TÉRÉBINTIIACÉES. — LENTISQUE ET MASTIC
étamines 5, opposées aux divisions du calice; fdaments trèscourts, réunis en disque à la base ; ovaire rudimentaire. Fl. fem. : calice à 3 ou 4 divisions pressées contre l’ovaire ; corolle, étamines et disque nuis ; ovaire unique, sessile, uniloculaire, offrant très- rarement les rudiments de 2 loges avortées ; style très-court ; 3 stigmates; drupe sec.
Le pistachier croît naturellement depuis la Syrie jusqu’au Bokharaet au Caboul. Selon Pline, ses fruits furent apportés pour la première fois à Home par Lucius Vitellius, pendant qu’il était gouverneur de Syrie, sur la fin du règne de Tibère, et, vers le même temps, Flaccus Pompéius, chevalier romain, les porta en Espagne. Le pistachier est très-répandu d’ailleurs dans les îles grecques et en Sicile, et est cultivé jusque dans la Provence et le Languedoc, en France.
Le pistachier s’élève la hauteur de 7 à 10 mètres. Ses feuilles sont composées de 2 a 3 paires de folioles glabres, un peu coriaces, ovales ou ovales-lancéolées, avec une impaire. Dans une variété, les feuilles n’ont que 3 folioles. Les fruits, nommés pistaches, sont gros comme des olives, et composés : 1° d’un brou tendre, peu épais, ordinairement humide, rougeâtre, très-rugueux, légèrement aromatique ; 2° d’une coque ligneuse, blanche, qui se divise facilement en deux valves ; 3° d’une amande anguleuse, recouverte d’une pellicule rougeâtre, d’un vert pâte h l’intérieur et d’un goût doux et agréable. Ces amandes nourrissent beaucoup; elle donnent de l’huile par l’expression, servent à faire des loochs qui sont verdâtres, et sont très-employées par les confiseurs qui en font des dragées, et par les glaciers, qui en mettent dans leurs crèmes. ©
Lentisque et mastic.
Le lentisque, Pistacia Lentiscus, L., est un petit arbre, haut de 4 à 3 mètres, divisé en rameaux nombreux et tortueux, garnis de feuilles ailées sans impaire, composées de 8 à 10 folioles lancéolées-obtuses, coriaces, persistantes, d’un vert foncé en dessus, plus pâles en dessous. Les fleurs mâles ou femelles, sur des individus différents, sont très-petites, purpurines, et disposées en petites grappes axillaires. Les fruits sont arrondis, brunâtres, et peuvent être mangés. On en retire par expression une huile propre à l’éclairage et pour l’usage de la table. Mais le produit principal du lentisque, celui pour lequel il est cultivé avec soin dans l’Orient, et surtout dans l’île de Chio ou Scio, est sa résine, connue sous le nom de mastic. La chaleur du climat influe beaucoup sur la production de cette résine ; car, bien que le lentisque soit abon-
DICOTYLEDONES CALICIFLORES.
dant dans le midi de l’Europe et en Provence, il n’y fournit aucune quantité de mastic.
C’est donc de l’île de Scio principalement que nous vient cette résine. Pour l’obtenir, on fait, dans le courant de l’été, de nombreuses et légères incisions au tronc et aux branches principales de l’arbre. Le suc liquide qui en découle s’épaissit peu à peu, et prend fa forme de larmes d’un jaune pâle, dont les plus grandes sont aplaties et de forme irrégulière, et les plus petites souvent sphériques. La surface de ces larmes est mate et comme farineuse', à cause de la poussière provenant du frottement continuel des morceaux ; leur cassure est vitreuse ; leur transparence un peu opaline, surtout au centre. Leur odeur est douce et agréable ; leur saveur aromatique ; elles se ramollissent sous la dent, et y deviennent ductiles.
Le mastic est légèrement tonique et astringent. On en fait une grande consommation en Orient, comme masticatoire, pour parfumer l’haleine et fortifier les gencives : c’est de cet usage que lui est venu le nom de mastic.
Le mastic n’est pas entièrement soluble dans l’alcool. La partie insoluble, qui est tenace et élastique tant qu’elle contient de l’alcool interposé, et sèche et cassante lorsqu’elle n’en contient plus, paraît analogue à celle que nous avons précédemment trouvée dans la résine animé. Le mastic est soluble en toutes proportions dans l’éther, et il se dissout facilement à chaud dans l’essence de térébenthine.
La résine sandaraque, produite par le Thuya articulata (famille des Conifères, t. Il), ressemble beaucoup à celle du lentisque; on l’en distingue facilement, cependant, à la forme allongée de ses larmes, à sa grande friabilité sous la dent, à sa complète solubilité dans l’alcool, et à sa solubilité beaucoup moins grande dans l’éther et l’essence de térébenthine.
Pistachier atlantique, Pistacia atlantica , Delf. Grand et bel arbre de l’État de Tunis, qui s’élève à une hauteur de plus de 20 mètres, sur 65 à 100 centimètres de diamètre, au bas du tronc. Ses feuilles sont caduques, composées de 7 à 9 folioles lancéolées, un peu ondulées, glabres, sur un pétiole un peu ailé. Il découle du tronc et des rameaux de cet arbre un suc résineux, d’un jaune pâle, qui a beaucoup de ressemblance avec le mastic, et qui sert aux mêmes usages.
Térébenthine de Chio.
