HUITIÈME CLASSE
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
FAMILLE DES RUTACÉES.
Cette famille, telle qu’elle a été établie par Adrien de Jussieu, forme i un groupe très-important de végétaux, dont voici les principaux caractères : Feuilles opposées ou alternes, souvent marquées de points translucides. Fleurs hermaphrodites, ou très-rarement unisexuées; calice d’une seule pièce, à 3, 4, ou, plus ordinairement, 5 divisions; pétales en nombre égal aux divisions du calice, alternes avec elles,
- insérés sous l’ovaire, ordinairement distincts, quelquefois soudés en une corolle rnonopétale, rarement nuis ; étamines en nombre égal aux pétales et alternes avec eux, ou en nombre double, dont celles qui leur sont opposées avortent quelquefois; ovaire libre et supère, à loges opposées aux pétales et en nombre égal, réunies autour d’un axe central ou plus ou moins séparées, et contenant chacune un ou plusieurs ovules attachés à leur angle interne ; autant de styles et de stigmates que de loges, distincts ou réunis en tout ou en partie. Fruit tantôt simple, capsulaire à plusieurs loges quelquefois indéhiscentes, s’ouvrant le plus ordinairement en autant de valves septifères, ou se séparant en plusieurs coques souvent bivalves ; tantôt composé de plusieurs drupes ou de plusieurs capsules distinctes. Les loges du fruit sont revêtues d’un endocarpe mince ou quelquefois solide, quelquefois détaché du mésocarpe, sous forme de deux valves internes recouvrant les graines. Celles-ci contiennent un endosperme charnu ou cartilagineux qui manque rarement; l’embryon est pourvu d’une radicule droite dirigée vers l’ombilic.
Les rutacées se partagent en cinq tribus que beaucoup de botanistes considèrent comme autant de familles distinctes.
lre tribu : zygophyi.lées. Fleurs hermaphrodites, régulières ; pétales distincts; étamines en nombre double, à filets hypogynes, nus ou accompagnés d’une écaille. Ovaire entouré de glandes ou d’un disque lobé; à plusieurs loges pluri-ovulées, indiquées par des sillons; style simple. Fruit capsulaire se partageant en plusieurs coques ou en plusieurs valves septifères; endocarpe ne se séparant pas du mésocarpe; embryon à radicule montante, entouré d’un endosperme (le genre Tribulus excepté). Tiges herbacées ou ligneuses. Feuilles opposées, le plus souvent composées ; pédoncules axillaires. Genres l'nbulus, Fagonia , Zygophyllum, Porlieru, Guujacum, etc.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
2° tribu : butées. Fleurs hermaphrodites régulières ; 4 ou 5 pétales; étamines distinctes en nombre double (Iriplc dans le Peganum), portées surlesupport de l’ovaire ;ovaire simple, à moitié divisé en 4 ou5 1o!)eset partagé en autant de loges pluri-ovulées ; style simple eu divisé par le bas pour communiquer avec les loges. Fruit capsulaire, dont les loges, écartées par le haut, s’ouvrent intérieurement en forme de coques, ou extérieurement par leurs valves cloisonnées; embryon endospermé à radicule montante. Tiges herbacées ou peu ligneuses. Feuilles alternes, souvent simples et couvertes de points glanduleux transparents. Genres Peganum , Rula, Haplophyllum , etc.
3e tribu : diosmées. Fleurs hermaphrodites, régulières ou irrégulières; calice à 4 ou 3 divisions ; corolle à 4 ou 5 pétales distincts ou quelquefois soudés, rarement nuis; étamines en nombre égal ou double, hypogynes, rarement périgynes ; pistil nu à sa base, ou entouré d’un disque libre ou adhérent au fond du calice; plusieurs ovaires réunis ou distincts, dont les styles sont réunis entièrement ou seulement à leur sommet, pour former un seul stigmate divisé en autant de lobes. Fruit tantôt simple, composé de capsules réunies, mono ou dispermes ; plus souvent formé de capsules séparées ; l’endocarpe se détache intérieurement du mésocarpe, à l’époque de la maturité, et se sépare en deux valves qui recouvrent les graines; embryon privé ou pourvu d’endosperme. Tiges presque toujours ligneuses. Feuilles opposées ou alternes, simples ou pennées, sans stipules, souvent parsemées de points glanduleux. Genres Galipea, Ticorea, Esenbeckia, Diosma, Dictamnus, etc.
4e tribu : zanthoxvuées. Fleurs régulières, diclines par avortement; calice à 3 ou 5 divisions ; pétales en nombre égal, rarement nuis ; fleurs môles pourvues d’étamines en nombre égal ou double, insérées autour du support d’un pist il rudimentaire ; fleurs femelles portant autour du pistil des filets stériles, très-courts ; plusieurs ovaires réunis et surmontés d’un seul style, ou plus ou moins séparés et portant autant de styles plus ou moins réunis ; 2 ou 4 ovules dans chaque ovaire. Fruit tantôt simple, charnu ou capsulaire, à plusieurs loges; tantôt composé de plusieurs drupes ou capsules mono ou dispermes, dont l’endocarpe se détache en partie; embryon endospermé, à radicule montante et à lobes aplatis. Tiges ligneuses. Feuilles alternes ou opposées, non stipulées, simples ou souvent pennées, souvent ponctuées. Genres Brucea, Zanthoxylum, Blackburnia , Todclalia, Ptclea, etc.
5e tribu : simarubEes. Fleurs régulières, hermaphrodites ou diclines par avortement ; corolle à 4 ou 5 pétales hypogynes, alternant avec les divisions du calice ; étamines en nombre égal ou double, insérées sur un disque placé sous l’ovaire ; 4 ou 5 ovaires implantés sur un disque commun, contenant chacun un seul ovule attaché au sommet de la loge, et portant chacun un style, lequel d’abord séparé se réunit bientôt avec les autres, en un seul style, terminé par 4 ou 5 stigmates. Le fruit se compose de 4 ou 5 drupes séparés, quelquefois réduits à un nombre moindre par avortement ; tous secs et indéhiscents, contenant une seule graine pendante, privée d’endos perme et contenant un embryon à lobes épais, entre lesquels s’enfonce la radicule. Tiges ligneuses.
RUTACÉES. — GAYAC.
Feuilles alternes, non stipulées, simples ou plus souvent composées. Genres Quassia, Sïmaruba, Simaba, Samadera, etc.
Guajacum officinale, L. (fg. 724). Arbre très-élevé, dont le tronc acquiert quelquefois 1 mètre de diamètre, et dont la croissance est si lente, qu’il faut plusieurs siècles pour acquérir celte dimen-
sion. Il croît dans les Antilles, et principalement à la Jamaïque, à Saint-Domingue, à Cuba et à la Nouvelle-Providence, une des îles Lucayes. Les divisions des rameaux sont souvent dicholomes. Les feuilles sont opposées, pinnées sans impaire, à 2, souvent à 3, très-rarement à 4 rangs de folioles sessiles, ovales ou obovées, fermes, glabres, d’un vert clair. Les folioles extrêmes ont 3 ou 4 centimètres de long sur 2 de large; les folioles d’en bas sont plus petites et plus arrondies. Toutes ont une nervure médiane très-apparente qui les divise en deux parties à peu près égales, plus une nervure secondaire extérieure, partant comme la première du point d’insertion. Les nervures latérales, naissant de la médiane, sont opposées ou alternes. Les fleurs sont bleues, pédonculées, presque disposées en ombelles au sommet des rameaux. Le calice est à 5 lobes obtus; la corolle est à 5 pétales ; les étamines sont en nombre double, à filets élargis à la base. Le fruit est une capsule charnue, réduite à 2 loges par avortement, presque en cœur, élargie et amincie sur les deux côtés, tronquée au sommet, avec une petite pointe courbe. Chaque loge renferme une semence osseuse (une avorte le plus souvent) suspendue à
€!ayac officinal
Fig. 724. — Gayac officinal.
344 DICOTYLÉDONES TIIALAM1 FLORES.
l’angle interne, pourvue d’un endosperme crevassé et corné, entourant un embryon droit, formé de 2 cotylédons foliacés et d’une radicule supère.
Bois «le gayac officinal. Ce bois arrive en troncs d’un fort diamètre, ou en bûches assez droites, recouvertes quelquefois de leur écorce. Il est très-dur, bien plus pesant que l’eau (pes. spéc. : 1,33), formé d’un aubier jaune plus ou moins épais et d’un cœur brun verdâtre. Il est pourvu d’une structure santaline difficile à observer, à cause de sa grande compacité, mais qui consiste en ce que ses couches sont alternativement dirigées à droite et à gauche, et se croisent en formant avec l’axe un angle de 30 degrés environ. La coupe perpendiculaire à l’axe, étant polie, présente à la loupe une rayure rayonnante très-fine et très-serrée, parsemée çà et là de gros vaisseaux coupés, remplis de résine verte; mais la plus grande partie des vaisseaux ligneux sont tout à fait inapercevables. Ce bois n’a pas d’odeur sensible à froid; mais, lorsqu’on le râpe, il prend une légère odeur balsamique, et sa poussière fait éternuer. Sa râpure a une saveur âcre et strangulante ; elle est jaunâtre et devient verte au contact de l’air et de la lumière, ou lorsqu’on l’expose à la vapeur nitreuse. Toutes ces propriétés sont dues à la résine dont le bois est imprégné. Le bois râpé est usité en teinture alcoolique ou en décoction dans l’eau; il fournit, à l’aide decedernier moyen, un extraitgommo-résineux, d’une odeur balsamique très-marquée. Ce bois râpé est acheté par les pharmaciens, dans le commerce de la droguerie, où il est versé par les tourneurs, qui emploient une grande quantité de gayac pour faire des mortiers ou des pilons, des roues de poulies, des roulettes de lits, et beaucoup d’autres objets pour lesquels la dureté est une qualité essentielle. Comme alors ce bois peut être mêlé à de la râpure de buis, il convient de s’assurer de sa pureté, soit en l’exposant, pendant un jour ou deux à la lumière, soit en l’exposant, sous une cloche, à la vapeur nitreuse qui le verdit presque instantanément.
