‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 142 sur 176 · GROUPE DES ACÉRÉES · texte numérisé non relu

GROUPE DES ACÉRÉES

Endlicher comprend sous ce nom un assemblage de sept familles appartenant aux dicolylédones polypétales hypogynes ou thalamiflores. Ces familles élant peu nombreuses et peu importantes pour la matière médicale proprement dite, je me dispenserai d’en donner les caractères, qui se trouveront d’ailleurs suffisamment indiqués dans la description particulière des articles. Voici le tableau de ces familles et des espèces les plus utiles. 1

SAP1NDACÉES.

. Sapindus saponaria, L.

. Nephelium litchi, L.

. Paullinia sorbilis, Mart.

. — cururu, L.

. Dodonœa salicifolia, DC.

Htl’POCASTANÉES.

Marronnier d’Inde Æsculus hippocastanum , L.

Pavia rouge Pavia rubra.

Savonnier des AntiPe?

Li-lchi

Guarana

Cururu

Bois de reinette

SAl’INDACÉES. — SAVONNIER DES ANTILLES. 591

miIZOBOLÉES.

Saouari Caryocar villosam , Pers.

Pekea bulyreux — butyosum, Willd.

— tuberculeux — tomentosum, Willd.

KRYTHROXYLÉES.

Coca du Pérou Erythroxylum Coca, Lara.

COR1ARIÉES.

Redoul Conaria myrtifolia, L.

MALPIGHIACÉES.

Cerisier des Antilles Malpighia ylabra, L.

ACÉRINÉES.

Érable à sucre Acer saccharinum , L.

— plane — platanoides, L.

— champêtre — campes tr e, !..

— sycomore — pseudo-platanus , L.

Negundo Negundo fraxini folium, Nutt.

Savonnier «les Antilles.

Sapindus saponaria, L. Les savonniers sont des arbres ou des arbrisseaux croissant entre les tropiques, par toute la terre; à feuilles alternes privées de stipules, pétiolées, composées pinnées, à folioles alternes ou opposées, très-entières, souvent ponctuées; à fleurs polygames, pourvues d’un calice à4 ou 5 divisions égales, d’une corolle à 4 ou 5 pétales insérés à la base extérieure d’un disque annulaire, de 8 ou 10 étamines libres, insérées entre le disque et l’ovaire. L’ovaire est central, sessile, à 3 loges contenant un seul ovule droit. Le fruit est composé de une, deux ou trois capsules charnues, indéhiscentes, monospermes.

Le savonnier des Antilles est un grand arbre dont le bois, la racine et les fruits sont empreints d’un principe amer qui communique à l’eau la propriété de mousser fortement et de produire sur le linge un effet analogue à celui du savon. Ce sont les fruits surtout qui servent à cet usage; ils sont de la grosseur d’une cerise, globuleux, luisants, d’un roux jaunâtre, contenant sous une pulpe gluante et très-amère un noyau noirâtre, arrondi, fort dur, renfermant une amande huileuse. Les fruits des Sapindus arborescens et frutescens de la Guyane, divaricatus du Brésil, senegalensis du Sénégal, rigida de l’île Bourbon, sont presque semblables aux premiers et servent aux mêmes usages. J’ai reçu par M. Gaetano Ambrosioni celui du Sapindus divaricatus , dit pao

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

de sabao au Brésil. Il est composé de I, 2 et rarement 3 baies lisses et luisantes, de la grosseur d’une petite cerise et d’un roux jaunâtre. Les baies avortées sont toujours représentées par un ou deux tubercules à la base de celles qui se sont développées. Le péricarpe de celles-ci est mince, formé d’un suc gluant desséché, assez transparent pour qu’on voie la semence au travers, ainsi que l’a mentionné Marcgraff (1). Celle semence adhérait à la partie inférieure de la graine au moyen d’un plexus Filamenteux; mais elle s’en détache par la dessiccation, et on l’entend sonner dans l’intérieur de la loge, lorsqu'on agite le fruit. Cette semence est noire, lisse, formée d’un test épais et très-dur, à structure rayonnée, et d’une amande jaune, huileuse, non amère, mais peu agréable à manger. Le fruit entier, tel que je l’ai, possède une odeur d’acide acétique assez prononcée.