Chez les anciens, le mot térébenthine n’était d’abord qu’un nom adjectif et spécifique, qui, joint au nom générique résine , s’appli-
TÉRÉBINTHACÉES. — TÉRÉBINTHE. 497
quai t exclusivement au produit du térébinthe ( Pistacia Terebinthus, L.). Mais, plus tard, ce nom a été appliqué génériquement à tous les produits résineux mous ou liquides, composés, comme le premier, d’essence et de résine. Alors il a fallu désigner plus particulièrement la térébenthine du térébinthe par le nom de l’arbre qui la produit, ou par le lieu de sa provenance la plus habituelle.
Le térébinthe croît naturellement dans le Levant, dans la Barbarie et dans l’île de Chio, d’où nous vient la térébenthine la plus estimée. C’est un arbre assez élevé, dont les feuilles sont caduques, composées de 7 à 9 folioles ovales-oblongues, vertes, luisantes, portées sur un pétiole un peu ailé. Le suc résineux s’en échappe naturellement, pendant l’été, par les fissures de l’écorce; mais on en obtient davantage à l’aide d’incisions, faites au printemps, au tronc et aux principales branches; le suc résineux en découle pendant tout l’été, et tombe sur des pierres plates placées au pied de l’arbre, où on le ramasse tous les matins, quand il a été épaissi par la fraîcheur de la nuit. On le purifie en le faisant couler à travers de petits paniers exposés aux rayons du soleil.
Les térébinthes fournissent fort peu de résine ; car un arbre de soixante ans, dont le tronc a 13 à 16 décimètres de circonférence, n’en produit ordinairement que 300 à 330 grammes par an. Aussi cette térébenthine est-elle toujours rare dans le commerce, et d’un prix élevé. Elle est toujours très-consistante et souvent presque solide; elle est pour le moins nébuleuse et quelquefois presque opaque. Elle est d’un gris verdâtre ou jaune verdâtre. Son odeur paraît très-faible à l’air; mais, quand elle est renfermée dans un vase de verre, elle en conserve une assez forte, agréable, analogue à celle du fenouil ou de la résine élémi. Elle offre une saveur parfumée , privée de toute amertume et d’âcreté, et qui rappelle tout à fait celle du mastic. Comme le mastic également, la térébenthine de Chio se dissout en toutes proportions dans l’éther, et laisse, quand on le traite par 1 alcool, une résine glutineuse. Cette coïncidence de propriétés n’a rien qui doive étonner, en raison de l’étroite parenté des arbres qui produisent les deux résines. Aussi suis-je tout à fait de l’avis des moines éditeurs de Mésué, qui disent que, à défaut de la térébenthine de Chio, la substance le plus propre à la remplacer est le mastic, et non les résines de conifères.
Le térébinthe présente dans son organisation un fait très-singulier. D’après Théophraste, cet arbre est mâle et femelle. Chez les anciens, ces qualifications n’ont souvent aucun rapport avec le sexe des plantes ; mais ici elles se trouvent justement appliquées. Seulement Théophraste distingue deux arbres femelles :
t Guibourt, Drogues, 6e édition. T' ^
DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.
un, portant des fruits rouges, de la grosseur d’une lentille, non I mangeables; l’autre, produisant des fruits verts d’abord, puis rouges, enfin noirâtres, et de la grosseur d’une fève. Duhamel nous a donné l’explication de ce fait, d’après Cousineri : c’est que l’espèce du térébinthe comporte trois sortes d’individus : les uns mâles, les seconds femelles et les troisièmes androgynes, c’est-à-dire portant à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles. Ce sont ces derniers qui produisent les fruits les plus petits, ligneux et presque privés d'amandes. Les arbres véritablement femelles fournissent seuls un fruit complet et susceptible de germination. Ce fruit peut être mangé comme les pistaches, quoiqu’il soit moins agréable et qu’il ne serve guère qu’aux
pauvres gens. 't~~
Q Galles «le Térébinthe.
On trouve, dansLobel (1), dans Clusius, (2) et dans plusieursautres ouvrages postérieurs, une seule et même figure de térébinthe, portant, à l’extrémité du rameau, une galle en forme de corne allongée et contournée, qui est connue sous le nom de Caroub «le Judée, soit qu’on l’ait comparée, pour la forme, au fruit du caroubier, soit qu’on ait tiré son nom directement du mot hébreu kerub, qui signifie corne.
Mais celte galle, en forme de corne, n’est pas la seule que produise le térébinthe, puisque Clusius lui-même mentionne une autre galle vésiculeuse, adhérente aux feuilles ou aux branches de l’arbre, et semblable à la galle des feuilles de l’orme. Delon, les moines éditeurs de Mésué, J. Baudin et Kæmpfer, ont aussi parlé de ces différentes galles du térébinthe, dont la plus connue est toujours cependant celle en forme de corne, ou la carouh de Judée (3).
Cette galle ( fig . 707, 708 et 709) a la forme d’une vésicule longue et aplatie, élargie au milieu et amincie en pointe aux deux extrémités. Elle est généralement repliée sur elle-même près du pédoncule, et souvent dirigée en sens contraire vers l’autre extrémité. J’en possède uneentière, longue de 7 centimètres sur 17 millimètres de large, et de plus grands échantillons non entiers de 30 à 33 millimètres de large, et dont la longueur peut avoir été de 16 à 18 centimètres. Cette galle est d’une couleur rouge décidée,
(1) Lobel, Observationes, p. 538, fig. 2.
(2) Clusius, Rariorum plant.
(3,i Consultez, pour plus de détails, mon Mémoire sur les galles de térébinthe et sur la galle de Chine. ( Revue scientifique , t. XIV, p. 4( 9.) — Voir aussi la coupe transversale vue à la loupe et au microscope d’une galle de térébinthe, dans Léon Marchand, thèse déjà citée.