On trouve dans le commerce plusieurs variétés de bois de gayac, également supposées appartenir au gayacum officinale , et dont je ne puis indiquer la différence d’origine. La première, que je regarde comme le gayac le plus ordinairement employé, est en bûches cylindriques assez régulières qui, pour un diamètre de 18 centimètres, offrent un aubier de 20 à 23 millimètres, régulier et bien séparé du bois. Cet aubier est d’un jaune de buis avec des mouchetures vertes, du côté interne, dues à des vaisseaux résineux ouverts. Le cœur est d’un vert noirâtre foncé, ou en acquiert la teinte à la lumière. Ce bois est inodore, comme le suivant.
Je nomme le second bois gayac à couches irrégulières. Il est
RUTACÉES. — GAYAC.
irrégulièrement cylindrique et souvent sa coupe transversale représente la section d’une poire, faite du pédoncule à l’ombilic (Geoffroy); l’aubier est proportionnellement plus épais que dans le premier, et la matière résineuse, qui donne au cœur sa couleur verdâtre, est très-inégalement répartie et ne suit pas la régularité descouchesligneuses. Enfin, la résine est moins abondante et laisse voir par intervalles la couleur jaune naturelle du bois, qui, par i suite également, n’acquiert pas une couleur aussi foncée par l’action prolongée de l’air et de la lumière.
Je nomme la dernière sorte de bois gayac à odeur de vanille. J’en possède un tronçon de 22 à 25 centimètres de diamètre,
I' complètement privé d’aubier, soit naturellement, soit par la main de l’homme. 11 est excessivement dense, serré et d'un vert noirâtre uniforme tellement foncé, qu’on a peine à en distinguer les couches. Il est onctueux et gras au toucher, eL il conserve, môme entier, une odeur balsamique très-analogue à celle de la vanille.
Kcorce de «ajae officinal. Il y a une dizaine d’années qu’il est
I arrivé une quantité considérable de celte écorce dans le commerce. Comme elle différait beaucoup de celle que j’y avais vue plus anciennement, je la considérai comme une fausse écorce de H gayac , jusqu’à ce que je l’eusse retrouvée sur un tronc de gayac à «vj couches irrégulières. Ainsi c’est une écorce de vrai gayac. Elle esl ij en morceaux plats ou cintrés, très-durs, très-compactes, épais 0 de 3 à 5 millimètres, couverts d’une croûte cellulaire un peu louai gueuse et jaunâtre, se séparant souvent par plaques de dessus le i liber et y laissant des taches vertes ou brunes. Le liber est jaune, ffr amer, très-uni à l’intérieur. Cette écorce fournit avec l’alcool une teinture jaune qui ne verdit pas par l’acide nitrique, ce qui indique que sa matière résineuse n’est pas de même nature que h celle du bois.
Voici, d’après Trommsdorff, la composition comparée du boiet de l’écorce de gayac :
Bois. licorce.
Résine 2G 2.3
Extrait piquant et amer 0,8 4,8
Matière colorante jaune brunâtre 1 4,1
Extrait muqueux avec sulfate de chaux. . .. 2,8 12,8
Matière ligneuse fia, 4 1 fi
Ainsi que je l’ai dit plus haut, la résine de l’écorce est différente de celle du bois.
Résine de gayac officinal. On peut obtenir cette résine, dans les pharmacies, en traitant le bois de gayac râpé, par l’alcool rcc-
Guibourt, Drogues, 6e édition. T- Rb 3 5
DICOTYLÉDONES TUALAMIFLOKKS.
tifié; mais celle du commerce est obtenue, soit en faisant des blessures à l’arbre, soit à l’aide de la chaleur, en réduisant le tronc et les principaux rameaux en bûches que l’on perce d’un large trou suivant l’axe du bois; on place ces bûches sur le feu, de manière que la résine, liquéfiée par la chaleur du bois qui brûle à l’extérieur, puisse couler par le trou et être reçue dans des calebasses.
La résine de gayac du commerce est en masses assez considérables, d’un brun verdâtre, friables et brillantes dans leur cassure. Ses lames minces sont presque transparentes et d’un vert jaunâtre. Conservée dans un bocal de verre, elle devient d’une assez belle couleur verte par les surfaces qui regardent le jour. Elle renferme ordinairement des morceaux d’écorce et d’autres débris du végétal ; elle se ramollit sous la dent, a une saveur d’abord peu sensible qui se change bientôt en une âcreté brûlante dont l’action se porte sur le gosier; elle a une légère odeur de benjoin qui devient très-sensible par la pulvérisation ou par le feu : sa poussière excite fortement la toux.
La résine de gayac donne avec l’alcool une dissolution brune foncée, qui devient blanche par l’eau. L’acide chlorhydrique y forme un précipité gris cendré; l’acide sulfurique un précipité vert pâle; le chlore un précipité bleu pâle. L’acide azotique n’v produit d’abord aucun changement; mais, au bout de quelques heures, le liquide devient vert, puis bleu, enfinbrun, et forme alors un précipité brun. En arrêtant à temps l’action de l’acide avec de l’eau, on obtient de même un précipité vert ou bleu. L’action de l’acide azotique légèrement rutilantsur la teinture de gayac peut fournir un caractère distinctif et journalier de cette résine avec les autres. Si l’on expose un papier imbibé de teinture de gayac dans un bocal au fond duquel on a versé un peu d’acide azotique jaunâtre, la vapeur qui s’en exhale suffit pour colorer le papier en bleu.
La résine de gayac a été le sujet des recherches d’un grand nombre de chimistes. Suivant M. Unverdorben, elle est formée de deux principes résineux, dont l’un est très-soluble dans l’ammoniaque aqueuse, et dont l’autre forme avec cet alcali un composé goudronneux qui ne se dissout que dans 6000 parties d’eau. D’après Thierry, ancien pharmacien de Paris, la résine de gayac contient un acide particulier nommé acide guajacique , qu’il a obtenu en dissolvant la résine dans de l’alcool à 56 degrés centigrades, et distillant la teinture pour obtenir les 3/4 du liquide employé. Il reste dans le bain-marie une liqueur acide et jaunâtre surnageant la résine. On sature la liqueur par de l’eau de baryte, on évapore à moitié, on filtre, et l’on y ajoute de l’acide sulfurique en quantité exactement nécessaire pour précipiter la
RUTACEES. — GAYAC.
I baryte. On évapore en consistance sirupeuse et l’on traite le produit par l’éther sulfurique, qui dissout l’acide guajacique et le donne cristallisé, après son évaporation. On le purifie par sublimation. Çet acide est donc volatil, soluble dans l’éther, l’alcool et dans l’eau; il ditfère des acides benzoïque et cinnamique par une beaucoup plus grande solubilité dans l’eau et par ses combinaisons salines. M. Deville l’a trouvé composé de Cl2Hi * * * * * * 806.
Enfin ce dernier chimiste a obtenu, par la distillation à feu nu de la résine de gayac, une huile essentielle analogue par ses propriétés et sa composition à l’essence d’ulmaire ou hydrure 1 de salie y le. Celte essence, que M. Deville nomme hydrure de yuajacyle, est composée de Ci4H804.
[Depuis, M. Hadelich (l) a donné l’analyse suivante de la ré- 1 sine de gayac :
Acide gaiaconique 70,3
Acide résino-gaiacique l<»,5
Résine p 0,8
Gomme 3,7
Substances minérales 0,S
Acide guajacique, matière colorante, impuretés.. 100
L’acide gaiaconique, découvert par Hadelich, est amorphe, d’un brun clair, fusible vers 100°, insoluble dans l’eau ; il a pour formule C38n20O10. Le second acide, résino-gayacique, trouvé par M. HIasiwetz, est cristallisable, soluble dans l’alcool, l’acide acétique, l’éther, le chloroforme et le sulfure de carbone, insoluble dans l’eau et l’ammoniaque. Il se dissout dans l’acide 0 sulfurique avec une belle coloration rouge. La résine B est soluble dans l’alcool, l’acide acétique et les alcalis : elle est précipitée de ses dissolutions en flocons bruns par l’éther, le chloroforme et le sulfure de carbone. Enfin la matière colorante est jaune, cristallise en octaèdres à base carrée, et se dissout dans l’acide sulfurique avec une coloration fugace d'un bleu d’azur.]
i Ciayac à fruit tetragone.
Gunjacum sanctum , L. Cet arbre croît en abondance dans l’ile
de Saint-Domingue, aux environs du port de la Paix, dans
l’île de Porto-Rico et au Mexique ; c’est lui, très-probablement
qui se trouve figuré par Hermandez sous le nom de hoaxacan.
De Candolle lui donne des feuilles à 5 ou 7 paires de folioles
ovales-obtuscs, mucronées; des pétioles et des jeunes rameaux
sous-pubescents. Des auteurs plus anciens lui donnent un bois
(!) Voir Flückiger, Pharmacognosie , page CS.
DICOTYLÉDONES TIIALAM1FLORES.
couleur de buis, presque privé de cœur plus foncé; des feuilles d’un vert foncé, longues de 8 ou 9 lignes, larges de 3 ou 4, et des fruits rouges, tétragones, semblables à ceux du fusain. D’après ces caractères, je ne doute pas que ce ne soit cette espèce de gayac qui ait été rapportée de Guatimala par M. Bazire (1), en 1834. Les échantillons qu’il m’en a laissés, tout faibles qu’ils sont, me permettront de faire connaître cette espèce plus complètement qu’on ne l’a fait jusqu’ici.
Hameaux supérieurs et pétioles sous-pubescents ; pétioles trèsgrêles, de la grosseur d’un fil, offrant les marques de 3 à 5 paires de folioles, y compris la terminale; folioles sessiles, épaisses, d’un vert foncé, très-entières et mucronées ; elles sont presque linéaires, un peu élargies cependant par le haut et un peu recourbées en sabre, à cause de l'inégalité de leurs deux moitiés : la moi Lié intérieure étant dressée contre le pétiole et presque droite, et la moitié extérieure se développant en une courbe ellipsoïde. La nervure médiane est à peine visible, rapprochée du bord interne de la feuille et presque semblable à d’autres nervures qui partent comme elle du point d’attache, pour se diriger vers l’extrémité. Longueur des folioles, 12 à 15 millimètres ; largeur 5 ou 6.
