RHÀMNEES. — BAIES DE NERPRUN
jujubier est originaire de Syrie, d’où il a été apporté en Italie sur la fin du règne d’Auguste. Il est depuis longtemps naturalisé dans le midi de la France, et principalement aux îles d’Hyères, d’où les jujubes nous arrivent sèches avec les autres fruits du Midi. On en fait une tisane, un sirop et une pâte qui porte son nom, mais d’où on les retranche à tort, le plus ordinairement.
On trouve en abondance, sur les côtes d’Afrique, principalement dans la régence de Tunis, et dans l’île de Zerbi, pays habité autrefois par les Lolopbages, une espèce de jujubier ( Ziziphus lotos, Desf.) haut de 13à 16 décimètres, dont les fruits jouissaient, sous le nom de lotos, d’une grande réputation chez les anciens. Ces fruits sont rougeâtres, presque ronds, de la grosseur de ceux du prunier sauvage : ils contiennent, sous une chair pulpeuse, d’une saveur agréable, un noyau globuleux à 2 loges. Homère suppose que ce fruit avait un goût si délicieux, qu’il faisait perdre aux étrangers le souvenir de leur patrie, et qu’Ulysse fut obligé d’enlever de force ceux de ses compagnons qu’il avait envoyés pour reconnaître le pays.
Baies île Nerprun.
Jlhamnus cathar tiens, L. — Car.gén. : calice à 4 ou 5 divisions, dont la base persiste souvent après l’anthèse, sous la base du fruit; 4 ou S étamines opposées aux pétales; style bi- ou quadrifide; fruit bacciforme ou presque sec, à 2, 3 ou 4 loges monospermes, s’ouvrant intérieurement par une fente longitudinale. Semence oblor.gue , marquée, du côté extérieur, d’un sillon profond plus large à la base. Arbrisseaux ou petits arbres dent les rameaux sont souvent spinescents à l’extrémité. Fleurs souvent unisexuelles. Fruits non comestibles.
Le nerprun (fig. 722) croît à la hauteur d’un petit arbre; son écorce est lisse; ses branches sont garnies d’épines terminales. Ses feuilles sont ovèes, glabres, assez larges et dentées sur leurs bords. Ses fieurs sont pet i tes, verdâtres, dioïques ou polygames, munies d’un calice et
DICOTYLEDONES CALICIFLORES.
d’une corolle quadrifides. Ses fruits sont gros comme ceux du genévrier, verts d’abord, noirs quand ils sont mûrs. Ces fruits contiennent au centre quatre nucules accolées, et sont remplis d’ailleurs d'un suc rouge-violet très-foncé ; ce suc devient rouge par les acides, vert par les alcalis, et offre un bon réactif pour reconnaître la plus petite quantité de ces corps à l’état de liberté. C’est en combinant le suc de nerprun avec la chaux que l’on obtient la couleur connue sous le nom de vert de vessie.
On récolte les baies de nerprun dans les mois de septembre et octobre; on les choisit grosses, luisantes et abondantes en suc. On en fait un extrait et un sirop qui sont purgatifs ; on ne les fait pas sécher ordinairement.
L’écorce du nerprun peut servir à teindre en jaune. Le bois du tronc est formé d’un aubier blanchâtre peu épais, et d’un cœur d’un rouge rosé, devenant satiné et comme transparent à la surface lorsqu’il est poli. On en ferait de très-jolis meubles s’il offrait des dimensions plus considérables.
Autres espèces.
TVerprun des teinturiers, Rhamnus infect or vus, L. Cette espèce croît surtout dans le midi de la France et de l’Europe. Ses fruits, connus sous le nom de graine d' Avignon, sont usités dans la teinture, à laquelle ils fournissent une belle couleur jaune, mais peu solide. D’autres nerpruns, plus ou moins analogues, produisent dans l’Orient des graines j aunes plus estimées que celles d’Avignon, et connues sous les noms de graine de Perse, d’ Andrinople, de Morde, etc., suivant le pays d’où elles proviennent. Ces nerpruns paraissent être surtout les Rfiamnus amygdalinus, oleoides et saxatilis.
La graine de Perse est la plus estimée de toutes; elle est grosse comme un petit pois, arrondie, formée d’un brou mince, d’un vert jaunâtre, appliqué immédiatement sur 3 ou 4 coques jaunes, monospermes, réunies au centre, ce qui donne au fruit une forme trigone ou télragone régulière; elle a une saveur amère très-désagréable, et une odeur nauséeuse assez forte.
La graine d’Avignon est beaucoup plus petite, plus verte, quelquefois noirâtre, et paraît avoir été cueillie avant sa maturité. Elle offre rarement 3 coques réunies, et n’en a ordinairement que 2, par l’avortement des autres ; elle a une odeur moins forte et une saveur beaucoup moins marquée.
[M. Lefort a retiré des diverses espèces de fruits de nerprun deux principes isomères : la Rhamnine et la Rhamnègine , dont l’étude est très-intéressante pour l’industrie de la teinture (I).]
(I) Lefort, Mémoire sur les graines de nerpruns tinctoriaux au point de vue chimique et industriel ( Journal de Chimie et de Pkarniacie, 4e série, IV, 120 et V, 17).
1 LIC I NEES.