LÉGUMINEUSES. — BAUME DU PÉROU
benzoïque et d’acide cinnamique. Quant à la résine, on peut l’obtenir en dissolvant dans la potasse caustique étendue le baume épuisé d’essence et d’acides par l’ébullition dans l’eau; on précipite ensuite la résine en faisant passer dans la liqueur un courant d’acide carbonique, on la lave, et on la fait sécher. Elle est rouge, fusible à 103 degrés et composée de Cl8IIl0O5.
\ BEaume du Pérou sec.
Nous avons vu précédemment que, d’après Ruiz, le Myrospermum peruiferum , au moins celui qu’il nomme ainsi, fournit, par incision, un baume liquide et blanchâtre qui, lorsqu’il est solidifié à l’air, ou dans des calebasses, porte le nom de baume blanc sec ou de baume de Tolu. Je suis heureux de devoir à M. Weddell un échantillon de ce vrai baume sec du Pérou, recueilli par lui dans le sud de la Bolivie, au pied d’un Myrospermum , dont il a rapporté les feuilles et le bois, et qui ne diffère du M. peruiferum de Ruiz que par ses feuilles plus grandes, plus vertes, plus minces, toutes frippées et très-caduques. Ce baume est tout à fait solide, d’un blond rougeâtre, seulement translucide, dur, trèstenace et d’une cassure esquilleuse ou cristalline. 11 possède une odeur très-aromatique, analogue à celle du baume de Tolu ordinaire, maisbeaucoup plus forte sans cesser d’être très-agréable; il se ramollit entre les dents etprésenle le môme goût très-parl'umé, accompagné d'une âcreté marquée, mais non désagréable. En un mot, le baume du Pérou sec et le baume de Tolu doivent être considérés comme deux sortes d’une môme substance dont la première l’emporte beaucoup en qualité sur la seconde.
n a unie <lu Pérou brun.
Baume du Pérou en cocos de ma 3e édition. Je laisse encore à cette substance le nom de baume du Pérou , quoique j’aie lieu de penser qu’elle soit originaire duBrésil etqu’elle ne soit autre chose que le Cabureicica de Pison (I), produit par le Cabureiba , arbre très-vaste et aromatique, à feuilles petites, semblables à celles du myrte, croissant dans les districts de Saint-Vincent et du Saint- Esprit, ainsi que dans la province de Pernambouc. Ce qui me fait croire qu’il en est ainsi, c’est que M. Fr. Ph. Martius nous apprend que ce baume, qui est d’une fragrance extraordinaire et semblable à celui du Pérou, est renfermé par les Indiens dans les fruits non mûrs d’une espèce d ' Eschweilera ou de Lecytlns, et
(I) Piso, Bras., p. 67.
47b DYCOTYLÉDONES CALICIFLORES.
que le fruit clans lequel le baume du Pérou brun est ordinairement renfermé et que j’avais pris anciennement pour un petit coco, est en effet le fruit d’une Iécy thidée. Quoi qu’il en soit, ce baume est demi-liquide, grumeleux et d’une couleur assez foncée. Il n’est pas transparent, si ce n’est étendu mince sur une lame de verre. Il paraît formé de deux sortes de matières : une plus fluide et une autre plus solide, grumeleuse et comme cristalline. Il a une saveur très-douce et parfumée, et il jouit d’une odeur forte et des plus suaves qui se rapproche beaucoup de celle du storax calamite.
Ce baume vient aussi quelquefois en calebasses, comme le baume deTolu. J’en possède une de ce genre, liante de 9 centimètres, large de 7,5, à moitié pleine d’un baume dont une partie est encore un peu coulante, unie, lisse, transparente et d’un rouge brun ; tandis que l’autre présente une masse de petits cristaux étincelants, imprégnés de la première substance. Ces cristaux n’ont aucune saveur âcre et ne doivent pas être de l’acide benzoïque ; la calebasse, renfermée dans un bocal de verre, le recouvre en peu de temps d’un sublimé blanc qui le rend complètement opaque.
llaume de San-Salvador.
Baume du Pérou noir, ou Baume du Pérou liquide du commerce. — On a cru pendant très-longtemps que ce baume venait du Pérou, et que sa seule différence avec les précédents provenait de ce qu’il était obtenu par décoction dans l’eau des rameaux de l’arbre. Mais d’abord un baume qui serait obtenu par décoction dans l’eau, au lieu d’être plus liquide et plus aromatique que celui par incisions, serait plus consistant et moins pourvu d’huile volatile, et c’est le contraire qui a lieu. Secondement, ce baume ne devrait pas contenir d’acide benzoïque ou cinnamiqne, et le baume noir du Pérou en contient beaucoup : ainsi ce baume n’est pas obtenu par décoction.
D’un autre côté, un pharmacien français qui a exercé pendant plusieurs années à Lima ri y a pas vu de baume du Pérou noir , et deux voyageurs qui ont parcouru la Paz, pour y chercher les quinquinas, n’y ont rencontré ni baume, ni fruit semblable à celui des Myrospermum (1). Ces deux circonstances me faisaient déjà fortement douter que le baume du Pérou noir (et l’autre de même) vînt du Pérou, lorsqu’un négociant français (M. Bazire), revenant de la république de Centre-Amérique, me remit ce
(1) Cet arbre y existe cependant, ainsi qu’on l'a vu.