Les fruits sont rouges, formés de 4 coques monospermes opposées en croix, élargies et amincies sur le bord, terminées chacune par une pointe aiguë. Les semences ont à peu près la forme et la grosseur d’une graine de citron ; elles présentent sous un épisperme assez mince, blanc et peu consistant, un endosperme épais, corné, demi -transparent, d’une grande dureté, renfermant un embryon jaunâtre, à cotylédons foliacés.
Le îioiH, dont je n’ai qu’un simple éclat, est d’une couleur fauve uniforme; il a une structure fibreuse et éminemment sanlaline; il est excessivement dur et compacte. Il a un aspect corné et il est translucide sur les bords. Il ne change pas à la lumière. Sa coupe transversale polie présente la même rayure fine et rayonnante que le gayac officinal, mais parsemée d’un ; très-grand nombre de points blanchâtres, provenant de la coupe des vaisseaux ligneux.
L’écorce est recouverte d’un périderme crevassé noirâtre, recouvert par places d’une couche blanche crétacée. Le liber est très-dur et formé de couches serrées, d’un gris noirâtre et livide. Celte écorce est toute couverte d’une résine transparente et d’un jaune verdâtre, dont il existe également quelques larmes
(1) Bazire, Journ. de P barra., t. XX, p. 520.
RUTACÉES. — GAYAC. Ü49
détachées. Je pense avoir trouvé dans le commerce l’écorce et la résine de cet arbre.
Ancienne écorce de gayac. Cette écorce se trouve assez bien décrite par Geoffroy (I), qui l’attribue aussi au gayac à fruit tétragone. Elle est en larges morceaux cintrés, épais de 4 à 8 millimètres. Elle est pourvue à l’extérieur d’un périderme jaunâtre, fongueux et crevassé, qui s’enlève naturellement par petites plaques, en laissant des impressions en forme de coquille de différentes couleurs, et, quand c’est le liber qui est mis à nu, il apparaît avec une couleur vert noirâtre. Le liber est aussi dur et aussi compacte que du bois, d’une couleur noirâtre et livide à l’intérieur. Sa surface interne est tantôt grise, tantôt noirâtre, offrant l’impression des fibres ligneuses de l’aubier, et quelquefois sillonnée de rides réticulaires, ainsi que le dit Geoffroy. Cette écorce est amère, peu résineuse et colore à peine l’alcool rectifié. Un papier trempé dans la liqueur et desséché ne se colore ni à l’air ni à la lumière.
■lésine de çajac en larmes. J’ai trouvé quelquefois cette résine dans le commerce, sous la forme de larmes détachées, arrondies, presque transparentes et d’un jaune verdâtre. Écrasée sur le papier, elle devient à l’air d’un vert d’émeraude. Elle est si parfaitement semblable à celle rapportée par M. Bazire, que je ne doute pas qu’elle ne soit produite par le Guajacüm sanction.
Gayacan de Caracas.
M. Anlhoine, négociant français que j’ai déjà cité (page 434), m’a fait don d’un morceau de bois de gayacan ( Guajacum arboreum , DC.). il provient d’un tronc tortueux, dépourvu d’écorce, qui, pour un diamètre de 2(5 centimètres, ne présente que 5 millimètres d’un aubier blanc et très-régulier. Le bois est d’un fauve verdâtre, très-nuancé par couches concentiiques, avec un second cœur intérieur plus foncé. Il se fonce lentement à l’air et tend à se rapprocher de la couleur du gayac officinal. Il est beaucoup plus âcre que les autres lorsqu’on le travaille, et l’ouvrier qui l’a poli l’a gratifié du nom de Gayac pique-nez. Sa coupe transversale présente une rayure fine et rayonnante, en lignes droites, non ondulées, et d’innombrables vaisseaux ligneux très-petits, blanchâtres, disposés par petites lignes tremblées, dirigées dans le sens des rayons. Ce dernier caractère, qui est exceptionnel dans le bois des Zygophyllées, forme au contraire le caractère distinctif et presque général des bois de Sapotées (2).
Gayac du Chili, Porliera hygromelrica , R. P. Guillemin m’a remis sous ce nom une tige d’arbre de 5 centimètres de diamètre, pourvue
(1) Geoffroy, Traité de la Matière médicale. Paris, 17 il.
(2) Voy. t. II, p. 688.
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
d’une écorce très-rugueuse, grise à la surface, mince, dure, compacte et d’une couleur noirûlre à l’intérieur. L’aubier est d’un jaune pâle et très-dur. Le cœur est également très-dur et très-pesant; il esl d’un vert noirâtre, devenant presque noir à l’air; la teinture alcoolique, séchée sur un papier, verdit à la lumière, comme celle du gayac.
Je mentionnerai, à la suite des bois de gayac, trois bois d’ébénisterie qui s’en rapprochent par leur dureté et leur grande densité, mais dont l’origine m’est inconnue. Le premier porte le nom de bois «l’écaille. Je l’ai vu en morceaux équarris de la centimètres d’épaisseur, offrant sur les angles un reste d’aubier blanc, très-dur et prenant le poli de l’ivoire. Le bois lui-mérne est fauve, noueux, très- dur, très-pesant, translucide lorsqu’il est en lame mince ; le tronc de l’arbre devait être tortueux et épineux. Le second bois portait, dans l’ancien droguier de l’École, le nom de bois de gayac ; mais j’en avais, de mon côté, un morceau également fort ancien, étiqueté vrai grenadille. Ce bois est fort différent du grenadille ordinaire du commerce, que j’ai attribué au Brya ebenus (p. 359). L’échantillon de l’École représente un tronc de 10 centimètres de diamètre, très-irrégulier dans sa forme et ayant des angles rentrants. Il porte les débris d’une écorce noire au dehors, jaunâtre en dedans, mince, légère et fibreuse. L’aubier esl épais de 15 millimètres, de couleur de bois de noyer clair. Le cœur est de couleur de noyer foncé, avec des veines brunes irrégulièrement dessinées. Le mérite de ce bois consiste moins dans sa couleur que dans sa grande dureté et dans la beauté de son poli. L’ancien échantillon quej'en ai pèse 1,201 ; l’aubier en est très-mince et de couleur de buis; le cœur est de couleur de noyer très-foncé ; le poli est égal à celui de l’ivoire ; ce bois esl amer. La coupe transversale présente une rayure rayonnante de la plus grande finesse sans aucune apparence de tubes ligneux. Le dernier bois porte dans le commerce le nom d e grenadille et est supposé être de même origine que le grenadille de Cuba. Je le nommerai grenadille jaune. Je l’ai sous la forme d’une petite bûche de 7 centimètres de diamètre, pourvue d’une écorce dure et compacte, assez semblable à celle du gayac, mais beaucoup moins dure. L’aubier est jaune et épais de 1 5 millimètres ; le cœur est d’un jaune brun. La coupe transversale présente une rayure très-fine et rayonnante, parsemée de points blanchâtres très-petits et très-nombreux. Ce bois est susceptible d’un poli moins parfait que les deux précédents.
It ne officinale.
Jiuta gravcolcns, L. (fi g. 725), tribu des Rutées. — Car. gén. ; calice à 4 divisions ; corolle à 4 pétales concaves ; 8 étamines; 8 pores nectarifères à la base de l’ovaire : 1 style : 1 capsule polysperme à 4 lobes et à 4 loges (la fleur terminale a une cinquième partie de plus). — Car. spéc. : feuilles décomposées; lobes oblongs, le terminal obové; pétales entiers ou sous-dentés.
La rue est cultivée dans les jardins, où elle s’élève jusqu’à 12
KUTACEES. — FEUILLES DE BUCIIU.
> ou 16 décimètres; elle répand une odeur forte, aromatique el désagréable. Elle est sudorifique, anthelminthique et emmcnagot gue. On l’emploie verte ou sèche; on en retire l’huile volatile,
on en fait une eau distillée, une huile et un vinaigre par macération, etc.
L’essence de rue est d’un jaune verdâtre, un peu épaisse, d’une odeur très-désagréable et d’une saveur âcre et amère. Elle pèse 0,887; elle ne rougit pas le tournesol; elle distille 1 â 220 degrés. Sa composition répond à la formule C28H'280\ ?
Les feuilles de buchu, bnoco ou bocoo, sont produites par plusieurs espèces de Barosma , arbrisseaux aromatiques du cap de Bonnc-Epérance, qui appartiennent à la tribu des Diosmées; mais c’est principalement le Barosma crenata, Kunze ( Diosma crenata, L.) qui paraît fournir les feuilles que l’on trouve dans le commerce.
Le Diosma crenata {f\cj. 726) est un abrisseau haut de GO à 100 centimètres, garni de feuilles alternes très-courtement pétiolées, longues de 25 millimètres, oyales-oblongues, finement crénelées, entièrement glabres, rigides, d’un vert sombre en dessus, plus pâles en dessous, avec quelques nervures obliques
Fig. 725. — Hue officinale.
| Feuilles «1e buchu.
DICOTYLÉDONES TIIALAM1FLORES.
peu apparentes. Ces feuilles sont couvertes de glandes transparentes, indépendamment d’une étroite marge transparente tout autour. Les pédoncules sont à peu près aussi longs que les feuilles; le calice est à 5 divisions vertes et un peu pourprées; la corolle est à 5 pétales bleuâtres, ouverts, courtement onguic ulés. Les étamines sont au nombre de 10, dont 5 fertiles,
l'ig. 726. — Bucliu.
alternes avec les pétales, et 5 opposées stériles, plus courtes de moitié, pétaloïdes, ciliées, obscurément glanduleuses au sommet. Il y a 5 ovaires réunis et auriculés au sommet, uniloculaires, contenant 2 ovules superposés, suspendus à l’axe central. Le style est unique, central, plus long que les étamines, atténué au sommet, terminé par un stigmate à 5 lobes. Le fruit est une capsule pentacoque, à coques un peu comprimées, auriculées au sommet du côté extérieur, couvertes de points glanduleux : l’endocarpe est cartilagineux, séparé du mésocarpe, s’ouvrant en 2 valves élastiques, monospermes.