Cette semence sert à faire des colliers et des chapelets. Quant au péricarpe, quand on le fait tremper dans l’eau, on voit la matière mielleuse qu’il contient se dissoudre, et l’eau en acquiert une saveur très-amère et très-âcre, et la propriété de mousser comme de l’eau de savon. Cette eau ne se trouble pas lorsqu’on l’étend de beaucoup d’alcool et ne contient pas de gomme, par conséquent.

Lit-chi.

Eupltoria lit-chi , Dcsf.; Scytalia chinensis, Oærtn., t. 42. Le li-tchi est compté au nombre des fruits les plus estimés de la Chine. L’arbre qui le produit s’élève à la hauteur de o à 6 mètres et porte des feuilles alternes, ailées sans impaire, à 2 ou 3 paires de folioles. Ses fleurs sont petites, disposées en panicules lâches, et sont pourvues d’un calice à 5 dents, de o pétales réfléchis, de 6 à 8 étamines et d’un ovaire didymc, surmonté d’un style eide deux stigmates. Un des deux ovaires avorte constamment, et le fruit est formé d’une seule baie tuberculeuse, presque sphérique et d’un rouge ponceau, contenant, sous une enveloppe coriace, une semence entourée d’un arille épais et pulpeux, d’une saveur que l’on dit exquise et comparable à celle du meilleur raisin muscat. Les Chinois mangent cet arille à l’état récent, ou desséché au four, à la manière de nos pruneaux, q

Ciuarau:).

On nomtne ainsi une pâte préparée au Brésil avec les semences de Paidlinia sorbilis. Les semences étant pulvérisées grossière-

(I) Marcgraff, p. 113.

HYPOCASTANÉES. — MARRONNIER D’INDE. 1)93

ment, sont mises en pâle avec de l’eau et formées en masses cylindriques, qui ont la forme d’un saucisson et qui ressemblent, pour la couleur et l’aspect, à de la pâte de cacao grossièrement broyée. Cette matière possède une saveur faiblement astringente; au Brésil les voyageurs en emportent avec eux et l’emploient delayée dans de l’eau et sucrée, comme rafraîchissante et antifébrile. [Elle a donné à M. Fournier du tannate de caféine, un principe particulier indéterminé se colorant en rouge foncé par la lumière; trois huiles volatiles distinctes; une huile fixe, de l’amidon et de la gomme (I).]

Une autre espèce de Paullinia ( Paullinia cururu, L.), décrite par Pison, sous le nom de cururu-ape , produit des fruits avec lesquels on enivre les poissons, et dont les sauvages de la Guyane se servaient également pour enduire leurs flèches d’un poison narcoticoâcrc. Les Paullinia pinnata, L., et australis , Saint-Hilaire, sont i encore plus vénéneuses et sont employées par les nègres dans j leurs empoisonnements, -f-

Marronnier «l'Inde.

Æsculus hippocastanum. Le marronnier d’Inde est un grand et bel arbre orignaire de l’Asie tempérée, d’où il a passé d’abord à ; Constantinople, on ne sait à quelle époque. C’est de celte ville i| que des échantillons en ont été envoyés pour la première fois à l Mathiole, en 1569; mais ce n’est qu’en 1576 qu’un jeune arbre en fut adressé à Clusius, à Vienne, où il n’avait pas encore fleuri en 1588, époque à laquelle ce botaniste le quitta. Il n’a été cultivé en France qu’en 1615, et en Angleterre en 1633. A partir de celte époque, il s’est promptement répandu partout, peu de nos 1 arbres indigènes pouvant lui être comparés pour la beauté du j feuillage et l’élégance des fleurs.

Le marronnier s’élève â une hauteur de 20 à 27 mètres, sur un tronc de 3 à 4 mètres de circonférence. Il perd ses feuilles de bonne heure et se reconnaît pendant l’hiver à ses gros bourgeons ovoïdes et pointus, dont les écailles sont enduites d’un suc gluant, de nature résineuse. Il se couvre de feuilles à la fin du mois de mars, fleurit au commencement de mai et donne ses fruits en septembre. Ses feuilles sont opposées, palmées, longuement pétiolées et composées de 5 à 7 folioles dentées, inégales et augmentant de grandeur en allant du pétiole à l’extrémité. Ses fleurs sont blanches, panachées de rouge, assez grandes, nombreuses et disposées en belles grappes pyramidales, redressées à l’extrémité des rameaux et sur toute la circonférence de l’arbre,

(1) Voir Journ. de pharm. et de chim t. XXXIX, p. -91, 3e sûr.

