmacie et de chimie, 1 8G5 . «

LÉGUMINEUSES. — COPAIIU.

assez considérable d’une matière résineuse crislailisée qui se forme dans les tonneaux qui le contiennent. Cette résine de môme que la partie liquide se dissout complètement dans l’alcool absolu. Lorsque ce copahu est arrivé pour la première fois en Europe, on a supposé qu’il avait été additionné d’une résine étrangère, et il a donné lieu à des contestations entre commerçants; mais il y a tout lieu de penser que cette résine, qui n’est peut-être qu’un hydrate de l’essence, est naturelle au copahu de Maracaïbo, et tient à l’espèce de Copaifera qui le produit; de même, par exemple, que YAbies excelsa fournit une térébenthine épaisse et chargée de résine , au lieu de la térébenthine liquide et transparente de YAbies pectinata. Le copahu de Maracaïbo est, je crois, celui qui domine aujourd’hui dans le commerce.

[Sous le nom de Copahu , on a apporté quelquefois sur le marché de Londres le produit de diverses espèces de Dipterocarpus : Ü. turbinatus Gærln. , l). incanus Roxb., D. alatus Roxb., L). lœvis Blm., /). trineris Blm., connu dans les Indes orientales sous le nom de Wood-oil (huile de bois) ou de Baume de Gurjun. Ce liquide qui, liltré, ressemble assez à un copahu de couleur foncée, cl. qui a à peu près l’odeur et la saveur de ce baume, s’en distingue parce qu’il contient en suspension une matière résineuse qui trouble sa transparence. Son poids spécifique est plus considérable, et son goût fort amer. Il est surtout caractérisé par celle circonstance, que porté à la température de plus de 130°, il se prend en une sorte de gelée. Lorsqu’il est mêlé au baume de copahu, il est assez difficile de le reconnaître. Voici cependant un moyen que donne M. Fliickiger(l) pour mettre en évidence cette falsification.

On dissout dans la benzine le baume qu’on veut essayer : on traite la liqueur filtrée par l’alcool amylique ou éthylique : si le baume est pur, il reste limpide; s’il est impur, il se produit un trouble caractéristique.]

Propriétés chimiques et composition. — L’oléo-résine de copahu est soluble en toutes proportions dans l’éther et dans l’alcool anhydre, mais sa solubilité diminue rapidement avec la force de ce dernier liquide, et celui à 80 centièmes n’en dissout plus que un neuvième ou un dixième de son poids. Elle se combine facilement avec les bases saliliahles. Lorsqu’on niéle, par exemple, 3 parties de copahu avec 1 partie de solution alcaline contenant un huitième d'hydrate de potasse, il en résulte, après quelque temps d’agitation, une combinaison complète et limpide. Si l’on ajoute une plus grande quantité de potasse, la combinaison du copahu avec l’alcali se sépare et vient à la surface. Ce composé se dissout dans l’eau pure, dans l’alcool et dans l’éther. La soude et l’ammo-

(l) Flückiger, Bemerkungen über Copaiva-bulsam { Schweizer . Wochenscri/'l fur Phai'macie, mai 1807 ).

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

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niaque se conduisent de môme : ainsi, en agilant 3 parties ou 2 pnrties i et demie de copahu avec t partie d’ammoniaque liquide à 0,923 de f pesanteur spécifique (22 degrés de Baumé), le mélange redevient presque aussitôt transp irent, mais se trouble ensuite lorsqu’on y ajoute un excès d’alcali. La magnésie se combine aussi au copahu : un trentième i de magnésie calcinée s’y dissout complètement et forme avec lui un ■ liquide transparent; un seizième de magnésie s’y dissout encore, mais la combinaison reste opaline et acquiert quelquefois une consistance pilulaire. Cette combinaison, traitée par l’éther, s’y dissout, à l’exception d’une très-petite quantité d’un résinate formé par la résine inso- i lubie dans l’alcool. (Pour le carbonate de magnésie, voyez plus loin.)

[Le baume de copahu contient une huile essentielle et une partie résineuse formée elle-même de deux résines, une résine acide, l’acide copahivique ou copahu-résmique, ayant pour formule C40ll60CP, et une résine visqueuse.

l/acide copahivique est une substance jaune d’ambre, cristall isable, inodore, soluble dans l’éther et l’alcool; il forme avec les bases des sels solubles dans les mômes dissolvants.

Le copahu de Maracaïbo contient un acide différent que Strauss a désigné sous le nom d’acide métacopahivique et qui répond à la for- mule CUH34C8 (t). Il se distingue aussi des autres espèces de copahu par son action sur la lumière polarisée. Tandis que les copahus du Brésil dévient plus ou moins vers la droite le plan de polarisation, il le dévie assez fortement en sens contraire.]

Bans toutes les combinaisons du copahu avec les alcalis et avec les autres bases salifiables, c’est la résine seule qui agit ; l’huile volatile y est étrangère, et ne fait que s’interposer dans la masse. C’e^t ce que prouve d’ailleurs un procédé donné par M. Ader pour obtenir l’huile volatile sans avoir recours h la distillation. A cet effet, on agite bien 100 I parties d’alcool à 83 degrés centésimaux avec 100 parties de copahu ; on y ajoute 37 parties et demie de soude caustique liquide à 33 degrés, puis 130 parties d’eau ; la résine saponifiéeresle dissoute dans le liquide hydro-alcoolique, et l’huile volatile vient nager à la surface. Celte huile volatile, purifiée par la distillation sur du chlorure de calcium, présente la môme composition que l’essence de citron, soit C10t^8.

Falsification du copahu. — La liquidité du baume de copahu, qui le rend semblable à une huile, est cause qu’on a pensé à le falsifier avec des huiles grasses communes ; mais l’insolubilité de ces huiles dans l’alcool rendant la fraude trop facile à reconnaître, on a bientôt falsifié le copahu avec de l’huile de ricin : cette altération condamnable a excité ) les recherches de Blanche, de Henry père et de M. Blondeau, qui nous ont fait connaître des moyens certains de la découvrir.

t° Par l'ébullition. — 3 grammes de copahu pur mis à bouillir dans

(I) Strauss, Uber einige Restandthcile des Copaivabalsams ; Inaugural dissertât. Tiibingen, I8(i5 (d’après le Jahresbericht von Wiggers und Husemann, 1868).

(2| Voir Buignet, Journ. de pharm. et de chim., 3e série, t. XL, p. 266, et Flückiger, Bemerkungen über Copaiva-bulsarn [Schweizerische Wochenschrift für Pharmacie , mai 1867.)

LEGUMINEUSES.

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