[A ces feuilles de Barosma crenata il faut joindre celles du B. crenulata, Hooker; B. betulina , Benth, et deux espèces, à feuilles étroites et allongées, qui donnent le bucliu long , ce sont le B. serratifolia , Willd. et Y Empleurum serrulatum, Aiton, de la même famille des Diosmées (1).]
(I) On peut voir de bonnes figures de ces espèces dans Berg et Schmidt, Beschrei bung und Darstellung der vffizinellen Gewcïc/tsu.
RUTACEES.
FRAX1NELLE.
Les feuilles de buchu du commerce sont mélangées de pétioles et de fruits. Elles sont douces au toucher, un peu brillantes, finement crénelées et chargées, principalement vers le bord et à la face inférieure, de glandes pleines d’huile volatile. Leur odeur est très-forte et analogue à celle de la rue ou de l’urine de chat; leur goût est chaud, âcre et aromatique. L’essence est d’un brun jaunâtre, plus légère que l’eau, d’une odeur semblable à celle des feuilles.
Les feuilles de buchu sont toniques, stimulantes, diurétiques et diaphoniques. Elles paraissent exercer une influence particulière sur les organes urinaires. 1
Itacine (le dictante blanc OU de frnxinelle.
Dictamnus albus, L. (fi g. 727). Tribu des Diosmées. Cette belle plante croît surtout dans le midi de la France et en Italie. Ses liges simples, rondes, flexibles et fermes cependant, s’élèvent à la hauteur de 65 centimètres. Ses feuilles sont alternes, imparipinnées, vertes, luisantes et fermes; elles ressemblent, pour la forme, â celles du frêne, ce qui a valu â la plante son nom de fraxinelle.
Ses fleurs sont disposées en grappes à l’extrémité des tiges; elles sont pourvues d’un calice à 5 divisions et tombant; d’une corolle à 5 pétales irréguliers, développés, blancs ou purpurins, et marqués de lignes rouges plus foncées : les étamines sont au nombre de 10, à filets abaissés et couverts de poils glanduleux; le style est décliné, le stigmale est simple. Le fruit est formé de 5 carpelles réunis au-dessous du centre, et dispermes. Toute la plante est très-odorante, et l’on assure que l’émanation d’huile volatile qui s’en échappe, dans les paysméridionaux et par les soirées chaudes de l’été, est assez concentrée pour être quelquefois enflammée par l’approche d'un flambeau; de sorte que la plante s’enveloppe pour un instant d’une auréole de feu. Biot, qui a voulu s’assurer de la réalité du fait, n’a pu qu’enflammer successivement, par l’approche immédiate d'un
Fig. ~il. — Ditlame blanc.
So4 dicotylédones thalamiflores.
corps en ignition, les nombreuses utrieules huileuses qui recouvrent toutes les parties supérieures de la plante, sans que cet effet soit devenu général, et surtout sans que jamais l’émanation odorante qui entoure naturellement le végétal ait pu s’enflammer par l’approche d’un flambeau (I). D’autres personnes pensent cependant que le fait a pu être observé dans des contrées plus méridionales.
La racine de dictame est usitée en pharmacie, et seulement encore, l’écorce mondée de la racine. On nous l’envoie toute préparée du Midi : elle est blanche, roulée sur elle-même, d’une odeur presque nulle et d’une saveur amère. Elle fait partie de la poudre de Gultète. On donne souvent en place, dans le commerce, le meditullium même de la racine privée de son écorce. C’est une petite tromperie facile à reconnaître. O
IScorce d’angusture ^raie.
L’emploi de cette écorce, en Europe, ne remonte pas au délit de l’année 1788. Elle fut d’abord apportée en Angleterre de l’île de la Trinité, où l’arbre qui la produit avait été transporté des environs d’Angostura, ville de Terre-Ferme.
De même que la plupart des drogues exotiques, elle a été attribuée successivement à différents arbres, et entre autre au Magnolia glauca, L. : mais il a été reconnu par MM. de Humboldt et Bonpland qu’elle était produite par un arbre de la famille des Rutacées, qui a reçu d’eux le nom de Cusparia febrifuga, et qu’ils ont trouvé formant d’immenses forêts sur les bords de l’Orénoque. C’est ce même arbre qui a été nommé depuis par Willdenow Bonplandia tri folia ta , et par De Candolle Galipea cusparia (2). Cependant, d’après le docteur Hancock, ce ne serait pas le Galipea cusparia qui produirait l’écorce d’angusture vraie; ce serait une espèce voisine, qu’il a décrite et nommée Galipea officinalis.
Voici les caractères du genre Galipea : calice court, cupuliforme, à 5 divisions. Corolle à 5 pétales, hypogynes, linéaires, inégaux, très- souvent réunis par le bas en un tube pentagone. 5 étamines, en général, plus ou moins adhérentes aux pétales, très-rarement toutes fertiles; 5 ovaires insérés sur un disque déprimé, à 10 dents peu marquées, libres ou soudés par leur angle central, uniloculaires. Ovules doubles, superposés, attachés à la suture centrale, le supérieur ascendant, l’inférieur pendant; 5 styles distincts par la base, soudés au sommet. Cap-
(1) Biot, Ann. cliim. phys ., t L, p. 3SG.
(2) De Candolle, Proclromus, t. 11, 7 3 1 .
RUTACÉES. — ANGUSTURE .
suie réduite à une ou deux coques monospernies, par avortement, bivalves, à endocarpe séparable et s’ouvrant avec élasticité; semence réniforme, à test coriace; embryon privé d’endosperme, homotrope, pourvu de deux grands cotylédons auriculés à la base, plissés, roulés l’un sur l’autre.
Le Galipea cusparia , DG. (fig. 728), est un arbre majestueux, de
120 à 25 mètres d’élévation. Ses feuilles sont composées d’un pétiole long de 30 centimètres environ, terminé par trois folioles sessiles, ovales-lancéolécs, très-aromatiques, dont celle du milieu
I égale la longueur du pétiole.
Les fleurs forment des grappes pédonculées vers l'extrémité des rameaux; elles sont blanches et pourvues, à l’extérieur, de
Fig. 728. — Galipea officinal.
fascicules de poils situés sur des corps glanduleux. Les étamines sont monadelphes, au nombre de 5, dont une ou deux seulement sont fertiles cl les autres privées d’anthères.
Le Galipea of/icinalis, liane., est un arbrisseau haut de 4 à 5 mètres, le plus ordinairement, et dont la taille n’excède jamais 10 mètres. Il a les feuilles trifoliées, et les folioles oblongues, pointues aux deux extrémités, longues de 15 à 25 cenlimètres, portées sur un pétiole de môme longueur. Les fleurs sont blanches et poilues; les étamines distinctes, au nombre de I ou 2 fertiles, et de 1 à 5 stériles.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Les caractères extérieurs de l’écorce d’angusture sont variables, et on la trouve sous trois formes dans le commerce :
1° Il y en a des morceaux courts, plats, minces, plus ou moins larges, recouverts d’un périderme gris jaunâtre, mince et peu rugueux ; leur cassure est d’un brun jaunâtre, nette, compacte et résineuse; leur surface intérieure est d’un jaune fauve souvent rosé, et se divise facilement par feuillets; leur odeur et leur saveur sont un peu moins fortes que celles des variétés suivantes.
2° On en trouve d’autres morceaux qui sont longs de 16 à iO centimètres; qui ont une odeur forte, animalisée, très-désagréable; qui sont roulés et recouverts d’un périderme épais, fongueux, blanc et comme limoneux. Dessous ce périderme est l’écorce proprement dite, qui est brune, dure, compacte, et qui casse net sous la main. Cette écorce a une saveur amère, sur laquelle domine le principe odorant et nauséeux; cette saveur passée, il reste à l’exlrémité de la langue une impression mordicante qui excite la salivation.
3° Enfin, on trouve des morceaux d’angasture qui tiennent le milieu entre les précédents, c’est-à-dire qu’ils sont plus longs, moins plats et plus épais que les premiers; que leur enveloppe extérieure est grise, peu épaisse et peu fongueuse, et qu’ils ont la même saveur et la même odeur que les derniers. Toutes ces écorces peuvent provenir du même arbre croissant dans des expositions différentes.
La poudre d’angusture a une couleur presque semblable à celle de la poudre de rhubarbe; son infusion dans l’eau est très-colorée, amère, odorante et nauséeuse, comme l’écorce. Ses propriétés médicales sont d’être fébrifuge et antidyssentérique.
M. Saladin a constaté dans l’écorce d’angusture la présence d’un principe amer cristallisable, auquel il a donné le nom de cusparin. Ce corps est blanc, non acide ni alcalin, insoluble dans l’éther et dans les huiles fixes et volatiles, Irès-peu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool à 0,833 de densité. Le cusparin, quoique non alcalin, se dissout avec facilité dans les acides affaiblis; l’acide sulfurique concentré le colore en rouge-brun et le nitrate acide de mercure en rouge-pourpre, propriétés qu’il partage avec la salicine et qui les distinguent l’une et l’autre de la quinine (I).
J’ai raconté, dans le volume précédent (page 558), comment, vers l’année 1807 ou 1808, de graves symptômes d’empoisonnement s’étant manifestés à la suite de l’usage de l’écorce d’angusture, on découvrit que celte écorce avait été mélangée d’une
(1) Saladin, Journ. chhn mëd., 1833, t. IX, p. 388.
RUTACEES. — CLAVALIER JAUNE.
autre écorce fort dangereuse, qui fut désignée sous le nom de fausse angusture, et qui fut reconnue plus tard pour être celle du Strychnos nux vomica. Cette écorce, qu’il importe beaucoup de distinguer de la véritable angusture, est beaucoup plus épaisse que celle-ci; elle est compacte, pesante et comme racornie par la dessiccation. Sa substance intérieure est grise et son épiderme varie : tantôt il est peu épais, non fongueux, et est d’un gris jaunâtre, marqué de points blancs proéminents; tantôt il est fongueux et d’une couleur de rouille de fer. Du reste, cette écorce est inodore, et sa saveur, qui est infiniment plus amère que celle de la véritable angusture, persiste très-longtemps au palais sans laisser d’âcreté â l’extrémité de la langue. Sa poudre a une cou-
ileur bien différente de l’autre, car elle est d’un blanc légèrement jaunâtre.