(Iuibourt, Drogues, 6' édition. T* ^ • 3 fl

DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

ce qui lui donne un fort bel aspecl. Ces fleurs sont composées d’un calice monosépale, à 5 dents inégales; d’une corolle à 5 pétales inégaux, ondulés et ciliés en leurs bords, rétrécis en onglet à la base; de 7 étamines à filaments subulés, inégaux, attachés sous l’ovaire; enfin d’un ovaire libre et supère, arrondi, à trois loges bi-ovulées, porté sur un disque et surmonté d’un style subulé, terminé par un stigmate simple. Le fruit est une capsule charnue, globuleuse, hérissée de pointes, s’ouvrant en trois valvesseptifères, et divisée en trois loges pouvant contenir chacune deux graines; mais la plupart avortent et on n’en trouve ordinairement qu’une ou deux. Ces graines sont grosses, glabres, luisantes, . arrondies ou diversement anguleuses, et d’un brun clair avec un large hile basilaire, de couleur cendrée. Elles ont une singulière ressemblance extérieure avec celles du châtaignier cultivé, connues sous le nom de marron; mais elles en diffèrent beaucoup à l’intérieur par leurs cotylédons amers, recourbés et soudés, pourvus d’une radicule conique dirigée vers le hile, et d’une plumulc très-apparente, diphvlle.

Le bois de marronnier est très-blanc, léger, tendre et facile â travailler. On en fabrique divers ouvrages à l’usage des dames, tels que vases, corbeilles, coflrets et tables de travail, sur lesquels on exécute des peintures à l’huile.

L’écorce du marronnier d’Inde a été prônée à différenles époques comme fébrifuge et comme succédanée du quinquina; mais il ne paraît pas qu’on en ait obtenu beaucoup de succès. Celle des branches de deux à trois ans, que l’on doit préférer, est brune et rugueuse à l’extérieur, de couleur de chair dans sa cassure, qui est plutôt grenue que fibreuse ; elle est inodore, et jouit d’une saveur amère, astringente, très-désagréable.

L’infusion aqueuse d’écorce de marronnier rougit le tournesol, précipite la gélatine, verdit et forme un précipité vert par le sulfate de fer; ne précipite pas l’émétique ; précipite par les acides, parla baryte et la chaux, ne précipite pas par la potasse, qui lui donne une couleur bleu intense (I). La même infusion forme, avec le nitrate d’argent, un précipité gris, passant de suite au noir, ce qui la distingue de l’infusion de quinquina, qui produit avec le même réactif un précipité blanc permanent (2).

Depuis que le marronnier d’Inde est cultivé en Europe, on voit avec regret que la grande quantité de fruits amylacés qu’il produit chaque année n’ait pas été utilisée pour la nourriture de l’homme ou des animaux; on a prétendu que les vaches, les chèvres, les moutons et les cochons les mangeaient avec plaisir;

(1) Annales de chimie , t. LXVII, p. 210.

(2) Bull, de phartn ., t. I, p. 35.

ERYTIIROXYLEES. — COCA.

mais, ainsi que l’a remarqué Paumé, ils en mangent peu, par exception, et préfèrent leur nourriture ordinaire. Cependant les procédés pour extraire du marron d’Inde une farine pure et nutritive sont connus depuis longtemps, et ceux qui ont été préconisés dans ces dernières années n’en sont que la répétition. Ils consistent dans une division parfaite de la pulpe du fruit, expressément recommandée par Baumé, et dans son lavage ré-

Ipété au moyen de l’eau, soit pure, soit additionnée d’une petite quantité de carbonate alcalin. Dans tous les cas, la transformation de la fécule du marron d’Inde en glucose et en alcool fournirait un moyen très-simple d’utiliser ce fruit, et il faut espérer qu’on ne le laissera plus perdre à l’avenir.

La composition du marron d’Inde n’est pas encore parfaitement connue. Baumé n’a fait qu’y indiquer un principe très-amer soluble dans l’acool, une substance particulière qu’il désigne sous le nom de gomme-résine, de l’huile, une matière sucrée et une autre azotée, analogue au gluten du froment. Il fait également mention de la propriété fortement mousseuse et savonneuse que le marron d'Inde communique à l’eau.

