LEGUMINEUSES. — BAUME DE TOLU
plutôt de rose. Les feuilles sont composées de 7 à 8 folioles alternes, courtement pétiolées, acuminées, très-entières sur la marge, mais sous-ondulées, réticulées, veineuses, membraneuses, trèsglabres et brillantes, toutes parsemées de 1 inéoles et de points transparents. La foliole terminale est longue de 80 millimètres \ et large de 34; les intermédiaires ont de 63 à 77 millimètres sur 25 à 27 ; les plus inférieures, qui sont les plus petites, sont encore longues de 54 millimètres ; aucune des folioles n’est cordiforme : elles se terminent à l’extrémité supérieure par un brusque rétrécissement finissant en pointe étroite et allongée, présentant à peine un commencement d’échancrure.
Le Myrospermum toluiferum croît dans les environs de Turbaco, et principalement dans les hautes savanes, proche de Tolu, de Corozol et de la ville de Tacasuan ; on le trouve aussi à l’embouchure du fleuve Sinu, proche el Zapote , et çà et là sur les bords de la Magdelaine, aux environs de Garapatas et de Monlpox. Cet arbre avait été nommé par Linné toluifera Balsamum, et avait été rangé par Jussieu dans la famille des Térébinthacées, par suite d’une erreur de Miller, qui avait joint àla description des feuilles un fruit étranger à l’espèce. C’est Ruiz qui a le premier émis l’opinion que le toluifera de Linné devait être réuni en un seul genre avec les Myroxylon et les Myrospermum (1). Ce célèbre botaniste pensait même, ainsi qu’on l’a vu plus haut, que le baume de Tolu ne différait pas du baume du Pérou sec fp. 472). La première opinion a été confirmée par Ach. Richard (2); nous allons voir que la seconde est aussi bien près d’être une vérité.
Baume «le Tolu.
Ce baume est produit en très-grande quantité dans les diverses parties de la Colombie qui viennent d’être indiquées pour le Myrospermum toluiferum. [Un l’extrait du tronc de l’arbre en perçant profondément le bois. Le suc est recueilli dans des calebasses qu’on place au-dessous de l’incision, puis versé dans des sacs de peau. On l’apporte dans ces sacs jusqu’aux ports de mer, où il est transvasé dans des boîtes en fer-blanc, qu’on expédie en Europe (3). J II est 8«c ou mou.
Le baume «le Tolu sec arrivait autrefois dans des calebasses d’une petite dimension, qui sont devenues très-rares aujourd’hui ; il est venu ensuite dans des potiches de terre d’un volume et
(I) Ruiz, Appendice à la Quinologie , p. 97.
. (2) Richard, Ann. sciences nat., t il, p. l(>8, 182-i.
(3) Weir, On Myroxylon toluiferum and the Mode of procuriny the Dalsam of Tolu ( Pharni . Journ., 2e série, t. VI, p. GU).
DICOTYLÉDONES CAL1CIFLORES.
d’un poids considérables. Aujourd’hui on le renferme presque exclusivement dans des boîtes de fer-blanc du poids de 3 kilogrammes environ. Il est solide et cassant à froid, mais il coule facilement et se réunit en une seule masse, comme le fait la poix. Il est fauve ou roux, d’une transparence imparfaite, d’une apparence grenue ou cristalline. Il possède une odeur douce et trèssuave, moins forte que celle du storax et du baume du Pérou. Il est ductile sous la dent et présente une saveur douce et parfumée, seulement accompagnée d’une légère âcreté à la gorge, due aux acides qu’il contient. Il fond au feu en répandant une fumée trèsagréable; il est très-soluble dans l’alcool, moins soluble dans l’éther. Il cèdeà l’eau bouillante une assez grande quantité d’acide cinnamique et d’acide benzoïque mêlés.
Le baume «le Tolu mou se trouve toujours en boîtes de ferblanc; il a une consistance de poix molle ou de térébenthine épaisse ; il est plus transparent que le premier, plus foncé en couleur et contient souvent des impuretés. Il possède une odeur suave et aromatique, plus marquée peut-être ; mais il a une saveur peu marquée et contient moins d’acides benzoïque et cinnamique. Je me suis convaincu que cette ditférence tenait à ce que le baume était plus récent : en exposant pendant longtemps ce baume mou à l’air, sur une assiette, il est devenu sec et cristallin, sans rien perdre de son poids ; et l’ayant alors traité par l’eau, j’ai constaté, au moyen de la saturation par un alcali, que le baume solidifié à l’air contenait plus d’acide que lorsqu’il était récent. Il a été évident pour moi que cette augmentation d’acidité était due à l’oxygénation de l’essence.
Il faut prendre garde, en achetant du baume de Tolu, de prendre en place du liquidambar mou, ou un mélange des deux, ou du baume de Tolu qui ait déjà été traité par l’eau. Le baume de Tolu ne doit pas être opaque, ne doit pas contenir d’eau, doit avoir une odeur et un goût marqués, très-agréables et tout à fait distincts du stjrax et du liquidambar.
[Le baume de Tolu contient comme acide libre de Y acide cinnamique et en même temps une substance résineuse, formée de deux résines distinctes; l’une C3G[11808 très-soluble dans l’alcool froid, l’autre C36H‘20O10 insoluble dans l’alcool. La première, dissoute dans la potasse et abandonnée à l’air se transforme dans la seconde, en même temps qu’ilse produit de l’acide cinnamique.]
Distillé avec de l’eau, il fournit une essence liquide composée de trois corps volatils : 1° de tolène , essence liquide bouillant à 170degrés, formée de C24H18; 2° d'acide benzoïque ; 3° d ecinnaméine bouillant à 310 degrés. Les acides dissous par l’eau, ou qu’on peut en extraire par un carbonate alcalin, sont un mélange d’acide