Pour mettre encore mieux à même de distinguer ces deux écorces, je rappellerai la comparaison de leurs infusés aqueux
(que je fis il y a déjà beaucoup d années. Elle pourra être utile, nonobstant des travaux plus récents faits sur ces mêmes écorces.
J’ai fait macérer pendant dix-huit heures 4 grammes de poudre de chacune des deux angustures dans 90 grammes d’eau, et j’ai filtré. Le résidu de l’angusture vraie avait encore une odeur et. une saveur très-fortes ; l’autre était toujours très-amer.
La teinture de tournesol, le sulfate de fer, le cyanure fcrrosopotassique, aidé de l’acide chlorhydrique, et les alcalis, offrent les meilleurs moyens pour distinguer la véritable angusture de la fausse.
On emploie au Brésil, comme fébrifuges et comme succédanées des quinquinas et de l’angusture, les écorces de plusieurs arbres ou arbrisseaux de la tribu des Diosmées : tels sont le Ticorea febrifuga , St Hil., dit très folha < brancas ; VEsenbeckia febrifuga , Mart., nommé très folkas vermelhos, lamngeira do mato , quina et angostura ; YHortia brasihana, Vell., dit quina de Campo , etc. J’ai reçu d’Allemagne, sous le nom d 'Esenbeckiot febrifuga , une écorce tellement semblable à celle des hxostemma , qu’il me paraît bien difficile qu’il n’y ait pas eu confusion entre elles.
Q Écorce de claxalier Jaune Oïl d’épineux jaune des Antilles.
Zanthoxylum clava-Herculis,L. ; Zanthoxylum caribœum, Lamk. ; tribu des Zanthoxylées.
Cette écorce a plusieurs traits de ressemblance avec la véritable angusture ; elle est mince, pourvue d’une odeur semblable,et elle° offre une saveur amère très-désagréable, qui laisse une
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
RÉACTIFS
ANGESTURE VRAIE.
FAUSSE ANGUSTURË.
Savent'.
De l’écorce.
De l’écorce.
Odeur.
De l’écorce.
Nulle.
Couleur.
Orangée.
Orangée; moitié moins foncée.
Teinture de tournesol.
Couleur détruite.
Parait très-faiblement rougie.
Nitrate de baryte.
Oxalate d'ammoniaque.
Rien.
Rien.
Grand trouble.
Grand trouble.
Nitrate d'urgent.
Précipité très-abondant qu’un grand excès d’acide nitrique ne dissout pas.
Trouble qu’un excès d’acide nitrique ne fait pas disparaître.
Émétique.
Précipité très -abondant, blanc jaunâtre.
Précipité blanc.
Deutoeh/orure de mercure.
Piécipité très -abondant.
Trouble.
Sulfate de fer.
Précipité gris blanchâtre, très-abondant.
Couleur vert-bouteille; trouble léger.
Cyanure ferroso-
Rien : l’acide chlorhy-
Trouble léger, qui n’aug-
potassique .
drique y forme ensuite un précipité jaune trèsabondant.
mente pas par l’acide chlorhydrique ; la liqueur prend un aspect verdâtre.
Noix de galle.
Précipité jaunâtre trèsabondant.
Précipité blanc extrêmement abondant.
Gélatine.
Rien.
Rien.
Cotasse caustique.
En petite ou en grande quantité, la liqueur se fonce en orangé avec une teinte verdâtre et précipite; l’acide nitrique rétablit la couleur primitive.
Une petite quantité donne une couleur vert - bouteille ; une grande quantité, une couleur orangée foucée avec une teinte verdâtre ; la liqueur reste transparente. L’acide nitrique ajouté peu à peu rétablit la couleur vert-bouteille, puis celle de l’infusion.
Eau de chaux.
En petite ou en grande quantité, couleur plus foncée, légèrement verdâtre et grand trouble ; l’acide nitrique rétablit la couleur primitive.
En petite quantité, couleur vert-bouteille transparente; en plus grande quantité, couleur jaune légèrement verdâtre et léger trouble. L'acide nitrique rétablit d’abord la couleur vertbouteille, puis la couleur de l'infusion, mais affaiblie.
Acide nitrique.
Une petite quantité trouble fortement la liqueur; couleur affaiblie; en grande quantité, liqueur rouge transparente.
En petite quantité, couleur affaiblie ; liqueur transparente; en grande quantité, liqueur rouge transparente.
Acide sulfurique.
En petite quantité, trouble fortement ; un excès redissout le précipité sans rougir la liqueur.
Rien.
impression d’âcreté au bout de la langue et qui porte à la salivation. Elle s’en distingue facilement, cependant, parce qu’elle est d’un jaune serin et qu’elle colore la salive en jaune; enfin
RUTACÉES. — CLAVALIER JAUNE. 550
elle est formée à l’intérieur de lames fibreuses qui l'empêchent de casser net.
L’écorce de clavalier jaune a été analysée par MM. Chevalli-r et G. Pelletan, qui en ont retiré le principe amer et colorant à l'état cristallisé, et l’ont nommé Z anthopicrite . [M. Dyson-Perrins ) a établi depuis l’identité de celte substance avec la berbérine, qu’il a trouvée dans plusieurs plantes de familles diverses (I).] L’écorce du clavalier jaune est fébrifuge et tinctoriale, mais peu usitée.
ün a longtemps confondu avec l’espèce précédente le Zanthoxylum fraxineum , W. , qui croit dans l’Amérique septentrionale. Si les caractères botaniques ont permis cette confusion,
!ceux de l’écorce auraient suffi pour distinguer les deux arbres. L’écorce du Zanthoxylum fraxineum est formée d’un épiderme gris, ridé transversalement par la dessiccation, et d’un liber presque blanc, d’une saveur faiblement mucilagineuse d’abord, qui se termine par une forte âcreté et qui excite la salivation. Elle contient aussi de la berbérine . Les Américains nomment l’arbre tooth-ache tree (arbre au mal de dent), cl prickly ash, ou frêne épineux (2).
La plupart des autres espèces de Zanthoxylum , et principalement celles qui appartenaient au genre Fagara, L.,à présent réuni au premier, sont pourvues, dans toutes leurs parties, d’un goût de poivre aromatique et brûlant, qui les fait servir d’épice dans les différents pays où elles croissent. Les plus connues sont : 1 e Fagara
I d’Avicenne, dont Clusius a figuré les fruits (3); le Fagara heterophylla , Lamk., croissant à l’îlc Bourbon, et le Fagara piper il a, L., que l’on trouve décrit et figuré par Kæmpfer (4). Tous les fruits de ces espèces paraissent être de petites capsules charnues, de la grosseur d’un grain de poivre à celle d’un très-petit pois, tuberculeuses à leur surface, simples ou didymes, contenant une semence noire, luisante et peu aromatique, le principe actif résidant surtout dans l’enveloppe glanduleuse de la capsule. Mais j’en possède une espèce différente, faisant partie d’une collection de plantes de la Chine, que je décrirai aussitôt que le temps me le permettra, et dont j’extrais ce qui a rapport au fruit en question.
(1) Voir M. Dyson-Perrins, On berberine , Contribution to its History ami Révision of its Formula ( Transactions of the Chemical Society, 1 8 < > V ) • D’après Pharmaceutical Journal, 2e série, IV, 403.
(2) Voir Bentley, Sur le Zanthoxylum fraxineum ( Pharm . Jour 2* série, IV, 399).
(3) Clusius, Exoticæ, lib. I, cap. xxiu.
(4) Kæmpfer, Amœnitates, p. 892 et 893.
LiGO
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Iloa tsiao (fleur-poivre). Ce fruit, dans son étal normal, me paraît composé de 4 capsules sessiles à l’extrémité d’nn pédoncule ; mais il est rare que ces capsules se développent complètement toutes les quatre, et le plus que j’en aie trouvé, c’est trois avec une quatrième moitié moins grosse que les autres. Le plus ordinairement il n’y en a que deux et souvent une seule; mais la différence que je trouve entre celte capsule solitaire et celles qui ont été décrites par d’autres auteurs, c’est qu’elle est constamment accompagnée à la base de 1, 2 ou 3 tubercules, qui représentent autant de capsules avortées.
Les capsules développées sont de la grosseur d’un grain de poivre. Elles sont formées d’un mésocarpe tuberculeux, rougeâtre, translucide, Acre et très-aromatique, enveloppant une coque blanche, de la consistance d’un parchemin, soudée avec le mésocarpe dans la plus grande partie de son étendue. Tous deux s’ouvrent par une fente qui part du point d’attache interne, où les ovaires se touchaient, s’élève et se prolonge du côté externe, jusqu’aux trois quarts de la circonférence, et se termine vers la partie inférieure externe, par une petite couronne qui indique la place de l’insertion du style. L’ovaire était cependant formé de 4 carpelles accolés, dont les styles devaient partir du sommet et plutôt du côté interne; mais chaque carpelle, en se développant, a éprouvé une évolution qui a porté le point d’insertion du style tout à fait au dehors du fruit. Dans chaque capsule ouverte, l’endoc irpe présente seulement un commencement deséparation du côté interne. La semence est noire, luisante, portée sur un funicule qui, en s’allongeant, a porté la base de la graine à la partie supérieure de la capsule, ainsi que le représente le Zantlioxylum carolinianum figuré par Gærtner (I). La semence est dure sous la dent et n’a qu’un léger goût huileux. Ce fruit, qui justifie la réunion opérée entre les Fagara et les Zanthoxylum , me paraît appartenir au jnmma sansjo de Kæmpfer, p. 893. [M. llanbury (2) le rapporte au Zanthoxylon alatum , Roxb.]
Racine île «Veau Lopc*.