D’après M. Frémy, la matière savonneuse du marron d’Inde est identique avec la saponine retirée de la saponaire du Levant, par M. Bussy, et toutes deux, traitées par l’acide chlorhydrique, se transforment en un acide très-peu soluble dans l’eau, mais toujours très- soluble dans l’alcool, auquel M. Frémy (1) donne le nom d 'acide esculique.

On cultive dans les jardins, sous le nom de pavia rouge, un arbre peu élevé et très-élégant, qui ressemble au marronnier d’Inde par la forme de ses feuilles et par la disposition de ses fleurs ; mais il en diffère par ses folioles péliolulées et non sessiles sur leur pétiole commun, par sa corolle à 4 pétales redressés, et par ses fruits pyriformes, dépourvus d’aiguillons. Les sommités des tiges, les pétioleset les principales nervures des feuilles sont d’une couleur rougeâtre, et les fleurs sont d’unrouge éclatant.

Coca.

Erythroxylum coca , Lam. Arbrisseau originaire du Pérou, de venu célèbre par l’usage que l’on fait de ses feuilles. Il s’élève à la hauteur de 10 à 13 décimètres, et se divise en rameaux nombreux et redressés. Les feuilles sont alternes, courtcment pétiolées, entières, ovales-aiguës, presque à 3 nervures et longues

[de 40 millimètres sur 27 millimètres de large. Les fleurs sont petites, nombreuses, portées sur des tubercules dont sont couverts les jeunes rameaux. Elles portent un calice persistant,

(I) Fremy, Ann. chim. phys., t. LVI1I, p. 10).

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

à 5 dents; 5 pétales a large onglet, munis d’une écaille à leur base ; 10 étamines monadelphes par le bas; un ovaire supère à 3 loges et surmonté de 3 styles. Le fruit est un drupe rouge, oblong, à une loge monosperme, accompagnée de 2 loges avortées ; la semence est pendante, pourvue d’un embryon droit dans l’axe d’un endosperme cartilagineux ; radicule supère.

Les feuilles de coca paraissent exercer sur le système nerveux une action analogue à celle du vin. Mâchées en petite quantité par les voyageurs et par les ouvriers mineurs, elles soutiennent leurs forces et leur permettent de supporter la faim et la soif pendant une journée presque entière. Mâchées en plus grande quantité, avec mélange de feuilles de tabac, elles procurent une ivresse dont les effets paraissent assez semblables à ceux du chanvre indien. Prises en infusions théiformes, elles sont un stimulant très-utile. On en fait au Pérou et dans la Bolivie un commerce considérable. [Ainsi on estime à 13 millions de francs la valeur de la production annuelle de ces deux pays. C’est surtout avec l’Amérique centrale et méridionale que ce commerce se fait sur une grande échelle. En Europe nous n’en recevons que des quantités relativement insignifiantes.

La plante donne des récoltes à l’âge de deux ans, et on en fait chaque aunée trois récoltes, l’une en mars, l’autre en juillet, la troisième en octobre (1).

M. Niemann a, sous la direction de M. Vœhler, isolé du coca un alcaloïde qu’il appelle cocaïne, et qui est en petits prismes incolores, inodores, peu solubles dans l’eau, plus solubles dans l’alcool, très-solubles dans l’éther. Cet alcaloïde neutralise les acides, mais ne forme avec la plupart d’entre eux que des sels amorphes. On n’a pas vérifié si son action physiologique était celle des feuilles de coca (2).]

Redoul.

Coriaria myrti folia, L. {fi g. 733). Cet abrisseau, nommé aussi redon, corroyère, herbe aux tanneurs, appartient à la décandt'ie pentagynie de Linné et sert de type à la petite famille des Coriariées qui a beaucoup de rapports avec celle des Malpighiacées. Il croît naturellement dans le midi de la France, en Espagne et en Italie. Ses rameaux sont tétragones, ses feuilles opposées, ovaleslancéolées, glabres, très-entières, larges de 7 à 27 millimètres et longues de 20 millimètres à 54. Elles offrent, outre la nervure du milieu, deux autres nervures très-saillantes, qui partent,

(1) Voir Ménier, Sur la coca et le maté ( Journal de Pharmacie et de Chimie,

:i° série, IX, 215).

(2) Voir Journal de Pharmacie et de Chimie , 3e série, XXXVIII, 1G7.

CORIARIEES.

