‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 126 sur 176 · LEGUMINEUSES. — BAUME DE SAN SALVADOR · texte numérisé non relu

LEGUMINEUSES. — BAUME DE SAN SALVADOR

même baume qui est obtenu en abondance sur la côte de Son-Sonate, dans l'État de San-Salvador, par des incisions faites à un Myrospermum dont il m’a rapporté le fruit. Ce fruit, que j’ai décrit (1) manquait de l’aile membraneuse qui distingue les Myrospermum, et j’avais cru m’être assuré, par l’inspection des bords du fruit, que cette absence n’était pas accidentelle ; mais la ligure de l’arbre, que j’ai vue depuis dans Hernandez (2), m’a montré qu’il ne différait pas à cet égard des autres Myrospermum , et qu’il était probablement le même que le M. peruiferum L. Quoi qu’il en soit, il ne pouvait rester aucun doute que le prétendu baume noir du Pérou ne fût le même que le baume d'Inde d’Hernandez, auquel j’ai cru pouvoir restituer son véritable nom en l’appelant Baume «le San-Kaivatior. J’ai donc été assez étonné de voir M. Rccluz, pharmacien à Yaugirard, donner comme nouveau (3), ce que j’ai dit en 1834 sur l’origine de ce baume. Je n’en aurais pas fait l’observation, si M. Itecluz n’avait reproduit en même temps, comme fait nouveau, une erreur de Jacquin, répétée par tous les botanistes qui l’ont même inscrite au nombre des caractères du genre Mysrospermum : c’est que les loges séminifères et les semences elles-mêmes sont remplies de suc balsamique, d’où Jacquin a môme formé le nom générique Myrospermum (semence- parfum),' et d’où Ghaumeton (4) d’abord, mais avec doute, et M. Recluz ensuite, sans aucune hésitation, ont supposé que le baume du Pérou était retiré des semences, et non du tronc ou des gros rameaux de l’arbre. Or les semences des myrospermes sont formées d’un épisperme membraneux, blanc et très-mince, et de deux cotylédons jaunâtres, huileux et d’un faible goût de mélilot, qui ne contiennent aucune portion de baume; la loge elle-même en est complètement dépourvue, et ce n’est qu’en dehors de l’endocarpe et dans plusieurs lacunes formées par le mésocarpe que l’on trouve une petite quantité de baume résineux, jaune et transparent, liquide à l’état récent, mais sec et cassant dans les fruits parvenus par la voie du commerce. 11 est impossible que cette faible quantité de suc résineux soit l’origine de celui du commerce; et d’ailleurs les autorités réunies d’Hernandez, de Pison, de Ruiz, de Alex, de Humboldt pour le baume de Tolu, de M. Bazire pour celui de San- Salvador, et de M. Weddell pour celui de la Paz, ne laissent aucun doute sur ce fait, que tous ces baumes sortent naturellement, ou par suite d’incisions, du tronc des arbres qui les four-

(1) Journ. de pharm., t. XX, p. 552.

(2) Hernandez, M t-x., p. 51.

(•l) Recluz, Journ. de pharm., août 1819. (4) Chauineton, Flore médicale.

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nissent. Je reviens maintenant au baume de San-Salvador.

[Les renseignements fournis à M. Hanbury par M. Dorât (1) nous font très-exactement connaître la manière dont est obtenu ce baume.

Au mois de novembre ou de décembre commence d’ordinaire l’exploitation des arbres. On bat d’abord l’écorce du tronc sur quatre côtés soit avec un maillet, soit avec le dos d’une cognée de façon à laisser intactes quatre bandes intermédiaires, pour conserver à l’arbre sa vitalité. Cinq ou six jours après on approche de l’écorce ainsi battue des torches enflammées. Pendant les huit jours qui suivent, l’écorce tombe ou on la détache artificiellement, et l’on voit sur le bois une exsudation se produire. On garnit alors les solutions de continuité de morceaux d’étoffe qui s’imbibent de baume. Quand ces chiffons sont saturés, on les jette dans des pots de terre aux trois quarts remplis d’eau bouillante, et on les y laisse jusqu’à ce qu’ils se soient presque complètement dépouillés du baume, qui tombe au fond du vase. On les sort de l’eau et on les soumet à une expression, qui en fait sortir une nouvelle quantité de baume, qu’on joint à celle déjà obtenue. Quand l’eau est refroidie, on la fait écouler et on verse le baume dans des calebasses. Si on veut le purifier, on le remet dans l’eau bouillante et on enlève l’écume et les impuretés qui viennent flotter à la surface.]

Ainsi obtenu, ce baume a la consistance d’un sirop cuit ; il est d’un rouge brun très-foncé et transparent ; il a une odeur forte, tirant un peu sur celle du styrax liquide, mais toujours trèsagréable, et une saveur âcre, amère et presque insupportable. Il brûle avec flamme lorsqu’il est chaud, et se dissout entièrement dans l’alcool ; mais la liqueur est toujours louche, et laisse déposer une petite quantité d’une matière fauve, pulvérulente; il cède de l’acide à l’eau bouillante et en contient quelquefois assez pour en former à la longue une belle cristallisation aiguillée et prismatique, au fond des flacons qui le renferment ; il est employé dans plusieurs compositions pharmaceutiques et dans la parfumerie.

Le baume noir du Pérou est très-sujet à être falsifié avec de l’alcool rectifié, différentes huiles fixes, du baume de copahu, etc. L’alcool rectifié se reconnaît par la diminution que le baume éprouve après son mélange avec l’eau; les huiles grasses, hors celle de ricin, se reconnaissent en dissolvant le baume dans l’alcool ; le copahu est signalé par son odeur; en général, la pureté et la force de l’odeur, jointes à la transparence

(I) Voir P/iarmac. Jour»., 2e sOric, t. V, p. 240.

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