Cette racine tire son nom de Juan Lopez Pineiro, qui, d’après Redi, l’apporta le premier de la côte de Z inguebar, en Afrique ; suivant d’autres, elle viendrait de Goa, ou plutôt de Malacca, d’où elle aurait été portée par le commerce dans les divers pays qui ont été censés la produire. La racine de Jean Lopez varie beaucoup de grosseur ; elle est sous la forme de bâtons qui ont jusqu’à 22 à 27 centimètres de long et 3 à 5 centimètres de diamètre, ou sous celle d’un tronc ligneux de 14 à 10 centimètres de diamètre. Le bois en est blanc jaunâtre, plus léger que l’eau, poreux et néanmoins susceptible d’être poli, lia une saveur amère et une odeur nulle. L'écorce est brune, compacte, amère, recouxerle elle-même d’un tissu subéreux jaune, spongieux, doux au toucher et comme velouté. Cette racine est quelquefois employée comme antidyssentérique; mais elle est très-rare et fort chère.
(1) Gærtner, tab. LXVIII.
(2) Hanbury, Notes on chinese materia medica ( Pharm . Journ., Sesérie, II, 551).
RUTACÉES. — QU ASS IA AMARA. o6I
On a fait plusieurs suppositions sur l’arbre qui fournit la racine de Jean Lopez; les uns l’attribuent à un Zanthoxylum, d’autres à un Menispermum. Je pense que cette racine, qui a été vantée d’abord contre la morsure des serpents, les fièvres tierces et quartes et la dyssenterie, n’a été apportée en Europe que parce qu’elle jouissait de la même réputation en Asie (autrement, pourquoi l’aurait-on apportée ?), et qu’elle appartient encore, par conséquent, à l’un des nombreux végétaux qui ont porté le nom de bois de couleuvre, peut-être au soulamoe de Itumphius (1), dont la description se rapporte en effet au Jean Lopez D’un autre côté, je possède une racine ligneuse apportée de l’Inde et 1 de l’île Bourbon, qui se rapproche beaucoup par ses caractères
(physiques de celle de Jean Lopez. Elle est produite par le Toddaliu aculeala ou par le Toddolta paniculata , de la familles des Zantboxyiées ; elle est formée d’un bois assez dense et jaunâtre, et d’une écorce brune et compacte, couverte d’une couche subéreuse jaune et spongieuse. Celte : racine ressemble donc beaucoup à celle de Jean Lopez; mais je ne l’ai ii jamais vue qu’en remeaux cylindriques ayant au plus 2 centimètres de I diamètre ; de plus, elle possède une odeur analogue à celle de la rhubarbe et une saveur nauséeuse pareille à celie de l’angusture vraie. Je |n ne puis donc pas dire que ces deux racines soient identiques, et je laisse toujours dans le doute l’origine de la racine de Jean Lopez.
[Les doutes de M. Guibourt ont été levés depuis par l’examen de nouveaux échantillons de Toddalia ; et il a admis comme origine bien établie le Toddalia aculeata (2).] p
IHuassia de Surinam.
Quassia amara, L., tribu des Simaroubées. Ce végétal a pris le nom d’un nègre de Surinam, nommé Quassi, qui, touché des bons procédés de Charles -Gustave Dahlberg, officier de la milice i hollandaise, lui fit connaître les propriétés de la racine de l’ari bre, qu’il appliquait depuis longtemps, en secret, à la guérison ■ des fièvres pernicieuses. Dahlberg communiqua cette découverte ! à Linné, qui en fit le sujet d’une dissertation (3).
Le quassi ou quassia (fig. 729) est un arbrisseau de la Guyane, >1 il feuilles alternes, pétiolées, composées de une ou deux paires de f folioles avec impaire. Les folioles sont sessiles, oblongues, pointues aux deux extrémités, glabres et entières. Les pétioles sont >! ailés et articulés à l’endroit de l’insertion des folioles. Les fleurs i sont hermaphrodites, disposées en grappes allongées, presque - unilatérales ; le calice est fort petit, à 3 divisions profondes ; la n corolle est assez grande et formée de 5 pétales rouges, contournés fi avant l’anlhèse. Les étamines sont au nombre de 10, accompa- L gnées d’une écaille à la base interne des filets, qui sont fort
(t) Rnmphius, Amb., Il, p. 120.
(2J Voir Journal de Vhann'icie et de Clumie , 3e série, X\XV, p. 15.
(3) Linné, Amœnitates academicce, t. VI. p. UG.
OtiBornT, Drogues, Ce Cdition.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
longs et contournés. L’ovaire est formé de 5 carpelles surmontés d’un style simple. Le fruit est formé de 5 drupes ovoïdes isolés, portés sur un disque, contenant une semence pendante, privée d’endosperme.
Le bois de quassia que l’on trouve dans le commerce provient de
laracine; il est sousforme de bâtons cylindriques, de 35 à 55 millimètres de diamètre, couverts d’une écorce unie, très-mince, très-légère , très-amère , blanchâtre, tachetée de gris, peu adhérente au bois. Celui-ci est d’un blanc jaunâtre, léger, d’une texture assez fine cependant et susceptible d’un assez beau poli. Il est inodore, pourvu d’une amertume forte et franche, due à un principe cristal lisable , nommé quassine , qui en a été extrait par M. Winckler et examiné par M. Wiggers.
La quassine est fort peu soluble dans l’eau, plus soluble dans l’alcool et dans l’éther, fusible par l’action de la chaleur; elle paraît composée de C20H12Q6.
J’ai trouvé à Londres un morceau de tronc de quassia ayant 9 centimètres de diamètre, et pourvu d’une écorce toujours trèsmince, blanche à l’intérieur, couverte d’un épiderme d’un gris noirâtre; le bois est d’un jaune très-pâle, un peu moins serré que celui de la racine, mais susceptible encore d’un beau poli et satiné. Il ferait un joli bois d’ébénisterie (I). -
(1) M. Théodore Martius m’a envoyé, sous le nom de Q tassia de tupurupo ou Quassia paraensis , une racine qui ressemble beaucoup au Quassia amira , mais que son frère pense être la racine d'un arbrisseau grimpant nommé tachi ( Tackia fjuiunensis , Aubl.). de la famille des Gentianées. Cette racine diffère de celle du quassia par son écorce plus épaisse et adhérente au bois : par une teinte plus grise à l’intérieur et des taches bleuâtres offertes par la coupe transversale ; enfin, par une structure rayonnée que ne présente pas le quassia.
RUTACÉES. — SIMAROUBA.
4>>as8ia (le la Jamaïque.
Picrœna excelsa / Lindley; Simaruba excelsa , DC.; Quassia excelsa , Swartz; Bittera febrifuga , Bélanger (1); Bgtter ash des habitants. Arbre d’une grande dimension, pourvu de feuilles pinnées avec i| impaire. Les fleurs sont petites, d’un jaune verdâtre, polygames;
? le calice est petit, à 5 divisions ; la corolle a S pétales plus longs que le calice ; les étamines sont au nombre de 5, aussi longues J que la corolle, velues ; 3 ovaires placés sur un réceptacle charnu;
1 3 fruits drupacés, globuleux, bivalves, implantés sur le réceptacle.
Le bois de cet arbre a été introduit dans le commerce, pour être substitué au quassia de Surinam. Il arrive en bûches qui ont souvent 33 centimètres de diamètre. Il est couvert d’une écorce ; très-amère, épaisse de 1 centimètre environ, blanche et fibreuse à l’intérieur, mais cependant dure et compacte; l’épiderme est mince et noirâtre. La surface extérieure présente des stries longitudinales et souvent des nervures proéminentes, formant une sorte de réseau lâche, longitudinal ; la surface intérieure, qui est blanche, présente souvent aussi des nervures longitudinales et un peu ailées qui pénètrent dans le bois. Celui-ci est d’un jaune : plus prononcé que le bois de quassia de Surinam ; mais il est d’une fibre beaucoup plus grossière, et moins susceptible de poli. Cependant, comme il est satiné, qu’il présente des dimensions considérables et que sa grande amertume le rend innattaquable par les insectes, il pourrait être très-utile dans la menuiserie. Il a une amertume au moins aussi forte que celle du quassia de Surinam et ne paraît pas lui être inférieur sous le rapport de l'application médicale. M. Gerardiasa retiré de cette plante un produit, qu’il a nommé d’abord biltérine et qu’il a ensuite reconnu comme identique avec la quassine de Wiggers. v/.
Ecorce de simarouba.
Simaruba officinnlis, DC.; Simaruba amara, Aubl. ; Quassia svnaruba , L. Le simarouba {fi g. 730) s’élève à 20 mètres de hauteur et plus, sur un tronc de 8 décimètres de diamètre. Son écorce est
[( I) Nous identifions le Bittera febrifuga , étudié par M. Gerardias (Voir le rapport fait sur son mémoire par M. Guibourt, Journal de Pharmacie , 3e série, I XXXI, 1 10), avec 1 ePicræna excelsa. Les échantillons de ces deux plantes que nous avons trouvées dans le droguier de M. Guibourt sont identiques. M. Gui • i bourt l’admet d ms les notes qui accompagnent ces échantillons. Le catalogue des i colonies françaises pour l’Exposition de 1807 range aussi les produits préparés ’i par M. Gerardias sous le nom de Simaruba excelsa (voir page 1 17). 1
DICOTYLÉDONES THALAM1FLORES.
assez épaisse, blanche, fibreuse, légère et poreuse à l’intérieur, rugueuse à sa surface et couverte d’un épiderme mince, noir, couvert de taches grises et blanches. Le bois est blanchâtre, fibreux, léger, à peu près semblable à celui du quassia de la Jamaïque. Les feuilles sont ailées, formées de 2 à 9 rangs de folioles alternes, presque sessiles, oblongues, terminées à chaque extrémité par une pointe courte. Les fleurs sont monoïques, disposées en panicules rameuses et éparses.
Elles sont fort petites, formées d’un calice à 5 divisions, de pétales un peu plus grands que le calice. Les fleurs mâles ont 10 étamines accompagnées à la base d’une écaille velue , et un ovaire stérile, à 5 lobes, entouré par les écailles staminales. Les fleurs femelles ne diffèrent des fleurs mâles que par l’absence des étamines et 1%. 730. - Simarouba. parce que l’ovaire est surmonté
d’un style à 5 cannelures, terminé par un stigmate à 5 divisions disposées en étoiles. Le fruit est composé de o capsules drupacées, écartées les unes des autres, ayant à peu près la forme et le volume d’une olive.