REDOUL.

comme la première, du pétiole, s’écartent et se courbent vers le bord de la feuille, et se prolongent jusqu’à la pointe. Les fleurs sont disposées en grappes simples, pourvues de bractées. Elles présentent un calice à 5 sépales distincts, ovés, pointus, concaves à l’intérieur ; une corolle à 5 pétales petits, charnus, élar-

Fig. 733. — Redoul.

, gis par le bas, 10 étamines libres; un ovaire sessile, libre,

I quinquéloculaire, surmonté de 5 styles filiformes, velus et ; couverts de papilles. Le fruit est composé de 5 coques soudées, en parties couvertes par les pétales persistants. Les coques sont crustacées, indéhiscentes et monospermes; les semences sont pendantes et privées d’endosperme.

Les fleurs de cet arbuste présentent un caractère particulier ; quoiqu’elles contiennent toutes des étamines et un pistil, elles sont cependant de deux sortes. Les unes (a) ont des étamines longues et des anthères fertiles et sont véritablement hermaphrodites ; les autres (b) ont des étamines très-courtes et les anthères stériles et sont considérées comme simplement femelles.

Le fruit du redoul est vénéneux : des militaires français en ayant mangé en Espagne, trois en moururent, et l’on cite d'autres exemplesaussi funestes. Les feuilles sont également très-dangereusesetcausentdesvertigesauxbestiaux.Ces feuilles, par une coupablecupidilé, sontquelquefois mêlées à cellesdu séné et ont causé à plusieurs reprises des accidents très-fâcheux. J’ai indiqué précédemment les moyens de les distinguer (page 308).

DICOTYLEDONES TÜALAM1FLORES.

[Les propriétés délétères du redoul sont dues à un principe actif, qui en a été isolé par M. Hi ban , et qu’il a appelé coriamyrline. C’est une substance crislallisable, blanche, inodore, d’une saveur amère insupportable et douée de propriétés vénéneuses extrêmement énergiques. Elle est peu soluble dans l’eau, soluble dans l’acool froid, plus encore dans l’acool bouillant, soluble aussi dans l’éther, le chloroforme et la benzine. Elle se dédouble sous l’action des acides en glucose et en une substance résineuse : elle appartient donc à la classe des glucosides (1).

Le redoul, en raison de l’abondance de son principe astringent, est employé avec avantage pour le tannage des peaux. On le trouve, pour cet usage, dans le commerce, préparé à la manière du sumac, et sous la forme d’une poudre verte, inodore, trèsastringente.] ■

Érables.

Les érables sont des arbres ou de grands arbrisseaux dont les feuilles sont opposées, longuement pétiolées et partagées en plusieurs lobes palmés. Leurs fleurs sont petites, d’une couleur verdâtre, disposées en grappes ou en bouquets dans l’aisselle des feuilles ou au sommet des rameaux; elles sont polygames, les unes étant hermaphrodites et fertiles, elles autres mâles, sur le même individu ou sur des individus différents. Elles sont formées d’un calice à 5 divisions, d’une corolle à 5 pétales, de 8 étamines (rarement de 5 à 12) insérées sur un disque hypogyne. L’ovaire est libre, bilobé, formé de deux carpelles soudés à une colonne centrale qui se termine par un style et par un stimagte bifide. Le fruit est formé de deux capsules indéhiscentes, comprimées, réunies à leur base et du côté interne, terminées du côté opposé par une aile membraneuse, et formées intérieurement d’une seule loge monosperme. Les graines sont arrondies, pourvues d’un double tégument dont l’intérieur est charnu; l’embryon est dépourvu d'endosperme et formé de 2 cotylédons foliacés, irrégulièrement contournés ; la radicule est cylindrique, descendante et dirigée vers le hile.

On connaît une trentaine d’espèces d’érables qui croissent dans les parties tempérées de l’Amérique et de l’ancien continent, et dont voici les principales espèces.

Érable sycomore (2), Acer pseudo-pla, tanus, L., nommé vulgairement sycomore et faux platane. Il croît naturellement en

(1) Riban, Recherches expérimentales sur le principe toxique de Redoul (thèse de doctorat en médecine de Montpellier, 1 803 ) .

(2) Il ne faut pas confondre cet arbre, non plus que le suivant, avec le sycomore des anciens, Ficus sycomorus, L., dont il a éié question tome 11, page 318.

ACÉRINÉES.

Page 1