Le simarouba croît dans les lieux humides et sablonneux de l’île de Cayenne et de la Guyane. Ses racines sont fort grosses, et s’étendent au loin, près de la surface de la terre, qui les laisse souvent à moitié découvertes. C’est l’écorce de ces racines que l’on enlève pour la faire sécher et la livrer au commerce. Elle est en morceaux longs de plus de 1 mètre, repliés sur eux-mêmes; elle est d’un gris blanchâtre, très-fibreuse, légère, sans consistance, facile à déchirer dans le sens de sa longueur, mais trèsdifficile à rompre transversalement el à pulvériser. Elle est trèsamère, fébrifuge et anlidyssentérique. Son principe amer paraît être le même que celui du quassia.
Cédron.
Depuis longtemps, dit M. Hooker (I), l’illustre directeur du jardin royal de Kew, beaucoup de recherches ont été faites sur la semence d'une
(1) Hooker, Phannaccut. Jour:., vol. X, 344.
Kl) TAC E ES. — CEDRON.
plante connue des habitants de la Nouvelle-Grenade, sous le nom de cédron, ci ti ès-célébrée pour ses propriétés médicinales. M. Purdie, â son passage dans la province d’Antioquia, m’écrivait, en juillet 1840, qu’il avait eu le bonheur de découvrir le célèbre cédron, dont les semences sont vendues au prix d’un réal chaque cotylédon, et sont regardées comme un spécifique inappréciable contre la morsure des serpents, la fièvre intermittente, et généralement toutes les maladies de l'estomac. L’écorce et le bois abondent aussi en principe amer.
Le 29 juillet 1850, M. Jomard a présenté à l’Académie des sciences de Paris les semences de cédron , avec l’extrait d’une lettre de M. Ilerran, chargé d’all'aires de la république de Costa-Rica en France, qui relate aussi l’efficacité de la semence de cédron contre la morsure des serpents venimeux, et qui annonce a\oir employé ce médicament avec succès contre divers cas de fièvres intermittentes.
[Nous avons essayé sans succès le cédron contre un certain nombre de fièvres intermittentes (1). C’est simplement un médicament tonique, qui doit être rangé auprès de ses congénères le Quassia et le Simarouba.] M. J. E. Planchon a rangé le cédron dans le genre Simaba de la famille des Simaroubées,el lui a donné le nom de Simaba Cédron. L’arbre n’excède pas 6 mètres de hauteur sur un tronc de 1 5 à 25 centimètres de diamètre. Les feuilles sont glabres, longues de 00 centimètres et davantage, composées de 20 folioles et plus, plus souvent alternes qu’opposées. Les folioles sont sessiles, longues de 10 à lo centimètres, acuminées, obliques ou inégales à la base, penninerviées. Le pétiole commun est cylindrique, terminé par une foliole impaire. Les grappes sont longues de 60 centimètres et plus, serrées, rameuses, couvertes d’un duvet court, rougeâtre et velouté. Le calice des fleurs est petit, en forme de coupe, à 5 dents obtuses, couvert du même duvet ocreux. La corolle est composée de 5 pétales linéaires , étalés, d’un brun pâle et cotonneux extérieurement; 10 étamines courtes se dressent derrière un nombre égal d’écail les staminifères, rapprochées en tube; 5 ovaires supportés par une colonne tomenteuse ; 5 styles unis entre eux au-dessus de la base, et excédant les étamines, un seul ovule dans chaque ovaire. Le fruit est très-volumineux , solitaire par l’avortement des autres carpelles, drupacé, d’une forme ovale, obliquement tronqué au sommet ; la partie chai nue du fruit, qui ne parait pas avoir été bien molle, entoure un endocarpe corné. La semence est unique, volumineuse, suspendue, couverte d’un tégument membraneux avec une chalaze
I très-apparente. L’albumen est nul; les cotylédons sont très-grands, charnus et blancs à l’étal récent.
Ce sont ces cotylédons isolés que l’on trouve dans le commerce. Us sont longs de 3 à 4 centimètres, rarement de 5, larges de lo à 20 millimètres, d’une forme elliptique, un peu courbée d’un côté. Ils sont convexes du côté extérieur, aplatis du côté interne, avec une petite cicatrice près du sommet. Par la dessiccation, ils sont devenus d’un jaune foncé, souvent sale et noirâtre à l’extérieur, et d’un jaune plus
(I) G. Planchon, notes manuscrites.
DICOTYLEDONES TIIALAMIFLORES.
pâle à l’intérieur. Ils sont amylacés, avec une apparence légèrement grasse, el possèdent une forte amertume dequassia.
M. Lewy, en traitant le cédron par l’éther, en a retiré une matière grasse neutre, cristalline, presque insoluble dans l'alcool froid. Le résidu du traitement éthérique a cédé ensuite à l’alcool une substance cristallisable , d’une très-grande amertume , neutre au papier de tournesol.
fteurre de il ilia.
[On connaît sous le nom de pain dedika une substance rapportée du Gabon par M. Aubry-Lecomte et qui a déjà figuré à l’Exposition universelle de 1855. Cette substance arrive en masse de 3 kilos et demi ; elle est formée de graines grossièrement pilées, dont les fragments forment comme une sorte de conglomérat gris-brun marqué de taches blanchâtres. Cette matière est onctueuse au toucher ; elle a une odeur assez agréable qui rappelle de loin celle du cacao. Sa saveur est très-légèrement amère et un peu astringente, nullement désagréable.
L’arbre qui produit ce pain de dika porte dans le Gabon le nom de oba. M. Aubry-Lecomte l’avait comparé au manguier et lui donnait le nom de Mangifera gabonensis : un examen plus attentif l’a fait placer par M. Hooker fils dans le groupe des Simaroubées (1) : il en a fait, avec deux autres espèces de la même région, le genre Irvingia, et l’a nommé Irvingia Darteri (-2). C’est un arbre de 15 à20 mètres de haut, à feuilles coriaces, glabres, elliptiques, inégales à la base, accuminécs au sommet, surtout dans les jeunes feuilles. Les (leurs hermaphrodites présentent : un calice 5-partite très-petit, 5 pétales largement oblongs , 10 étamines insérées à la base d’un disque assez épais, un ovaire biloculaire à loges uniovulées. Le fruit est un drupe jaune de la grosseur d’un œuf de cygne, il estoblong légèrement, comprimé et contient un noyau aplati bivalve à surface tomenleuse. La graine renferme sous un testa presque crustacé, rouge-marron, une amande blanche oléagineuse, formée d’un albumen contenant dans son axe un embryon à cotylédons planes foliacés.
Cette espèce est très-répandue sur les côtes d’Afrique depuis Sierra-Leone jusqu’au Gabon. Les naturels en mangent le drupeet préparent avec la semence le pain de dika ou d'odika qui entre dans leur alimentation ordinaire.
Le pain de dika contient une quantité considérable (près de 80 p. 100) d’un corps gras, qu’on peut en extraire par l’ébulli-
(1) Quelques auteurs placent cependant cette plante et le genre Irvingia dans les Burséracées (Voir Bâillon, A lansonin, VIII, page 82).
(2) Hooker, Trans. Linnean Societ., XXVII, 1G7.
0XAL1DEES. — SURELLE.
lion dans l’eau ou par la simple expression du corps chauffe, c’esl ce qu’on appelle le beurre de dika qui, par son apparence, son odeuret son goût, rappellebeaucoup le beurre de cacao. 11 est fusible à 30°. M. Oudemans (1) en a étudié la constitution; et, par la saponification, il en a retiré de l’acide myristique C28H2804 et de l’acide laurique C241I2404.1
FAMILLE DES OXALIDÉES.
I Petit groupe de végétaux à feuilles très- variées, dont les fleurs sont régulières, hermaphrodites, pourvues d’un calice à 5 sépales un peu
i soudés par la base. La corolle est à 3 pétales alternes, contournés dans le bouton, un peu réunis par la base; les étamines sont monadelphes par la base des filets, au nombre de !0, dont 5 alternes plus petites. Le pistil est composé de 3 carpelles unis entre eux dans toute, leur longueur, portant chacun un style terminé par un stigmate simple. Le fruit est tantôt une capsule pentagone, à 5 valves, tantôt une baie oblongue, à 3 sillons et à 3 loges ; les semences, en nombre variable, sont insérées à l’axe du fruit; elles sont pendantes, souvent pourvues d’un ari lie charnu, s'ouvrant avec élasticité par le sommet. Elles contiennent un embryon axile et homotrope, dans un endospertne charnu.
Cette petite famille, qui était comprise autrefois dans celle des Géraniacées, ne renferme. que les deux genres Oxalis et Averrhoa. Celui-ci ne contient que deux arbres de l’Inde (. A ver rhoa carambola el Averrhoa bilimbi) dont les fruits, très-acides, servent à l’assaisonnement des mets; l’autre (Oxalis) comprend environ loO espèces, dont 3 seulement croissent naturellement en France ( Oxalis acetosella , corniculata , stricto). La plupart des autres appartiennent à l’Amérique ou au cap de Bonne-Espcrance.
Surelle, alléluia, OU pain *le coucou.
Oxalis acetosella , L. {fi g . 731). Racine écailleuse, comme articulée, rampante; tige nulle. Feuilles longuement pétiolées, composées de 3 folioles en cœur renversé, d’un vert pâle; plusieurs hampes longues de 8 à 1 1 centimètres, garnies vers leur partie moyenne de deux petites bractées opposées, et terminées par une seule Heur blanche veince de violet. Le fruit est une capsule pentagone, à 5 valves qui s’ouvrent longitudinalement sur les
(I) Journal fur prakt. C-hemiv, I.XXXf, p. 359, d’après Journal de Pharmacie et de Chimie , 3e série, XXXIX, p. 239.
DICOTYLÉDONES THALAM1FLORES.
angles avec élasticité; les semences sont ovales, couvertes par un arille qui s’ouvre par le sommet.
Les feuilles de cette espèce ont une saveur acide et assez agréable. On en faisait autrefois usage en médecine, comme rafraîchissantes et antiscorbutiques. En Suisse et en Allemagne,
où la plante est assez commune, elle concourt, avec les Rumcx acetosa et ace! ose lia, à la préparation du sel d’oseille (suroxalate de potasse).
Parmi les espèces exotiques, il faut citer l’oxalide crénelée ( Oxalis crenata , Jacq.), originaire du Pérou, que Ton peut cultiver en pleine terre, avec quelques précautions pour la garantir du froid de l’hiver. Ses racines fibreuses donnent naissance à des tubercules amylacés, jaunes, translucides, ovoïdes, et de la grosseur d’une noix, qui ont quelque ressemblance de forme avec ceux de la pomme de terre. Ces tubercules paraissent doués d’une acidité faible qui les rend un mets sain et assez agréable ; mais ceux récoltés en France ne m’ont présenté qu’une saveur fade et assez insignifiante. Il est douteux qu’ils soient pourvus d’une propriété nutritive bien marquée.
FAMILLES DES GÉRANIACÉES, DES BALSAMIXÉES ET DES TROrÉOLÉES.
Les géraniackes sont formées de plantes herbacées ou sous-frutescentes, à feuilles simples ou composées, opposées ou alternes munies de stipules. Les fleurs sont complètes , régulières ou irrégulières, formées d’un calice libre, à 5 sépales souvent soudés par leur base.
GÉRANIACÉES. — GÉRANIUM.
l.es pétales sont au nombre de 5, égaux ou inégaux, insérés à la base du gynophore, libres ou légèrement soudés à la base, alternes avec les divisions du calice. Les étamines sont insérées avec les pétales, ordinairement en nombre double, plus ou moins réunies par la base des tilels, portant des anthères versatiles, à 2 loges; l’ovaire est composé de 5 carpelles verticillés, attachés par leur suture ventrale à la base d'un gynophore allongé en colonne ; les ovules sont au nombre de 2, superposés et fixés à la suture ventrale ; les si vies sont continus aux carpelles, distincts à la base, mais bientôt agglutinés à la colonne centrale qu’ils dépassent, et terminés chacun par un stigmate simple. Le fruit se compose de 5 capsules uniloculaires, monospermes par avortement, se séparant à maturité de la base au sommet de la colonne centrale, et supportées chacune par leur style qui se relève en spirale et reste adhérent à l’axe par son sommet. Les graines contiennent un embryon sans endosperme, à cotylédons grands, foliacés, plissés et s’emboîtant mutuellement ; la radicule est allongée, renfermée dans une gaine vaginale et dirigée vers le bas de la loge.
La famille des Géraniacées se composait presque uniquement d’abord du genre Géranium , L., qui est devenu tellement nombreux en espèces que, pour en faciliter l’étude, on s’est décidé h le partager en trois, formant les genres Erodium, Géranium et Pélargonium. Le genre Géranium est caractérisé par ses fleurs régulières, à o sépales égaux, 5 pétales réguliers, et 10 étamines, dont o alternativement plus grandes, toutes fertiles ; une glande nectarifère à la base des grandes étamines. Les arêtes ou les styles des capsules sont glabres en dedans. Ce genre comprend plus de 60 espèces, dont la moitié croît naturellement en Europe .Plusieurs de ces dernières ont été usitées autrefois en médecine comme astringentes, vulnéraires et diurétiques.
Herbe à ltobert, bcc-de-gme, herbe à l’esqulnaneie. Géranium robertianum , L. (1). Plante annuelle , à pédoncules biflores, herbacée, haute de 22 à 32 centimètres ; à tiges rameuses, pubesccnles, redressées, souvent rougeâtres, garnies de feuilles opposées, à 3 ou 5 lobes pinnatifides. Les pétales sont entiers, d’un rouge incarnat, deux fois plus longs que le calice, qui est anguleux et terminé en pointes dures ; les carpelles sont glabres, et les semences lisses.
Géranium «1rs prés, Géranium pratense , L. Plante vivace, à pédoncules biflores. La tige s’élève à la hauteur de 63 â 100 cenmèlres; elle est ronde, velue, ramifiée, garnie de feuilles opposées, assez grandes, hérissées de poils, profondément partagées en 3 ou 7 lobes pinnatifides; les pétales sont entiers, arrondis, assez grands et d’une couleur bleue. Cette plante croît nalurelle-
(1) Blackwell, tab. cccclxnx.
DICOTYLEDONES THALAMIFLORES.
ment dans les lieux humides, en France et en Allemagne, et est cultivée pour l’ornement des jardins.
Géranium sanguin, Géranium sanguineum , L. (1). Plante vivace, à pédoncules uniflores. Tige ramifiée dès la base. Feuilles opposées, pétiolées, arrondies, partagées en 5 divisions tritides, à lobes linéaires. Les Heurs sont grandes, d’un rouge pourpre, portées sur de longs pédoncules axillaires, bi-bractéolés au milieu de leur longueur.
{Géranium maculatum, L. Rhizome vivace : tige aérienne annuelle, dressée, dichotome, couverte de poils denses. Feuilles palmées, à 3-5 lobes, incisés-dentés à leur extrémité: feuilles radicales longuement pétiolées ; les supérieures opposées et sessiles. Fleurs pourpres ou blanches à pétales entiers, ciliés à la base, marqués de veines verdâtres.
Le rhizome de cette espèce américaine est très-employé comme astringent aux États-Unis où il porte à cause de ces propriétés le nom de Racine d'alun ( Alum root) (2).
Le genre Erodium ne diffère du précédent que par ses étamines, dont 5 opposées aux pétales sont stériles, et 5 alternes fertiles, et par les arêtes des capsules qui sont barbues en dedans. Ce genre comprend une quarantaine d’espèces qui avoisinent presque toutes le bassin de la Méditerranée. Une espèce répandue dans les lieux sablonneux du midi de la France exale une odeur de musc très -prononcée ; c’est Y Erodium moschatum, Willd.
Le genre Pélargonium , qui est le plus nombreux des trois, comprend près de 400 espèces, la plupart originaires du cap de Bonne-Espérance et cultivées dans les jardins, à cause de l’élégance et de la 'beauté de leurs fleurs. Ce genre ne diffère pas des précédents par le nombre et la disposition des ovaires, non plus que par la déhiscence du fruit ; mais il s’en distingue par l’irrégularité de toutes les parties de la fleur. Le calice est à 5 divisions, dont la supérieure se termine inférieurement en un éperon tubuleux soudé avec le pédoncule ; les pétales sont au nombre de o, rarement de -4, plus ou moins irréguliers; il y a 10 étamines monadelphes, inégales, dont 4 à 7 seulement sont fertiles; les styles, persistants et roulés en dehors, sont barbus du côté inférieur, comme dans le genre Erodium.
La plupart des Pélargonium sont pourvus d’une odeur aromatique que son intensité rend quelquefois fatigante ou désagréable, mais dans laquelle domine souvent les odeurs du musc, de la térébenthine, du citron et de la rose. Les espèces les plus
(t) Clusius, Ruriorum , Cil.
(2) Bemiey, Pharmac. Journ , 2. série, v. 20.
BALSAMINÉES.
aromatiques sont les Pélargonium zonale, odoraiissimum , fragrans , peltatim,cucullcitum , capitatum, graveolens, Radula, roseum, Willd.; bahameum , suaveolens. Trois de ces espèces fournissent à la distillation une essence dont l’odeur se rapproche beaucoup de celle de la rose, [mais qu’il ne faut pas confondre avec l’essence dite de Géranium, qui sert à falsifier l’essence de roses et qui provient d’un Andropogon de F Inde.] (Voir précédemment page 299.) Ce sont 1 es Pélargonium capitatum, Ait.; roseum , Willd. (variété du Pélargonium Radula), et odoratissimum , W.
Les baesaminées, sont décrites différemment par les botanistes : les uns, leur donnant un calice diphvlle caduc, et 4 pétales disposés en croix, irréguliers et dont l’inférieur se prolonge en éperon, leur trouvent de l’analogie avec les Fumariaeées et les Papavéracées ; mais les autres, se fondant sur leurs rapports beaucoup plus marqués avec les Géraniacées , leur accordent un calice à o sépales inégaux, dont un se prolonge en éperon à la base ; une corolle à b pétales inégaux, dont un plus grand, concave et quelquefois bilobé, embiasse tous iesautres dans la pré floraison. Les étamines sont au nombre de B, alternes avec les pétales, ordinairement soudées par leurs anthères, qui sont biloculaires et introrses. Ovaire libre, oblong, cylindrique ou prismatique , à a loges, confenant un grand nombre d’ovules redressés, attaches aux angles internes, et terminé par un stigmate sessile, conique, entier ou à a lobes. Le fruit est une capsule à a b ges, s’ouvrant avec é'asticité en b valves qui se détachent par la partie inférieure et se roulent de la base au sommet, en abandonnant l’axe central et une partie des cloisons. Les semences se composent d'un gros embryon homotrope, sans endosperme, à cotylédons planes et charnus, àradicule très-courte, obtuse et supère.
La famille des b.vlsaminées est presque uniquement formée du genre Impatiens , L., que plusieurs botanistes divisent en deux genres, Balsamina e t Impatiens, le premier comprenant des plantes asiatiques annuelles, dont les fleurs se doublent facilement par la culture et qui sont cultivées pour l’ornement des jardins. Dans ces plantes, les 5 anthères sont biloculaires, les 5 stigmates sont distincts et les cotylédons sont épais. Dans le genre Impatiens , 3 des anthères seulement sont biloculaires et les 2 autres, placées devant le pétale supérieur, sont uniloculaires; les stigmates sunt soudés et les cotylédons sont planiuscules. Une espèce très-commune dans nos bois est Y Impatiens noli-tangere, 1.., dont les fruits mûrs ne peuvent être touchés sans s’ouvrir avec élasticité et sans lancer au loin leurs semences. Cette plante passe pour être fortement diurétique.
Les mor éoléf.s forment encore une annexe très-peu nombreuse de la famille de Géraniacées, dont le type se trouve dans la grande capucine, Tropœolum majus, L. Cette plante, originaire du Pérou, est d’une culture très-facile et devenue populaire en Europe. Elle est annuelle et pousse de sa racine fibreuse des tiges nombreuses, de liée-?, cylindriques, succulentes, vertes et lisses, qui s’élèvent, au moyen de